"Les Chatouilles" : Andréa Bescond, touchée mais pas coulée

ECRANS | Portant le fardeau d’une enfance abusée, Odette craque et solde son passé, subissant en sus l’incrédulité hostile de sa mère. Une histoire vraie passée par la scène peinant à trouver sa pleine voix au cinéma mais heureusement relayée par des comédiens d’exception.

Vincent Raymond | Lundi 12 novembre 2018

Enfant, Odette a régulièrement été abusée par Gilbert, un ami de la famille masquant ses sévices en "chatouilles". À l'âge adulte, la danse ne suffisant plus pour exorciser son passé, Odette entreprend (à reculons) une psychanalyse. Et lutte en sus contre le déni maternel…

Comme un écho douloureux. Un semaine après la sortie d'Un amour impossible de Catherine Corsini d'après un roman de Christine Angot, ce premier long-métrage coréalisé par Éric Métayer et Andréa Bescond, adaptation du spectacle autobio-cathartique de cette dernière, aborde à nouveau (et plus frontalement encore) l'abominable question des attouchements et des viols sur mineur·es. S'il a fallu à l'autrice-interprète principale une dose de courage à peine concevable pour se livrer aussi crûment et se reconstruire, on ne peut cependant pas taire sa perplexité face à la forme de ce film-témoignage : aussi remuant qu'il soit, aucun projet cinématographique ne saurait se prévaloir d'une absolution de principe quant à sa facture, au motif que ses motivations ou ses intentions sont nobles.

Re-être pour renaître ?

En l'occurrence, la sincérité viscérale du message se trouve brouillée par un dispositif à la lourdeur métaphorique malheureusement bien connue : le mélange théâtre/film et passé/présent dont le redoutable Guillaume Gallienne avait usé pour transposer sur écran son spectacle Les Garçons et Guillaume, à table ! Une fausse bonne idée visant à rappeler à la fois l'origine scénique du film, à matérialiser l'espace mental de la victime d'un trauma d'enfance en montrant qu'elle en est toujours spectatrice (donc prisonnière), à inscrire également l'autrice-interprète comme démiurge. Si ce télescopage entre les deux mondes fonctionne parfois ailleurs (en particulier chez Resnais), c'est dans un cadre de fiction plus "théorique" et abstrait.

Peut-être que le concept eût opéré si Andréa Bescond avait consenti à céder sa place devant la caméra à d'autres comédiennes – et l'on touche là à un autre problème : la légitimité d'un vécu n'induit pas la justesse ni la crédibilité à l'écran. Une question à mettre en regard avec le processus de résilience, qui nécessitait sans doute qu'elle aille au bout de la démarche.

Il faut en revanche saluer l'écriture et le jeu des personnages "d'adultes", terrifiants dans leurs actes, réactions ou aveuglement. Notamment Pierre Deladonchamps, endossant le rôle du salaud prédateur, et Karin Viard, révulsante en mère iceberg d'égoïsme.

Les Chatouilles
de & avec Andréa Bescond & Éric Métayer (Fr, 1h43) avec également Pierre Deladonchamps, Karin Viard, Clovis Cornillac…


Les Chatouilles

De Andréa Bescond, Eric Métayer (Fr, 1h43) avec Andréa Bescond, Karin Viard...

De Andréa Bescond, Eric Métayer (Fr, 1h43) avec Andréa Bescond, Karin Viard...

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Odette a huit ans, elle aime danser et dessiner. Pourquoi se méfierait-elle d’un ami de ses parents qui lui propose de « jouer aux chatouilles » ? Adulte, Odette danse sa colère, libère sa parole et embrasse la vie...


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"L’Aventure des Marguerite" : malle du transport

ECRANS | De Pierre Coré (Fr., 1h26) avec Alice Pol, Clovis Cornillac, Lila Gueneau…

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

1942. Le père de Marguerite a disparu à la guerre et l’adolescente se languit de son retour. 2019. Margot, sosie de la précédente, doit passer trois jours avec le nouveau copain de sa mère qu’elle trouve lourd. À cause d’une malle magique, les deux jeunes filles vont se substituer l’une l’autre… Comme une étrange impression de se retrouver devant un J’aime Lire mis en images… Pas si loin, en fait, puisque cette comédie fantastique d’aventure est adaptée d’un roman jeunesse signé Vincent Cuvellier. Si le travail visuel est propre, rythmé par le va-et-vient permanent entre les deux époques, la partie 1942 se révèle beaucoup plus riche en rebondissements épiques que le segment contemporain, Marguerite s’adaptant très (trop) vite à l’univers de science-fiction XXIe siècle. Les scénaristes ne se sont pas non plus trop préoccupés des inévitables questions de paradoxes temporels, pourtant le sel de ces histoires ainsi que des ressorts dramatiques de premier choix. On ignore quel destin attend ce film d’ambiance automnale un 14 juillet en salles, il fera certainement un meilleur score une après-midi de n

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Les Vétos : Seules les bêtes ?

ECRANS | De Julie Manoukian (Fr., 1h32) avec Noémie Schmidt, Clovis Cornillac, Lilou Fogli…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Les Vétos : Seules les bêtes ?

Nico et son aîné Michel font tourner à deux un cabinet vétérinaire d’un petit village du Morvan. Partant subitement à la retraite, Michel fait venir à sa place sa nièce, chercheuse et entêtée mais qui n’a jamais pratiqué. Au contact de Nico, du village et des animaux, elle changera… Évidemment sympathique, terriblement dans l’air du temps, malheureusement téléphonée, l’intrigue des Vétos est au moins aussi lourde que cette phrase surchargée en adverbes. On s’étonne même de voir sur grand écran cette collection de clichés sur la ruralité hexagonale (hostile et obtuse à l’étrangère, mais révélant un cœur "gros comme ça" à la fin), d’habitude réservée au public captif de la télévision. Tout y passe : du paysan bourru au maire hobereau habillé façon militant LR à la Baule, de l’orpheline-cachant-un-lourd-secret au véto dévoré par son apostolat… Si aucun personnage n’échappe à sa caricature, le film aborde malgré tout un vrai sujet : celui de la désaffection rurale, de son abandon par l’État (raréfaction des services publics, mitage du maillage territorial…) au profit des zones plus urbanisées, créant de fait des insulari

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"Notre dame" : archi réussite

Cinema | Pâques aux tisons, Noël au balcon… des cinés. Grâce à Valérie Donzelli, la cathédrale de Paris revit à l’écran, personnage secondaire d’une délicieuse fantaisie sentimentale, burlesque et fantastique. Où il est aussi question de la place des femmes au travail et en amour…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Architecte tyrannisée par son patron, maman séparée d’un ex un brin crampon, Maud Crayon mène plusieurs vies complexes en une. Et voici que par un étrange coup du sort, elle remporte sans avoir concouru le réaménagement de Notre-Dame et se retrouve enceinte. Alléluia ? Les méchantes gens et autres mauvaises langues trouveront une corrélation entre la non-présence de Jérémie Elkaïm au générique et la réussite du 5e long métrage de Valérie Donzelli ; bornons-nous à pointer cet amusant détail, sans en tirer de perfides conclusions. Charmant bijou de joliesse, Notre dame est une irrésistible comédie sentimentale, sérieusement drôle et drôlement sérieuse, s'accommodant d'une once de magie : le fameux "réalisme magique" tant prisé par les romanciers de Garciá Márquez à Murakami, qui n'est rien d'autre qu'un habit poétique ou métaphorique du fatum à l'intérieur d'une fiction. On croit rêver Au reste, la singularité surnaturelle n’en est plus une dès lors que l’on considère Notre dame, dans son ensemble, comme une extrapolation de notre monde passé à travers la moulin

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"Chanson Douce" : requiem pour un film

ECRANS | De Lucie Borleteau (Fr., 1h40) avec Karin Viard, Leïla Bekhti, Antoine Reinartz…

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Un couple de trentenaires parisiens épanouis cherche la perle rare pour s’occuper de ses deux enfants afin que la mère puisse reprendre son activité professionnelle. Leur choix s’arrête sur Louise, une quinquagénaire en tout point parfaite. Plus que parfaite, même. En apparence… De l’éternel gouffre séparant un livre de son adaptation cinématographique… Sous la plume de Leïla Slimani, Chanson douce fut un roman d’une épouvantable précision, menant avec une limpidité rigoureuse et clinique vers le dénouement macabre annoncé dès ses premières pages. Ni "objet" littéraire surstylisé (bien que couronné par le Prix Goncourt), ni polar des familles, cette œuvre profonde et captivante rendait compte d’un faisceau de vérités sociologiques contemporaines. Et notamment que la précarité peut conduire de la déréliction à la névrose, l’inconsciente arrogance des privilégiés servant alors de catalyseur à une effroyable tragédie. Sur le papier, il y avait tout pour construire un thriller et faire vibrer l’écran. La distribution elle-même était prometteuse, mais ne l’était-elle pas trop ? Le rendez-vous s’avère manqué. Parce que Karin Viard est trop

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"Voyez comme on danse" : les lauriers de Michel Blanc sont fanés

ECRANS | de et avec Michel Blanc (Fr, 1h28) avec également Karin Viard, Carole Bouquet, Charlotte Rampling…

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Quinze ans environ après leurs premières aventures, le groupe d’Embrassez qui vous voudrez poursuit sa vie : Véro la poissarde, Elizabeth la distinguée et son fraudeur fiscal de mari, Lucie et son nouveau jules (Julien, un parano qui la trompe). Sans compter la descendance… On attendait avec une confiance raisonnable Michel Blanc pour cette suite d’un divertissement pimpant ayant laissé un agréable souvenir dans le flot des comédies chorales – ce désormais genre en soi qui nous gratifie trop souvent de représentants de piteuse qualité, à oublier comme de vieux mouchoirs. Force est de constater que le comédien-réalisateur et (jadis brillant) scénariste dilue ici paresseusement un ou deux rebondissements et quiproquos à l’ancienne (genre XIXe siècle) en rentabilisant les personnages caractérisés dans l’opus précédent. Seul Jean-Paul Rouve, très bon en velléitaire chronique, apporte un soupçon de fraîcheur. Cela devient une habitude chez lui, entre la vocation et l’apostolat, de sauver l’honneur des machins de guingois. Quant à la fin, comme sabordée, elle fait un peu peine à voir. Rendez-nous le Mic

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Avant-premières avec cinéastes au Club

ECRANS | Deux films puisant leur origine dans des histoires familiales font leur avant-première au Club, accompagnés par leurs réalisateurs. Si le premier, Chris The (...)

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Avant-premières avec cinéastes au Club

Deux films puisant leur origine dans des histoires familiales font leur avant-première au Club, accompagnés par leurs réalisateurs. Si le premier, Chris The Swiss (mercredi 26 septembre à 20h15), est une enquête en animation sur le cousin de la réalisatrice Anja Kofmel, disparu pendant la guerre en Yougoslavie, le second, Les Chatouilles (mercredi 3 octobre à 20h15), explore une blessure plus intime : celle d’une enfant abusée sexuellement par un adulte. Andréa Bescond racontera comment la scène, puis le cinéma (où Éric Metayer lui a prêté main forte) l’ont aidée à dépasser ce douloureux passé.

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Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

ECRANS | Quels sont les cinéastes et, surtout, les films à ne pas louper avant la fin de l'année ? Réponses en presque vingt coups – dix-neuf pour être précis.

La rédaction | Mardi 4 septembre 2018

Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

Les Frères Sisters de Jacques Audiard Sortie le 19 septembre Escorté par son inséparable partenaire et coscénariste Thomas Bidegain, Jacques Audiard traverse l’Atlantique pour conter l’histoire de deux frères chasseurs de primes contaminés par la fièvre de l’or. Porté par l’inattendue fratrie John C. Reilly/Joaquin Phoenix (à l’œil puant le vice et la perversité), ce néo-western-pépite empli de sang et de traumas ne vaut pas le coup, non, mais le six-coups ! Climax de Gaspar Noé Sortie le 19 septembre Une chorégraphe a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? Noé compose un cocktail de survival et de transe écarlate à déguster séance hurlante.

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"Photo de famille" : dans la famille clichés…

ECRANS | de Cécilia Rouaud (Fr, 1h38) avec Vanessa Paradis, Camille Cottin, Pierre Deladonchamps…

Vincent Raymond | Mardi 4 septembre 2018

La mort d’un grand-père place une famille éclatée face à une épineuse question : que faire de la grand-mère qui perd la boule ? Le fils pense à la maison de retraite, le petit-fils se défausse mais deux des petites-filles proposent de l’héberger à tour de rôle. Embrouilles en vue… Depuis le succès de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, les films de famille sont produits par wagons entiers et déversés en toute saison sur les écrans. Parfois l’on trouve une variante "de remariage" ou une sous-espèce "avec des morceaux d’Alzheimer dedans" (voire un hybride des deux comme ici), mais le principe actif est le même : une fratrie de petits-bourgeois se déchire, découvre une ou deux vérités profondes façon secret de feuilleton avant de recoller les morceaux en faisant trompéter ses mouchoirs à l’unisson autour d’un mariage/d’un enterrement/d’une bar-mitsva de la réconciliation. Bref, une trame convenue pour des films globalement inutiles car redondants, que peuvent sauver une écriture atypique et/ou des comédiens bien guidés. Las ! La réalisatrice Cécilia Rouaud charge sa barque avec tant de personnages principaux qu’elle en éclipse certain

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"Plaire, aimer et courir vite" : un peu, pas du tout et pas avec les bonnes chaussures

ECRANS | Pour raconter ses jeunes années entre Rennes et Paris, quand le sida faisait rage, le cinéaste Christophe Honoré use de la fiction. Et les spectateurs se retrouvent face à un pensum dépourvu de cette grâce parfois maladroite qui faisait le charme de ses comédies musicales. En compétition à Cannes 2018.

Vincent Raymond | Vendredi 11 mai 2018

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques (Pierre Deladonchamps) a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur (Vincent Lacoste), un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute, taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris – ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non ma fille, tu n’iras pas danser (20

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Clovis Cornillac : « Dans "Belle et Sébastien", la nature est un personnage »

ECRANS | Après Nicolas Vanier et Christian Duguay, Clovis Cornillac signe le troisième et dernier épisode de "Belle et Sébastien", adaptation grand écran de la série de Cécile Aubry. Le réalisateur y joue aussi le rôle du méchant. On l'a rencontré.

Aliénor Vinçotte | Mercredi 14 février 2018

Clovis Cornillac : « Dans

Pourquoi autant de temps entre vos deux longs-métrages comme réalisateur – Un peu, beaucoup, aveuglément en 2015 et Belle et Sébastien en 2018 ? Clovis Cornillac : Entre les deux, j’ai aussi réalisé quatre épisodes de la saison 2 de Chefs, la série télévisée de France 2. Même si c’est passionnant, la réalisation demande beaucoup de temps. Belle et Sébastien 3 m’a pris un an et demi, tous les jours jusqu’à aujourd’hui. Mais quel bonheur de faire des films – c’est dément ! Qu’est-ce qui vous a amené à réaliser Belle et Sébastien 3 ? Son producteur Clément Miserez. La proposition en elle-même m’a un peu déstabilisé au début – je ne voyais pas le lien avec moi. C’est à la lecture du scénario que je me suis fait avoir, car l’histoire m’a plongé dans la littérature d’aventures, type nord-américaine comme Conrad, Steinbeck… J’ai alors réalisé que ce genre de f

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"Belle et Sébastien 3" : freudien ce dernier chapitre (et tant mieux)

ECRANS | de et avec Clovis Cornillac (Fr., 1h37) avec également Félix Bossuet, Tchéky Karyo…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Comme si la montagne lui tombait sur la tête ! Sébastien, qui a désormais 12 ans, apprend que son père veut l’emmener au Canada, loin de ses alpages chéris. Pire que tout, Joseph, un odieux bonhomme débarqué de nulle part, revendique la propriété de Belle et de ses trois chiots… Après deux opus touristiques sentant le foin, le vieux poêle et les années cinquante, on n’attendait plus grand-chose de Belle et Sébastien, si ce n’est une nouvelle collection de chandails qui grattent et de guêtres en flanelle. Pur objet de producteurs, confié de surcroît à un réalisateur différent, chaque épisode de ce "reboot" du feuilleton de l’ORTF a déjà l’air d’être la rediffusion de Heidi contre Totoro. Alors, quelle heureuse surprise que ce volet qui, en plus d’annoncer clairement la fin de la série, le propulse dans une direction inattendue. Comme dans Harry Potter, gagnant en noirceur au fur et à mesure que le héros-titre prend de l’âge, Sébastien s’approche de l’adolescence en se confrontant à l’arrachement et à la perte de ses référents d’enfant. Ici, la privation de son maousse objet transitionnel, en l’occurrence la chienne p

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"Jalouse" : Karin Viard, tout simplement

ECRANS | de David & Stéphane Foenkinos (Fr., 1h42) avec Karin Viard, Anne Dorval, Thibault de Montalembert…

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Nathalie est bizarre en ce moment : elle éprouve le besoin de tancer en public sa charmante fille à peine majeure ; elle dénigre une jeune collègue et ne loupe pas une occasion de causer du tort à ses proches qu’elle envie pour tout et rien. Sa névrose serait-elle due à la pré-ménopause ? Pour leur premier long, les frères Foenkinos s’étaient rassurés en adaptant un roman de David, La Délicatesse, pour un résultat mitigé – malgré François Damiens. Partant ici d’un scénario original, ils semblent avoir davantage pensé leur narration et leurs personnages pour le cinéma, c’est-à-dire en laissant aux comédiens la possibilité de les investir. Karin Viard excellant dans les emplois de râleuse-déprimée-déboussolée (revoyez La Nouvelle Ève ou Reines d’un jour), sa présence prédatrice s’imposait au centre de cette toile d’araignée. Bien contrebalancée par un aréopage de partenaires solides (même si certain·e·s, comme Anaïs Demoustier, auraient mérité plus d’espace), l’actrice oscill

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"Nos Patriotes" : les bonnes intentions ne font pas tout

ECRANS | de Gabriel Le Bomin (Fr., 1h47) avec Marc Zinga, Alexandra Lamy, Pierre Deladonchamps…

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Que la guerre, en tant que concept, travaille Gabriel Le Bomin est compréhensible ; c’est surtout une évidence. Depuis son court métrage Le Puits (2001), il a exploré la majeure partie des champs de bataille français du XXe siècle, de manière documentaire ou fictionnelle ; traditionnelle ou plus expérimentale – voir son premier long Les Fragments d’Antonin (2006). Avoir à ce point fait le tour de la question devrait à tout le moins l’inciter à quelques audaces ; où diable sont-elles dans Nos Patriotes ? Adaptant ici Le Terroriste Noir de Tierno Monénembo, il raconte l’histoire authentique d’Addi Ba, tirailleur sénégalais caché par des villageois des Vosges, devenu l’une des pièces maîtresses d’un maquis de la région, avant d’être arrêté et exécuté. S’il faut bien sûr reconnaître au cinéaste le mérite d’illustrer un chapitre longtemps occulté de l’histoire officielle, quel dommage qu’il ait souscrit à une forme aussi policée, accumulant tant de facilités et de conventions : personnages caricaturaux (nazis à la mâchoire carrée, paysans bien braves, fonction

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"Le Petit Locataire" : un dernier pour la route ? Non merci !

ECRANS | de Nadège Loiseau (Fr., 1h39) avec Karin Viard, Philippe Rebbot, Hélène Vincent…

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Aux abords de la ménopause, une fringante grand-mère se découvre enceinte. Compliqué, quand on fait tourner quasi seule une maisonnée comprenant une aïeule déclinante, un mari velléitaire, une fille immature mère-célibataire, et qu’il faut s’éviter toute émotion… Version rallongée d’un court-métrage (retournée, du coup, avec une nouvelle distribution), cette comédie n’a pas grand-chose de surprenant dans le ventre. Alors, elle se repose confortablement sur sa distribution, les rôles-clés étant confiés à des interprètes coutumiers d’emplois similaires : Karin Viard en tornade fofolle mais attach(i)ante et Philippe Rebbot en aboulique sympa mais lunaire – tous deux habillés en un peu trop démodé pour être réaliste. Ça n’est pas bien méchant ; pas tellement rythmé non plus : une enfilade de gags en gestation jusqu’au terme, précipité par quelques contractions artificielles. L’impression d’une soirée téléfilm sans les chaussons, en somme. La toujours lumineuse présence d’Hélène Vincent, en ancêtre yoyotante, et celle du bonhomme Antoine Bertrand apportent heureusement une bouffée de poésie fantasque.

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Philippe Lioret : « J’avais besoin de faire un film solaire »

Interview | Apaisé et souriant, le réalisateur aborde avec confiance la sortie de son film franco-québécois "Le Fils de Jean".

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Philippe Lioret : « J’avais besoin de faire un film solaire »

Comment vous-êtes vous libéré du livre original de Jean-Paul Dubois ? Philippe Lioret : Cela m’a pris beaucoup de temps de réflexion, de maturation… Je l’ai lu il y a une dizaine d'années : je l’ai trouvé formidable. C’est un grand livre habité. En cinéaste, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander comment "l’emmener" au cinéma, mais il me semblait qu’il n’y avait rien à faire avec ses voix intérieures permanentes. J’ai fait d’autres films sans jamais l’oublier et, doucement, je me suis mis à me re-raconter l’histoire, bizarrement devenue très personnelle. En le relisant, j’ai constaté qu’il n’avait plus rien à voir avec ce que je pensais en faire : des mots-clés restaient (Canada, père, fratrie), mais tout avait changé. J’ai racheté les droits du livre (même si je n’en avais plus besoin légalement) parce qu’il m’avait inspiré, et j’ai envoyé mon scénario à Jean-Paul Dubois. Il m’a répondu ce truc très rigolo : « Ah oui, c’est bien… Fai

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"Le Fils de Jean" : Philippe Lioret va bien, ne vous en faites pas

ECRANS | Philippe Lioret renoue ici avec le drame sensible en milieu familial qui lui avait fait signer sa plus grande réussite, "Je vais bien ne t’en fais pas". Une heureuse décision, soutenue par une paire d’acteurs qu’il ferait bien d’adopter : Pierre Deladonchamps et Gabriel Arcand.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Dire que Philippe Lioret s’offre une manière de résurrection avec ce film où un fils part à la rencontre du fantôme de son père naturel ne manque pas de sel. Le réalisateur a surtout clos une parenthèse engagée ouverte par Welcome et devenue franchement boiteuse avec Toutes nos envies, l’adaptation démembrée du récit d’Emmanuel Carrère. Quittant la chronique de la misère sociale et le mélo-chimio, il a isolé dans un roman de Jean-Paul Dubois une graine que son inspiration a su faire joliment germer. L’histoire d’un secret de naissance qu’il a eu la décence d’aborder avec tact, plutôt qu’en visant l’œil de cette pleurnicharde de Margot. Ainsi, dans Le Fils de Jean, il place ses personnage à la lisière des émotions et des mots supe

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"La famille Bélier" en plein air à Voiron le 12 juillet

ECRANS | Tout le monde a déjà vu La Famille Bélier – "sauf les aveugles, bien entendu" dirait Brassens. Mais qui peut se targuer d’avoir assisté à une projection en (...)

Vincent Raymond | Dimanche 3 juillet 2016

Tout le monde a déjà vu La Famille Bélier – "sauf les aveugles, bien entendu" dirait Brassens. Mais qui peut se targuer d’avoir assisté à une projection en plein air du film d’Éric Lartigau ? La saison chaude se prêtant aux veillées à rallonge en famille, emmenez marmaille, voisins et cousins à cette séance démarrant à la nuit tombée, organisée dans le cadre des Passeurs d’images. Bon, après, il reste toujours le problème Sardou : difficile de faire abstraction de ses chansons laissant ici autant d’impacts qu’il y a de cratères sur la Lune. Cela doit être le prix à payer, puisque la séance est gratuite. Rendez-vous mardi 12 juillet, cour de l'école Jean Moulin, place Salvador Allende, à Voiron donc.

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La Famille Bélier

ECRANS | Bons sentiments à la louche, pincée d’humour trash, mise en orbite d’une star de télé-crochet, célébration de l’art de Michel Sardou, regard pataud sur le handicap, populisme facile : Éric Lartigau signe un film dans l’air moisi du temps, qui donne des envies d'hara-kiri critique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

La Famille Bélier

«Bélier : n. m. 1) Mâle non châtré de la brebis. 2) Machine de guerre des anciens servant à battre les murailles en brèche.» Cette double définition piquée dans le Robert sonne comme la meilleure critique possible de La Famille Bélier. 1) Le nouveau film d’Éric Lartigau s’apparente à une comédie sentimentale mi-chèvre, mi-chou, qui met les pieds dans le purin campagnard et la tête dans les étoiles de la réussite, les mains dans le cambouis du populisme et le nez dans la grande cause du handicap, via une famille de sourds-muets avec en son centre Paula, jeune adolescente qui non seulement parle et entend, mais en plus chante d’une voix d’or. Lartigau emprunte d’abord la piste gonflée du comique trash, avec une scène chez le médecin où les parents s’engueulent à cause de la mycose de madame et de l’appétit sexuel de monsieur. Admirateur des frères Farrelly, Lartigau est loin de leur humanisme par la provoc’ : le vrai gag de la séquence, ce sont les traductions de Paula et les reproches qu’elle adresse à ses géniteurs. Ce qui compte, ce n’est pas que le spectateur s’identifie aux parents sourds, mais à la petite valide. Qui, comme le spectateur, n’

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On a failli être amies

ECRANS | D’Anne Le Ny (Fr, 1h31) avec Karin Viard, Emmanuelle Devos, Roschdy Zem…

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

On a failli être amies

Au départ d’On a failli être amies, il y a un beau sujet : comment deux femmes en viennent à échanger leurs rôles, l’une par ennui de sa vie conjugale, l’autre par envie d’une aventure sentimentale. Au lieu de se jouer sur le terrain du vaudeville, cela se fait par le biais du travail : la conseillère Pôle emploi tente de recaser professionnellement sa rivale pour lui piquer son patron de mari. Curieusement, Anne Le Ny ne choisit pas de creuser ce regard profondément inquiet sur une époque où la compétition libérale se répercute même dans les rapports amoureux ; elle préfère broder une comédie vieillotte et télévisuelle aux dialogues impossibles et à la musique régulièrement à côté de la plaque, où tout sonne faux et où le boulevard reprend sans cesse le dessus sur l’observation sociale. Ce mixe de calibrage et de décisions hasardeuses fait un dommage collatéral : les deux actrices, qu’on a rarement vues autant à la peine. Il faut dire aussi que Karin Viard et Emmanuelle Devos trustent tellement les écrans depuis un an (et même six mois pour Viard) qu’on a l’impression de ne plus voir que leurs tics de jeu et pas les personnages qu’elles défendent.

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L’Amour est un crime parfait

ECRANS | Derrière une intrigue de polar conduite avec nonchalance et un manque revendiqué de rigueur, les frères Larrieu offrent une nouvelle variation autour de l’amour fou et du désir compulsif. Si tant est qu’on en accepte les règles, le jeu se révèle assez fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 10 janvier 2014

L’Amour est un crime parfait

Dans le campus suisse hi-tech où se déroule une partie de L’Amour est un crime parfait, débarquent à mi-film des spécialistes américains des techniques scénaristiques, venus à la pêche aux jeunes talents parmi les classes de lettres de l’université. Ce que Marc, le professeur de littérature incarné par un Mathieu Amalric frénétique, passant de l’exaltation à l’angoisse avec le même regard fiévreux, voit comme une menace. Plus tard, le même Marc, rejoignant son chalet isolé dans les montagnes enneigées, y découvre sa sœur Marianne (Karin Viard) avachie sur le canapé avec son rival Richard (Denis Podalydès), tous deux affublés de lunettes ridicules pour voir sur un écran plasma gigantesque la version 3D des Derniers jours du monde, le précédent film des frères Larrieu… Deux digressions sans rapport avec le récit policier qu’ils nous racontent, mais qui font office de plaidoyer pro-domo rigolard envers leur méthode, peu soucieuse d’efficacité ou de rigueur narrative. En cela, L’Amour est un crime parfait est peut-ê

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Alain Guiraudie : «Faire le tour de la question du désir»

ECRANS | Avec "L’Inconnu du lac", Alain Guiraudie entre dans le cercle des grands cinéastes français. Une semaine après la sortie du film, il était plus que logique d’aller rencontrer un cinéaste dont l’honnêteté vis-à-vis de son œuvre et la modestie envers son statut de cinéaste tranchent avec les discours habituels du cinéma français. Propos recueillis par Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Vendredi 21 juin 2013

Alain Guiraudie : «Faire le tour de la question du désir»

Quand vous avez présenté L’Inconnu du lac à Cannes, vous avez fait monter une vingtaine de personnes sur la scène… C’est un geste qui résume votre démarche politique de cinéaste : un film, c’est plus une équipe lancée dans une aventure qu’un cinéaste tout seul.Alain Guiraudie : Effectivement, on fait le film avec tout le monde. Même des gens qu’on a tendance à considérer comme des figurants faisaient vraiment partie de l’équipe, ils étaient avec nous tout le temps. Les cinéastes doivent beaucoup aux techniciens, aux comédiens. J’ai longtemps cru à l’idée de l’auteur comme garant de la cohérence du film, et je m’aperçois de plus en plus que sans certaines personnes, je serais tombé dans des travers pas forcément intéressants. Je suis revenu de ce statut d’auteur sur un piédestal… Quant à la difficulté d’un tournage entièrement en extérieur…Le temps qui nous était imparti était très ric rac. On a beau tourner en Haute Provence pendant

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L’Inconnu du lac

ECRANS | Quelque part entre Simenon et Weerasethakul, Alain Guiraudie installe une intrigue de film criminel sur les bords d’un lac transformé en paradis homo, interrogeant les mécanismes du désir et l’angoisse de la solitude. Drôle et envoûtant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 juin 2013

L’Inconnu du lac

L’Inconnu du lac, c’est d’abord un espace scrupuleusement posé : un lac, une plage ; autour de la plage, une petite forêt ; et au-delà de la forêt, un parking. De cet espace, le film ne sortira jamais, préférant combler les ellipses du récit par les allusions du dialogue. Même la plage elle-même possède sa topographie, qu’Alain Guiraudie dessine avec méticulosité, au point de créer d’entrée une familiarité entre le spectateur et le lieu. Cette familiarité, c’est aussi celle qu’entretient Franck avec l’endroit et ses habitués : des hommes, rien que des hommes, qui viennent bronzer (à poil ou pas, la liberté est de mise) et faire trempette en ce début d’été. Accessoirement, après quelques regards échangés, ils se retrouvent pour baiser dans les bosquets alentours. Le lac est un lieu de drague homo, mais c’est aussi un petit paradis à l’abri de toute morale déplacée, où l’hédonisme sexuel s’accomplit avec un certain sens de la courtoisie – les amants se préviennent toujours avec politesse du moment où ils vont jouir… « Il n’y a pas grand monde » dit Franck lors d

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Mes héros

ECRANS | D’Eric Besnard (Fr, 1h27) avec Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Clovis Cornillac…

Jerôme Dittmar | Lundi 10 décembre 2012

Mes héros

Exemple effarant d'un cinéma post-sarkozy qu'on n'aurait jamais voulu voir naître, Mes héros confirme l'état alarmant de la production française en 2012. Pire que tout, cette comédie d'occupation où la tendresse neuneu côtoie le militantisme débile a des airs de Mamie fait de la résistance chez Jardiland. Dans un décor digne d'un shooting pour magazine déco, Josiane Balasko cache un jeune sans-papiers (le juif de l'an 2000) qui, séparé un temps de sa mère, trouve refuge à la campagne où il découvre les joies des tartines au beurre et de la 2CV vintage. Venue d'un autre temps, cette fable morale qui lave plus blanc que la Mère Denis veut tout réconcilier : la famille, le pays, les années Hortefeu et ses gendarmes. Mené tambour battant par un duo Jugnot/Balasko ayant enfanté de Clovis Cornillac (pire casting de l'année), Mes héros laboure l'humanisme blotti dans le petit cœur de chacun. L'enfant, qui n'a rien demandé à personne, enfonçant le clou de ce cauchemar hygiénique. Jérôme Dittmar

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Radiostars

ECRANS | De Romain Lévy (Fr, 1h40) avec Manu Payet, Clovis Cornillac, Douglas Attal…

Christophe Chabert | Vendredi 6 avril 2012

Radiostars

Une bande d’animateurs exerçant leur art de la grossièreté et de la vanne sur une radio FM le matin sont punis de leurs excès par leur directeur d’antenne et doivent aller faire le tour de la France profonde pendant l’été s’ils veulent garder leur place sur la grille de rentrée. En voilà un bon argument pour faire sauter les stéréotypes, ramener les personnages à la réalité, les changer en profondeur tout en tricotant une comédie douce-amère sur les aléas de la célébrité. Mais Radiostars n’est pas Intouchables, au contraire. Radiostars n’aime que le conflit, la dispute, l’engueulade, le couteau tiré, portrait d’un monde qui ne cherche pas la réconciliation, mais la conservation de son esprit de clan pour garder, en fin de compte, le succès et l’argent. La France d’en bas ? Des cons, des racistes, des bouseux, des passionnés de trucs pourris dont on se moque parce que ça fait de l’audience — parce que c’est l’audience ! La comédie elle-même se fout d’être parfois d’une lourdeur incroyable (Cornillac et les chambres pour handicapés, ce n’est DÉFINITIVEMENT pas Intouchables), et quand elle tire un bon numéro (excellent

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Une folle envie

ECRANS | De Bernard Jeanjean (Fr, 1h20) avec Clovis Cornillac, Olivia Bonamy…

François Cau | Vendredi 13 mai 2011

Une folle envie

Sous couvert d’une approche dédramatisée de son sujet (un couple de trentenaires essaie d’avoir un enfant), Une folle envie ne fait qu’accumuler les clichés comiques liés de près ou de loin à la situation, avec une constance qui forcerait le respect si l’on n’avait pas vu / entendu l’intégralité des gags au bas mot plus d’une centaine de fois. Franchement douloureux dans son étirement forcené de la moindre scène, réalisé et monté en dépit du bon sens, même pas porté par un casting démissionnaire (Clovis Cornillac n’a jamais été aussi mauvais – c’est dire), Une folle envie détient pour l’instant le titre de pire film de l’année. Et il va falloir aller très, très loin pour le détrôner. FC

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Ma part du gâteau

ECRANS | De Cédric Klapisch (Fr, 1h45) avec Karin Viard, Gilles Lellouche…

François Cau | Mercredi 9 mars 2011

Ma part du gâteau

D’un côté, un trader irresponsable, mauvais père et vrai goujat (Lellouche, plutôt bien, il faut le souligner) ; de l’autre, une ouvrière du Nord licenciée de son usine, qui se fait embaucher comme femme à tout faire chez ce même trader (Karin Viard, méritante vu ce qu’on lui demande de faire). De cet argument pioché dans l’actualité, Cédric Klapisch tire une comédie pamphlétaire, ce qui résume assez bien l’impasse dans laquelle il s’engouffre. Imaginez Stéphane Hessel ayant glissé des blagues Carambar dans son Indignez-vous, et vous aurez une idée de ce qu’est Ma Part du gâteau. Non seulement la comédie est lourde (Karin Viard avec l’accent russe, Karin Viard parle anglais avec les maîtres du Dow Jones, arf !), mais elle annule toute la colère que le cinéaste voulait exprimer face à son sujet. Lors de l’escapade vénitienne de Lellouche avec la mannequin ou pendant les adieux de Karin Viard à son ancien mari, le film ébauche ce qu’il aurait pu être : un conte amer, sérieux et cruel. Mais non, ce sont les vieux fantasmes sociologiques et les réflexes sarcastiques de Klapisch qui l’emportent, conduisant vers une dernière séquence qui pose un gros problème, soudain appel à l’insurrect

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