Alice au pays des merveilles

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h49) avec Johnny Depp, Helena Bonham-Carter…

Christophe Chabert | Vendredi 19 mars 2010

Cette adaptation d'Alice au pays des merveilles n'en est pas vraiment une. Le récit de Lewis Carroll est réduit à un flashback de trois minutes en cours de film, et Tim Burton lui préfère l'Alice presque adulte de De l'autre côté du miroir. Mais c'est surtout le court poème Jabberwocky qui sert de matière principale à l'intrigue. Curieux tripatouillage scénaristique que le cinéaste confesse à haute voix à travers le personnage du chapelier incarné par Johnny Depp, qui s'obstine à faire d'Alice un garçon, comme s'il jouait dans un autre film. Avec un certain cynisme, Burton désigne ainsi ce qui l'intéresse ou pas dans cette lourde commande : la chenille opiomane plutôt que le lapin à gilet, l'univers de la reine rouge plutôt que celui de la reine blanche, les mésaventures de la bande déglinguée autour du chapelier plutôt que les aventures d'Alice… On a surtout l'impression que le cinéaste se contente de greffer son packaging habituel (sa signature graphique, ses acteurs, Danny Elfman…) sur un blockbuster boulimique et en trop bonne santé, un "Narnia" baroque, synthétique et en 3D — autant de partis pris qui corsètent la mise en scène plus qu'ils ne la libèrent. Assez laid et franchement fatigant à regarder, le film s'achève sur un détail ahurissant qui fait d'Alice une conquérante libérale prête à envahir économiquement la Chine. On se pince pour croire que Tim Burton, autrefois chantre de la marginalité monstrueuse, se range derrière les objectifs des costards-cravates hollywoodiens au point de les afficher si ostensiblement à l'écran…

CC

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

L'Institut Lumière se penche sur la carrière de Tim Burton

Rétrospective | Ces dernières années, on craignait avoir perdu Tim Burton. Ou qu’il se soit égaré lui-même dans les méandres de son propre imaginaire, recyclant ad nauseam ses (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

L'Institut Lumière se penche sur la carrière de Tim Burton

Ces dernières années, on craignait avoir perdu Tim Burton. Ou qu’il se soit égaré lui-même dans les méandres de son propre imaginaire, recyclant ad nauseam ses obsessions et usant d’un Johnny Depp de plus en plus caricatural. Mais avec Miss Peregrine et les Enfants particuliers (2016), le réalisateur à l’improbable tignasse est si spectaculairement revenu du joker vauvert qu’on peut à nouveau arpenter sa carrière sans avoir l’impression de visiter un paradis perdu. Enfourchons-donc la bicyclette de Paul Rubens pour Pee-Wee Big Adventure (1985), cette fantaisie barrée inaugurale portée par un clown ambigu ouvrant sa filmographie ; repartons à la rencontre des kyrielles de monstres plus ou moins amicaux semés par ses soins depuis Beetlejuice (1988) jusqu’à Frankenweenie (2012, version longue du court-métrage d’animation qui l'a fait c

Continuer à lire

Crème de Poirot à la neige : "Le Crime de l’Orient-Express"

Le Film de la Semaine | Les plus fameuses bacchantes de la littérature policière sont de retour sur Kenneth Branagh, nouvel avatar d’Hercule Poirot dans une version dynamisée du classique d’Agatha Christie. S’il n’efface pas celui de Lumet, ce "whodunit all-star game" est promesse d’une jolie série…

Vincent Raymond | Mardi 12 décembre 2017

Crème de Poirot à la neige :

Kenneth Branagh n’a jamais manqué de panache. Las, le Britannique a eu l’exquise malchance de partager avec ses trop illustres devanciers Welles et Olivier un goût structurant pour Shakespeare. De l’avoir défendu avec ferveur sur les planches et de s’être jeté dans plusieurs de ces adaptations ambitieuses qui, à moins d’un engouement aussi inespéré que soudain pour le théâtre élisabéthain, attisent la méfiance des studios comme du grand public. Toutefois, parce qu’il est à l’instar d’Orson et Laurence un comédien éclectique prenant du plaisir à (tout) jouer, le cinéaste n’a jamais été mis au ban du métier. Il s’est même refait du crédit auprès des financeurs en signant du blockbuster pour Paramount et Disney. Envisageait-il déjà de redonner jeunesse et visage neufs au héros iconique d’Agatha Christie ? Le revoici en position de force à sa place favorite : des deux côtés de la caméra, en route pour une potentielle franchise. Son Poirot embarque ici in extremis à bord du train de luxe pour un trajet agité : son wagon va se trouver immobilisé et il au

Continuer à lire

Kenneth Branagh : « un metteur en scène est un détective »

Le Crime de l'Orient-Express | Kenneth Branagh était sans doute le mieux placé pour donner, des deux côtés de la caméra, une nouvelle existence cinématographique au classique d’Agatha Christie. Rencontre avec un cinéaste et comédien à l’humour et l’élégance toutes britanniques…

Vincent Raymond | Mardi 12 décembre 2017

Kenneth Branagh : « un metteur en scène est un détective »

Réaliser ce film, était-ce pour vous le moyen de prendre part au meurtre tout en incarnant le personnage d’Hercule Poirot ? Kenneth Branagh : C’est la première fois que j’ai l’occasion d’être à la fois réalisateur et détective, et je trouve que c’est un mélange parfait, puisque tous deux sont à la recherche de la vérité. Et lorsqu’Hercule Poirot mène son investigation pour trouver qui a commis le crime, il demande aux personnages d’être soit à l’intérieur, dehors, dans la cuisine, dans le tunnel pour les interroger — ce sont des indications de metteur en scène, c’est une mise en scène. Metteur en scène et détective sont à la recherche d’une vérité exprimée par l’acteur ou par le personnage : il s’agit toujours de débusquer la vérité et le mensonge. C’est très amusant d’être au milieu de tout cela. Le Crime de l’Orient-Express arrive après Cendrillon ou Thor. Y a-t-il chez vous une volonté de vous approprier des thèmes connus et de les rendre contemporains ? Pour moi, la modernité vient de l’intérieur. Qu’est-ce que le classicisme, si

Continuer à lire

"Miss Peregrine et les enfants particuliers" : abracadabra, Tim Burton est ressuscité !

ECRANS | Semblable à une histoire de X-men — où le Pr. Xavier serait chevelue et campée par Eva Green — ce conte fantastique permet à Tim Burton d’animer des mutants, des squelettes, de manipuler à sa guise son vieil ennemi le temps et (surtout) de signer enfin un bon film.

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Dépositaire des histoires de son grand-père qui vient d’être assassiné et énucléé par un monstre, un ado part à la recherche d’une boucle temporelle où vit depuis le 3 septembre 1943 Miss Peregrine et son orphelinat pour enfants doués de pouvoirs surnaturels. Son but ? Vraisemblablement les protéger, venger son aïeul et plus si affinités… Comme un enfant pour grandir doit se résoudre à abandonner ses antiques doudous chéris, fallait-il que Tim Burton se défasse de tous ses collaborateurs de longue date pour arrêter de tourner en rond — ou en vain ? Au rebut, Johnny “mono-expression figée” Depp, Helena “harpie transformiste” Bonham-Carter, Danny “boîte à musique” Elfman, pareils à des objets transitionnels le raccrochant à ses vieux pots éventés desquels il ne sortait plus que de vilaines soupes depuis des années. Il lui a sans doute fallu se faire violence pour aller chercher des talents compatibles avec son univers — certains, comme Eva Green, Terrence Stamp ou Bruno Delbonnel avaient déjà fait un round d’observation chez lui. Mais le résultat vaut le “sacrifice” : Miss Peregrine… e

Continuer à lire

Big Eyes

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h47) avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Big Eyes

Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney — Alice au pays des merveilles — et déclinaison paresseuse de son propre style — Sweeney Todd, Dark Shadows — l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux — celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain ; ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dict

Continuer à lire

Lone Ranger

ECRANS | Curieux cocktail du duo Verbinski / Depp, entre hommage sincère et pastiche façon Pirates des caraïbes, qui tente de retrouver l’esprit des westerns de série en le mâtinant de réflexion politique sur l’origine de l’Amérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 7 août 2013

Lone Ranger

Un gamin américain joufflu déguisé en cowboy fausse compagnie au cours d’une fête foraine à ses parents et va s’aventurer sous une tente qui célèbre l’histoire de l’Ouest américain. Dans cette attraction désuète à base de statues de cire façon musée Grévin, le gosse s’arrête devant la reproduction folklorique d’un campement avec un vieil Indien figé et fripé trônant en son centre. Soudain, ses yeux se mettent à bouger ; la statue était en fait un véritable indien, mais ce petit tour de passe-passe pose aussi le vrai propos politique de Lone Ranger. Ce n’est pas seulement ce qui reste d’une culture qui se retrouve dans cette scénographie tristement folklorique, mais aussi ses derniers descendants, contraints de rejouer muets et immobiles le rôle que les pionniers ont fini par leur donner, des sauvages pittoresques rétifs aux avancées de la civilisation capitaliste. De la part de Gore Verbinski et de Johnny Depp (qui, sous la couche de maquillage, incarne l’Indien Tonto), une telle ambition peut surprendre. C’est même un sacré pied de nez aux Pirates des Caraïbes, franchise née d’une attraction populaire des parcs Disney. Verbinski et Depp avaient déjà tâ

Continuer à lire

Nouvel an chinois

SCENES | Dans une soirée de réveillon quasiment désertée par les théâtres, les Célestins se distinguent avec une relecture haute en couleurs d’"Alice au pays des merveilles" par Fabrice Melquiot. Aurélien Martinez & Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 13 décembre 2012

Nouvel an chinois

Les chiffres sont clairs : en cette soirée du 31 décembre, neuf pièces de théâtres sont proposées contre quarante-quatre en café-théâtre ! A ce maigre menu figure notamment le retour d’Amphitryon à l’Iris de Villeurbanne, une mise en scène soignée et fantasmagorique signée par des membres de la troupe permanente du lieu. Du côté de l’Étoile Royale se jouera la première de l'Orgie Romaine de Giorgi Carpentieri, sur un texte de Michel Heïm. Le duo avait déjà accouché l’an dernier de Besame macho, un cabaret aussi assumé que maîtrisé. Du côté des spectacles mastodontes, l'Opéra reprend le superbe Cendrillon de Maguy Marin tandis que les Célestins célèbrent un mariage à haute valeur ajoutée avec Alice de Lewis Carroll : un cirque-poème, une féerie à mettre devant tous les yeux, des petits comme des grands. Soit la rencontre entre l’auteur Fabrice Melquiot, le réalisateur Renaud Cohen et le cirque traditionnel chinois de Tianjin. A eux trois, ils ont élaboré une relectu

Continuer à lire

Dark shadows

ECRANS | Tim Burton met un frein à la crise créative qu’il traversait depuis trois films avec cette comédie où il cherche à renouer avec la fantaisie noire de ses débuts, sans y parvenir totalement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 10 mai 2012

Dark shadows

Dark shadows permet à Tim Burton de faire le point sur l’évolution de son cinéma ces dernières années. Il est frappant, à la vision du film, de voir qu’y cohabitent parfois au sein d’une même séquence, souvent d’un champ à son contrechamp, le cinéaste enclin au bricolage et à l’artisanat mais aussi son pendant récent, le réalisateur converti au numérique se contentant de griffer ses plans en illustrateur prodige. Plus encore, cette dualité se retrouve dans les deux thèmes abordés par le scénario : la figure du freak confronté au monde de la norme, et sa déclinaison contestable qui en fait le défenseur d’une petite entreprise familiale qui irait vendre au monde entier sa bizarrerie. On se souvient de l’épilogue craignos d’Alice au pays des merveilles, où Alice reprenait le flambeau paternel pour aller envahir le marché chinois… C’est à peu près là que commence Dark shadows : Barnabas Collins (Johnny Depp, qui cabotine plus intelligemment que d’habitude) est, au XVIIIe siècle, le jeune héritier d’une fortune construite par ses parents, prolos de Liverpool devenus richissimes entrepreneurs dans un port de pêche du Maine, dont ils ont littéralement

Continuer à lire

Rhum express

ECRANS | De Bruce Robinson (ÉU, 2h) avec Johnny Depp, Amber Heard, Richard Jenkins…

Dorotée Aznar | Mercredi 23 novembre 2011

Rhum express

On comprend que Johnny Depp ait eu envie de rendre hommage à son ami Hunter S. Thompson en portant à l’écran un manuscrit que Depp avait lui-même déniché au fond de ses archives. Mais pourquoi est-il allé chercher Bruce Robinson, le lieutenant Pinson d’Adèle H. et le réalisateur de deux films cultes tournés il y a plus de vingt ans ? Robinson n’est de toute évidence pas l’homme de la situation. Face à ces journalistes qui, dans les années 60 à Porto Rico, boivent beaucoup de rhum, testent quelques drogues et vivent des aventures guignolesques, il tente de conserver la plus grande impassibilité. L’effet est immédiat : c’est comme regarder des mecs bourrés dans une soirée alors que l’on n’a pas touché une goutte d’alcool ; plus pathétique que drôle. Dans Las Vegas parano, film loin d’être parfait mais vraiment pertinent, Gilliam nous faisait participer à l’ivresse par sa mise en scène. Ici, on a juste l’impression d’être de trop, et le cabotinage de Johnny Depp, la plastique d’Amber Heard ou la mâchoire serrée d’Aaron Eckhart ne changent rien à l’affaire. Christophe Chabert

Continuer à lire

Rango

ECRANS | Un caméléon domestique doit affronter un Ouest sale, hostile et asséché, dans ce western animé boulimique qui peine à trouver sa voie, sauf quand son réalisateur Gore Verbinski le transforme en portrait assez juste de Johnny Depp. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 18 mars 2011

Rango

Après une introduction musicale offerte par une bande de chouettes mariachis, le rideau s’ouvre sur un caméléon en pleine représentation dans son aquarium, passant de la tragédie à la comédie avec comme partenaires les accessoires de son bocal. À la faveur d’un tête-à-queue sur la route des vacances, ce lézard domestique se retrouve perdu dans le désert. Il atterrit dans une ville peuplée de bestioles crasseuses prêtes à l’exode suite à une interminable sécheresse. L’étranger sans nom va être pris pour un héros par la population, et il n’aura qu’à piocher dans son répertoire d’acteur les codes pour surfer sur cette popularité inespérée. Ce dernier point est à prendre littéralement : "Rango" est un hommage aux westerns, de Ford à Peckinpah en passant par Leone et cette sublime relecture post-moderne qu’est "Deadwood". Le film affiche d’ailleurs une cinéphilie débordant le cadre du genre : l’intrigue reprend celle de "Chinatown", et une des nombreuses scènes d’action rejoue l’attaque d’hélicoptères au son des Walkyries wagnériennes d’"Apocalypse now". L’acteur-caméléon Rango ne s’en tient pas, hélas, à la pure reprise amoureuse des codes du weste

Continuer à lire

Public enemies

ECRANS | De Michael Mann (Éu, 2h11) avec Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard…

Christophe Chabert | Vendredi 3 juillet 2009

Public enemies

Depuis qu’elle a atteint les sommets avec Heat, Révélations et Ali, l’œuvre de Michael Mann se cherche, entre expérimentations et relectures de ses propres mythologies. Public Enemies ne fait pas exception à cette règle et suscite une certaine déception. L’évocation de la «carrière» de John Dillinger, célèbre braqueur de banques des années 30, est certes une merveille de sophistication formelle, inventant une forme totalement nouvelle pour mettre en scène un film d’époque (la reconstitution y est invisible, Mann privilégiant tout ce qui est intemporel : les costumes sombres, la forêt plutôt que la ville, le cinématographe). Mais c’est aussi une reprise à l’identique du thème de Heat : deux figures métaphysiques de chaque côté de la loi, l’une romantique et créatrice (le gangster), l’autre désespérément figée dans son envie de destruction (le flic). Cet antagonisme passe ici au forceps, à travers le jeu crispé de Bale et celui, plus séduisant, de Depp. Quant à l’histoire d’amour entre Dillinger et Billie Frechette (Marion Cotillard), elle est littéralement écrasée par l’ambition plastique du cinéaste. Si les scènes de fusillade sont exceptionne

Continuer à lire

Un conte de fées déchiqueté

ECRANS | Reprise à l’Institut Lumière d’«Edward aux mains d’argent», premier volet de la collaboration fructueuse entre Tim Burton et Johnny Depp, et mise sur orbite d’un style baroque et féérique. CC

Christophe Chabert | Jeudi 25 septembre 2008

Un conte de fées déchiqueté

La ressortie française d’Edward aux mains d’argent n’est pas un hasard… En effet, ces jours-ci est créée à Paris son adaptation en comédie musicale, copie de l’original londonien — les Anglais sont friands de ce genre de transpositions ; un jour, ils seront capables de faire une Liste de Schindler, la comédie musicale ! Cela dit, cette reprise permet de constater que le film a déjà acquis une petite aura de classique, régulièrement programmé dans les cycles pour enfants et cité à raison comme l’œuvre ayant consacré l’esthétique de son cinéaste Tim Burton. Il s’agit aussi de la première rencontre entre Burton et celui qui devait devenir son acteur fétiche, Johnny Depp, avec qui il enchaînera ensuite des réussites comme Ed Wood ou Charlie et la chocolaterie, jusqu’à la déception de Sweeney Todd cette année. Ciseaux et marteauxAu commencement était un savant menant ses expériences dans son château gothique, loin au-dessus d’une banlieue pavillonnaire ripolinée aux allées impeccablement géométriques. Ce savant est un vieux fantasme du cinéphile Burton —

Continuer à lire

Tim Story

ECRANS | Tim Burton, cinéaste, poursuit avec Sweeney Todd l'exploration de son univers gothique, baroque et poétique, en compagnie de son alter ego de comédie Johnny Depp. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 février 2008

Tim Story

Dans les années 80, le cinéma américain ne brillait ni par son audace, ni par sa folie. Alors que des cinéastes en costard cravate tournaient des produits plus lisses que le marbre toscan, et que Top Gun ou Le Flic de Beverly Hills triomphait au sommet du box-office, un garçon mal rasé et coiffé en pétard, ado attardé et geek complexé, mettait un joyeux bazar sur les écrans avec deux films déjantés : Pee Wee's big adventure et Beetlejuice. Décors factices soigneusement de traviole, personnages improbables aux obsessions déroutantes, univers morbide ou haut en couleurs : la légende Tim Burton était née. La force tranquille 23 ans plus tard, Tim Burton, qui va aujourd'hui vers la cinquantaine, n'a pas changé de coiffeur ; ses lunettes aux verres colorés sont aujourd'hui résolument sombres, et la panne de rasoir s'est transformée en bouc poivre et sel habilement taillé. Pendant la conférence de presse qu'il donne pour la sortie de Sweeney Todd, face à des journalistes unanimement conquis, il gère peinard son capital sympathie. Comme les frères Coen, comme David Lynch, Burton n'est pas du genre à com

Continuer à lire

Sweeney Todd

ECRANS | Sommet de virtuosité formelle et de beauté plastique, collaboration parfaite entre un cinéaste et ses acteurs, drame macabre et sanglant d'une noirceur totale, le dernier Tim Burton a tout du grand film. Mais c'est aussi, hélas ! une comédie musicale... Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2008

Sweeney Todd

Mèche blanche tombant sur des yeux cernés au crayon noir, Sweeney Todd revient en bateau vers Londres, la ville de «toutes les pourritures». Un travelling impressionnant nous fait découvrir les rues grouillantes et les bas-fonds de cette capitale saisie à un moment de son histoire qu'on se garde bien de nous révéler... C'est dans une pension bancale aujourd'hui tenue par une plantureuse faiseuse de tartes écrasant les cafards avec son rouleau à pâtisserie que Todd vécut autrefois le drame qui a bouleversé sa destinée : convoitant sa jeune et jolie femme, le puissant Juge Turpin a condamné un modeste coiffeur nommé Benjamin Barker à la prison à vie. C'est en mort-vivant aux rasoirs aiguisés et à la soif de vengeance sans limite que Barker, devenu Todd, va orchestrer quinze ans après la mise à mort du juge. Et c'est en virtuose de la mise en scène que Tim Burton va lui donner chair, dans un festival d'images baroques, macabres, drôles, poétiques, en poussant son récit jusqu'à sa logique la plus noire : pas vraiment de gentils ici, puisque tous se livrent à leurs passions les plus sombres et dévastatrices, et finissent par se déchirer au sens strict (gorges tranc

Continuer à lire