Regards et destinées

Panorama ciné février | Inné, acquis, conditionnement familial, formatage par le groupe, mimétisme environnemental… C’est à se demander si l’individu jouit réellement de son libre arbitre pour exprimer son caractère profond. Être soi n’est pas toujours une sinécure…

Vincent Raymond | Mercredi 5 février 2020

Inutile d'apprendre à un public de cinéma la puissance d'un faisceau de regards braqués sur une même cible : remplacez l'écran par une personne et celle-ci éprouve aussitôt un indicible poids psychologique proportionnel à la proximité affective la liant à ses scrutateurs. Prenez la Mamacita de Jose Pablo Estrada Torrescano (12 février). Cette maîtresse-femme mexicaine centenaire ne s'en est jamais laissé compter et pourtant, devant la caméra de son petit-fils, voilà que cette fière (et baroque) patronne d'une chaîne de salon de beauté va fendre l'armure, pour la première fois de sa tumultueuse vie. On en oublierait presque sa mauvaise foi chronique ! À noter qu'il s'agit du premier film distribué par les Grenoblois de Plátano films.

Pour l'amère et aigrie Lara Jenkins, héroïne-titre du nouveau Jan-Ole Gerster (26 février), la crainte de ne pas être une concertiste exceptionnelle l'a conduite à pousser son fils Viktor à devenir pianiste… avec une rigueur à la mesure de son perfectionnisme. Résultat ? Le jour de ses 60 ans, Lara est une retraitée solitaire, au bord du suicide, quand Viktor s'apprête à créer sa première composition. 24 heures de la vie d'une femme évoquant autant Chabrol que Haneke, grâce à Corinna Harfouch — dont le personnage ingrat et froid aurait pu être campé par Huppert — ; un portrait subtil de sexagénaire anguleuse, égarée dans les lignes d'une ville géométrique et la bile de son ressentiment, mais à qui on découvrira des circonstances atténuantes.

Objections ?

Tiens, puisque l'on parle justice, La Fille au bracelet de Stéphane Demoustier (12 février), adaptation française du Acusada signé par l'Argentin Gonzalo Tobal, relate le procès d'une adolescente en apparence bien sous tous rapports accusée d'avoir assassiné sa meilleure amie en représailles à une histoire de sextape. Une intéressante réflexion sur la puissance irréelle des réseaux “sociaux“ et la “déréalisation“ des actes — fût-on issu d'un milieu favorisé —, mais aussi sur l'étonnant pouvoir de dissimulation des ados (ou d'aveuglement de leurs parents, refusant d'admettre qu'ils ont des désirs, besoins ou… pulsions d'adultes). Et comme la fin de ce film de prétoire n'élucide rien, l'impénétrable Melissa Guers (révélation de ce long métrage) renverra chacun·e à son âme et conscience…

C'est en revanche à cause de sa modeste extraction que l'avocat de Dark Waters (26 février) est sollicité par un fermier voisin de sa grand-mère, désireux d'attaquer le chimiquier DuPont de Nemours qu'il accuse de polluer ses terres. Un combat rappelant David contre Goliath, ou celui d'Erin Brockovich, et à la clef la mise au jour d'un scandale sanitaire : le fait que le PFOA enfoui par l'entreprise était nocif et qu'elle le savait. Par son thème et sa forme (mise en scène, musique, image bleuie…), le film de Todd Haynes fait violemment écho au Révélations de Michael Mann ; toutefois, on ne peut l'accuser d'être opportuniste : déjà dans Safe (1995) il traitait d'un cas extrême d'empoisonnement multifactoriel, débouchant sur une allergie généralisée.

Où l'on naît, où l'on est

Une flopée de films interrogent, enfin, très frontalement le déterminisme. Tu mourras à 20 ans de Amjad Abu Alala (12 février) l'annonce même dans son titre ! On suit dans cette fable moderne le parcours cahoteux d'un jeune Soudanais sur qui pèse une malédiction proférée le jour de sa naissance : son trépas lors de son vingtième anniversaire. Ainsi marquée par le sceau de la tradition, une enfance est forcément biaisée, surtout quand l'entourage vous rejette comme un pestiféré. Avec son petit héros doué de la capacité de revêtir l'apparence des personnes qu'il a touchées, et qui prend celle d'un camarade tragiquement disparu, La Dernière Vie de Simon de Léo Karmann (5 février) joue la carte du conte fantastique pour métaphoriser la dualité intérieure que peut ressentir un enfant adopté… Doté d'effets minimalistes, évoluant en drame sentimental puis en mélo, ce premier long où l'on retrouve Benjamin Voisin est une réussite. Quant à Adam (même date) de l'autrice-actrice Maryam Touzani (Razzia), il montre comment au Maroc, une future fille-mère a du mal a accepter son enfant à naître, mais aussi à s'accepter, cela parce qu'elle n'est pas acceptée dans sa situation. Où que l'on se trouve, les regards pèsent toujours plus lourd sur les épaules d'une femme que sur celles d'un homme…

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“Annette” de Leos Carax : Noces de son

Ouverture Cannes 2021 | Espéré depuis un an — son titre est d’ailleurs une quasi anagramme d’“attente” —, le nouveau Carax tient davantage de la captation d’un projet scénique que de ses habituelles transes cinématographiques. Vraisemblablement nourrie de son histoire intime, cette mise en abyme du vampirisme trouble entre artistes, artistes et modèles, artistes et environnement familial dépose presque toute fragilité en multipliant les oripeaux chic, glamour et trendy. Parfait pour le tapis rouge de l’ouverture de Cannes ; moins pour l’émotion…

Vincent Raymond | Mercredi 7 juillet 2021

“Annette” de Leos Carax : Noces de son

Figurer en ouverture sur la Croisette n’est pas forcément une bonne nouvelle pour un film. A fortiori cette année, après deux ans de disette. Car ce que le Festival attend de sa première montée des marches, c’est qu’elle amorce la pompe à coup de stars, de strass et de flashs fédérateurs. L’œuvre qui abrite ces premiers de cordée se trouve souvent reléguée à l’enveloppe de luxe et elle encourt surtout le risque d’être vite oblitérée d’abord par le reste de la sélection, puis par le tamis temps — on n’aura pas la cruauté de rappeler quelques pétards mouillés du passé… Cochant les cases de la notoriété grand public et auteur, Annette souscrit également — on le verra — à d’autres paramètres prisés par les festivals : une dénonciation à travers la comédie musicale cinématographie de l’égotisme des gens de la “société du spectacle”, à l’instar du All That Jazz

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Le street c’est chic

Expo | A l’occasion de son exposition de Noël la galerie PASQUI ouvre ses cimaises à de nouveaux artistes, augmentant une offre déjà riche et (...)

Niko Rodamel | Mardi 8 décembre 2020

Le street c’est chic

A l’occasion de son exposition de Noël la galerie PASQUI ouvre ses cimaises à de nouveaux artistes, augmentant une offre déjà riche et diversifiée. Imprégné de pop-culture et animé par la volonté de démocratiser l’art, le sculpteur-designer-musicien Richard Orlinski décline son Kiwikong en deux séries, dont l’une en édition limitée. Aux côtés de trois œuvres de Caroline Maurel dans lesquelles l’artiste fait prendre la pose aux jouets, nous découvrons le travail en 3D lenticulaire d’Alain Vaissiere. Dans la vitrine Est, ne ratez pas le clin d’œil coquin à Miss.Tic signé Ladamenrouge (voir notre article). Exposition de Noël à la galerie PASQUI, décembre et au-delà, 9 rue des Creuses à Saint-Étienne

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Dans ta rue

Art urbain | La vie normale reprend prudemment son cours. Les hôpitaux reprennent leur souffle, l’économie balbutie un timide redémarrage et le monde de la culture se réveille d’un sommeil profond. Puisque les lieux d’expression artistique ne rouvriront leurs portes que très progressivement, voilà peut-être l’occasion de regarder avec une plus grande attention l’art qui s’offre à nos yeux, à ciel ouvert dans la ville… Le temps de prendre des nouvelles de la planète street art auprès de quelques créateurs locaux, nous avons concocté pour vous une balade stéphanoise en mode art urbain. Alors sortez dans la rue et ouvrez grand les yeux.

Niko Rodamel | Mardi 9 juin 2020

Dans ta rue

Drôle d’époque. Né aux confins de la Chine sous les écailles d’un malheureux pangolin qu’on ne reprendra plus à fricoter avec les chauve-souris, un virus-grippette devenu pandémie vient secouer la planète. Crise sanitaire puis économique en cascade. L’effet Eyjafjallajökull (toujours imprononçable depuis son éruption en 2010), mais cette fois-ci poussé à son paroxysme. Et patatras, un strict confinement nous prive soudain de tout, de nos familles, de nos amis et de culture partagée. Les visites virtuelles proposées par les plus grands musées, les rediffusions de spectacles ou encore les surréalistes visio-apéros n’y feront rien ou pas grand-chose. Huit semaines de blackout. Marasme total. Nulle part où se retrouver, pas un bar ouvert, aucun restaurant, pas même un stade. Au moment où l’assourdissante nouvelle du confinement tombait, deux campagnes d’affichage semblaient se répondre dans les rues de Saint-Étienne. D’une part, la mise en scène très réglementée des affiches électorales, alignant côte à côte huit candidats et candidates, bien identifiés puisque soumis au suffrage universel. D’autre part, la série (en)Regards de la plasticienne stéphanoise MS Nourdi

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"Dark Waters" : Eaux sales et salauds

ECRANS | Quand des lanceurs d’alertes et la Loi peuvent faire plier une multinationale coupable d’avoir sciemment empoisonné le monde entier… Todd Haynes raconte une histoire vraie qui, étrangement, revêt une apparence patinée dans l’Amérique de Trump.

Vincent Raymond | Mercredi 19 février 2020

Tout juste promu associé dans un cabinet d'affaires spécialisé dans la défense des grosses firmes, un jeune avocat est sollicité par un fermier voisin de sa grand-mère désireux d'attaquer le chimiquier DuPont qu'il accuse de polluer son sol. Combat du pot de fer contre le pot de terre empoisonnée… Paranoïaques, attention ! Si vous ne suivez pas assidument la chronique judiciaire ni les publications scientifiques d’outre-Atlantique, vous ignoriez peut-être qu’un sous-produit de synthèse omniprésent dans notre quotidien (des batteries de cuisine aux vêtements en passant par les moquettes), miraculeux du fait de ses propriétés anti-adhésives, présentait le *léger* inconvénient de ne pas être dégradé par le vivant tout en provoquant des dommages considérables à la santé. Et que les sociétés l’ayant commercialisé, en toute conscience, avaient préféré arbitré selon l’équation bénéfices/risques — bénéfices en dollars, évidemment. Nouvelles révélations Nul ne pourra accuser Todd Haynes d'opportunisme parce qu'il aborde un sujet environnemental. Dans Safe, (1995) déjà, le cinéaste traita

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Stéphane Demoustier : « Les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

ECRANS | Pour son troisième long métrage, Stéphane Demoustier signe un “film de prétoire“ inspiré d’un fait divers argentin en forme d’énigme absolu. Un film où la question de la culpabilité apparaît au second plan, derrière une étude fine de l’adolescence contemporaine…

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Stéphane Demoustier : « Les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

La Fille au bracelet Pourquoi avoir voulu questionner l’adolescence à travers la justice ? Stéphane Demoustier : Parce que je trouve ça captivant ! On m’a parlé de ce fait divers argentin et, à la faveur de cette affaire, c’était un super moyen d’aborder l’adolescence comme de faire le portrait de cette jeune fille. Il y avait aussi la volonté de faire un film sur une question qui me hantait et que j’avais envie de partager : “connaît-on oui ou non ses enfants ?“. Un procès est un moment idéal pour cela : le père découvre sa fille sous un jour nouveau. Cette affaire m’a convaincu de raconter l’histoire du point de vue de cette jeune fille et de faire en creux le portrait de son altérité. Cette idée d’altérité est exacerbée au moment de l’adolescence, sûrement pour l’adolescent qui se cherche encore. C’est ce qui est captivant chez eux : ils sont encore en devenir. Acusada de Gonzalo Tobal a-t-il été un obstacle entre ce fait divers et votre film ?

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Mamacita : La mamatriarche

ECRANS | Documentaire de Jose Pablo Estrada Torrescano (Mex., 1h15)

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Mamacita : La mamatriarche

Bientôt centenaire, la Mexicaine Mamacita n’a rien d’une grand-mère gâteau. Partie de rien, cette femme à poigne ayant réussi à monter une chaîne de salons de beauté, avait fait promettre à son petit-fils parti étudier le cinéma en Allemagne, qu’il lui consacrerait un film. Le voici… Impressionnante, irritante et attachante à la fois… Au fil de ses images, Jose Pablo Estrada Torrescano révèle sans filtre une maîtresse-femme assumant fièrement sa coquetterie et son autorité (voire, son autoritarisme) mâtinée d’une redoutable mauvaise foi chronique. Mais cet aplomb d’acier, conjugué à son tempérament baroque, apparaissent comme les piliers de sa résilience, Mamacita ayant eu à dépasser les revers de fortune de ses parents. Bien que volontiers rudoyé par son aïeule, Jose Pablo Estrada Torrescano va parvenir à force de présence et de bienveillance à lui arracher des confidences très intimes sur son rapport à ses “fantômes“ et lui faire fendre l’armure pour la première fois de sa tumultueuse vie. Mamacita aurait-elle livré toutes ces vérités sans l’interface artéfactuelle de la caméra, et donc la certitude d’une part de postérité ? Rien n’est moins sûr. Ce qu’elle

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"La Fille au bracelet" : Maillons à partir avec la justice

ECRANS | De Stéphane Demoustier (Fr., 1h36) avec Melissa Guers, Chiara Mastroianni, Roschdy Zem…

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents… Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentours ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la “règle du jeu“ au public : « voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience ». Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en “s’invitant“ dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire

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"Tu mourras à 20 ans" : La vie et rien d’autre

ECRANS | De Amjad Abu Alala (Sou.-Fr.-Ég.-All.-Nor.-Qa., 1h45) avec Mustafa Shehata, Islam Mubarak, Mahmoud Elsaraj…

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Soudan. Alors que se tient devant l’ensemble du village une cérémonie célébrant la naissance de Muzamil, le chef religieux prophétise que l’enfant succombera à 20 ans. Consterné, le père s’enfuit travailler à l’étranger et la mère élève Muzamil dans cette unique perspective funeste… Régulièrement dépeint sur nos écrans, le déterminisme social minant l’Occident possède un double maléfique dans les pays où la tradition/l’obscurantisme/la religion (rayez la mention inutile) fait sa loi. Cette fable moderne l’illustre, qui fait froid dans le dos par sa gravité réaliste. Et serre le cœur, à moins d’être totalement dépourvu d’empathie. Car Amjad Abu Alala montre les effets pervers de la malédiction inaugurale : un conditionnement généralisé biaisant toute destinée. Ainsi, sa mère porte le deuil de Muzamil dès le jour de sa naissance et lui interdit quasiment tout contact avec l’extérieur (incitant de fait les autres enfants à l’affubler du charmant sobriquet de Fils-de-la-Mort), ne lui laissant pour seules occupation que la fréquentation de l’école coranique où il pourra enfin bénéficier d’une attention positive après avoir appris par cœur tous les textes sacrés.

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"Adam" : Les délices de Casa

ECRANS | De Maryam Touzani (Mar.-Fr.-Bel., 1h33) avec Lubna Azabal, Nisrin Erradi, Douae Belkhaouda…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Samia erre dans la Médina, en quête d’un travail. Mais sa situation de jeune femme enceinte seule lui ferme toute les portes. Jusqu’à ce qu’elle arrive chez Abla, veuve revêche qui l’héberge à contrecœur sur l’insistance de sa fille de 8 ans. Les talents de pâtissière de Samia feront le reste… Le chemin du cœur passe par l’estomac, dit la sagesse populaire, qui n’a certes jamais dû ouvrir un manuel d’anatomie. Tout aussi absurde semble l’assertion selon laquelle la gourmandise serait transmissible par le regard… Et pourtant ! Combien nombreux sont les films qui, exaltant les plaisirs du palais, suscitent d’irrépressibles réflexes de salivation pavloviens chez leurs spectateurs ! Adam appartient à cette succulente catégorie d’œuvres où l’art culinaire sert de méta-langage entre les individus, de truchement social et sentimental ainsi que de vecteur nostalgique. Comme dans Le Festin de Babette, La Saveur des ramen ou Les Délices de Tokyo, le miracle qui se produit en bouche redonne vie à des cœurs secs ; la sensualité de la dégustation et la complicité de la préparatio

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"La Dernière Vie de Simon" : Des débuts prometteurs

ECRANS | De Léo Karmann (Fr., 1h43) avec Benjamin Voisin, Camille Claris, Martin Karmann…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

À part Thomas et Madeleine, personne ne connaît le secret de Simon, petit orphelin capable de prendre l’apparence de ceux qu’il touche. Quand Thomas est victime d’un accident, Simon le remplace sans prévenir qui que soit. Dix ans plus tard, Simon va “ressurgir“… Du fantastique à la française ! C’est-à-dire héritier de la (bonne) littérature de la fin du XIXe siècle, du Horla de Maupassant, de L’Homme à l’oreille cassée d’About, de La Cafetière de Gautier — tous ces romans et nouvelles ayant profité du mouvement positivo-scientiste pour entrouvrir les volets du paranormal, pendant que Jules Verne conservait une rigueur tout cartésienne. Ici, point de pyrotechnie ni de super-héros en cape et collants, mais l’instillation perpétuelle du doute et de l’inquiétude : sur les visages, dans les regards, et même dans la douceur fluide des mouvements de caméra. Conte fantastique, La Dernière Vie de Simon tient également de l’habile réflexion identitaire, métaphorisant la dualité intérieure que peut ressentir un enfant adopté — même si l’amour qu’il reçoit de sa famille d’accueil lui permet de développer ave

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"La Famille Addams" : Masure douce masure

ECRANS | De Conrad Vernon & Greg Tiernan (É.-U., 1h27) avec les voix (v.f) de Mélanie Bernier, Kev Adams, Alessandra Sublet…

Vincent Raymond | Mercredi 4 décembre 2019

Alors que le jeune Pugsley Addams prépare sa Mazurka, la sinistre quiétude du manoir familial est perturbée par un chantier dans le voisinage : la construction d’un lotissement empestant la joie de vivre, sous la houlette une animatrice télé qui envisage de “redécorer“ la demeure Addams… Quelque part, il y a une forme de logique à ce que la bande dessinée de Charles Addams, jadis adaptée en série télé, puis en longs métrages en prises de vues réelles, puis en série animée pour la télévision, revienne sur le grand écran en film d’animation. D’abord, parce que la tendance du moment — éprouvée et approuvée par Disney — c’est de rentabiliser une licence sous toutes ses formes ; ensuite parce que dans le cas particulier de la Famille Addams, il aurait été presque inconvenant de laisser ces personnages reposer en paix sans pratiquer sur eux quelque opération frankensteinesque. C’est l’avantage des monstres et autres figures du monde macabre : il ne peuvent guère souffrir d’une atteinte à leur intégrité ! Vernon & Tiernan jouent donc sur du velours en convoquant ces vieilles connaissances et leur épouvante d’opérette dont les pré-ados

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Cercle invite Adam Beyer à Lyon

Techno | Cercle, vous connaissez ? Les amateurs de musique électronique en sont friands pour la plupart. L'idée, c'est un peu Boiler Room revisité en mieux. (...)

Nicolas Bros | Mercredi 28 août 2019

Cercle invite Adam Beyer à Lyon

Cercle, vous connaissez ? Les amateurs de musique électronique en sont friands pour la plupart. L'idée, c'est un peu Boiler Room revisité en mieux. On installe la crème des Djs internationaux dans des lieux insolites, d'exception ou patrimoniaux importants. Cela donne par exemple Solomun au Théâtre antique d'Orange, Adriatique au Signal 2018 de l'Alpe d'Huez, Nina Kraviz sur la Tour Eiffel, Rodriguez Jr. sur la falaise d'Étretat, Maceo Plex sur l'Hudson River ou encore Carl Cox au Château de Chambord. Ces événements se déroulent les lundis, soient à huis clos, soient ouverts au public au moyen de billets qui partent comme des petits pains. Bonne nouvelle pour les régionaux, le Cercle revient pour la seconde fois à Lyon en invitant Adam Be

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"The Dead Don't Die" : Comme un petit goût de reviens-y-pas

Cannes 2019 | Quelle mouche a piqué Jim Jarmusch (ou quel zombie l’a mordu) pour qu’il signe ce film ni série B, ni parodique, ni sérieux ; ni rien, en fait. Prétexte pour retrouver ses copains dans une tentative de cinéma de genre, ce nanar de compétition figure dans celle de Cannes 2019 dont il effectue en sus l’ouverture.

Vincent Raymond | Mercredi 15 mai 2019

Centerville, États-Unis. Depuis la fracturation des Pôles, la terre est sortie de son axe et de drôles de phénomènes se produisent : la disparition des animaux ou l‘éveil des macchabées qui attaquent la ville. Au bureau du shérif Robertson, on commence à lutter contre les zombies… Certes oui, l’affiche de The Dead Don’t Die vantant son « casting à réveiller les morts » a de la gueule. Mais empiler des tombereaux de noms prestigieux n’a jamais constitué un gage de qualité, ni garanti de provoquer le tsunami de spectateurs escompté par les producteurs. Voyez les cimetières, où l’on trouve pourtant la plus forte concentration de génies au mètre carré (et une proportion non négligeables de sinistres abrutis) : outre les taphophiles, ils ne rameutent guère les foules. Blague à part, cette affiche reproduisant luxueusement celle plus brute de décoffrage de La Nuit des Morts-Vivants (1968) annonce d’emblée la couleur : Jarmusch vient rejouer la partition du classique horrifique de George A. Romero. C’est loin d’être la premiè

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"Escape Game" : Le game qui tue le game

Toute sortie est définitive | De Adam Robitel (E.-U.-Af. du S., avec avert., 1h39) avec Taylor Russell McKenzie, Logan Miller, Deborah Ann Woll…

Vincent Raymond | Mercredi 27 février 2019

Ils sont six à avoir reçu en cadeau une invitation à tester le plus formidable escape game de la ville. Six alléchés par la prime offerte au vainqueur. Six à déchanter lorsqu’ils découvrent que les pièces infernales s’enchaînent et qu’elles essayent toutes de les tuer. Pour de vrai… Il fallait bien que cela arrive : l’essor et l’engouement pour les escape games devait inspirer une adaptation cinématographique. Un juste retour des choses, puisque ces espaces ludiques hautement scénarisés tirent leurs ambiances pour partie d’univers littéraires et majoritairement d’atmosphères filmiques, à grand renfort de sound design. Mélange assez pervers d’éléments connus aperçus dans Dix petits nègres, Cube, Destination finale, Action ou vérité et Saw (la dimension fantastique en moins), Escape Game fait défiler une série de décors-énigmes témoignant de l’ingéniosité vicieuse des auteurs. On s’attend à être crispé sur son fauteuil et, de fa

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Quand le désert avance

Blues | Ezza entend bien incarner la nouvelle musique touareg : sans pour autant trahir ses racines, le trio livre un très groovy blues du désert mâtiné de rock, (...)

Niko Rodamel | Mardi 5 mars 2019

Quand le désert avance

Ezza entend bien incarner la nouvelle musique touareg : sans pour autant trahir ses racines, le trio livre un très groovy blues du désert mâtiné de rock, avec des textes engagés qui évoquent notamment le Niger, pays d'origine du chanteur Omar Adam. Ezza, dimanche 17 mars à 16h, Hall Blues Club de Pélussin

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Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Vice | Biopic pop d’un politicien matois peu bavard, Vice approche avec une roublarde intelligence et un judicieux second degré le parcours du terrible Dick Cheney. Nous avons rencontré son auteur à Paris, ainsi que l’interprète de Lynne Cheney. Et nous les avons fait parler…

Vincent Raymond | Jeudi 14 février 2019

Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Après le 11 septembre, étiez-vous conscient de la politique manipulatrice de Cheney ? AMcK : Franchement, non. Ça n’a été qu’au moment de l’invasion de l’Irak que soudain il y a eu une prise de conscience que quelque chose n’allait pas, qu’une riposte n’était pas justifiée. Nous avons participé à toutes les grandes manifestations de protestation, mais il a fallu près de deux ans pour que nous puissions réagir. Adam, vous dites en ouverture du film que les renseignements sur Cheney ont été difficiles à trouver. Comment avez-vous procédé ? AMcK : Au départ, notre équipe de chercheurs à exploré tout le corpus “cheneyen“ existant : tous les livres officiels, les interviews disponibles sur sa vie et son travail politique — ça ne manquait pas ! Une fois ce travail accompli, on a recruté nos propres journalistes qui sont allés faire des enquêtes sur les coulisses, à la rencontre de toutes ces personnes qui ont eu, à un moment ou un autre, affaire à la famille Cheney, à so

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"Vice" : Au cœur du ̶p̶o̶u̶r̶r̶i̶ pouvoir

Biopic pop | En général, la fonction crée l’organe. Parfois, une disposition crée la fonction. Comme pour l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney, aux prérogatives sculptées par des années de coulisses et de coups bas, racontées ici sur un mode ludique. Brillant et glaçant.

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Le fabuleux destin d’un soûlard bagarreur troquant, après une cuite de trop et les admonestations de son épouse, sa vie de patachon pour la politique. D’abord petite main dans l’administration Nixon, l’insatiable faucon parviendra à devenir le plus puissant des vice-présidents étasuniens… Reconnaissons à Hollywood ce talent que bien des alchimistes des temps anciens envieraient : transformer la pire merde en or. Ou comment rendre attractive, à la limite du grand spectacle ludique, l’existence d’un individu guidé par son intérêt personnel et son goût pour la manipulation occulte. C’est que Dick Cheney n’est pas n’importe qui : un type capable d’envoyer (sans retour) des bidasses à l’autre bout du monde lutter contre des menaces imaginaires histoire d’offrir des concessions pétrolières à ses amis, de tordre la constitution à son profit, de déstabiliser durablement le globe peut rivaliser avec n’importe quel villain de franchise. Il est même étonnant que McKay parvienne à trouver une lueur d’humanité à ce Républicain pur mazout : en l’occurrence son renoncement à la primai

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Pris dans la Naas

Soul | Le jeune Adam Naas et sa voix unique ont marqué les oreilles en 2018 avec son premier album The Love Album, doux mélange de soul, de lévitation sonore et d'extase pop. Rencontre avec ce tout jeune artiste qui défendra son album le jour de la Saint-Valentin au Fil. Signe d'une idylle naissante entre Saint-Étienne et lui ?

Nicolas Bros | Mardi 5 février 2019

Pris dans la Naas

Vous avez créé votre premier album, The Love Album, en vous entourant de nombreux proches tels que Luis Guego, Christelle Cannot, Guillaume de la Villéon, Dan Black de The Servants... Comment s'est passée la composition ? Ca dépendait des chansons en fait. Des chansons étaient déjà là, d'autres que nous avons créées ensemble. C'était important pour moi de retrouver ces chansons dans l'album. C'était un joyeux n'importe quoi en gros (rires). Ces titres sont venus au fur et à mesure. Je ne voulais pas me mettre dans un état ou un mood spécifique pour écrire. J'ai laissé venir. On fait souvent référence à Prince lorsque l'on parle de vous. Est-ce que cela vous saoule à force de lire un tel rapprochement ou au contraire, êtes-vous d'accord avec ça ? Franchement, ne pensez-vous pas que j'aurais l'air d'un idiot de dire que cela m'embête que l'on me compare à Prince ? (rires) Je prends le compliment avec plaisir mais je pense que si j'avais un blanc aux cheveux blonds, d'1m95 avec des yeux

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Sax bomb

Jazz | Ils sont quelques-uns (mais trop peu nombreux) à savoir marier, comme le fait Julian Costello, jazz de haute volée et humour décalé. Sur scène, l’inénarrable (...)

Niko Rodamel | Mardi 4 décembre 2018

Sax bomb

Ils sont quelques-uns (mais trop peu nombreux) à savoir marier, comme le fait Julian Costello, jazz de haute volée et humour décalé. Sur scène, l’inénarrable saxophoniste et son quartet ne cessent de réinventer Transitions, le bel EP sorti sur le label 33 Jazz Records voilà un an. La musique de Costello déploie une énergie à la fois dense et émotionnelle au service d’un riche mélange de cultures sonores. La force du groupe tient sans doute dans la spontanéité complice et la bonne humeur communicative qui lient le Britannique à ses excellents sidemen. Brillant aux sax soprano ou ténor et doué d’un remarquable sens de la mélodie, Julian Costello s’est effectivement entouré d’une belle brochette de musiciens. Le guitariste polonais Maciek Pysz maîtrise confortablement son rôle de second soliste grâce à une solide section rythmique, très en place, tenue par le contrebassiste moscovite Yuri Goloubev et le batteur-percussionniste canadien Adam Teixeira. Ce dernier a par ailleurs réalisé un très intéressant album, Texture, en duo avec le pianiste Chris Pruden qui pour l’occasion joue sur des synthétiseurs analogiques. Julian Costello Quartet, dimanch

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"Alad'2" : Pareil, et en moins bien

$uit€ | de Lionel Steketee (Fr., 1h38) avec Kev Adams, Jamel Debbouze, Vanessa Guide…

Vincent Raymond | Mercredi 26 septembre 2018

Sofia a quitté Sam. Dans l’avion pour la rejoindre, Sam imagine la suite des aventures d’Aladdin, chassé de Bagdad par le cruel Shah Zaman qui, de surcroît veut épouser la princesse Shalila. Aidé par son génie, le rusé voleur repart en conquête de sa promise et de Bagdad… La coutume veut que la suite d’un succès cherche à le superlativer — en y parvenant rarement, d’ailleurs — grâce à une histoire plus époustouflante, la montée en gamme de la réalisation et une distribution de prestige. C’est visiblement ce troisième point qui a été privilégié avec le recrutement de Jamel Debbouze comme co-star (par ailleurs intercesseur idéal pour qui souhaite tourner au Maroc, semble-t-il. Mais associer les deux humoristes revient à mélanger de l’eau et de l’huile (ou l’inverse) ; de fait, chacun déroule son one man show à sa sauce dans son segment de film sans qu’il y ait réellement de rencontre. On suit donc en alternance des sketches où Kev, aventurier aux adbos souriants, croise pléthore de stars venues faire des caméos, et d’autres où Djamel, en félon, bredouille ses répliques façon de Funès oriental. Notons

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Frisco mise à l'honneur à la Foire

Foire de Saint-Étienne | La Foire Internationale de Saint-Étienne fête cette année ses 70 ans d'existence en mettant à l'honneur la Californie et plus particulièrement San Francisco et sa magnifique baie.

Nicolas Bros | Jeudi 13 septembre 2018

Frisco mise à l'honneur à la Foire

Une 70e édition sous le soleil de Californie pour la Foire Internationale de Saint-Étienne. En mettant à l'honneur San Francisco à travers une exposition singulière, Welcome To San Francisco, conçue par Alexandre Cavalli, l'événement stéphanois propose à ses visiteurs de découvrir cette ville de l'Ouest américain d'une manière originale, en suivant l'épopée californienne à travers les années. « Au fil de la visite, les pièces de cette superbe collection mises en situation ou sous vitrines, nous plongent dans le quotidien de l’époque, explique l'organisation. Certains objets sont rares, d’autres tout à fait uniques, mais tous sont emblématiques, Une pointe de flèche datée de - 6 000 ans, un canoë de chercheur d’or, un casque de conquistador du 16ème siècle, un buvard publicitaire Levis Strauss de 1850, une Winchester de 1894, des bouteilles millésimées de grands crus californiens, une Harley Davidson de la police de San Francisco…» Animations, concerts et stars télévisées Outre cette mise en avant de S.F. et les habituels stands commerciaux, la Foire propose cette année des rencontres avec des habitués du petit écran co

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Flegmatique

MUSIQUES | La saxophoniste anglais Julian Costello marie comme personne jazz et humour, racontant à travers sa musique des histoires emplies de chaleur et (...)

Niko Rodamel | Mardi 4 septembre 2018

Flegmatique

La saxophoniste anglais Julian Costello marie comme personne jazz et humour, racontant à travers sa musique des histoires emplies de chaleur et d’humanité. La créativité du groupe (on retrouve Maciek Pysz aux guitares, Yuri Goloubev à la contrebasse, Adam Teixeira à la batterie et aux percussions) tient sans doute dans la spontanéité des interactions qui jaillissent de façon inattendue entre les quatre musiciens. Un jazz jouissif qui met de bonne humeur. Julian Costello Quartet, dimanche 9 décembre à 18h, le Fil à Saint-Étienne

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"BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan" : Afros, blancs et méchants

Rire sous cape | Deux flics — l’un noir, l’autre blanc et juif — infiltrent la section Colorado du KKK. Le retour en grâce de Spike Lee est surtout une comédie mi-chèvre mi-chou aux allures de film des frères Coen — en moins rythmé. Grand Prix Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 28 août 2018

Colorado Springs, aube des années 1970. Tout juste intégré dans la police municipale, un jeune flic noir impatient de “protéger et servir” piège par téléphone la section locale du Ku Klux Klan. Aidé par un collègue blanc, sa “doublure corps“, il infiltrera l’organisation raciste… Spike Lee n’est pas le dernier à s’adonner au jeu de l’infiltration : dans cette comédie « basée sur des putains de faits réels » (comme l’affiche crânement le générique), où il cite explicitement Autant en emporte le vent comme les standards de la Blaxploitation (Shaft, Coffy, Superfly…), le réalisateur de Inside Man lorgne volontiers du côté des frères Coen pour croquer l’absurdité des situations ou la stupidité crasse des inévitables sidekicks, bêtes à manger leur Dixie Flag. Voire sur Michael Moore en plaquant en guise de postface des images fraîches et crues des émeutes de Charlottesville (2017). Cela donne un ton cool, décalé-cocasse et familier, rehaussé d’une pointe d’actualité pour enfoncer le clou, au cas où les allusions appuyées à la

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"L’Homme qui tua Don Quichotte" : Malédiction…

Enfin ? | Pendant un quart de siècle, Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnages et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Jeudi 31 mai 2018

De retour en Espagne, où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative retrouve le cordonnier à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le Chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même, jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une de nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi suscité une attente démesurée auprès du public, sa

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"Game Night" : Un coup de dés jamais n'abolira le bazar

Comédie | de Jonathan Goldstein & John Francis Daley (E.-U., 1h40) avec Jason Bateman, Rachel McAdams, Kyle Chandler…

Vincent Raymond | Mercredi 18 avril 2018

Depuis toujours, Max est rabroué et humilié par son frère aîné Brooks, dont la superlative réussite minore le moindre de ses succès. Invités chez le vantard pour une soirée jeux entre amis, Max et son épouse Annie ont l’intention de prendre leur revanche. Mais rien ne se passe comme prévu… Semblant résulter de la rencontre fortuite entre The Game et Very Bad Trip sur un plateau de Pictionnapoly, Game Night appartient à cette race de films qu’on soupçonne d’avoir été créés par des scénaristes en chien un soir d’éthylisme festif ; à ce moment d’open bar où les hybridations les plus tordues n’effraient plus personne — c’est dans ce contexte que le (pas si mal, d’ailleurs) Abraham Lincoln : Chasseur de vampires avait dû voir le jour. Comme il y a toujours un producteur éméché pour dire « j’achète », vous devinez la suite… Pas de surprise dans l’enchaînement des gags, ni des situations : le film déroule une escalade de quiproquos et de méprises comme Fast &

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"Love addict" : Sur le divan

Flirt | Séducteur compulsif, Gabriel a perdu son dernier job à cause de son… inextinguible besoin de conquérir les femmes. Pour conserver son nouveau poste, il a (...)

Vincent Raymond | Mercredi 18 avril 2018

Séducteur compulsif, Gabriel a perdu son dernier job à cause de son… inextinguible besoin de conquérir les femmes. Pour conserver son nouveau poste, il a recours aux services d’une psy reconvertie coach, Marie-Zoé. Leur animosité mutuelle ne cache-t-elle pas une vague attirance ? Et si le problème cardinal des films avec Kev Adams, c’était tout simplement Kev Adams ? Dans son genre, Love Addict n’est pas si mal : pour qui s’est infligé Gangsterdam ou Les Aventures d’Aladdin, c’en est presque miraculeux. Car il s’agit d’une variation ne disant pas son nom — se peut-il qu’elle s’ignore ? — et assagie du délirant What’s New Pussycat ? (1965) de Clive Donner. Jadis scénarisée par Woody Allen, cette comédie sur un impénitent collectionneur prend au passage une sale teinte ironique à présent que ce dernier est considéré comme un vieux satyre. Frank Bellocq n’est ni Donner ni Allen, mais il se tire plutôt bien de

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"Madame Hyde" : Bozon maudit

Pas fantastique | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip-Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman de Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine d’ailleurs à comprendre le “pourquoi” de ce film. Son “comment” demeure également mystérieux, avec ses séquences coupées trop tôt, son pseudo humour décalé sinistre, la réalisation de “moments“ musicaux plus statiqu

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Paumes d’Adam

Expo au théâtre | Manu Adam ne se refuse aucune matière ni aucune technique, entre dessin, peinture, installations, peintographie et photograture. Le plasticien fait naître (...)

Niko Rodamel | Mardi 6 février 2018

Paumes d’Adam

Manu Adam ne se refuse aucune matière ni aucune technique, entre dessin, peinture, installations, peintographie et photograture. Le plasticien fait naître de ses mains un univers à géométrie variable où l’étrange se taille un chemin sinueux dans une réalité multiple. Révolution, une exposition à voir jusqu’en mars au Chok Théâtre.

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"Logan Lucky" : Un Soderbergh petit bras

ECRANS | de Steven Soderbergh (E.-U., 1h58) avec Channing Tatum, Adam Driver, Seth MacFarlane…

Vincent Raymond | Mercredi 25 octobre 2017

Les frères Logan sont des poissards, Clyde (qui a perdu son avant-bras à l’armée) en est persuadé. Bien que récemment viré et divorcé, son aîné Jimmy, n’y croit pas et lui propose un casse d’autant plus ardu à accomplir qu’ils doivent compter sur Joe Bang, un braqueur… incarcéré. Heu ? Face à l’affiche, il y a de quoi baver : Soderbergh réunit James Bond, la petite-fille d’Elvis, Kylo Ren et Magic Mike pour exploser le coffre-fort, non pas d’un casino au Nevada, mais d’un circuit de course automobile en Caroline du Nord. Soderbergh a beau translater son intrigue dans un État moins proche de l’Idaho, et la saturer de bras cassés (ou amputés), cette énième resucée auto-parodique de Ocean’s Eleven ne casse malheureusement pas trois pattes à un canard. Certes, il y a des crétins à la “frères-Coen”, un portrait affligeant de la classe infra-moyenne et de l’Amérique profonde, mais on sent Tonton Steven tourner sur la réserve, sans forcer son talent, tout à la joie d’être avec ses potes. Si ça lui fait plaisir, pourquoi pas, mais quelle frustration pour le public ! Imagine-t-on se rendre dans un r

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I Am Not Madame Bovary : Sans autre forme de procès

Le film de la semaine | de Feng Xiaogang (Chin., 2h18) avec Fan Bingbing, Guo Tao, Da Peng… (sortie le 5 juillet)

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

I Am Not Madame Bovary : Sans autre forme de procès

Six mois après un divorce bidon destiné à lui faire obtenir un meilleur appartement, Li Xuelian réclame que le tribunal déclare le jugement illégal mais le confirme — son coquin d’époux s’étant recasé ailleurs. Déboutée, l’obstinée Li va d’échelon en échelon, jusqu’à Pékin. Dix ans durant… Une femme du peuple luttant avec entêtement pour son bon droit face à l’administration chinoise… La procédurière Li Xuelin ressemble beaucoup à la Qiu Ju dans le film homonyme de Zhang Yimou (1992) : à la base, son affaire paraît dérisoire ; elle prend pourtant peu à peu des dimensions éléphantesques, la plaignante refusant (à raison) toutes les solutions “amiables”. Révélant les failles d’un système mangé par la corruption, elle parvient malgré elle à renverser la table, en dépit des nombreuses tentatives ourdies par les autorités pour la faire renoncer — certaines stupides, retorses, d’autres d’une perversité rare. Nul n’est besoin d’être juriste pour apprécier cette réussite de Feng Xiaogang : son portrait de femme déborde de rebondissements, souvent drôles, jusqu’à un épilogue totalement dé

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Macadam Popcorn : Grandeurs et évolutions des petits commerces de cinéma

ECRANS | de Jean-Pierre Pozzi (Fr., 1h19) documentaire avec Mathieu Sapin…

Vincent Raymond | Mercredi 28 juin 2017

Macadam Popcorn : Grandeurs et évolutions des petits commerces de cinéma

Voici un documentaire qu’on voudrait aimer par principe ; autant pour son sujet que pour l’opiniâtreté de sa démarche et ses (modestes) tentatives formelles. Jean-Pierre Pozzi et son camarade le dessinateur Mathieu Sapin y écument la France des salles de cinéma alternatives, après le passage au “tout numérique”, et donnent la parole aux défenseurs acharnés de l’exception “art et essai” — ces propriétaires de salles maintenant coûte que coûte leurs écrans dans le paysage. Scandé de trop rares séquences animées, ce road movie leur a pris des mois, voire des années. Hélas, une partie de leur énergie s’est diluée au fil du temps, et le film s’en ressent : on devine à sa réalisation bancale, à son montage façon coq-à-l’âne et à l’absence hurlante de continuité que les protagonistes (au jeu merveilleusement approximatif) ont dû caler les sessions de tournage au gré de leurs disponibilités. Cette forme inachevée, parasitant un fond édifiant (notamment les témoignages d’intervenants pittoresques, aventureux et sympas — clin d’œil au vaillant CinéDuchère) montre les limites d’un cinéma militant privilégiant les inte

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Juin : on bouge ou on reste ?

Panorama ciné | Les ponts de mai vous ont donné des envies de vacances ? Dommage, il vous faut encore patienter. Profitez donc du mois de juin, qui s’achève par la Fête du Cinéma, pour faire escale dans les salles obscure (et climatisées) ; vous irez ensuite cuire au soleil.

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

 Juin : on bouge ou on reste ?

“Should I Stay or Should I Go“ ? Qu’il s’agisse de rester groupés ou de prendre son indépendance, d’hésiter entre rester sur place ou aller de l’avant ; de prendre son élan avant d’accomplir un acte décisif, nombreux sont les films semblant illustrer ce mois-ci le lancinant refrain des Clash ! Mais n’en déplaise aux survivants de la formation punk-rock, leur hymne convient particulièrement à des films marqués par la violence et la guerre. À commencer par l’adaptation du roman de Laurent Binet, HHhH (7 juin). Signée Cédric Jimenez, cette biographie du nazi Reinhard Heydrich (le concepteur de la Solution finale) s’attache aussi aux martyrs ayant organisé son exécution à Prague — l’Opération Anthropoid. Malgré quelques efforts d’originalité dans sa construction, l’ensemble peine à conjurer la malédiction de l’euro-pudding. Tiré du Terroriste noir de Tierno Monénembo, lequel s’inspirait de l’histoire authentique d’un résistant noir, Nos Patriotes de Gabriel Le Bomin (14 juin) se déroule à la même époque. Et n’est pas exempt de critiques, tant il accumule de facilités et de conventions :

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Silence : Du doute, pour une foi

ECRANS | En relatant le chemin de croix de jésuites du XVIIe siècle éprouvant leur foi en évangélisant un Japon rétif à ces conversions, Scorsese le contemplatif explore ici sa face mystique — ce nécessaire ubac permettant à son œuvre d’atteindre des sommets

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Silence : Du doute, pour une foi

Loin d’être monochromatique, la filmographie de Scorsese reflète depuis toujours une admiration conjointe pour deux mondes ritualisés : le temporel des truands et le spirituel des religieux. S’il n’y a guère de malfrats dans Silence, on y découvre toutefois quelques châtiments pratiqués par les autorités nippones sur les chrétiens refusant d’apostasier, et que des mafieux trouveraient à leur goût ! La violence des confrontations entre ces deux univers autour de la notion de foi ne pouvait que fasciner le réalisateur de Taxi Driver et de Casino. Pour autant, Silence ne s’inscrit pas dans la veine stylistique des Infiltrés ou des Affranchis : la question intérieure et méditative prime sur la frénésie exaltée. Lent, posé, d’inspiration asiatique dans sa facture, il se rapproche du semi ésotérique Kundun (1997). Chacun sa croix Débutant par la recherche d’un missionnaire porté disparu, Silence se poursuit par une succession d’introspections pour le père Rodrigues parti sur ses traces, telles que : feindre u

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Adamus sera nôtre

Festival Les Oreilles en Pointe | Avec un statut de star dans la Belle Province, Bernard Adamus est un artiste qui mêle allégrement le folk, blues, country et hip-hop. Un peu foutraque, entraînante et surtout attachante, la musique du Québécois posera aux Oreilles en Pointe sa "trinité de tous les possibles", à savoir : femmes, amis et "brosses entre cheums'".

Nicolas Bros | Mercredi 2 novembre 2016

Adamus sera nôtre

Sans jamais avoir fait de compromis, Bernard Adamus avance sereinement. Ce chansonnier montréalais de 37 ans ne laisse jamais indifférent, tout comme sa musique. La preuve avec Sorel Soviet So What, son troisième album au nom plus qu'original et qui concentre toute l'énergie et l'inventivité du bonhomme. La prevue avec son titulé un peu étonnant. « Le nom de cet album est juste un clin d'oeil à So Far, So Good... So What!, un disque du groupe Megadeath, explique-t-il. Cela n'a aucun rapport ni avec la ville de Sorel au Québec, ni avec les Soviets. » Comportant tout ce qui fait la force de ses compositions, à savoir un savoureux mélange entre un blues lancinant, un folk enlevé et l'énergie de la country, cet opus est un peu différent des deux autres disques de l'intéressé. « J'ai tendance à dire que cet album ressemble plus à de la musique de New-York plutôt que de la Nouvelle-Orléans, mais ça reste de la musique très américaine dans l'esthétique. » Boulimique de lives Un poil déjantée, la musique de Bernard Adamus est un peu le condensé de ce que propose la musique québécoise. Une liberté de ton, une légéreté app

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Amis publics

ECRANS | De Édouard Pluvieux (Fr., 1h38) avec Kev Adams, Vincent Elbaz, Paul Bartel…

Vincent Raymond | Mercredi 17 février 2016

Amis publics

Régulièrement moqué pour l’indigence de son jeu se résumant à des grimaces de dragueur et des vannes d’élève de seconde écarquillant des prunelles comme Marisol Touraine, Kev Adams a certainement voulu prouver qu’il était au moins aussi grand tragédien que, disons, Lorànt Deutsch (pour citer un classique). Alors, pour démontrer aux incrédules l’étendue de ses talents, il a fait écrire sur mesure cette histoire de petit frère cancéreux par la faute d’une méchante-vilaine entreprise l’obligeant à commettre une infernale suite d’actes contre-nature ou héroïques : cambrioler des banques, se raser la tête, se déguiser en policier, prendre un air concerné sourcils froncés, tourner un film à Lyon… Force est de reconnaître que dans cet emploi dramatique, sa désinvolture à l’écran atteint des sommets – le pire étant qu’elle contamine en sus tous ses partenaires. Vivement qu’un scientifique découvre un vaccin contre le syndrome Tchao Pantin !

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Spotlight

ECRANS | De Tom McCarthy (É.-U., 2h08) avec Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Spotlight

On devrait toujours se méfier des rumeurs, surtout lorsqu’elles concernent un film portant sur une enquête journalistique. Celles qui précédaient celui-ci étaient flatteuses ; force est de constater qu’il s’agissait d’une magnifique opération d’enfumage, tant la réalisation (“mise en images” serait plus approprié) et l’interprétation semblent rivaliser de classicisme plat. Spotlight s’abrite derrière ce qu’il révèle (la mise au jour par une équipe d’investigation du Boston Globe de l’implication de l’Église de la ville dans plusieurs dizaines d’affaires de prêtres pédophiles) pour justifier son absence hurlante de projet cinématographique original. C’est tenir le 7e art en bien piètre estime que de le considérer comme une vulgaire lentille grossissante, ne méritant pas d’attention particulière ! Et réfléchir à très court terme. Car les œuvres narrant des combats asymétriques au service d’innocents ou dénonçant des abominations humaines sont légions. Seules celles osant se démarquer artistiquement, esthétiquement impriment réellement leur époque, voire l’Histoire, offrant à la cause qu’elles défendent un écho supplémentaire.

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C’était (pas) mieux avant... Les vieux d’la vieille

MUSIQUES | À la fraîche saison des chrysanthèmes, ils seront nombreux les vieux d’la vieille à venir fouler les scènes ligériennes. Une belle brochette, jugez plutôt, (...)

Niko Rodamel | Mardi 3 novembre 2015

C’était (pas) mieux avant... Les vieux d’la vieille

À la fraîche saison des chrysanthèmes, ils seront nombreux les vieux d’la vieille à venir fouler les scènes ligériennes. Une belle brochette, jugez plutôt, s’enchaîneront notamment Véronique Sanson (le 5 au Zénith), Dany Brillant (le 14 à Lorette) et Adamo (le 15 à Saint-Chamond). La première, avec l’intelligent prétexte de revenir sur ses années américaines se paie le luxe d’utiliser pour sa com' des photos datant d’une époque où elle portait sans complexe le bikini et la couronne de fleurs, posant innocemment devant une bagnole dont le capot avant rivalisait de longueur avec son piano à queue. C’est vraie qu’elle était craquante, la p’tite Véro… Le second (Danny), était vieux déjà jeune, cultivant le style rétro-décalé d’un Paris qui n’existe plus depuis la seconde guerre mondiale. Quant à ce cher Salvatore, en voilà un que je croyais à jamais perdu (qu’il me pardonne). Novembre sera aussi l’occasion d’aller écouter (ou pas) des revivals, entre hommage et imitation, avec The Rabeats (quatre garçons dans la brise) et ze Best of Floyd, toujours le bec dans l’eau. Pour finir, veuillez m’excuser d’avoir oublié, le mois dernier, d’évoquer la venue de trois monstres sacrés à Saint-É

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Novembre : On refait l’histoire !

ECRANS | On dit que le premier geste est souvent le bon. Pourtant, au cinéma, cette règle est souvent contredite : on ne compte plus les remakes, reboots, ni les relectures de l’Histoire ! Parfois pour le meilleur, souvent (hélas) pour le pire… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 3 novembre 2015

Novembre : On refait l’histoire !

Ce n’est pas parce qu’une histoire a déjà été racontée qu’elle est épuisée : combien vides seraient les salles si l’on s’en tenait, pour chaque film, à une version définitive ! Combien pauvres seraient les producteurs si les concepts de suite, de remake, de préquelle ou de reboot (le plus génial du lot, puisqu’il consiste à recommencer une série à zéro, comme si de rien n’était) n’existaient pas ! Mais il y a bien des manières de remettre l’ouvrage sur le métier. Certaines plus adroites et créatives ; d’autres parfaitement inutiles. À tout "saigneur", tout honneur, commençons par James Bond. Le 24e opus officiel de la franchise, 007 Spectre (11/11) n’a rien d’une fantomatique copie. À la manœuvre comme dans Skyfall, Sam Mendes poursuit son entreprise subtile de ravalement du mythe, consistant à jouer la continuité, tout en reprenant le "mâle à la racine" — en l’occurrence, en explorant l’enfance tragique de l’espion préféré de Sa Gracieuse Majesté. Résultat ? Plutôt convaincant. Non seulement Mendes signe un film musclé contemporain sur un scénario crédible sans fioriture, mais l’environnement bondi

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While we’re young

ECRANS | Après Frances Ha, Noah Baumbach continue d’explorer le New York branché et sa bohème artistique, transformant Solness le constructeur d’Ibsen en fable grinçante et néanmoins morale où des Bobos quadras se prennent de passion pour un couple de jeunes hipsters. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 juillet 2015

While we’re young

Quarante ans, toujours pas parents ; Josh et Cornelia — couple inattendu mais crédible formé par Ben Stiller et Naomi Watts — sont en pleine crise. Tandis que leurs amis BoBos new-yorkais s’assurent une descendance, eux semblent frappés de stérilité. Celle-ci n’est pas seulement sexuelle, elle est aussi créative, en particulier pour Josh, en galère pour terminer un documentaire fleuve qui, manifestement, n’intéresse que lui. Jusqu’au jour où ils rencontrent Jamie et Darby — Adam Driver et Amanda Seyfried, prototypes de hipsters ayant fait de la bohème une règle de vie. À leur contact, Josh et Cornelia trouvent une seconde jeunesse, revigorés par ce couple qui semble vivre dans un présent perpétuel. Noah Baumbach se livre alors à une comédie de mœurs contemporaine, même s’il s’inspire très librement d’une pièce vieille d’un siècle — Solness le constructeur d’Ibsen. Le ton y est mordant et le monde actuel en prend pour son grade : tandis que Josh se débat avec son portable, ses CD et son appartement design, Jamie ne jure que par les vinyles, les VHS et le mobilier vintage. La jeunesse s’empare des objets ringards de ses aînés et les rends hype et désirables, y c

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Big Eyes

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h47) avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston…

Christophe Chabert | Mercredi 18 mars 2015

Big Eyes

Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney — Alice au pays des merveilles — et déclinaison paresseuse de son propre style — Sweeney Todd, Dark Shadows — l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes, dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux — celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain ; ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dictée par l’authenticité du fait-divers raconté plutôt que par une volonté auteurisante. Car Big eyes relève d’un storytelling très sage, presque plat, comme si Burton jouait profil bas pour se faire oublier derrière son intrigue et ses personnages. I

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J.F. Zygel, pas si classique que ça !

MUSIQUES | Musicien accompli, compositeur atypique et improvisateur aguerri, Jean-François Zygel est l'invité de l'Ensemble Orchestral Contemporain pour une série de concerts dont un à Andrézieux-Bouthéon. Il présentera plusieurs œuvres dont une de ses compositions et des pièces de Karlheinz Stockhausen ou encore de John Adams. Rencontre avec un musicien pas si classique que ça. propos recueillis par Nicolas Bros.

Nicolas Bros | Mercredi 25 février 2015

J.F. Zygel, pas si classique que ça !

D'où provient ce projet commun avec l'EOC ? Comment vous êtes-vous rencontrés ? J.F. Zygel : Je connais Daniel Kawka depuis très longtemps, puisque nous avons obtenu ensemble le prix de la Fondation de France... il y a presque trente ans ! Et tout le monde connaît la qualité des musiciens de l'EOC. Pouvez-vous nous parler un peu du programme de ce spectacle et notamment de la pièce Concerto "ouvert" pour piano et ensemble dont vous êtes l'auteur ? A quoi pouvons-nous nous attendre ? C'est une idée un peu délirante ! Comme je suis depuis tout petit improvisateur dans l'âme, et qu'en même temps j'adore l'orchestre, j'ai eu l'idée d'une oeuvre qui allie ces deux passions. L'orchestre jouera donc ma musique sur partition, à la note près, tandis qu'au piano j'aurai toute liberté pour inventer, varier, improviser. Il y a une belle part d'improvisation dans ce spectacle. Quelle en est la raison ? C'est toujours le problème de l'écrit et de l'oral. L'oral, en musique, c'est une forme essentielle de transmission. C'est aussi l'improvisation, le jazz, les musiques populaires... L'écrit permet de

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Hungry hearts

ECRANS | Après La Solitude des nombres premiers, Saverio Costanzo prolonge son exploration des névroses contemporaines en filmant l’enfermement volontaire d’une femme, atteinte d’une phobie radicale du monde extérieur. Un film dérangeant dont la mise en scène rappelle Polanski. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Hungry hearts

La rencontre entre Jude et Mina pourrait être le prélude à une comédie romantique : ils se retrouvent tous deux enfermés dans les toilettes d’un restaurant chinois, incommodés par l’odeur et embarrassés par cette promiscuité forcée. Cette première scène de Hungry hearts agit donc comme un faux-semblant pour le reste du film, pas franchement drôle et même carrément inquiétant. Mais Saverio Costanzo, déjà auteur du remarquable et terrible La Solitude des nombres premiers, y offre deux indices au spectateur quant à la tournure que prendront les événements : d’abord, la claustration physique et son prolongement psychologique, véritable sujet du film ; puis cette idée d’un corps masculin dont les fluides créent des effluves nauséabondes et potentiellement dangereuses. C’est ce qui va détraquer l’histoire d’amour : une fois le mariage célébré, l’enfant à naître n’est pas vraiment désiré. «Ne viens pas en moi !» demande Mina, mais Jude ne parvient pas à se retenir. Quelque chose d’étranger est donc entré dans son corps, et le fruit de cette "invasion" va devenir pour Mina l’objet de toutes ses attentions, qu’elle chercher à préserver à son tour de tout

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Her

ECRANS | En racontant l’histoire d’amour entre un homme solitaire et une intelligence artificielle incorporelle, Spike Jonze réussit une fable absolument contemporaine, à la fois bouleversante et effrayante, qui fait le point sur l’humanité d’aujourd’hui du point de vue du surhumain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

Her

Les open spaces, les appartements hi-tech, la ville tentaculaire, froidement encadrée par des buildings mais magnifiée par des couchers de soleil rendus surréels par la pollution ; et au milieu de tout ça, des gens qui parlent seuls dans les rues… Theodore Twombly (Joaquin Phoenix, touchant d'hébétude enfantine) est de ceux-là : mal remis d’une rupture, il écrit des lettres d’amour pour les autres et n’échange plus que virtuellement avec son oreillette pour administrer ses messages ou pratiquer le sexe on-line avec une inconnue. Quelque chose manque à cet individu solitaire et dépressif : un amour qui ne serait pas lié à ce foutu facteur humain. Il va le trouver lorsqu’il acquiert un nouvel «OS», une intelligence artificielle douée d’une faculté cognitive exceptionnelle, qu’il baptise Samantha (héroïque prestation vocale de Scarlett Johansson) et qu’il pense modeler selon son désir tout en admirant sa "personnalité". 2014, odyssée de l’amour Toute la beauté de Her tient dans le dialogue qui se noue entre cet homme et sa machine, celle-ci devenant au cours du film une forme à la fois sublime et cauchemardesque du surhumain. Comme s’il v

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La Vie rêvée de Walter Mitty

ECRANS | Ben Stiller passe à la vitesse supérieure en tant que réalisateur avec ce modèle de comédie romantique d’une classe visuelle permanente, où il s’agit de faire d’un héros du quotidien le vestige d’une époque en train de disparaître. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 23 décembre 2013

La Vie rêvée de Walter Mitty

Que se serait-il passé si Walter Mitty, plutôt que d’envoyer un poke sur un site de rencontres à sa collègue de bureau, l’avait simplement abordée dans la vraie vie ? Rien d’exceptionnel sans doute, et c’est sur ce gouffre initial que se bâtit toute l’ampleur romanesque mais aussi toute la philosophie de La Vie rêvée de Walter Mitty, cinquième film de Ben Stiller derrière une caméra, le plus abouti, le plus étonnant aussi. Mitty, que Stiller incarne avec un sens exceptionnel du tempo qu’il soit comique ou dramatique, est un monsieur tout le monde tel que Capra aimait les peindre. De Capra à Capa, il n’y a qu’un pas que le film franchit en le faisant travailler au service photo de Life, institution de la presse américaine sur le point de déménager en ligne, décision prise par une bande d’idiots cravatés et barbus — c’est tendance — entraînant le licenciement d’une partie des salariés. Mitty doit gérer l’ultime couverture du journal, réalisée par un photographe légendaire et solitaire, lui aussi aux prises avec la grande mutation du XXIe siècle : il refuse le numérique et n’aime que l’argentique. Sauf qu’il n’a pas fait parvenir le cliché qui devait illus

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Il était temps

ECRANS | Richard Curtis, le maître de la comédie romantique anglaise, réussit un parfait film en trompe-l’œil ; derrière l’humour, la romance et le concept du voyage dans le temps, "Il était temps" est une méditation touchante sur la transmission entre les pères et les fils. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 4 novembre 2013

Il était temps

Pendant la première heure d’Il était temps, tout paraît un peu trop clair au spectateur : Tim, post-ado roux et maladroit avec les filles, arrivé de son Sussex tempétueux vers la très branchée city londonienne, se voit offrir un don extraordinaire, celui de voyager dans le temps. Il peut ainsi rectifier ses erreurs en recommençant autant qu’il le veut les moments décisifs de son existence. Richard Curtis, à qui l’on doit Love actually et les scénarios de Notting Hill et Cheval de guerre, fait ainsi se rencontrer le genre dans lequel il excelle, la comédie romantique, et une veine plus conceptuelle, rappelant celle d’Un jour sans fin. Que l’affaire soit très bien écrite, avec des seconds rôles pittoresques et un excellent couple d’acteurs principaux — le peu connu Domnhall Gleeson et la fameuse Rachel MacAdams — relève de l’évidence, et on se demande si l’ami Curtis ne déroule pas un peu trop tranquillement un savoir-faire désormais rodé. Tempus fugit Cette habileté a pourtant quelque chose de pa

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Omar

ECRANS | Cette descente aux enfers d’un jeune Palestinien qui doit collaborer avec l’ennemi israélien est un thriller haletant, implacable et parfaitement mis en scène par Hany Abu-Assad. Reste à savoir jusqu’à quel point on peut le séparer de son contexte politique… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 14 octobre 2013

Omar

La scène finale d’Omar, que l’on peut considérer comme un aboutissement logique de son récit mais aussi comme le sommet de son ambiguïté politique, fut saluée par des salves d’applaudissements. Qu’applaudissait-on ici ? La maestria narrative et formelle du thriller ou le dernier geste de son héros et sa portée symbolique dans le contexte non plus de la fiction mais de la situation géopolitique au Moyen-Orient ? Autant dire que la réussite d’Omar, son efficacité à l’Américaine, est à la fois sa plus grande qualité et sa faiblesse la plus criante, comme si le film de genre et son sens du spectacle devenaient des bâtons de dynamite une fois collés au mur qui sépare Palestiniens et Israéliens. C’est là que débute le film : Omar, jeune pâtissier qui, par amitié autant que par révolte, s’engage dans la résistance à l’oppresseur israélien, escalade ce mur de la honte, évite quelques balles et retombe, les mains ensanglantées, de l’autre côté. S’ensuit une première poursuite dans des ruelles escarpées qu’Hany Abu-Assad filme à la steadycam avec une indéniable virtuosité. Trouble efficacité Le film ne quittera plus cette tension-là, comme élect

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Frances Ha

ECRANS | En noir et blanc et au plus près de sa formidable actrice et co-auteur Greta Gerwig, Noah Baumbach filme l’errance d’adresses en adresses d’une femme ni tout à fait enfant, ni tout à fait adulte, dans un hommage au cinéma français qui est aussi une résurrection du grand cinéma indépendant américain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 1 juillet 2013

Frances Ha

Elle s’appelle Frances et c’est déjà tout un programme pour le nouveau film de Noah Baumbach, son meilleur depuis Les Berkman se séparent. Frances est une New-yorkaise pur jus, mais c’est comme si cette belle création cinématographique, fruit d’un travail en symbiose entre le cinéaste et son actrice Greta Gerwig, était aussi l’héritière d’un certain cinéma français. Dans une des nombreuses chambres où elle va échouer et qu’elle se refuse obstinément à ranger, Frances épingle un poster anglais de L’Argent de poche de François Truffaut ; avec un de ses colocataires, elle regarde un soir à la télé Un conte de Noël de Desplechin ; sur un coup de tête, la voilà partie pour Paris, où elle traîne entre le Café de Flore et la Sorbonne, tentant vainement d’avancer dans sa lecture de Proust ; enfin, séquence mémorable, on la voit danser en toute liberté dans la rue tandis que la caméra l’accompagne en travelling latéral, avec Modern love de David Bowie déchaîné sur la bande-son. Plus qu’un clin d’œil, cette reprise de la scène mythique de Mauvais sang où Carax iconisait son comédien fétiche Denis Lavant tient lieu de double décl

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Man of steel

ECRANS | Remettre Superman sur la carte du blockbuster de super-héros après l’échec de la tentative Bryan Singer : telle est la mission que se sont fixés Christopher Nolan et Zack Snyder, qui donnent à la fois le meilleur et le pire de leurs cinémas respectifs dans un film en forme de bombardement massif, visuel autant qu’idéologique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 juin 2013

Man of steel

Il fallait au moins ça pour faire oublier le piteux Superman returns de Bryan Singer et relancer la franchise de cet «homme d’acier» : l’alliance circonstancielle de deux poids lourds du blockbuster actuel, à savoir Christopher Nolan, tout puissant après sa trilogie Dark Knight, et Zack Snyder, loué pour ses prouesses visuelles et sa maîtrise des effets numériques. Nolan produit et livre les grandes lignes de l’intrigue, pendant que Snyder réalise, taylorisme créatif pourtant pas si évident que cela sur le papier, tant leurs personnalités sont plus opposées que vraiment complémentaires. De fait, il ne faut pas longtemps avant de savoir qui, dans ce Man of steel, tient réellement le gouvernail : l’introduction du film sur la planète Krypton, avec ses personnages taillés dans le marbre lançant de grandes sentences pseudo-shakespeariennes d’un ton pénétré pendant que la musique d’Hans Zimmer bourdonne et explose sur la bande-son, dit bien que c’est le metteur en scène d’Inception qui a clairement posé le ton de ce nouveau Superman. Plus flagrant encore, dans la li

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À la merveille

ECRANS | L’amour naissant et finissant, la perte et le retour de la foi, la raison d’être au monde face à la beauté de la nature et la montée en puissance de la technique… Terrence Malick, avec son art génial du fragment et de l’évocation poétiques, redescend sur terre et nous bouleverse à nouveau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mars 2013

À la merveille

Les dernières images de Tree of life montraient l’incarnation de la grâce danser sur une plage, outre monde possible pour un fils cherchant à se réconcilier avec lui-même et ses souvenirs. C’était sublime, l’expression d’un artiste génial qui avait longuement mûri un film total, alliant l’intime et la métaphysique dans un même élan vital. Autant dire que Terrence Malick était parti loin, très loin. Comment allait-il revenir au monde, après l’avoir à ce point transcendé ? La première scène d’À la merveille répond de manière fulgurante et inattendue : nous voilà dans un TGV, au plus près d’un couple qui se filme avec un téléphone portable. Malick le magicien devient Malick le malicieux : l’Americana rêvée de Tree of life laisse la place à la France d’aujourd’hui, et les plans somptueux d’Emmanuel Lubezki sont remplacés par les pixels rugueux d’une caméra domestique saisissant l’intimité d’un homme et d’une femme en voyage, direction «la merveille» : Le Mont Saint-Michel. La voix-off est toujours là, mais dans la langue de Molière — le film parle un mélange de français, d’espagnol, d’italien et d’anglais — et son incipit est là aussi une pirouett

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The Master

ECRANS | Après «There will be blood», Paul Thomas Anderson pousse un cran plus loin son ambition de créer un cinéma total, ample et complexe, en dressant le portrait d’un maître et de son disciple dans une trouble interdépendance. Un film long en bouche mais qui fascine durablement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 janvier 2013

The Master

Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l’église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, n’aurait pas été étonnant puisque son œuvre revient comme un aimant vers la question religieuse, tantôt pour en faire un soubassement moral (Magnolia), tantôt pour la mettre en pièces (le pasteur sournois incarné par Paul Dano dans There will be blood). Or, non seulement The Master ne parle pas directement de la scientologie — le «Maître» Lancaster Dodd a bien fondé une nouvelle doctrine, mais celle-ci s’appelle «La Cause» — mais surtout, il n’en fait jamais son sujet. Ce qui intéresse Anderson est ailleurs, et c’est ce qui rend le film si complexe — ses détracteurs diront "confus" : il ne se fixe jamais sur un sujet central, ou plutôt, celui-ci semble se déplacer à mesure que le récit avance. De l’alcool contre une famille Au départ, il y a un ancien soldat revenu brisé psychologiquement du front Pacifique, Freddie. Visiblement obsédé sexuel, mollement reconverti en photographe dans une galerie commerciale, il fabrique sa propre gnole et se biture

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