Marley

ECRANS | Avec ce documentaire fleuve sur la légende du reggae Bob Marley, Kevin MacDonald dessine un portrait fouillé et kaléidoscopique de l’homme, sa vie et sa musique mais aussi, en creux, ses contradictions. Passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 7 juin 2012

La perspective d'aller se farcir 2h24 sur Bob Marley, dont la musique a été galvaudée par trop de passages radio et d'admirateurs sous substances, faisait frémir. En même temps, que Kevin MacDonald, cinéaste lourdaud dans la fiction et plutôt habile lorsqu'il revient à sa vocation première, le documentaire, nous ait épargné un énième film biographique est déjà un bon point. Mais la durée fleuve du film (et encore, MacDonald a monté une version plus longue pour la télévision) est en fait un atout majeur dans sa réussite : le cinéaste prend le temps de laisser parler ses interlocuteurs, ne laisse aucune piste d'exploration en jachère et retrace avec un souci du détail impressionnant la vie pourtant brève de Bob Marley (il est mort à 36 ans le 11 mai 1981, provoquant un émoi mondial sauf en France, occupée par une toute autre actualité…).

Unité, dualité, identité

MacDonald scénarise cette vie en lui trouvant un événement fondateur : le métissage de Marley, né dans un bidonville jamaïcain d'une mère noire et pauvre et d'un père officier anglais, blanc et coureur de jupons, vite évanoui dans la nature. «L'unité» qu'il n'a cessée de chanter et professer à travers la religion rastafari renverrait donc à sa propre identité morcelée ; c'est la ligne force du docu, celle que le cinéaste file à travers les témoignages du clan Marley (qui a supervisé de près le film). Mais cette ligne droite est brisée par des contradictions qui apparaissent en creux et font de Bob Marley un rêveur plutôt qu'un militant convaincu, au risque de passer à côté de l'histoire. C'est le conflit qui conduira au départ du très politisé Peter Tosh des Wailers, mais aussi à l'épisode surréaliste du concert au Gabon où Marley chante la liberté alors qu'il a été invité par sa maîtresse, la propre fille du dictateur Omar Bongo ! Son rapport aux femmes est l'autre versant complexe de sa personnalité ; le chanteur, marié officiellement à Rita Marley, multiplie les conquêtes qui sont loin d'être des passades — mais à qui il demande une stricte fidélité !, et qu'il expose au grand jour, notamment Cindy Breakspeare, miss Jamaïque devenue miss Monde, pur produit de la bourgeoisie blanche. Sans en tirer de conclusion, MacDonald montre que la dualité identitaire de Marley se propageait jusqu'à sa vie sentimentale chaotique, et la maladie terrible qui va l'emporter conduira à un rare et bref moment de rassemblement autour de lui. Ça pourrait être du storytelling facile ; c'est en fin de compte assez bouleversant.

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Sépulture pop pour Whitney Houston : "Whitney"

Documentaire | Après Idi Amin Dada, Klaus Barbie ou Bob Marley, Kevin Macdonald poursuit son éclectique galerie de portraits par cet inattendu (et édifiant) documentaire sur la chanteuse Whitney Houston. Au-delà de la star, le miroir d’une époque, d’un système et d’une enfant déchue…

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Sépulture pop pour Whitney Houston :

Whitney Houston (1963-2012) aura connu une gloire précoce dans la musique, accumulé les records au sommet des charts, triomphé sur grand écran grâce à Bodyguard, défrayé la chronique à cause des frasques de son conjoint Bobby Brown et de leur addiction commune aux stupéfiants… avant de sombrer dans le pathétique et de disparaître prématurément. Une issue inéluctable, à tant d’autres pareille dans l’étincelante galaxie du show-bizness, où les divas aux ailes consumées se comptent par légions. Comment, alors, raconter “autrement“ le parcours de la chanteuse, sans choir dans le pathos confit en dévotion du thuriféraire de base, ni le voyeurisme douteux du vautour de caniveaux ; sans sacrifier non plus à la complaisance hagiographique ni être instrumentalisé par les clans familiaux, détenteurs des droits, des images et des témoignages ? Kevin Macdonald, avec son impressionnant sens du sujet et sa manière de l’approcher dans une globalité pour parvenir à en isoler la singul

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Bien frappé

MUSIQUES | Cette année encore, le festival d'été de la Ville de Grenoble a frappé très fort en termes de programmation : l'éventail est non seulement toujours aussi large, (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 26 juin 2014

Bien frappé

Cette année encore, le festival d'été de la Ville de Grenoble a frappé très fort en termes de programmation : l'éventail est non seulement toujours aussi large, mais en plus le beau linge est de la plus belle étoffe. Question éventail, une belle tranche sera notamment donnée au maloya avec la présence de Maya Kamati et de la grande Christine Salem – cette dernière dans un exercice d'hybridation avec ses amis de Moriarty. Pour le reste, toutes les esthétiques imaginables sont représentés ou presque : reggae (Ki-Mani Marley, fils de qui vous savez, Meta & the Cornerstones), blues sous toutes ses déclinaisons, du swing à l'électro (Stracho Temelkovski, They Call Me Rico, St.Lô), électro, elle-même en tous genres, avec une forte inclination tout de même pour ses versants pop et indie rock (As Animals, Natas Love You, As a New Revolt)... Au-delà de ce brassage, le Cabaret Frappé n'a pas son pareil pour attirer dans ses filets ces jeunes chanteuses irrésistibles qui nous font perdre tout sens commun et nous rendent plus prosélytes qu'un témoin de Jéhovah, à l'instar de l'éblouissante Joe Bel et de la ténébreuse Lou Ma

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How I live now

ECRANS | L’éducation sentimentale d’une jeune Américaine névrosée chez ses cousins anglais en pleine Troisième Guerre mondiale : Kevin MacDonald mixe SF réaliste et romantisme sans jamais dégager de point de vue cinématographique sur ce qu’il raconte. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 13 mars 2014

How I live now

Quand l’Américaine Daisy débarque chez ses cousins anglais, c’est d’abord le choc des cultures : d’un côté, une post-ado grunge névrosée — elle entend des voix et souffre d’anorexie — de l’autre, une famille rurale dont la mère, inexplicablement, s’affaire à des questions de politique internationale. Il faut dire que la troisième guerre mondiale menace et que le péril nucléaire plane au-dessus de Londres — Paris, on l’apprend dans un flash télé, a déjà été réduit en cendres. Alors que Daisy s’amourache du solide Eddy et qu’ils folâtrent entre cousins au bord d’une rivière bucolique, le souffle d’une explosion et une pluie de cendres signalent que le conflit a commencé, et que l’heure n’est plus à la rigolade. Ça s’appelle une rupture de ton, et c’est tout le pari d’How I live now : passer presque sans transition du récit d’apprentissage à la SF réaliste, de la romance teen au survival post-apocalyptique. Comment Kevin MacDonald, documentariste brillant — voir son récent Marley — mais cinéaste de fiction balourd — Le Dernier roi d’Écosse, b

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Jeux de pouvoir

ECRANS | De Kevin Macdonald (ÉU, 2h07) avec Russell Crowe, Ben Affleck…

Christophe Chabert | Vendredi 19 juin 2009

Jeux de pouvoir

Au départ, une trépidante mini-série anglaise créée par Paul Abbott pour la BBC, sorte de réponse british à 24 heures chrono. À l’arrivée, un remake américain qui réduit le nombre de personnages, condense l’action mais en reprend grosso modo toutes les ficelles. On y voit un journaliste (Crowe, en mode post-hippie) enquêter sur le meurtre de la maîtresse d’un député influent (Affleck, plus fade que jamais) qui est, par ailleurs, son ami intime. Kevin Macdonald, qui avait un peu abusé son monde avec Le Dernier Roi d’Écosse, montre ici son vrai visage : un yes man sans personnalité qui illustre laborieusement en pompant à droite à gauche (un peu Mann, un peu Pakula) son matériau passionnant. L’exploit de Jeux de pouvoir est que rien n’y est crédible et, surtout, qu’il ne véhicule aucun suspense, sinon en avertissant le spectateur par l’usage d’une musique anxiogène. Un thriller arthritique qui, pour les fans de la série, ne sert strictement à rien. CC

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