Le Dernier coup de marteau

ECRANS | Une fable dardenienne ensoleillée qui sent le déjà vu, par la réalisatrice d’Angèle et Tony.

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

Photo : © Lionceau films


Avec Angèle et Tony, Alix Delaporte s'aventurait dans la fable sociale, en quête de justesse et de finesse dans la peinture de ses personnages ébréchés par la vie.

Pour son deuxième film, elle reconduit la formule, qui plus est avec les deux mêmes comédiens (Clotilde Hesme et un extraordinaire Grégory Gadebois, qui bouffe l'écran à chacune de ses apparitions), en en modifiant à peine l'équation : la grise Normandie est remplacée par un Montpellier solaire et l'enfant, au second plan précédemment, devient ici le pivot de la narration. Tandis que sa mère souffre d'un cancer, son père, chef d'orchestre perfectionniste qu'il n'a jamais connu, vient diriger à l'opéra la sixième symphonie de Mahler.

Commence alors un jeu d'approche feutrée, fidèle au goût de la demi-teinte de la réalisatrice, mais qui s'apparente à un programme déjà vu ailleurs, en mieux : chez les frères Dardenne, évidemment, dont Delaporte ne possède ni le sens de la mise en scène physique, ni la hauteur de vue morale. Aussi noble soit-il dans ses intentions, Le Dernier Coup de marteau est rattrapé par son manque d'ambition, ce côté étriqué excusable pour un premier film, nettement moins pour un second.

Christophe Chabert


Le Dernier coup de marteau

D'Alix Delaporte (Fr, 1h23) avec Romain Paul, Clotilde Hesme...

D'Alix Delaporte (Fr, 1h23) avec Romain Paul, Clotilde Hesme...

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Quand Victor, 13 ans, pousse la porte de l'opéra de Montpellier, il ne connaît rien à la musique. Il ne connaît pas non plus son père venu diriger la 6ème symphonie de Mahler. Il l’observe de loin, découvre l'univers des répétitions... Le jour où Nadia, sa mère, lui annonce qu’ils doivent quitter leur maison sur la plage, Victor s’inquiète. Pour sa mère, dont il sent qu’elle lui cache quelque chose, mais aussi pour sa relation naissante avec Luna, la voisine espagnole. Victor décide alors de se montrer pour la première fois à son père...


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"Police" : Protéger ou servir ?

ECRANS | De Anne Fontaine (Fr., 1h38) avec Omar Sy, Virginie Efira, Grégory Gadebois…

Vincent Raymond | Jeudi 3 septembre 2020

Virginie, Aristide et Erik sont flics au sein de la même brigade parisienne, enchaînant les heures et les missions, sacrifiant leur vie privée aux aléas de leur métier. Un soir, on leur confie une mission différente : convoyer un réfugié à l’aéroport en vue de son expulsion. Doit-on toujours obéir ? Film à thèse, film sociétal ? Sans doute : Anne Fontaine ne s’intéresserait pas aux atermoiements de représentants des forces de l’ordre si elle-même ne voulait pas à la fois parler de l’étrange ambivalence de la “patrie des droits de l’Homme” lorsqu’elle procède à des *reconduites à la frontière* (terme pudique) de personnes en péril dans leur pays d’origine, ainsi qu’aux conditions de vie et de travail des policiers. Dès lors, on comprend mieux la construction violemment hétérogène de Police, juxtaposition de deux films formellement différents, voire opposables. Le premier, archi découpé, syncopé même, combinant les points de vues de trois protagonistes offre une vision heurtée, parcellaire, parfois contradictoire de leurs interventions au quotidien. Outre

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Claire Devers : « Le naturel au cinéma n’existe pas »

Pauvre Georges ! | C’est aux Rencontres d’Avignon que la rare Claire Devers avait réservé la primeur de son nouveau long métrage, "Pauvre Georges !", un film cachant son soufre satirique derrière l’apparente impassibilité de son héros-titre campé par l’impeccable Grégory Gadebois.

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Claire Devers : « Le naturel au cinéma n’existe pas »

Avez-vous avez modifié des éléments dans la configuration sociale ou professionnelle du roman de Paula Fox que vous avez adapté ? Claire Devers : Un peu, oui : il date des années 1960, presque 1970, et il était censé se passer dans une banlieue new-yorkaise dans un milieu de profs, d’artistes. C’est moi qui ai inventé la production audiovisuelle mais c’était quand même le même milieu socio-culturel. Et quand j’ai fait mes recherches de décor sur Google Map, très vite j’ai été intéressée par les Laurentides ; j’ai repéré visuellement Saint-Adèle et Saint-Jerôme et je me suis rendue compte que le milieu socio-culturel que je traitais vivait effectivement là-bas. J’avais été au bout d’une recherche assez cohérente entre les décors, la nature, les choix de vie… En fait, ce qui m’intéressait, c’était des bobos ; des gens de gauche, bien-pesants… Tous ces gens qui ont voté Hollande ou Macron dans les Yvelines. Le lieu a donc une place prépondérante dans ce film… En tant que mette

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"Pauvre Georges !" : La petite apocalypse

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Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Enseignant français exilé au Québec, Georges le taciturne vit avec son épouse à la campagne. Un jour, il surprend un gamin déscolarisé fouillant leur maison, Zack. Georges va jeter son dévolu sur cet ado un brin pervers et tenter de lui faire raccrocher le lycée, au grand dam de ses proches… Avec son ambiance de banlieue tranquille peuplée de gens aisés en apparence comme il faut — mais révélant à la première occasion de violentes névroses quand ils n’affichent pas leur ridicule de parvenus — ; avec son protagoniste las d’absorber sans regimber la médiocrité ambiante et saisi par la crise de milieu de vie, cette adaptation-transposition de Paula Fox ne peut qu’évoquer American Beauty (1999) : Georges va faire voler en éclat les conventions qui l’oppressent, dût-il en payer le prix. À la différence du héros de Mendes, c’est davantage au profit des autres que du sien que se déclenche cette petite révolution dont Zack est le catalyseur. Trop rare au cinéma, Claire Devers fait preuve ici d’une délicieuse — et bienvenue — causticité vis-à-vis des ectoplasmes

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"Marvin ou la Belle Éducation" : Le gay savoir

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Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent “à part”. Traité de “pédé” et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme — curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels Grégory Gadebois plus excessif à lui seul que toute la famille Groseille de La Vie est un long fleuve tranquille et Vin

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"Diane a les épaules" : Du cœur au ventre

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Vincent Raymond | Mercredi 15 novembre 2017

Diane est du style à se replacer seule l’épaule lorsqu’elle se la déboite. Ce qui lui arrive souvent en ce moment : elle rénove une maison pour occuper sa grossesse. Diana, qui est enceinte pour un couple d’amis, a tout prévu. Sauf son coup de foudre pour Fabrizio, l’artisan qui l’aide… La présence de Clotilde Hesme au générique d’une comédie sentimentale va devenir un indice de modernité amoureuse : après le ménage à trois des Chansons d’amour (2007), la voici engagée dans une GPA. Cette inscription dans une réalité sociale n’a rien d’anecdotique : elle témoigne d’une volonté de rebattre les cartes d’un genre épuisé, qui d’ordinaire réchauffe des sauces éventées quand elles ne sont pas rancies (nul besoin de citer les coprolithes polluant les écrans). Diane a les épaules renverse les perspective en donnant au caractère féminin la place centrale et décisionnaire (tout en jouant avec ses atermoiements), sans faire l’impasse ni sur sa féminité ni ses sentiments. Au-delà du fait qu’il aborde la GPA, le propos est ainsi politique, e

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Trois mondes

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L'influence récurrente du cinéma d'Iñárritu serait-elle le signe que la fin du monde approche ? Récit choral autour d'un sans-papiers tué par un chauffard en fuite, Trois mondes commence à la façon d'un 21 grammes, par un enchevêtrement de destins croisés où tout bascule. Autant dire qu'on commence à en avoir assez de cette partition saoulante voulant réduire les choses à un découpage tragique et providentiel. Après une heure de calvaire cosmique, le film relève pourtant timidement la tête, et cette histoire de dilemme bifurque pour questionner les limites de la compassion (une femme témoin de l'accident se lie avec l'épouse du sans-papiers et celui qui l'a tué, rongé par les remords). Catherine Corsini donne alors un peu d'ambiguité à son raisonnement binaire (chacun sa classe, chacun ses raisons d'agir), et trouve en Clotilde Esme un alter ego à ses conflits intérieurs. Le film sort hébété de son humanisme torturé, et nous pas plus avancés devant un constat moral sans issue. Jérôme Dittmar

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