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Jacky au royaume des filles

ECRANS | Après "Les Beaux gosses", Riad Sattouf élève d’un cran son ambition de cinéaste avec cette comédie sophistiquée, aussi hilarante que gonflée, où il invente une dictature militaire féminine qu’il rend crédible par des moments de mise en scène très inspirés… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 24 janvier 2014

Il était une fois la République Démocratique de Bubune, où les femmes ont le pouvoir qu'elles exercent par la force, où les hommes sont réduits à porter une proto-Burka (la «voilerie»), où les pauvres mangent une bouillie immonde plutôt que des «plantins»… L'autarcie de cette dictature militaire et féminine est aussi un principe de mise en scène pour Riad Sattouf : pas de contrechamp sur l'extérieur (simplement appelé «l'étranger»), mais une immersion dans ce monde créé de toutes pièces, où l'on s'amusera à pister les éléments prélevés dans des pays existants.

Il y a donc un peu de Corée du Nord, d'Iran façon Ahmadinejad et de Russie poutinienne, ou encore d'Inde à travers les castes et les vaches sacrées ici transformées en «chevallins». L'environnement de cette comédie hallucinante et hallucinée est tenue d'un bout à l'autre avec sa calligraphie, son Histoire, son langage, et il n'y a qu'à y propulser un héros sans qualité, Jacky (Vincent Lacoste, le Bernard Menez des années 2000), qui se masturbe en pensant à la Colonel promise à prendre le pouvoir (Charlotte Gainsbourg, aussi géniale et troublante ici que chez von Trier), et dont elle pourrait faire son «grand couillon» si elle le choisit lors d'un immense bal des célibataires…

Nous y en a vouloir des couillards

Fier de ses bricolages déconnants dignes des meilleures planches de Pascal Brutal — les fausses actus, la sitcom avec l'acteur-star Mit Kronk — Sattouf suit pourtant une ligne étonnamment cohérente dans laquelle il peut jouer à loisir avec des seconds rôles formidablement campés par un casting magistral. Si la présence de Michel Hazanavicius en prostitué révolutionnaire tisse une évidente filiation avec sa propre approche de la comédie dans les OSS 117, c'est un plaisir inattendu de redécouvrir le génie comique d'un Didier Bourdon, prodigieux en «gueusard» veule et méchant.

Plus encore, Sattouf s'autorise de vrais moments de sidération grâce à une mise en scène très soignée, qui culmine lors du bal où le vertige gagne face à ces centaines d'hommes voilés de blanc remuant frénétiquement le cadenas de leur laisse. S'il fallait trouver un ancêtre à cette satire pop subversive sans être gratuitement provocatrice, ce serait du côté des films de Jean Yanne ; mais un Jean Yanne qui aurait l'ambition cinématographique de Carax dans Holy Motors. En tout cas, Riad Sattouf vient de mettre la barre de la comédie française à un niveau où on ne l'espérait plus…

Jacky au royaume des filles
De Riad Sattouf (Fr, 1h30) avec Vincent Lacoste, Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon…


Jacky au royaume des filles

De Riad Sattouf (Fr, 1h30) avec Vincent Lacoste, Charlotte Gainsbourg... En république démocratique de Bubunne, les femmes ont le pouvoir, commandent et font la guerre, et les hommes portent le voile et s'occupent de leur foyer. Parmi eux, Jacky, un garçon de 20 ans, a le même fantasme que tous les célibataires de son pays : épouser la Colonelle.
Pathé Bellecour 79 rue de la République Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Auriez-vous le fantasme d’observer les fantômes de votre propre jeunesse ? Christophe Honoré : J’ai l’impression qu’on est toujours très peuplé par — je ne sais pas si l’on peut appeler ça des fantômes de sa jeunesse — ces “moi“ successifs que l’on a été. À certains moments de ma vie, je ne crois pas être si éloigné de la personne que j’étais quand j’avais 20 ou 30 ans. C’est ce que dit le film : on est souvent très nombreux à l’intérieur de soi ! Des gens que l’on n’a pas croisé pendant des années vous donnent souvent l’impression qu’ils vous revoient vieilli alors que vous pensez être toujours avec les mêmes aspirations, les mêmes goûts que quand vous aviez 25 ans… De la même manière, dans le milieu professionnel ou les moments amoureux plus intimes, on a des âges différents : c’est très rare que l’on soit conforme à son âge véritable. On fluctue énormément d’un âge à l’autre, et ces fantômes de la jeunesse ne sont pas tant des fantômes que des personnes bien réelles, et bien bruyantes, à l’intérieur de soi. Quel “âge intérieur“ aviez-vous lorsque vous avez commencé à écr

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Mexique, fin des années 1950. S’isolant de la fièvre de la Fête des morts, le diplomate et écrivain Romain Gary entreprend la quarantaine révolue de raconter dans un livre ce qui l’a conduit à mener toutes ses vies : une promesse faite à la femme de sa vie, sa mère… Le roman de Romain Gary se prête merveilleusement à l’adaptation (donc aux nécessaires trahisons) dans la mesure où l’auteur était le premier à enjoliver des faits trop plats afin de gagner en efficacité romanesque — il pratiquait le “mentir-vrai” d’Aragon à un niveau d’expert. Ce préalable étant connu, on peut considérer qu’une transposition prenant quelques libertés avec le texte-source à des fins narratives ou esthétiques fait preuve de la plus respectueuse des fidélités à l’égard de l’esprit du romancier. Telle cette version signée Éric Barbier, d’une ressemblante dissemblance. Le cinéaste y déploie ses qualités que sont l’ambition et la sincérité, indispensables atouts pour marier l’épique, le picaresque, l’académisme et le cocasse autour de cette drôle de fresque où la mère devi

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Hippocrate

ECRANS | Dans une séquence élégamment distanciée, les personnages d’Hippocrate, tous médecins ou infirmiers, internes, externes ou chefs de service, se retrouvent (...)

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Hippocrate

Dans une séquence élégamment distanciée, les personnages d’Hippocrate, tous médecins ou infirmiers, internes, externes ou chefs de service, se retrouvent devant un poste de télé diffusant un épisode de Dr House, dont ils commentent les incohérences. Manière pour Thomas Lilti, lui-même médecin de formation, de marquer le fossé entre son approche, volontiers réaliste et dépourvue de toute tentation iconique, et celle des séries médicales américaines, en quête de héros bigger than life et d’intrigues à tiroirs. Pourtant, la structure d’Hippocrate est bien celle, très américaine, d’un buddy movie : entre l’interne Benjamin, en stage dans le service de son père, maladroit et peu sûr de lui, et le médecin algérien "FFI" (Faisant Fonction d’Interne) Abdel, plus expérimenté et au diapason de la souffrance des patients, c’est un long processus de domestication, de malentendus et de fraternisation qui s’installe. Cette amitié complexe se noue autour de deux cas : celui d’un SDF alcoolique, mort suite à une négligence de Benjamin camouflée par sa hiérarchie, et celui d’une vieille dame en phase terminale d’un cancer, pour laquelle Abdel va outrep

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Son épouse

ECRANS | Curieux film, aussi téméraire que raté, Son épouse tranche avec l’ordinaire du cinéma français. Cela tient autant à son sujet aux accents fantastiques qu’au (...)

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

Son épouse

Curieux film, aussi téméraire que raté, Son épouse tranche avec l’ordinaire du cinéma français. Cela tient autant à son sujet aux accents fantastiques qu’au dépaysement de l’action, démarrée dans la grisaille d’une campagne française avant de s’expatrier vers une Inde inédite, celle des asiles où sont enfermées des femmes "possédées". C’est Joseph (un Attal fantomatique) qui effectue le voyage, sur les traces de sa défunte épouse Catherine (une Gainsbourg fantôme), ex-junkie disparue dans des conditions troubles du côté de Madras. Une jeune Tamoule, Gracie, prétend être habitée par son esprit, ébranlant le cartésianisme de Joseph. Comme Corneau dans Nocturne indien il y a vingt-cinq ans, ce choc des cultures et des croyances se traduit dans la mise en scène de Michel Spinosa (auteur du très bon Anna M.) par une certaine langueur hébétée, le rythme du film se calquant sur celui de son protagoniste, errant dans un monde dont il ne comprend ni la langue, ni les traditions, ni les valeurs. Belle idée, que le film saborde par sa construction dramatique en flashbacks, ramenant à intervalles réguliers l’action vers un laborieux psychodrame conjugal do

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Les Trois frères - Le retour

ECRANS | «Ça va pas recommencer», maugrée Pascal Légitimus, au moment où ses demi-frangins s'apprêtent à torpiller la petite vie de gigolo servile qu'il mène auprès d'une (...)

Benjamin Mialot | Mardi 11 février 2014

Les Trois frères - Le retour

«Ça va pas recommencer», maugrée Pascal Légitimus, au moment où ses demi-frangins s'apprêtent à torpiller la petite vie de gigolo servile qu'il mène auprès d'une riche rombière aux goûts à peine moins criards que ceux de Liberace. Eh si, ça recommence : dix-neuf ans après le film qui acheva de faire d'eux des piliers (de comptoir ?) du rire à la française, Les Inconnus, comme Le Splendid avant eux, cèdent à la tentation de "la suite de trop". Et c'est comme si le temps s'était arrêté entre les deux épisodes. Campan est toujours un paumé plein de bons sentiments (stand-upper sans talent, il crèche dans un airstream), Bourdon un beauf sans ambition (maqué à une caricature de vieille fille, il prétend enseigner alors qu'il gère un sex shop en ligne), Légitimus un flambeur mythomane. Bref, trois losers désargentés et en délicatesse les uns avec les autres qu'un reliquat d'héritage va contraindre à réévaluer le sens du mot "famille". Sauf que cette fois, il s'agit d'une dette, renversement prétexte à un déroulé d'une absolue fainéantise : de l'irruption d'une fille cachée à un bad trip sous MDMA en passant par les jeux de mot corporatistes (l'avocat

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | 5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre (...)

Christophe Chabert | Jeudi 23 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissé sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme, où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que

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2014 : autant en emporte le Vent…

ECRANS | Le Vent se lève, il faut tenter de vivre… disait le titre intégral du dernier film d’Hayao Miyazaki qui, après 25 ans au service de l’animation japonaise, a (...)

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

2014 : autant en emporte le Vent…

Le Vent se lève, il faut tenter de vivre… disait le titre intégral du dernier film d’Hayao Miyazaki qui, après 25 ans au service de l’animation japonaise, a décidé de tirer sa révérence avec cette œuvre effectivement testamentaire. Réduite au seul Vent se lève pour sa sortie le 22 janvier, cette fresque narre les années d’apprentissage d’un ingénieur féru d’aviation, passion qui l’aveuglera sur la réalité de la guerre dans laquelle le Japon s’engage, mais aussi sur l’amour que lui porte une jeune fille qu’il a sauvée lors d’un spectaculaire tremblement de terre. En assumant la part la plus adulte de son cinéma et en se livrant en transparence à un troublant autoportrait en créateur obsessionnel, coupé du monde et de la vie, Miyazaki signe un chef-d’œuvre alliant splendeur plastique, force émotionnelle et intelligence du regard. Les Belles et les Bêtes Il sera le premier en cette rentrée à illuminer les écrans, mais 2014 ne sera pas en rade de grands auteurs, au contraire. On ronge bien sûr notre frein en attendant de découvrir la deuxième partie du Nymphomaniac de Lars von Trier (29 janvier), dont le

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Nymphomaniac, volume 1

ECRANS | On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen (...)

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

Nymphomaniac, volume 1

On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen d’apaiser ses tourments, c’était encore de voir le monde voler en éclats. Au début de Nymphomaniac, après avoir plongé longuement le spectateur dans le noir et une suite de bruits anxiogènes, il révèle le corps de Joe — Charlotte Gainsbourg, réduite dans ce premier volet au statut de narratrice des exploits de son alter ego adolescente, la troublante Stacy Martin — dans une ruelle sombre, ensanglantée et amochée. Passe par là un brave bougre nommé Selligman — Stellan Skarsgard — qui la recueille chez lui et lui demande ce qui s’est passé. «Ça va être une longue histoire» dit-elle, après avoir affirmé qu’elle était une «nymphomane»… En fait, l’histoire tient en deux films décomposés en huit chapitres comme autant de récits obéissant à des règles esthétiques propres, utilisant une panoplie d’artifices — ralentis, split screen, retours en arrière — et changeant sans cesse de formats — pellicule e

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme (...)

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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Confession d’un enfant du siècle

ECRANS | On voit bien quelle idée a conduit à la réalisation de cet aberrant Confession d’un enfant du siècle : et si Peter Doherty était la version XXIe siècle des dandys (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

Confession d’un enfant du siècle

On voit bien quelle idée a conduit à la réalisation de cet aberrant Confession d’un enfant du siècle : et si Peter Doherty était la version XXIe siècle des dandys décadents du XIXe décrits par Alfred De Musset ? Certes, mais confier au rockeur bedonnant le soin de porter un film entier sur ses épaules à partir de cette seule métaphore était un sacré pari, absolument perdu à l’arrivée. Inexpressif à l’écran, il faut en passer par sa récitation du texte en voix-off pour faire exister les émotions du personnage. C’est laborieux et lassant, mais la mise en scène de Sylvie Verheyde n’est pas plus inspirée : hésitant entre créer une atmosphère narcotique au prix de nombreux anachronismes ou se replier sur l’académisme de la reconstitution en costumes, elle navigue à vue en tentant de dynamiser le peu d’événements qui se produisent deux heures durant. Face à cette longue et ennuyeuse adaptation, on repense à L’Apollonide de Bonello qui avait des défauts, certes, mais était porté par un incontestable projet de cinéma. Christophe Chabert

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Melancholia

ECRANS | Il est risqué de débuter un film par sa bande-annonce, l’exposé visuel d’un programme que les 120 minutes suivantes développeront à l’écran. D’autant plus risqué si (...)

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Melancholia

Il est risqué de débuter un film par sa bande-annonce, l’exposé visuel d’un programme que les 120 minutes suivantes développeront à l’écran. D’autant plus risqué si ce film dans le film est d’une splendeur époustouflante, si chaque image y imprime durablement la rétine. Lars Von Trier avait déjà ouvert son précédent Antichrist, jumeau noir de ce Melancholia apaisé, par une séquence du même ordre, mais elle n’était qu’un prologue, lançant plus qu’elle ne l’anticipait le récit à venir. Dans Melancholia, tout est dit avec ces dix minutes sublimes : l’imminence de la fin du monde, qui se matérialise aussi bien par des visions cosmiques que par des focus sur une mariée flottant au-dessus d’un marais de nénuphars, connectée par des éclairs à d’autres planètes, s’arrachant à des racines qui la retiennent au sol… Après un si beau morceau de bravoure, l’excitation est de mise, mais Von Trier va vite doucher le spectateur : de tous ces tableaux fulgurants, il faut trier ce qui relève de la métaphore et ce que le cinéaste traitera dans sa littéralité. La mariée était en flammes Justine (Kirsten Dunst, pas mal)

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L’Arbre

ECRANS | Deux choses plombent "L’Arbre" : d’abord, sa capacité à contourner son sujet (le deuil d’un père et la difficulté pour sa femme et ses enfants à l’accepter) (...)

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

L’Arbre

Deux choses plombent "L’Arbre" : d’abord, sa capacité à contourner son sujet (le deuil d’un père et la difficulté pour sa femme et ses enfants à l’accepter) en se réfugiant dans un énorme symbole. L’arbre à côté de leur maison abrite, selon la benjamine de la famille, l’âme de son père, et chaque «réaction» de l’arbre est interprétée comme un signe du défunt. Non seulement cela conduit à des scènes franchement balourdes (quand les branches de l’arbre viennent ravager la maison le soir où l’épouse passe la nuit avec son nouveau mec), mais la symbolique écolo-new age à la sauce innocence enfantine est une tarte à la crème cinématographique plus qu’un véritable point de vue. Deuxième écueil : la tentation du film français délocalisé en territoire exotique (ici, l’Australie), prétexte à une succession de jolies cartes postales en cinémascope qui finissent par faire office de mise en scène. Pas de quoi s’énerver non plus : "L’Arbre" est un film inoffensif, une petite chose que l’on oublie assez vite. CC

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Riad Sattouf

CONNAITRE | C'est un euphémisme de dire que les productions de Riad Sattouf ont le chic pour plaire. À la critique, qui n'a de cesse de se gondoler et s'émouvoir du (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 22 avril 2010

Riad Sattouf

C'est un euphémisme de dire que les productions de Riad Sattouf ont le chic pour plaire. À la critique, qui n'a de cesse de se gondoler et s'émouvoir du regard qu'il porte sur la jeunesse (Manuel du puceau, Retour au collège). Au public, comme en témoignent les 900 000 entrées de son premier long-métrage, Les Beaux Gosses, dont il était à la fois scénariste et réalisateur. À ses pairs enfin, la dernière édition du Festival Angoulême ayant consacré le troisième volet de Pascal Brutal, désopilante série d'anticipation dont le héros se veut modèle de virilité, gourmette à l'appui. La Vie secrète des jeunes est d'un toute autre genre, Sattouf y rapportant des scènes dont il a été le témoin dans le métro, à la terrasse de quelque café parisien ou au commissariat. Présenté ainsi, ça n'a l'air de rien, il s'agit pourtant de son travail le plus fort, au sens où celui-ci se paye le luxe d'être à la fois hilarant, inquiétant et en prise avec son époque. Parents givrés, lycéennes hystériques, loulous philosophes, kids lubriques, la faune croquée chaque semaine par Sattouf dans les pages de Charlie Hebdo (et parquée dans ce deuxième volume tout frais) l'est en outre avec une expressivité délir

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Persécution

ECRANS | La première scène de Persécution est soufflante. C’est sans doute le morceau de cinéma le plus intense jamais filmé par Patrice Chéreau, et on pense alors que le (...)

Christophe Chabert | Mercredi 2 décembre 2009

Persécution

La première scène de Persécution est soufflante. C’est sans doute le morceau de cinéma le plus intense jamais filmé par Patrice Chéreau, et on pense alors que le metteur en scène va donner une suite magistrale à son précédent Gabrielle. Dans le métro, des visages anonymes attendent leur station, pendant qu’une SDF circule au milieu des usagers en leur réclamant un euro. Elle s’arrête devant une femme un peu forte et la gifle violemment, sans raison. Témoin de la scène, Daniel (Romain Duris, qui s’agite en pure perte dans le film) s’approche de la fille en pleurs ; pas vraiment pour la consoler, plutôt pour la bombarder de questions et chercher à comprendre le pourquoi de ce geste inexplicable. Ce qui a tendance à aggraver les choses… Surgit alors de nulle part un type visiblement cinglé (Anglade, bien flippant) qui, à son tour, va persécuter Daniel, lui déclarant son amour, s’introduisant chez lui en son absence, le surveillant depuis l’appartement d’en face… Ce premier quart d’heure en forme de poupées russes de l’inquiétude place les personnages dans un monde où la menace semble s’immiscer partout, et en premier lieu dans les endroits les plus quotidiens. Ché

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Timide et décomplexé

ECRANS | On a découvert Riad Sattouf sur le tard, via son personnage culte Pascal Brutal. Soit la description en bande dessinée, dans une France futuriste dirigée (...)

Dorotée Aznar | Lundi 22 juin 2009

Timide et décomplexé

On a découvert Riad Sattouf sur le tard, via son personnage culte Pascal Brutal. Soit la description en bande dessinée, dans une France futuriste dirigée par Alain Madelin, du quotidien d’un parangon de virilité doutant en permanence de sa sexualité – un travail de caricaturiste averti, qui tranche cependant avec le reste de l’œuvre de son auteur. Dans le ton, déjà, beaucoup plus loufoque que dans ses travaux précédents, et dans la méthode : Sattouf se laisse systématiquement guider par son héros, improvisant le scénario de case en case. Alors que dans ses albums “générationnels“ (Retour au collège, La Vie secrète des jeunes, Manuel du puceau…), il se fonde sur ses observations, ses ressentis personnels, son propre vécu pour retranscrire de la façon la plus juste qui soit l’état d’esprit des jeunes qu’il dépeint. Ce regard acéré, tendre et empathique jusque dans l’observation des pires crasses dont sont capables les victimes de l’âge ingrat, fait toute la valeur et l’unicité des Beaux Gosses. FC

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Charlotte au poivre

ECRANS | En tournant le controversé (jusqu’à l’intérieur de nos colonnes) Antichrist, Lars Von Trier pensait sûrement faire son Possession. La postérité jugera si (...)

Christophe Chabert | Mercredi 17 juin 2009

Charlotte au poivre

En tournant le controversé (jusqu’à l’intérieur de nos colonnes) Antichrist, Lars Von Trier pensait sûrement faire son Possession. La postérité jugera si effectivement cette œuvre radicale rejoindra au sommet des films cultes le chef-d’œuvre de Zulawski, mais le résultat festivalier a été équivalent : comme Adjani en 1981, Charlotte Gainsbourg a remporté le prix d’interprétation féminine à Cannes. Sur scène, elle dédia la récompense à son père, en espérant «qu’il aurait été très fier, et très choqué» par le film. Et il est vrai que ce que Charlotte fait dans Antichrist a quelque chose à voir avec le geste artistique de Serge : elle y met son âme (douloureuses séquences de deuil) et son corps (intense scène de masturbation) à nu, allant fouiller là où ça dérange et où ça choque encore. Von Trier semble d’ailleurs parfois à la traîne de l’énergie folle de son actrice, sa mise en scène hésitant entre lyrisme stylisé et réalisme post-dogme. Charlotte Gainsbourg ne s’est pas posé ce type de questions : elle a foncé tête baissée dans ce rôle dont elle sort grandie. CC

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Les Beaux Gosses

ECRANS | Pour donner le ton de cette teen comédie à la française écrite et réalisée par l’auteur de l’immortelle BD Pascal Brutal, il est bon d’en livrer un petit extrait. (...)

Christophe Chabert | Mardi 2 juin 2009

Les Beaux Gosses

Pour donner le ton de cette teen comédie à la française écrite et réalisée par l’auteur de l’immortelle BD Pascal Brutal, il est bon d’en livrer un petit extrait. Hervé, ado complexé et maladroit, est avec son père en voiture (le reste du film, il vit seul dans une HLM triste à pleurer avec sa mère, une harpie obsédée par la vie sexuelle de son fils, notamment son penchant masturbatoire). Il l’interroge sur son prénom : «— C’est toi ou maman qui m’avez appelé Hervé ? — C’est moi. — Pourquoi ? C’est pourri comme prénom… — Ouais, mais c’est à cause de ta grand-mère, elle est morte juste avant ta naissance, et comme elle était fan d’Hervé Villard… Sinon, on t’aurait appelé Yannick, comme Yannick Noah…». Voilà le genre de dialogues qui parsèment Les Beaux Gosses ; il en dit long sur le talent de Sattouf pour imprégner son histoire de notations arrachées à même la viande de la culture populaire française puis transformer en humour sophistiqué et ravageur. Bienvenue dans l’âge ingrat Les Beaux Gosses s’intéresse donc à une poignée d’ados ingrats, stéréotypés et immédiatement attachants : le geek zozotant, l’arabe fan de hea

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Antichrist

ECRANS | De toute évidence, il y aura un avant et un après Antichrist dans la carrière de Lars Von Trier. Son précédent film, Le Direktor, semblait atteindre les (...)

Christophe Chabert | Mercredi 27 mai 2009

Antichrist

De toute évidence, il y aura un avant et un après Antichrist dans la carrière de Lars Von Trier. Son précédent film, Le Direktor, semblait atteindre les limites de sa «démission» en tant que metteur en scène, laissant une caméra automatisée cadrer l’action au hasard. Le prologue d’Antichrist en est l’exact opposé et s’affirme comme une réelle reprise en main : un sommet de maîtrise où chaque plan est une merveille plastique, magnifiant la scène traumatique qui va enclencher le récit. Pendant qu’un couple fait l’amour, leur enfant tombe par la fenêtre. Eros et thanatos, deuil et culpabilité : voilà le programme des quarante minutes suivantes. Lui (Willem Daffoe) est analyste, elle (Charlotte Gainsbourg) s’enfonce dans la dépression, à la recherche de la peur fondatrice qu’il va falloir exorciser. Cette peur est une forêt, Eden, où le couple se retire pour affronter ses démons. Mais sur place, c’est un autre film qui commence, un film d’horreur faisant remonter une mythologie oubliée, le «gynocide». Messie, messie… Tout cela ne manque pas d’ambition, ni de culot ; par contre, Von Trier manque sérieusem

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Bouquet final

ECRANS | Pour ne pas finir dans la même déchéance que ses parents “artistes“ (bouh, le vilain mot), le jeune Gabriel accepte un boulot de directeur commercial dans (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 31 octobre 2008

Bouquet final

Pour ne pas finir dans la même déchéance que ses parents “artistes“ (bouh, le vilain mot), le jeune Gabriel accepte un boulot de directeur commercial dans une entreprise de pompes funèbres et doit se former auprès d’un cador de la boîte. Spectateurs français, on vous ment. Cette pseudo comédie trash, qui confond politiquement incorrect et vulgarité gratuite, n’est en fait qu’un long plaidoyer pour le sinistre conformisme ambiant, morale fumeuse à l’appui. En lieu et place de la réinterprétation promise du délicat art de l’humour noir à l’anglo-saxonne, nous n’en avons ici que son basique assaisonnement à la sauce France d’après. FC

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