Song To Song : On connaît la chanson

ECRANS | Retour à une forme plus narrative pour le désormais prolifique Terrence Malick, qui revisite ici le chassé-croisé amoureux dans une forme forcément personnelle et inédite.

Vincent Raymond | Mercredi 12 juillet 2017

Photo : © Buckeye Pictures LLC / Van Redin.jpg


Deux hommes, deux femmes : leurs histoires d'amour et professionnelles, croisées ou réciproques dans l'univers musical rock d'Austin…

Après le sphérique et autoréférenciel Voyage of Time — amplification des séquences tellurico-shamarniques de Tree of Life façon poème mystique à liturgie restreinte — Terrence Malick renoue avec un fil narratif plus conventionnel. Avec ce que cela suppose d'écart à la moyenne venant du réalisateur de À la Merveille. Song To Song prouve, si besoin en était encore, que ce n'est pas un argument qui confère à un film son intérêt ou son originalité, mais bien la manière dont un cinéaste s'en empare. Le même script aurait ainsi pu échoir à Woody Allen ou Claude Lelouch (amours-désamours chez les heureux du monde et dans de beaux intérieurs, avec les mêmes caméos de Val Kilmer, Iggy Pop, Patti Smith), on eût récolté trois films autant dissemblables entre eux que ressemblants et identifiables à leur auteur.

Persistance de la mémoire

En deux heures bien tassées, Malick nous offre ici un foisonnement visuel rare : un enchaînement vertigineux de séquences durant rarement plus de quelques secondes chacune. Comme une promenade dans la jungle à la fois profuse et ordonnée du souvenir, la où s'empilent par contiguïté les hauts faits du vécu. Ce voyage dans les limbes d'un “jamais plus”, porté par l'inévitable litanie d'une voix off — plus mesurée que d'ordinaire : elle ne prend pas le pas le dialogue — constitue une très réussie restitution du phénomène de remembrance : Malick donne davantage à éprouver, ressentir, partager qu'à voir.

Certes, il ne peut s'empêcher de pousser l'image à son degré ultime de somptuosité optique, en tournant en courte focale à l'heure magique, avec le soleil doré bien visible dans son horizon ; en choisissant des décors parfaits trop lisses ou dignes d'un tableau de De Chirico. Mais la mémoire aussi a tendance à embellir le cadre sous la patine du temps…

de Terrence Malick (É.-U., 2h08) avec Ryan Gosling, Rooney Mara, Michael Fassbender… (sortie le 12 juillet)


Song to song

De Terrence Malick (EU, 2h08) avec Ryan Gosling, Rooney Mara...

De Terrence Malick (EU, 2h08) avec Ryan Gosling, Rooney Mara...

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Une histoire d'amour moderne, sur la scène musicale d'Austin au Texas, deux couples - d'un côté Faye et le chanteur BV, et de l'autre un magnat de l'industrie musicale et une serveuse - voient leurs destins et leurs amours se mêler.


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Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

X-Men : Dark Phoenix | De passage à Paris (où se déroule l’épilogue du film), l’équipe de X-Men : Dark Phoenix est revenue sur la conception de nouvel opus. Propos rapportés de la conférence de presse.

Vincent Raymond | Mercredi 5 juin 2019

Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

Pourquoi vous êtes-vous focalisée ici sur le personnage de Jean Grey ? Simon Kinberg : D’abord, je suis tombé amoureux du personnage de Phoenix : je le trouvais absolument fascinant, comme tout le monde parmi les X-Men. J’aimais aussi l’idée d'un personnage qui perdait à la fois sa tête et ses pouvoirs, mais également voir de quelle manière cela affectait tous les X-Men ; comme des ennemis deviennent des amis, comment des amis, au contraire, devenaient des ennemis. Et puis il y avait ce dilemme : lorsque l’on a des amis proches qui perdent temporairement pied, quand cesse-t-on de vouloir les sauver ? Il était important ici de montrer que les conséquences du combat intérieur de Jean Grey font souffrir les autres autant qu'elle-même. Il fallait donc que le film ait une qualité intime humaine presque primitive ; et que l’on sente ce combat jusque dans le style, les acteurs ainsi qu'un forme plus naturaliste. Quand on a une telle distribution, il faut lui donner de vraies scènes afin que les acteurs puissent exercer leurs super-pouvoirs — qui est d'être formidables.

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"X-Men : Dark Phoenix" : 50 nuances de Grey

ECRANS | De Simon Kinberg (E.-U., avec avert. 1h40) avec James McAvoy, Sophie Turner, Michael Fassbender…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juin 2019

1992. Partie avec les X-Men à la rescousse d’astronautes en détresse, Jean Grey est submergée par un magma cosmique qui déchaîne ses pouvoirs en puisant dans les aspects obscurs de son passé. Incontrôlable et dangereuse, elle rejette Xavier et compte sur l’aide de Magneto… L’absence de Bryan Singer, mis à l’index pour ses histoires de pantalon, serait-elle à déplorer ? Force est de reconnaître que l’avance prise par la bande à Xavier sur la troupe de Stark a fondu comme la calotte polaire : la surmultipliée déployée par les Avengers dans le diptyque habité par Thanos a rattrapé et ordonné l’accumulation foutraque (parfois poussive) qui diluait les enjeux à force de tonalités divergentes. Limitant ses spin-off aux aventures de Wolverine — achevées en apothéose dans Logan —, voire à l’inclassable Deadpool, les X-Men avaient pour eux une cohérence globale, conséquence directe des schémas narratifs reposant sur des oppositions duelles (Xavier contre Magneto, humanité contre mutants etc…) ; de bonnes rivalités bipolaires fondées sur des présupposés manichéens ainsi que sur la puissance

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"First Man - le premier homme sur la Lune" : L’étoffe des 2.0

Astrobiopic | de Damien Chazelle (E.-U., 2h20) avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke…

Vincent Raymond | Mercredi 31 octobre 2018

De son entrée à la NASA comme pilote d’essai à son retour victorieux de la Lune, la trajectoire professionnelle et intime de Neil Armstrong dit Mister Cool ; un ingénieur doté d’une intelligence, d’une chance et d’un sang-froid peu communs, qui fut le premier terrien à fouler le sol lunaire… L’engouement exagéré pour ce film d’élève appliqué qu’était La La Land aura eu la vertu de propulser Damien Chazelle vers un sujet plus ambitieux : l’aventure exploratoire la plus stupéfiante de l’Histoire. Le cinéaste la raconte en la restreignant à un individu réduit à son absence apparente d’affects — n’est-il pas paradoxal, de posséder des qualités surhumaines, voire inhumaines, pour devenir le “Premier Homme“ ? La désormais légendaire impassibilité (inexpressivité, version bienveillante) de Ryan Gossling sied à merveille pour figurer le non moins fameux flegme de l’astronaute, et le montrer dans ce qui fait sa banalité : sa dévotion mécanique à sa mission. Chazelle suggère cependant qu’elle serait un dérivatif au deuil de sa fille Karen, qu’il pleure par deux fois en secret de sa femme et

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"A Ghost Story" : L’âme, nasse fantôme

ECRANS | Comme attaché à la maison où il a vécu ses derniers jours terrestres, le fantôme d’un homme attend quelque chose sans trop savoir quoi, imperméable au temps qui passe. Un Paranormal (in)activity dépouillé et sublimé, à l’intersection entre Gus van Sant et Stanley Kubrick.

Vincent Raymond | Mercredi 20 décembre 2017

Un homme et une femme paraissent filer le plus parfait amour dans leur belle maison. La mort brutale du premier change la donne, et pousse la seconde à quitter les lieux. Pourtant, le fantôme de l’homme persiste à hanter leur demeure commune, dans l’attente d’un hypothétique contact… Sur le papier, A Ghost Story tient de la chimère. Irréductible à un genre, irrespectueux des codes, ce film fantastique ET sentimental à l’ascétisme radical semble s’ingénier à se saborder : minimalisme assumé, refus des effets spéciaux attendus, recours à une représentation du fantôme plus que désuète, car usée jusqu’à la trame et risible — le vieux drap troué de deux orifices pour les yeux ! —, occultation totale du comédien principal pendant plus d’une heure (Casey Affleck, pourtant dernier récipiendaire de l’Oscar), quasi mutisme des personnages… Et pourtant. À force de clichés détournés, d’extrémisme narratif et de paris insensés, David Lowery atteint une étrangeté poétique fascinante. Melo-drap-ma Confiant l’instance narrative à

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"Blade Runner 2049" : L’avenir, c’était moins pire avant

ECRANS | Denis Villeneuve livre avec Blade Runner 2049 une postérité plus pessimiste encore que le chef-d’œuvre de Dick & Scott. Tombeau de l’humanité, son opéra de bruine crasseuse et de poussière survit à sa longueur ainsi qu’à l’expressivité réduite de Ryan “Ford Escort” Gosling.

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

2049, sur une Terre à la biocénose ravagée. Blade Runner, K. est un réplicant d’un modèle évolué chargé d’éliminer ses congénères réfractaires à l’autorité humaine. K. découvre lors d’une mission qu’une réplicante, en théorie stérile, a jadis accouché. L’enfant-miracle est très convoité… C’est peu dire que monde a les yeux braqués sur Denis Villeneuve, “celui qui s’est risqué” à prolonger le cauchemar de Philip K. Dick modifié Ridley Scott. Demi-suite en forme de résonance — y compris musicale, même si Vangelis n’a pas été reconduit, supplanté par l’incontournable Hans Zimmer — ce nouvel opus permet au cinéaste de travailler en profondeur ses obsessions : l’identité brutalement perturbée (Incendies, Maelström, Un 32 août sur Terre…) et la contamination de la réalité par les songes ou les souvenirs (Enemy, Premier Contact). Bref, de remettre en cause ce qui s’apparente de près ou de loin à une certitude d’airain. La singularité de Blade Runner en était une. Plus maintenant. Du futur, faisons ta

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Michael Fassbender : « Je ne suis pas un gamer »

4 questions à... | Après avoir campé dans Steve Jobs un créateur d’ordinateur, Michael Fassbender endosse pour l’adaptation du jeu vidéo Assassin’s Creed le double rôle de Cal et d’Aguilar, coiffant en sus la capuche de coproducteur. Il mise gros jeu…

Vincent Raymond | Mercredi 4 janvier 2017

Michael Fassbender : « Je ne suis pas un gamer »

Êtes-vous adepte des jeux vidéo ? Je ne suis pas un gamer, mais je me suis mis à Assassin’s Creed après avoir accepté d’entrer dans ce projet — par respect pour les gens d’Ubisoft d’une part, de l’autre parce que j’avais envie de connaître ce monde qu’ils avaient créé et qu’ils m’avaient tellement bien expliqué. Pour m’inspirer également de la “physicalité” du personnage que je devais interpréter, dans ses mouvements pour les combats, dans sa pratique du parkour… Mais je ne suis pas le seul à m’être totalement immergé dans cet univers : ma partenaire de jeu Ariane Labed a été plutôt hardcore dans sa préparation : elle allait tellement fort dans les combats avec les cascadeurs qu’elle a fini avec la main en sang ! Votre personnage est amené à puiser au fond de sa “mémoire génétique”. Avez-vous déjà éprouvé ce besoin pour un rôle ? Je suis pas sûr que cela soit le cas. En général, j’interprète à l’écran des personnages existant ou ayant existé ; je puise alors des informations sur eux en regardant des vidéos sur Youtube ou en lisant des livres qu’ils ont écrits, pour avoir

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"X-Men : Apocalypse" : le boss, c'est Bryan Singer !

ECRANS | En mettant ses mutants aux prises avec le premier d’entre eux, Apocalypse, Bryan Singer boucle une seconde trilogie des X-Men épique. Et montre que, de tous les réalisateurs de productions Marvel déferlant sur les écrans ces temps-ci, c’est bien lui le patron.

Vincent Raymond | Mercredi 18 mai 2016

Lorsqu’une franchise achemine sur les écrans son huitième opus en seize années d’existence, le plus docile et bienveillant des spectateurs est fondé à émettre quelques inquiétudes quant à la pertinence du film. Heureusement, il existe des exceptions ; des sagas parvenant à coups de rebondissements intrinsèques à dépasser le stade de la “suite” et de la resucée, sachant se réinventer ou créer une singularité – James Bond en est un parangon. Dans le vaste univers Marvel (en expansion continue), la tradition (du tiroir-caisse) impose à une série de se développer par ramifications autour de ses personnages-phares, puis de faire tabula rasa en lançant un reboot… tout en s’affadissant. Sauf pour X-Men, îlot d’exception dans un océan tanguant vers les rivages du morne ordinaire. Oh, cela ne signifie pas que l’ensemble de l’octalogie mérite d’être portée aux nues (un ventre mou modelé par Brett Rattner et Gavin Hood la plombe), mais elle présente, outre sa remarquable longévité, une capacité à absorber ses propres spin-off (Wolverine) et reboots (

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The Nice Guys

ECRANS | de Shane Black (E.-U., 1h56) avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Kim Basinger…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

The Nice Guys

On ne s’étonnera pas de voir derrière The Nice Guys le producteur Joel Silver, qui a bâti une partie de sa fortune grâce au buddy movie avec 48 heures et les quatre volets de L’Arme fatale — parler de tétralogie en l’occurrence risquerait de froisser Wagner. Il avait déjà accompagné Shane Black, scénariste de L’Arme fatale, pour Kiss Kiss Bang Bang (2005) — un précédent réussi narrant association entre une carpe et un lapin sur fond d’investigation privée — il remet donc le couvert avec un nouveau duo chien et chat. Pourquoi diable changer des recettes qui fonctionnent et qui, justement, en rapportent ? Une fois que l’on a admis que le tonneau sur pattes à la carrure depardieutesque est Russell Crowe, on embarque pour un plaisant voyage carrossé jusqu’au bout du col pelle-à-tarte vintage années 1970. Plutôt que d’enchaîner les refrains connus à tour de platines, la B.O. procède en finesse en distillant des intros funky, groovy et disco. Shane Black met aussi la pédale douce du côté des répliques, abandonnant l’épuisante distribution de vannes surécrites. Du coup, on s’attache dav

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Pomme Star - Danny Boyle fait le Jobs

ECRANS | Après s’être égaré en racontant les tribulations gore d’un randonneur se sciant le bras pour survivre (“127 heures”), Danny Boyle avait besoin de se rattraper. Il fait le job avec une évocation stylisée du patron d’Apple, première super-pop-star économique du XXIe siècle. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Pomme Star - Danny Boyle fait le Jobs

« Penser “différent” »… Érigé en précepte par Steve Jobs soi-même, le slogan exhortant à la rupture créative et intellectuelle semble avoir guidé le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur Danny Boyle dans cette travail de la biographie (autorisée) du charismatique fondateur d’Apple, un pavé signé par Walter Isaacson détaillant par le menu l’existence de Jobs, listant également les innovations à mettre à son actif. Plutôt que de se lancer dans une illustration chronologique standard, visant l’exhaustivité en suivant le sempiternel et prévisible « sa vie, son œuvre », l’un et l’autre ont emprunté un chemin de traverse. Jobs ayant été, au-delà de toutes les controverses, une manière de stratège imposant sa vision d’une réalité distordue (et finalement, modelant la réalité à ses désirs), Sorkin et Boyle lui ont donc taillé un écrin biographique hors norme. Pour le cinéaste, cela passait par l’abandon de marques de fabrique virant au tic, comme les effets de montage épileptoïdes ou le recours à une bande originale utilitaire, marqueur temporel ou folklorique. Pour l’auteur du script, par la conception d’une sor

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Lost River

ECRANS | Après un petit tour en salle de montage, le premier long de Ryan Gosling arrive sur les écrans dans une version sensiblement plus digeste que celle vue à Cannes. Et s’avère un objet singulier, dont la poésie noire se distille au gré de ses fulgurances visuelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Lost River

À Cannes, ce premier long métrage de Ryan Gosling nous était tombé des yeux. Le hiatus entre une narration bordélique et l’envie flagrante de copier ses modèles tel un étudiant d’art passant sa journée au Louvre, donnaient à Lost River une dimension à la fois prétentieuse et vaine. À peine pouvait-on décerner à son chef opérateur, le brillant Benoît Debie, un satisfecit pour avoir créé une matière visuelle parfois fulgurante. Probablement refroidi par l’accueil glacial réservé au film, Gosling est donc retourné en salle de montage pour mettre un peu d’ordre dans ce foutoir et enlever dix-sept minutes qui ne manquent pas, loin de là, à la version définitive. On cerne donc enfin son propos qui, à défaut d’être particulièrement novateur, a maintenant le mérite de la clarté : un adolescent, Bones — référence sans doute au bouquin de Russell Banks — traîne dans les ruines industrielles de Detroit à la recherche de tuyaux en cuivre qu’il revend pour se faire un peu d’argent de poche. Sa mère — la rousse Christina Hendricks, échappée de Mad Men — se voit proposer par un patron de club lubrique de devenir danseuse dans un cabaret macabre e

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Frank

ECRANS | De Lenny Abrahamson (Irl, 1h35) avec Michael Fassbender, Domhnall Gleeson, Maggie Gyllenhaal…

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Frank

Quelque part en Irlande, Jon, un jeune musicien, rêve de rock et de gloire, mais végète chez ses parents. Le hasard le met sur la route d’un groupe avant-gardiste dont le claviériste vient de devenir fou ; Jon le remplace au pied levé et découvre, médusé, que le chanteur ne se montre qu’avec une énorme tête en carton-pâte sur scène… mais aussi en privé ! Frank est-il un génie torturé ou un as du buzz post-Daft punk ? Et, par conséquent, Frank-le film est-il une comédie sarcastique ou un hommage à ces doux dingues qui ont construit la légende du rock’n’roll ? Difficile de trancher au départ, tant Abrahamson brouille les pistes, fidèle à un certain esprit de la comédie british qui force le trait de la caricature tout en l’adoucissant d’un sirop émotionnel qu’on sent souvent sincère. Mais il n’arrive jamais à résoudre cette contradiction de base : peut-on faire un film aussi calibré et normé sur des personnages à ce point en dehors des clous, refusant à tout prix de vendre leur âme au music business ? Frank pose par ailleurs une autre question, fondamentale pour quiconque s’intéresse à un si grand acteur : Michael Fassbender est-il magnétique de la tête aux pieds o

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X-Men : Days of future past

ECRANS | Pour son retour à la mythologie X-Men, Bryan Singer signe un blockbuster stimulant visuellement, intellectuellement et politiquement, où il se plaît à courber l’espace et le temps, dans sa narration comme dans la chair de ses plans. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 mai 2014

X-Men : Days of future past

Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les Sentinelles) capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past, basé sur l'un des plus fameux arcs narratifs du comic book d'origine (signé Chris Claremont et John Byrne en 1981), consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruines, une mutante aide ses camarades à co

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12 years a slave

ECRANS | Après Hunger et Shame, Steve McQueen adapte l’histoire vraie de Solomon Northup, homme libre devenu esclave, mais hésite entre grande forme hollywoodienne et effets de signature, entre son héros au parcours édifiant et l’esclavagiste fascinant incarné par sa muse Fassbender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 20 janvier 2014

12 years a slave

Django unchained, Lincoln, 12 years a slave ; la question de l’esclavage aura inspiré récemment des cinéastes importants, chacun avec leur angle et leur manière. Western pop et politique marqué par la blaxploitation pour Tarantino, biographie dialectique, lyrique et fordienne pour Spielberg… L’approche de Steve McQueen est la plus frontale : le film se targue de regarder en face la question, ce que résume le premier plan où les esclaves alignés regardent la caméra et le spectateur. Au centre de ce théâtre ordinaire de l’asservissement, Solomon Nothrup ne se distingue pas du groupe, et pourtant son histoire est littéralement extra-ordinaire : homme libre, marié et père, violoniste dans la bonne société new-yorkaise, il est kidnappé et vendu à un propriétaire sudiste qui finira à son tour par le céder pour éponger ses dettes à un autre «maître» plus cruel et violent. La figure de Nothrup lance 12 years a slave sur les rails

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Cartel

ECRANS | La rencontre entre Cormac McCarthy et le vétéran Ridley Scott produit une hydre à deux têtes pas loin du ratage total, n’était l’absolue sincérité d’un projet qui tourne le dos, pour le meilleur et pour le pire, à toutes les conventions hollywoodiennes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 novembre 2013

Cartel

Il y a sans doute eu maldonne quelque part. Comment un grand studio hollywoodien a-t-il pu laisser Cormac McCarthy, romancier certes adulé mais absolument novice en matière d’écriture cinématographique, signer de sa seule plume ce Cartel, le faire produire par la Fox et réaliser par un Ridley Scott réduit ces dernières années à cloner sans panache ses plus grands succès (Robin des Bois, sous-Gladiator, Prometheus, sous-Alien…) ? Le film est en tout point fidèle à la lettre et à l’esprit de ses œuvres littéraires : omniprésence de la corruption morale, déliquescence d’un monde livré à la sauvagerie et s’enfonçant dans une régression inéluctable vers le chaos, voilà pour l’esprit ; pour la lettre, c’est là que le bât blesse, tant McCarthy se contrefout éperdument des règles élémentaires de la dramaturgie cinématographique. Pas d’expositions des personnages, de longues conversations plutôt virtuoses dans leur façon d’exprimer les choses sans vraiment les nommer, mais qui versent aussi dans une emphase sentencieuse explicitant autant les intentions de l’auteur que la réalité des protagonistes, une action qui progresse dans les art

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Les Amants du Texas

ECRANS | De David Lowery (ÉU, 1h37) avec Rooney Mara, Casey Affleck, Ben Foster…

Christophe Chabert | Mardi 17 septembre 2013

Les Amants du Texas

L’ombre de Terrence Malick plane d’un bout à l’autre de ces Amants du Texas, à commencer justement par son atmosphère planante, cotonneuse, mais aussi par sa voix-off qui, sous couvert d’échanges épistolaires, emmène le film vers des rivages poétiques proches du grand Terry. Sans parler de son intrigue, où un couple de jeunes braqueurs se retrouve séparé, lui en prison, elle en liberté et enceinte. Quatre ans plus tard, il s’évade pour la retrouver, mais la distance s’est creusée, sa responsabilité de mère l’emportant sur sa jeunesse fougueuse. Sans parler du rôle joué par un shérif prévenant, qui pourrait faire un bon père de substitution. Il y a du Badlands là-dedans, mais aussi dans les paysages peints par Lowery, où la nature semble aussi apaisée que les amants sont tourmentés. Les Amants du Texas souffre cependant de ce maniérisme paralysant, qui impacte particulièrement le jeu des acteurs : leur retenue paraît forcée, et le film s’emploie à tout dédramatiser, jusqu’à tendre vers l’anodin et l’ennui. Dommage, du coup, d’avoir embarqué la sublime Rooney Mara dans l’aventure : explosive et sensuelle chez Fincher, elle semble pétrifiée ici, s

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Only god forgives

ECRANS | Nicolas Winding Refn rate le virage post-Drive avec ce film vaniteux qui ressemble à l’œuvre d’un chef décorateur surdoué cherchant sans y parvenir quelque chose à raconter. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 mai 2013

Only god forgives

Quant on avait découvert Drive, Nicolas Winding Refn n’était plus un inconnu : la trilogie Pusher et le génial Bronson avaient déjà montré l’étendue de son talent et de ses ambitions. Si surprise il y avait, c’était celle d’un cinéaste qui synthétisait dans une forme pop et romantique un creuset d’influences et de codes qu’il arrivait à régénérer. Avec Only god forgives, Winding Refn tombe dans son propre maniérisme et ce qui hier relevait du plaisir se transforme ici en effort désespéré pour faire autre chose que de l’imagerie pure et simple. L’argument, en soi, n’est pas plus original que celui de Drive : en Thaïlande, deux frères vivotent entre matchs de boxe et trafics de drogue. Le plus âgé, dans un coup de folie, tue une prostituée, avant d’être à son tour massacré par le père éploré, poussé dans son geste par un flic sadique adepte du karaoké. Débarque alors la maman de la fratrie, qui va pousser le frangin survivant à accomplir sa vengeance. Destockage à Bangkok Passons sur le sous-texte psychanalytique absolument balourd q

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The Place beyond the pines

ECRANS | Après «Blue valentine», Derek Cianfrance retrouve Ryan Gosling pour un ambitieux triptyque cherchant à ranimer la flamme d’un certain cinéma américain des années 70 tout en en pistant l’héritage dans l’indépendance contemporaine. Pas toujours à la hauteur, mais toutefois passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

The Place beyond the pines

The Place beyond the pines est un geste inattendu de la part de Derek Cianfrance. Un peu plus de deux ans après Blue Valentine qu’il avait, rappelons-le, mis près d’une décennie à accoucher, le voilà qui passe un sacré braquet et propose une œuvre éminemment romanesque, à la construction extrêmement ambitieuse et, de fait, très éloignée de son film précédent. Car quelle que soit l’affection que l’on ressentait pour Blue Valentine, celui-ci valait surtout pour la complicité entre ses deux comédiens, Michelle Williams et Ryan Gosling, et par le petit parfum arty qui se dégageait de ce mélodrame dans le fond très calibré Sundance. Gosling est à nouveau le «héros» de The Place beyond the pines, Luke, et son arrivée à l’écran rappelle celle de Mickey Rourke dans The Wrestler : un long plan séquence en caméra portée qui l’escorte de dos d’une caravane vers un chapiteau où ce motard casse-cou effectue une cascade dangereuse en tournant dans une cage sphérique avec trois autres motos vrombissantes. Ce naturalisme objectif à la Dardenne, nappé d’un spleen très

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À la merveille

ECRANS | L’amour naissant et finissant, la perte et le retour de la foi, la raison d’être au monde face à la beauté de la nature et la montée en puissance de la technique… Terrence Malick, avec son art génial du fragment et de l’évocation poétiques, redescend sur terre et nous bouleverse à nouveau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mars 2013

À la merveille

Les dernières images de Tree of life montraient l’incarnation de la grâce danser sur une plage, outre monde possible pour un fils cherchant à se réconcilier avec lui-même et ses souvenirs. C’était sublime, l’expression d’un artiste génial qui avait longuement mûri un film total, alliant l’intime et la métaphysique dans un même élan vital. Autant dire que Terrence Malick était parti loin, très loin. Comment allait-il revenir au monde, après l’avoir à ce point transcendé ? La première scène d’À la merveille répond de manière fulgurante et inattendue : nous voilà dans un TGV, au plus près d’un couple qui se filme avec un téléphone portable. Malick le magicien devient Malick le malicieux : l’Americana rêvée de Tree of life laisse la place à la France d’aujourd’hui, et les plans somptueux d’Emmanuel Lubezki sont remplacés par les pixels rugueux d’une caméra domestique saisissant l’intimité d’un homme et d’une femme en voyage, direction «la merveille» : Le Mont Saint-Michel. La voix-off est toujours là, mais dans la langue de Molière — le film parle un mélange de français, d’espagnol, d’italien et d’anglais — et son incipit est là aussi une pirouett

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Il était une foi…

ECRANS | Un feu d’artifices de films majeurs en mars : Korine, Malick, Cianfrance, Jaoui et Bacri… C’est très simple, si vous n’allez pas au cinéma ce mois-ci, c’est que vous n’aimez pas ça. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 2 mars 2013

Il était une foi…

A priori, rien ne rapproche Spring Breakers (6 mars) de l’enfant terrible Harmony Korine et À la merveille de Terrence Malick (13 mars). D’un côté, la virée sexe, drogues et dubstep dans une Floride de tous les excès de quatre bimbos (débauchées de chez Disney) de la classe moyenne, qui s’improvisent braqueuses pour s’offrir un «Spring break» avant de tomber sous le charme vénéneux d’un dealer-gangster-rappeur surnommé Alien (un James Franco monstrueux). À l’arrivée, un trip narcotique à la narration déconstruite et aux images hallucinées, que l’on peut voir comme une version très libre du Magicien d’Oz. Korine a en commun avec Malick (dont il est grand fan) de chercher la sidération visuelle permanente, un cinéma du fragment et de la beauté pure qui raconte par l’image les états des personnages en les fondant dans leur environnement. Avec À la merveille, Malick s’intéresse à l’amour sous toutes ses formes (d’une femme ou de Dieu), qu’il regarde comme une marée montante et descendante — ce n’est pas pour rien si «la merveille» du titre désigne le Mont Saint-Michel. Le film est sublime, élégiaque et profond, riche de nombreux

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