Dallas Buyers Club

ECRANS | Le réalisateur de "C.R.A.Z.Y." s’empare de l’histoire vraie de Ron Woodroof, Texan pure souche, bien réac’ et bien homophobe, qui s’engage contre l’industrie pharmaceutique américaine après avoir découvert sa séropositivité. D’une édifiante linéarité, n’était la prestation grandiose de Matthew McConaughey. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 février 2014

L'histoire est incroyable mais vraie, et comme souvent dans ce type de fictions à sujet, l'argument semble suffire à donner au film un poids dramaturgique. Alors que le sida commence à faire des ravages dans la communauté gay — la mort de Rock Hudson et son tragique coming out post mortem font la une des journaux — un électricien Texan bas du front, qui fait du rodéo et conchie les homos (dans son jargon, ce sont des «fiottes» ou des «pédés») découvre qu'il est séropositif. Son monde et ses valeurs s'écroulent, d'autant plus que les médecins ne lui donnent que trente jours à vivre. Après un petit cours accéléré en bibliothèque et la rencontre avec une doctoresse sincère et pure — Jennifer Garner — il découvre que 1) un traitement basé sur l'AZT peut retarder la maladie ; 2) ledit traitement fait en définitive plus de mal que de bien, mais que 3) il existe d'autres médicament qui, à défaut de traiter le virus lui-même, peuvent s'attaquer aux maladies opportunistes déclenchées par la déficience du système immunitaire.

Problème : les labos et le gouvernement, main dans la main car on est dans l'Amérique libérale et reaganienne, font tout pour empêcher leur mise sur le marché. Ron Woodroof va donc fonder le Dallas Buyers Club et aller chercher les doses "interdites" à l'étranger avant de les prescrire sauvagement à des malades. Ce que, bien sûr, les autorités ne comptent pas laisser passer…

Very big Mac

Si on ajoute qu'il est secondé dans sa "mission" par un travesti très maniéré (Jared Leto) et déjà très touché par la maladie (le genre d'individus qu'il vomissait à l'époque où il était sain de corps — d'esprit, par contre, ça reste discutable), on a là une sorte de super film-dossier, qui se contente assez paresseusement de dérouler la chronologie des événements, forcément édifiante. Quand Jean-Marc Vallée se pique de faire du style, cela ne fait qu'aggraver les choses : la plupart du temps, il reste sagement dans la case d'une réalisation très HBO, mais parfois, il la leste d'effets balourds, attendus et répétitifs, comme ce sifflement aux oreilles de Woodroof dès qu'il a une migraine. Le comble est atteint avec ce montage alterné où, comme une sorte de communication mystico-poétique, le héros se retrouve entouré d'une myriade de papillons multicolores tandis qu'un autre personnage meurt sur un lit d'hôpital.

Dallas Buyers Club a donc le profil parfait du drame à oscars, et un point le stipule particulièrement : l'amaigrissement de Matthew McConaughey pour interpréter Woodroof. Performance physique qui signe son désir d'aller décrocher la statuette, synchrone avec la volonté d'authenticité brandie en permanence par le film. Seulement voilà : McConaughey est effectivement époustouflant dans ce rôle-là, et cela ne tient pas au nombre de kilos qu'il a perdus avant le tournage, mais bien à sa manière d'en faire un vrai personnage de cinéma, et pas seulement une copie de son modèle. L'acteur comprend presque mieux que le réalisateur ce qui permet à Woodroof de survivre alors que tout autour de lui le condamne à brève échéance : la santé qu'il dégage, cette envie héritée de sa vie "d'avant" d'envoyer le monde entier se faire foutre dans un acte d'individualisme à la John Wayne / Snake Plissken qui marie humour, provocation, charme canaille et cynisme jovial.

Depuis trois ans, on a vu McConaughey se surpasser à l'écran : flic tueur érotomane et sans scrupule dans Killer Joe ; pirate moderne échoué par amour sur une île au bord du Mississippi dans Mud ; strip-teaseur showman et chef de troupe dans Magic Mike ; trader cynique et camé jusqu'aux yeux dans le récent Loup de Wall Street… À chaque fois, il utilisait son empreinte texane pour faire de ses personnages des créatures bigger than life, immédiatement fascinantes. Là où Dallas Buyers Club aurait pu, par son sujet comme par la mise en scène de Vallée, le ramener à la glu de la vérité et du réalisme, il choisit au contraire de transformer Woodroof en somme explosive de tous ses rôles précédents, avec un sens inouï du paradoxe : flamboyant, dévoué, égoïste, attentionné, amoureux, frimeur… Ce comédien est simplement exceptionnel, et il justifie à lui seul de voir ce tout petit film.


Dallas Buyers Club

De Jean-Marc Vallée (ÉU, 1h57) avec Matthew McConaughey, Jennifer Garner...

De Jean-Marc Vallée (ÉU, 1h57) avec Matthew McConaughey, Jennifer Garner...

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L'histoire vraie de Ron Woodroof, un électricien qui a été diagnostiqué séropositif en 1986 et dont l'espérance de vie ne devait pas dépasser 6 mois.


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Polytech s'offre "Interstellar"

ECRANS | Rendez-vous mardi 5 mars à Mon Ciné pour (re)découvrir le bijou de Christopher Nolan sorti il y a cinq ans.

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Polytech s'offre

Il fut un temps où la Warner parvenait à concilier mieux qu’aucune major sa tête et son cœur (enfin, le muscle devant son cœur, son portefeuille), en abritant en son giron une foule d’auteurs garantissant à la fois prestige international et écrasants triomphes au box-office. De cette époque à Kubrick ou Kazan ne reste qu’un Eastwood bientôt nonagénaire. Parmi la relève, les Wachowski sont au purgatoire, Paul Thomas Anderson (hélas trop peu rentable) a été exfiltré ; Cuarón a succombé aux beaux yeux billets verts de Netflix. Demeure le fidèle Christopher Nolan, rarement décevant (c’est-à-dire souvent plus que profitable), qui de surcroît met le monde en transe avec ses histoires emplies de paradoxes scientifiques, d’effets visuels hypnotiques et de stars oscarisées par camions entiers. Tel Interstellar (2014). Encouragé par le succès d’Inception (2010), aventure exploratoire de l’infiniment intime des songes, où les protagonistes se dotaient du pouvoir d’investir et de modeler leurs mondes intérieurs à leur convenance (quitte à s’y trouver piégé), Interstellar poursuit dans le

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"Undercover - Une histoire vraie" : un deal est un deal

ECRANS | de Yann Demange (ÉU, 1h51) avec Matthew McConaughey, Richie Merritt, Bel Powley…

Vincent Raymond | Jeudi 20 décembre 2018

1984. Ricky, 14 ans, et son père font un commerce plus ou moins légal d’armes à feu auprès des gangs tenant le marché du crack dans les squats de Détroit. Flairant l’aubaine, le FBI transforme le jeune Ricky en dealer pour infiltrer le réseau. Sans lui laisser vraiment le choix… On ne peut plus explicite et programmatique, le titre français met l’accent sur l’authenticité des faits davantage que sur la figure de Ricky. Pourtant, c’est bien cet ado à moustachette qui est la colonne vertébrale de l’histoire, la mouche sur le hameçon lancé par un FBI avide de faire des grosses prises mais peu soucieux du devenir de l’appât après coup(s). Mais ne divulgâchons pas la fin… Si l’on a l’habitude des histoires de gangs et de mafia survitaminées par Scorsese et ses épigones, celle-ci semblera plus calme : Undercover ne superlative rien. C’en est même parfois troublant, puisque les séquences de nouba avec les caïds, les descentes de flics ou certaines scènes de tension familiale semblent sous-dramatisées ; en tout cas moins épileptiquement montées qu’à l’ordinaire. Une façon de fuir la convention, de se rapprocher du réalisme sans dou

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Avec "Polytechnique" et "C.R.A.Z.Y.", le Canada s'invite à la Cinémathèque

ECRANS | Deux films à (re)découvrir jeudi 26 et vendredi 27 avril dans le cadre du Mois du Canada du Centre d’études canadiennes de Grenoble.

Margaux Rinaldi | Mardi 24 avril 2018

Avec

Voilà, on sait désormais que le cinéaste Denis Villeneuve (Blade Runner 2049, Prisoners, Incendies...) quittera début mai la fraîcheur du Québec pour venir prendre sa place au sein du jury de la 71e édition du Festival de Cannes. Mais avant ça, la Cinémathèque de Grenoble, pour son mini cycle de projections dans le cadre du Mois du Canada, nous offre l’occasion de (re)découvrir une de ses anciennes réalisations. Soit le film Polytechnique (2009), inspiré de faits réels. Ou, plus précisément, inspiré du vide. C’est en tout cas le mot qui fut employé pour décrire les yeux de Marc Lépine quand, le 6 décembre 1989, il ouvrit le feu sur les femmes de l’École polytechnique de Montréal. Avec Maxim Gaudette dans le rôle-titre et des images en noi

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"Blade Runner 2049" : l’avenir, c’était moins pire avant

ECRANS | Denis Villeneuve livre avec "Blade Runner 2049" une postérité plus pessimiste encore que le chef-d’œuvre de l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick et du cinéaste Ridley Scott. Tombeau de l’humanité, son opéra de bruine crasseuse et de poussière survit à sa longueur (2h43) ainsi qu’à l’expressivité réduite de Ryan "Ford Escort" Gosling.

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

2049, sur une Terre à la biocénose ravagée. Blade Runner (du nom d'unités policières spéciales), K. (Ryan Gosling) est un réplicant d’un modèle évolué chargé d’éliminer ses congénères réfractaires à l’autorité humaine. K. découvre lors d’une mission qu’une réplicante, en théorie stérile, a jadis accouché. L’enfant-miracle est très convoité… C’est peu dire que monde a les yeux braqués sur Denis Villeneuve, "celui qui s’est risqué" à prolonger le cauchemar de Philip K. Dick modifié par Ridley Scott en 1982. Demi-suite en forme de résonance (y compris musicale, même si Vangelis n’a pas été reconduit à la bande originale, supplanté par l’incontournable Hans Zimmer), ce nouvel opus permet au cinéaste de travailler en profondeur ses obsessions : l’identité brutalement perturbée (Incendies, Maelström, Un 32 août sur terre…) et la contamination de la réalité par les songes ou les souvenirs (Enemy, Premier Contact)

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"Gold" : mauvaise pioche cher Matthew McConaughey

ECRANS | de Stephen Gaghan (É.-U., 2h01) avec Matthew McConaughey, Bryce Dallas Howard, Édgar Ramírez…

Vincent Raymond | Mardi 18 avril 2017

Héritier poissard d’une famille de chercheurs d’or, Kenny Wells joue son va-tout en s’associant avec un géologue mystique… et découvre un filon extraordinaire en Indonésie. Devenu du jour au lendemain la coqueluche de Wall Street, il va pourtant choir pour escroquerie. Les Étasuniens raffolent de ce genre de conte de fées vantant l’obstination malgré les embûches : plus l’on trébuche, plus la sonnante récompense le sera aussi. Mais pour que ce conte "prenne" chez nous, il faut un minimum de notoriété du protagoniste, un destin réellement hors du commun ou bien un film résolument exceptionnel. Pas de veine, ce n’est pas le cas avec ce pensum dont on se moque comme un orpailleur de sa première pépite de pyrite de fer : le désir de revanche d’un fissapapa ruiné n’a rien d’exaltant. L’interprétation ne sauve rien : la mine des mauvais jours, Matthew McConaughey, en version chauve et bedonnante, semble mal remis de son Oscar. Moulinant des bras quand il n’écarquille pas des yeux figé sur place, il se perd dans un épouvantable jeu à la Tom Cruise. Seul intérêt du film : les costumes et décors, permettant de s’initier au vrai chic des nouveaux rich

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"Tous en scène" : music-animal animé

ECRANS | de Garth Jennings (E.-U., 1h48) animation

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Pour sauver son théâtre d’une ultime faillite, Buster le koala mise sur un concours de chant ouvert aux amateurs. Une succession de mésaventures lui rend la chose plus ardue que prévue, alors même qu’il a réuni une troupe de talents hors du commun… Les studios Illumination (incubateurs des Minions) savent souffler le froid et le chaud avec les animaux : au consternant Comme des bêtes sorti l’été dernier succède ici en effet une efficace et entraînante comédie, bien moins bébête et puérile que le cadre référentiel (l’engouement autour des télé-crochets musicaux) ne le laissait craindre. L’absence de clins d’œil à outrance, d’un trop-plein de parodies ou d’allusions à des demi-stars vaguement dans l’air du temps contribue à la réussite de l’ensemble, qui tire avant tout parti de ses ressources propres : son intrigue et ses personnages, aux caractéristiques adroitement dessinés. Même les voix françaises font preuve d’une tempérance bienvenue ! Cela dit, il n’y a pas de quoi être étonné : un film encadré pa

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Wild

ECRANS | De Jean-Marc Vallée (ÉU, 1h56) avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffman, Laura Dern…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Wild

Le titre fait évidemment penser au Into the wild de Sean Penn, tout comme le pitch, tiré d’une histoire vraie : Cheryl Strayed entreprend une randonnée solitaire de 17 000 kilomètres pour faire son deuil de sa mère et de sa jeunesse cabossée. Mais le film de Jean-Marc Vallée, dont on n’adorait déjà pas le Dallas Buyers Club, manque effectivement de « into the »… Tout y est réduit à une pure surface sans le moindre relief, que ce soit le trajet, les flashbacks sur les traumas de l’héroïne ou les aphorismes inscrits à même l’écran. Vallée met sur le même plan une relation sexuelle et une addiction à la drogue, la mort d’une mère et celle d’un cheval, passe le tout dans un grand shaker psychologisant et le recrache dans un montage lassant où rien n’arrête le regard. Du voyage, on ne verra quasiment rien, tant le film comme le personnage ne s’intéressent pas aux autres ou à l’inconnu, mais seulement à eux-mêmes. Pire : à plusieurs reprises, les rencontres sont vécues comme des menaces pour cette fille solitaire. Mais Vallée, pas québ

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Interstellar

ECRANS | L’espace, dernière frontière des cinéastes ambitieux ? Pour Christopher Nolan, c’est surtout l’occasion de montrer les limites de son cinéma, en quête de sens et d’émotions par-delà les mathématiques arides de ses scénarios et l’épique de ses morceaux de bravoure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Interstellar

Un an à peine après Gravity, au tour de Christopher Nolan de s’aventurer dans l’espace pour en donner une image scientifiquement correcte et réaliste avec Interstellar. Le futur du film est une vision à peine déformée de celui qui nous attend, marqué par la pénurie de céréales et les dérèglements climatiques, au point de pousser l’homme à chercher par-delà notre système solaire d’autres planètes habitables. Nolan centre son approche sur une famille purement américaine, dont le père décide de rejoindre une équipe d’astronautes pour s’engouffrer dans un « trou de ver » et rejoindre une autre dimension du temps et de l’espace. L’intime et le cosmos, les paradoxes liés à la relativité temporelle, les autres mondes dominés par des éléments uniques et déchaînés (l’eau, la glace) : c’est un territoire ambitieux qu’arpente Nolan. Mais plutôt que d’en faire une plongée vers l’inédit, il le ramène vers sa propre maîtrise, désormais avérée, pointant toutes les limites de son cinéma. Dans l’espace, personne ne vous e

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"Le Loup de Wall Street" : voyage au bout de l'enfer (du capitalisme)

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender.

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

« Greed is good. » C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur (grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée) attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré

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In the Mud for love

ECRANS | Dès son troisième long-métrage, Jeff Nichols s’inscrit comme un des grands cinéastes américains actuels : à la fois film d’aventures, récit d’apprentissage et conte aux accents mythologiques, "Mud" enchante de sa première à sa dernière image. Critique et entretien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

In the Mud for love

Il aura donc fallu près d’un an depuis sa présentation cannoise pour que Mud atteigne les écrans français. C’est long, certes, mais les spectateurs qui vont le découvrir – parions que, toutes générations et tous goûts cinématographiques confondus, ils en sortiront éblouis – verront ce que le critique pris dans la tempête festivalière ne faisait que deviner à l’époque : Jeff Nichols a signé ici une œuvre hors du temps, un film classique dans le meilleur sens du terme qui s’inscrit dans une tradition essentielle au cinéma américain, reliant Moonfleet, La Nuit du chasseur, E.T., Un monde parfait ou le True Grit des frères Coen. Des films qui parlent de l’Amérique à hauteur d’enfants, avec ce que cela implique d’émerveillement et de désillusions. Des films qui font grandir ceux qui les regardent en même temps qu’ils regardent grandir leur héros. C’est dire l’ambition de Jeff Nichols : Shotgun stories et

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Killer Joe

ECRANS | Avec ce Killer Joe à la rage juvénile, William Friedkin, 77 ans, est de retour au sommet. Bug montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par (...)

Christophe Chabert | Vendredi 31 août 2012

Killer Joe

Avec ce Killer Joe à la rage juvénile, William Friedkin, 77 ans, est de retour au sommet. Bug montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par rapport au matériau théâtral qu’il se contentait de transposer sagement à l’écran. L’auteur, Tracy Letts, est aussi celui de la pièce qui a inspiré Killer Joe ; cette fois, il a pris le temps de bosser avec Friedkin une vraie adaptation cinématographique, aérée et fluide. Choix plus que payant : le dialogue brillant de Letts trouve dans la mise en scène de Friedkin un allié de poids, le cinéaste étant trop content d’aller en découdre avec son thème de prédilection : l’omniprésence du mal. Killer Joe montre une famille de Texans dégénérés vivant dans un mobile home insalubre : le père apathique, la belle-mère nympho, le fils magouilleur et la fille candide, Dottie. Complètement fauchés, ils décident de mettre à mort la mère pour toucher son assurance-vie. Comme ils sont aussi lâches que méchants, ils font appel à un flic pourri pour commettre l’irréparable. Joe pose une condition : la virginité de Dottie en guise de caution. Si l’innocente Dottie devient naturellement la victime de la cupid

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Big Mac

ECRANS | Avec quatre films à l’affiche entre août et décembre, Matthew McConaughey est incontestablement la star de cette rentrée cinéma. Pourtant, qui aurait parié un kopeck sur cet ex-jeune premier romantique, Texan pure souche perdu à Hollywood où la valeur d’un acteur flambe plus vite que les cours de bourse ? Récit d’une métamorphose… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Big Mac

«Tout ce que je connais, c’est le Texas !» C’est ainsi que les frères Coen ouvraient leur premier film, Blood simple. Cette maxime, Matthew McConaughey pourrait la faire sienne. Le Texas, il y est né, et sa première apparition marquante sur les écrans français le montrait en shérif d’un patelin texan dans le Lone star de John Sayles. Quinze ans plus tard, après bien des détours, c’est le Texas qui l’appelle à nouveau et lui permet d’endosser ce qui est sans conteste un de ses plus grands rôles à ce jour : le flic pourri qui arrondit ses fins de mois en jouant les tueurs à gage dans Killer Joe (en salles le 5 septembre), dernier film choc de William Friedkin. Mais que ce soit dans l’excellent Magic Mike de Steven Soderbergh en patron d’un club de strip-tease à Tampa, dans la tambouille érotico-policière The Paperboy (le 19 octobre) de Lee Daniels en journaliste gay revenant dans

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La Défense Lincoln

ECRANS | De Brad Furman (EU, 1h58) avec Matthew McConaughey, Marisa Tomei…

François Cau | Jeudi 19 mai 2011

La Défense Lincoln

Cette adaptation du roman de Michael Connelly est plutôt une bonne surprise. Le réalisateur parvient à capter le stress urbain sans abuser d’affèteries esthétisantes et en creusant l’isolement de son héros. A ce titre, il convient de souligner l’excellente performance de Matthew McConaughey (décidément à son aise dans les rôles d’avocat), et la bonne tenue globale de l’ensemble du casting. Sur une trame des moins originales (c’est là où le bât blesse), Brad Furman a compris, à l’inverse de bon nombre de ses petits camarades hollywoodiens, que l’une des plus pertinentes façons de contrer l’efficacité télévisuelle en matière de drame policier est de jouer sur l’atmosphère ou la caractérisation des personnages. Ce qui fait de La Défense Lincoln un divertissement carrément honorable. FC

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