Jérémie Janot : Des pieds et des mains

Portrait / Gardien emblématique des Verts durant 16 ans, Jérémie Janot retrace les grandes étapes de sa vie et de son parcours dans un livre d’entretien, qui paraitra prochainement. Ou comment aller très loin en ne partant de rien.

À l’école, dans la rue, au supermarché, sur son vélo… Gamin, le t’cho Jérémie n’a jamais pu aller quelque part sans trimballer son ballon avec lui, bien calé sous son bras. Une sorte de meilleur copain avec qui découvrir le monde, une occupation fidèle, pour lui qui, sans père, ni frère, ni sœur, attend chaque soir le retour de sa mère, aussi aimante qu’absente, forcée d’enchaîner les petits boulots pour assurer le quotidien. Sa vocation, Jérémie Janot la doit à Jojo, son oncle, gardien d’une petite équipe fanion réputé un brin kamikaze. Plonger, si possible dans la boue ou dans les flaques. Voilà, ce qui a conduit le petit gars du Nord à devenir un jour l’emblématique portier stéphanois.

Il a 5 ans, lorsqu’il signe sa première licence, à l’US Valenciennes-Anzin. Et, dès ses débuts, c’est entre les poteaux, qu’il veut être. « Le plus bel endroit du monde. » Pourtant, déjà, Jérémie est petit. Mais qu’importe. Jérémie plonge, même quand la balle passe à 5 mètres des cages.

Janot, petit, mais costaud

« J’ai fait toutes mes classes à l’US Valenciennes. Un club extraordinaire. Où l’on m’a appris à devenir un homme, avant même de m’apprendre à être un bon gardien. Les encadrants, les coachs, c’étaient des mecs à l’ancienne. Des mecs qui te donnent les armes pour affronter la vie, qui t’inculquent le don de soi, le travail, le respect. Des mecs qui te cassent les doigts à chaque fois qu’ils te serrent la main. Ils ont fait de nous des bons gars. Et comme on était des bons gars, on est devenu des bons joueurs », se souvient-il aujourd’hui. Une progression qui n’empêchera pas le petit Jérémie d’être évincé de son équipe, après un grave accident de mobylette qui le tient éloigné des terrains pendant plusieurs mois. Petit oui. Trop petit. Et maintenant casse-cou, par-dessus le marché.

Son destin le rattrape pourtant. Intégré au centre de formation de l’ASSE à l’âge de 15 ans grâce au soutien d’Alain Blachon et malgré son mètre 73, Janot devient match après match, saison après saison, le gardien numéro 1 de la formation stéphanoise. Et quel gardien ! 386 matches en professionnel, 1 534 minutes à domicile sans prendre le moindre but. Un record jamais égalé.

« Les supporters des Verts m’ont donné beaucoup de force, c’est clair. C’était un plus indéniable. Et avec les supporters adverses, un petit jeu s’est vite installé. »

Janot le coéquipier

« Ce qui me rend le plus fier, ce ne sont pas les 1 534 minutes. C’est la connexion avec mon bloc défensif de l’époque. On a réussi à réunir en défense les cinq ou six mecs les plus complémentaires qui soient, à tel point que chacun savait exactement quand et comment intervenir. Ces 1 534 minutes, c’est une superbe histoire. Mais ce qu’il y a de mieux encore, c’est le processus qui a fait qu’on en est arrivé là. » Sous ses traits de grand solitaire, Janot n’en est pas moins généreux, excellent coéquipier et modeste. Sans doute est-ce d’ailleurs un peu pour cela, que les supporters des Verts, l’ont toujours beaucoup aimé… Ou presque. « Il ne faut pas croire, à mes débuts, j’ai aussi beaucoup été sifflé. Ça arrivait quand j’étais pas bon, et c’était normal. Ça m’a permis de me remettre en question. La première fois que je me suis fait siffler, je me suis dit « un jour, ils crieront mon nom ». Et puis, je me suis remis au travail. »

« J’ai connu des épreuves qui m’ont beaucoup marqué au cours de ma vie. Et j’ai tendance à me dire qu’il faut profiter tant que tout va bien. »

Entre les kops et Janot, l’histoire sera longue, et jalonnée de banderoles, de larmes, d’applaudissements. De chambrages aussi. « Les supporters des Verts m’ont donné beaucoup de force, c’est clair. C’était un plus indéniable. Et avec les supporters adverses, un petit jeu s’est vite installé. C’était de bonne guerre mais j’ai fait des trucs qu’on ne pourrait plus faire aujourd’hui. Avant d’entrer sur le terrain, Julien Sablé me disais souvent : « T’as prévu quelque chose ? Jé, fais pas le con hein, reste cool ». Et moi je répondais « Mais oui t’inquiète, je la joue tranquille. » Et puis une fois dans mes cages, si j’entendais le kop chanter « vas-y Janot, montre-nous tes fesses ! » … Bah… Je baissais mon short. J’ai toujours aimé chambrer, mais j’ai aussi beaucoup aimé me faire chambrer. Ce que les supporters ont toujours apprécié je crois, c’est que je n’ai jamais rien calculé. Tout a toujours été hyper spontané, et jamais méchant. »

Janot, le croqueur de vie

De ses fesses, montrées sans rechigner, à ses bonds de plusieurs mètres, pour stopper le ballon, en passant par ses entrées sur la pelouse tout en fluo, tout en pois ou même tout en Spiderman - cagoule comprise - Janot s’amuse, sans réfléchir, incapable de résister au besoin de vivre chaque seconde comme une chance. « J’ai connu des épreuves qui m’ont beaucoup marqué au cours de ma vie. Et j’ai tendance à me dire qu’il faut profiter tant que tout va bien. C’est comme ça, que j’ai vécu le terrain. Et puis, le plus important, c’est que tout ça a aussi aidé à fédérer le groupe. »

Réaliste, sincère et franc, c’est d’ailleurs avec une certaine philosophie, qu’il vit son remplacement. « Ça faisait 10 ans que j’étais titulaire, je me doutais que les dirigeants songeaient à quelqu’un d’autre. Le jour où Monaco est descendu, j’ai dit à ma femme que j’étais certain qu’ils allaient prendre Ruffier. Je ne l’ai pas mal pris. Au contraire. Il est le meilleur gardien avec lequel j’ai joué, donc c’est une fierté, de me dire qu’il a fallu un cador comme lui pour me remplacer. Avec son arrivée, Steph a validé mes bonnes années. »

« Ils avaient déjà vu mon cul, maintenant, ils vont me voir me mettre à nu. »

Aujourd’hui entraîneur des gardiens de l’AJ Auxerre, Janot garde en mémoire chaque moment de sa carrière. Cette histoire si particulière, ce destin improbable et pourtant si juste, le portier a d’ailleurs eu envie de les transmettre, en les racontant dans un livre. 236 pages d’entretien, livré au directeur du magazine VESTIAIRES Julien Gourbeyre, dans lesquelles il retrace tout son parcours. Son enfance, son début de carrière, ses derbies, ses moments de gloires, ses inspirations, ses secrets de vestiaire. Son cœur de Ch’ti devenu vert en un rien de temps et pour toujours… Janot déballe tout. « J’espère que les gens aimeront le bouquin, souffle-t-il à quelques jours de la sortie. Ils avaient déjà vu mon cul, maintenant, ils vont me voir me mettre à nu. »

Jérémie Janot, Sans Filet, en librairie le 15 mai aux éditions Marabout. Dédicace à la librairie de Paris le 23 mai


Dates repères :

11 octobre 1977 : naissance de Jérémie Janot à Valenciennes

1982 : première licence de football pour le petit Jérémie. Il a 5 ans.

1993 : Janot intègre le centre de formation de Saint-Étienne

1997 : premier match pro avec les Verts, en D2

2000 : premier match en Ligue 1

2011 : arrivée au club de Stéphane Ruffier, Janot redevient numéro 2

2013 : Janot raccroche, avant de devenir entraîneur

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