"Mother!" : la (vaniteuse) vie d'artiste

ECRANS | Thriller fantastique aux échos polanskiens, cette réflexion sur les affres effroyables de la création signée Darren Aronofsky ("Black Swan", "Requiem for a Dream"...) est aussi une puissante création réflexive. Et le récit du voyage aux enfers promis à celles et ceux qui gravitent trop près autour d’un·e artiste. Métaphorique, hypnotique et bourré de stars – Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle Pfeiffer...

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

Un poète en panne d'écriture vit à l'écart du monde dans la vaste demeure que sa jeune et aimante épouse achève de rafistoler. L'arrivée d'un couple d'inconnus perturbe leur intimité. Mais si la maîtresse de maison est troublée par ces sans-gênes, le poète se montre des plus exaltés…

À croire qu'une internationale de cinéastes s'est donné pour mot d'interroger les tourments de l'inspiration littéraire : après Jim Jarmusch (Paterson), Pablo Larraín (Neruda), Mariano Cohn et Gastón Duprat (Citoyen d'honneur), voici que Darren Aronofsky propose sa vision du processus d'écriture. Vision divergée, puisqu'épousant les yeux de la muse plutôt que celle de l'auteur. Mais pas moins douloureuse : afin d'accomplir l'œuvre lui permettant d'être sans cesse adulé par ses lecteurs, le poète va vampiriser son entourage jusqu'aux derniers sangs, avec l'ingratitude égoïste d'un saprophyte.

Gore allégorique

Si dans Black Swan du même Aronofsky, l'acte créatif se confondait avec l'autodestruction de l'artiste, et dans son Pi la recherche mathématique (une autre forme d'art) équivalait à une plongée dans la folie, Mother! nous fait entrevoir les ravages collatéraux de la conception en malmenant celle que Thérèse d'Avila désignait comme « la folle du logis » : l'imagination. Dans cette entreprise, Aronofsky montre à quel point l'expression "taquiner la muse" tient du doux euphémisme, mettant au jour la part haïssable et sombre de toute production lumineuse. La violence aveugle et la vanité de l'artiste également, ce Sisyphe condamné à détruire pour créer, qu'importent les conséquences.

De cette spirale fascinante l'on sort positivement éprouvé, avec un modeste regret : que les affiches préventives au style sulpicien n'aient pas été conservées pour accompagner le film durant son existence dans les salles. Leur terrible beauté, leur audace graphique rendaient fidèlement justice à l'histoire, sans en dévoiler les innombrables mystères. Malheureux les timorés !

Mother!
de Darren Aronofsky (E.-U., 1h 55) avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer…


Mother !

De Darren Aronofsky (ÉU, 1h55) avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris... Un couple voit sa relation remise en question par l'arrivée d'invités imprévus, perturbant leur tranquillité.
UGC Ciné-Cité Internationale 80 quai Charles de Gaulle Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Everybody knows" : Asghar Farhadi à la recherche de ce qui nous liait

ECRANS | Sous le délicieux présent transperce le noir passé… Le cinéaste iranien Asghar Farhadi retourne ici le vers de Baudelaire dans ce thriller familial à l’heure espagnole où autour de l’enlèvement d’une enfant se cristallisent mensonges, vengeances, illusions et envies. Un joyau sombre porté par Penélope Cruz et Javier Bardem, en compétition à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 8 mai 2018

Comme le mécanisme à retardement d’une machine infernale, une horloge que l’on suppose être celle d’une église égrène patiemment les secondes jusqu’à l’instant fatidique où, l’heure sonnant, un formidable bourdonnement précipite l’envol d’oiseaux ayant trouvé refuge dans le beffroi. C’est peut dire que l’ouverture d’Everybody knows possède une forte dimension métaphorique ; sa puissance symbolique ne va cesser de s’affirmer. Installée au sommet de l’édifice central du village, façon nez au milieu de la figure, cette cloche est pareille à une vérité connue de tous, et cependant hors des regards. Elle propage sa sonorité dans les airs comme une rumeur impalpable, sans laisser de trace. Battant à toute volée sur une campagne ibérique ensoleillée, telle une subliminale évocation de l’Hemingway période espagnol, cette cloche rappelle enfin de ne « jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour [soi]“. Pour l’illusion du bonheur et de l’harmonie, également, dans laquelle baignent Laura (Penélope Cruz) et ses enfants, elle qui revient en Espagne pour assister au mariage de sa sœur. Et retrouver sa famille : d’anciens

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"Le Crime de l'Orient-Express" : crème de Poirot à la neige

ECRANS | L'acteur et réalisateur Kenneth Branagh propose une version dynamisée du classique d’Agatha Christie. Critique.

Vincent Raymond | Lundi 11 décembre 2017

Kenneth Branagh n’a jamais manqué de panache. Las, le Britannique a eu l’exquise malchance de partager avec ses trop illustres devanciers Orson Welles et Laurence Olivier un goût structurant pour Shakespeare. De l’avoir défendu avec ferveur sur les planches et de s’être jeté dans plusieurs de ces adaptations ambitieuses qui, à moins d’un engouement aussi inespéré que soudain pour le théâtre élisabéthain, attisent la méfiance des studios comme du grand public. Toutefois, parce qu’il est à l’instar d’Orson et Lawrence un comédien éclectique prenant du plaisir à (tout) jouer, le cinéaste n’a jamais été mis au ban du métier. Il s’est même refait du crédit auprès des financeurs en signant du blockbuster pour Paramount et Disney. Envisageait-il déjà de redonner jeunesse et visage neufs au héros iconique d’Agatha Christie ? Le revoici en position de force à sa place favorite : des deux côtés de la caméra, en route pour une potentielle franchise. Son Poirot embarque ici in extremis à bord du train de luxe pour un trajet agité : son wagon va se trouver immobilisé et il aura à résoudre le meurtre d’un antipathique passager, que tous les autres voyageurs

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Rentrée cinéma 2017 : les quatorze films qui feront notre automne

ECRANS | Bien sûr, on en oublie. Mais il y fort à parier que ces quatorze films constituent des pierres de touche de la fin 2017. Alors sortez votre agenda et cochez les jours de sortie avec nous.

Vincent Raymond | Lundi 28 août 2017

Rentrée cinéma 2017 : les quatorze films qui feront notre automne

Le Redoutable de Michel Hazanavicius 13 septembre Portrait chinois du cinéaste culte Jean-Luc Godard, au moment où il se défait de ce qui lui reste de fantaisie et commence par se prendre sérieusement au sérieux, Le Redoutable est adapté du récit autobiographique Un an après d’Anne Wiazemsky, qui fut en couple avec Godard. En savant théoricien-praticien de l’art du détournement, Michel Hazanavicius (l'homme derrière The Artist et les OSS 117) en a extrait une substance cinématographique purement godardienne, faite de références intellectuelles, de calembours à tiroirs et de ruptures narratives et stylistiques qui dépeint sans déférence ni cruauté le JLG égaré de 1967 (à son époque Mao-moi), à la fois fragile et tyrannique, jouée sans afféterie (mais avec chevrotement et cheveu sur la langue obligatoires) par Louis Garrel.

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"X-Men : Apocalypse" : le boss, c'est Bryan Singer !

ECRANS | En mettant ses mutants aux prises avec le premier d’entre eux, Apocalypse, Bryan Singer boucle une seconde trilogie des X-Men épique. Et montre que, de tous les réalisateurs de productions Marvel déferlant sur les écrans ces temps-ci, c’est bien lui le patron.

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Lorsqu’une franchise achemine sur les écrans son huitième opus en seize années d’existence, le plus docile et bienveillant des spectateurs est fondé à émettre quelques inquiétudes quant à la pertinence du film. Heureusement, il existe des exceptions ; des sagas parvenant à coups de rebondissements intrinsèques à dépasser le stade de la “suite” et de la resucée, sachant se réinventer ou créer une singularité – James Bond en est un parangon. Dans le vaste univers Marvel (en expansion continue), la tradition (du tiroir-caisse) impose à une série de se développer par ramifications autour de ses personnages-phares, puis de faire tabula rasa en lançant un reboot… tout en s’affadissant. Sauf pour X-Men, îlot d’exception dans un océan tanguant vers les rivages du morne ordinaire. Oh, cela ne signifie pas que l’ensemble de l’octalogie mérite d’être portée aux nues (un ventre mou modelé par Brett Rattner et Gavin Hood la plombe), mais elle présente, outre sa remarquable longévité, une capacité à absorber ses propres spin-off (Wolverine) et reboots (

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X-Men : Days of future past

ECRANS | Pour son retour à la mythologie X-Men, Bryan Singer signe un blockbuster stimulant visuellement, intellectuellement et politiquement, où il se plaît à courber l’espace et le temps, dans sa narration comme dans la chair de ses plans. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

X-Men : Days of future past

Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les « sentinelles ») capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruine, une mutante aide ses camarades à combattre les sentinelles en creusant des brèches spatio-temporelles qui forment autant de trouées visuelles à l’int

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Noé

ECRANS | Sauf le respect qu’on doit à Darren Aronofsky, ses débuts dans le blockbuster à gros budget relèvent du naufrage intégral, et cette relecture du mythe biblique est aussi lourdingue que formatée, kitsch et ennuyeuse… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 14 avril 2014

Noé

Qui était Noé selon Darren Aronofsky ? Un fanatique écolo, illuminé par l’annonce d’un désastre et la damnation d’une humanité corrompue, entouré par des anges envoyés par Dieu et incarnés en géants de pierre aux yeux phosphorescents. Ce résumé lapidaire de la première heure — interminable — de Noé résume dans le fond le formatage auquel est soumis ce blockbuster : un peu d’air du temps, un peu de messianisme divin (quand va-t-on nous foutre la paix avec ces stupides histoires de religion et quand passera-t-on au XXIe siècle dans cet occident que l’on dit éclairé et que l’on trouve de plus en plus obscurantiste ?) et un peu d’héroïc fantasy. Comme liant, un sérieux papal dans des dialogues qui calquent grossièrement ceux de n’importe quel serial historique actuel — Game of thrones, pour ne pas le citer. Face à ce gros foutoir en forme de kouglof indigeste et laborieux, on attend, comme dans l’expression consacrée, le déluge, car tout Aronofsky qu’il soit, c’est bien ce qu’on demande à un cinéaste qui engloutit plus de cent millions de dollars dans un film sur l’arche de Noé : filmer ce putain de déluge, même si celui-ci n’est que l’addition d’effets num

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Hunger games : l’embrasement

ECRANS | Le premier volet de Hunger Games n’était pas fameux, mais il était curieux. Par ses choix de mise en scène presque arty, mais aussi par la fascination (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Hunger games : l’embrasement

Le premier volet de Hunger Games n’était pas fameux, mais il était curieux. Par ses choix de mise en scène presque arty, mais aussi par la fascination totale de son réalisateur Gary Ross envers Jennifer Lawrence, qu’il filmait sous toutes les coutures, en action ou en train de ne rien faire, iconisant à l’extrême son héroïne dans un film qui, par ailleurs, n’allait au bout de rien. Entre les mains de Francis Lawrence, ce Battle royale pour les nuls vire à la catastrophe light, se transformant en une énième série télé pour grand écran où tout devient lisse : enjeux, personnages, violence (inexistante), sexualité – il faut voir comment on filme une fille se dénudant pour comprendre le degré de puritanisme dans lequel s’enfonce ce cinéma mainstream pour ado… Surtout, passées les vingt premières minutes qui essaient vaguement de retrouver les questions politiques timidement soulevés par la première partie, Hunger games : l’embrasement ne fait qu’en reprendre le déroulé hyper attendu, renouvelant ses seconds rôles – forcément, les autres se sont tous faits dessouder dans le précédent – sans arriver à les développer au-delà de leur fonction

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Cartel

ECRANS | La rencontre entre Cormac McCarthy et le vétéran Ridley Scott produit une hydre à deux têtes pas loin du ratage total, n’était l’absolue sincérité d’un projet qui tourne le dos, pour le meilleur et pour le pire, à toutes les conventions hollywoodiennes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 novembre 2013

Cartel

Il y a sans doute eu maldonne quelque part. Comment un grand studio hollywoodien a-t-il pu laisser Cormac McCarthy, romancier certes adulé mais absolument novice en matière d’écriture cinématographique, signer de sa seule plume ce Cartel, le faire produire par la Fox et réaliser par un Ridley Scott réduit ces dernières années à cloner sans panache ses plus grands succès (Robin des Bois, sous-Gladiator, Prometheus, sous-Alien…) ? Le film est en tout point fidèle à la lettre et à l’esprit de ses œuvres littéraires : omniprésence de la corruption morale, déliquescence d’un monde livré à la sauvagerie et s’enfonçant dans une régression inéluctable vers le chaos, voilà pour l’esprit ; pour la lettre, c’est là que le bât blesse, tant McCarthy se contrefout éperdument des règles élémentaires de la dramaturgie cinématographique. Pas d’expositions des personnages, de longues conversations plutôt virtuoses dans leur façon d’exprimer les choses sans vraiment les nommer, mais qui versent aussi dans une emphase sentencieuse explicitant autant les intentions de l’auteur que la réalit

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À la merveille

ECRANS | L’amour naissant et finissant, la perte et le retour de la foi, la raison d’être au monde face à la beauté de la nature et la montée en puissance de la technique… Terrence Malick, avec son art génial du fragment et de l’évocation poétiques, redescend sur terre et nous bouleverse à nouveau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 27 février 2013

À la merveille

Les dernières images de Tree of life montraient l’incarnation de la grâce danser sur une plage, autre monde possible pour un fils cherchant à se réconcilier avec lui-même et ses souvenirs. C’était sublime, l’expression d’un artiste génial qui avait longuement mûri un film total, alliant l’intime et la métaphysique dans un même élan vital. Autant dire que Terrence Malick était parti loin, très loin. Comment allait-il revenir au monde, après l’avoir à ce point transcendé ? La première scène d’À la merveille répond de manière fulgurante et inattendue : nous voilà dans un TGV, au plus près d’un couple qui se filme avec un téléphone portable. Malick le magicien devient Malick le malicieux : l’Americana rêvée de Tree of life laisse la place à la France d’aujourd’hui, et les plans somptueux d’Emmanuel Lubezki sont remplacés par les pixels rugueux d’une caméra domestique saisissant l’intimité d’un homme et d’une femme en voyage, direction « la merveille » : Le Mont Saint-Michel. La voix-off est toujours là, mais dans la langu

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Happiness therapy

ECRANS | Pat Solotano est bizarre. Il faut dire qu’il a sauvagement tabassé l’amant de sa femme quand il les a découverts nus sous la douche. On lui donne (...)

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Happiness therapy

Pat Solotano est bizarre. Il faut dire qu’il a sauvagement tabassé l’amant de sa femme quand il les a découverts nus sous la douche. On lui donne cependant une chance de sortir de l’asile où il a atterri pour échapper à la prison, et le voilà revenu chez ses parents. Eux aussi sont un peu bizarres : la mère est surprotectrice, le père est bourré de tocs. Il rencontre une jeune veuve bizarre, nymphomane et obsédée par l’idée de réussir un concours de danse. Pour ceux qui ne le sauraient pas, David O’Russell est aussi un type bizarre : à l’époque de son manifeste cinématographique hermétique (J’adore Huckabees), il donnait ses interviews pieds nus et dans une sorte de transe méditative. Happiness therapy cherche à faire de cette bizarrerie généralisée matière à un renouveau de la comédie romantique. Ce n’est pas ce qui se produit à l’écran. D’abord parce que O’Russell adopte à son tour un style hystérique pour mettre en scène l’hystérie généralisée. Sa caméra tourne sans arrêt sur son axe ou trace de longs travellings sans motif dans tous les sens ; ça pourrait faire un style, ça flanque surtout le tournis, et cela éloigne de ce qui est tout de même le cœur batta

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Skyfall

ECRANS | C’était à prévoir : avec Sam Mendes aux commandes, ce nouveau James Bond n’est ni efficace, ni personnel, juste élégamment ennuyeux et inutilement cérébral. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Skyfall

Rappel des faits : avec Casino Royale, la plus ancienne franchise de l’histoire du cinéma tentait un lifting radical, à la fois retour aux origines du héros et volonté de lui offrir une mise à jour réaliste. Globalement salué, notamment à cause de l’implication de Daniel Craig pour camper un James Bond badass et pourtant vulnérable, ce premier volet s’est vu immédiatement entaché par une suite catastrophique, Quantum of Solace, qui courait pathétiquement derrière les Jason Bourne de Paul Greengrass et ne produisait que du récit indigent et de l’action illisible. Le prologue de Skyfall montre que les producteurs ont bien retenu la leçon : sans être révolutionnaire, il offre une scène d’action parfaitement claire et plausible, filmée avec calme et élégance — Roger Deakins, le chef op’ des Coen, est à la photo et cela se sent. La conclusion montre une fois de plus un Bond fragile, qu’une balle pourrait bien envoyer ad patres — là encore, beau plan sous-marin qui embraye sur un générique tout de suite plus kitsch, mais c’est la l

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Happy New Year

ECRANS | de Garry Marshall (USA, 1h58) avec Hilary Swank, Michelle Pfeiffer, Robert De Niro, Zac Efron, Katherine Heigl…

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

Happy New Year

Echec permanent, le nouvel an avait peu de chance de trouver un salut au cinéma. Pas plus que la Saint-Valentin, déjà prétexte à un film people pour Garry Marshall. Regroupant une brochette de stars dans le creux de la vague ou à l'avenir incertain, Happy New Year tente pourtant l'impossible : le film choral sur la Saint-Sylvestre. Suivant le patron de Love Actually, Marshall assemble dix intrigues bidons pour n'en traiter aucune, veillant seulement au temps de présence du casting et justifier l'événement qui lui sert d'alibi. Jumeau en tout mais moins honteux que Valentine`s Day, Happy New Year tient du pudding de Noël, de la comédie romantique sucrée et eucharistique, entièrement prisonnière de son concept marketing sur la rédemption. Du néant, assez linéaire, s'échappe malgré tout Michelle Pfeiffer. En duo improbable avec Zac Efron, l'actrice erre ébahie, fragile, insaisissable, Catwoman malade fissurant d'un regard la formule insipide pour lui offrir un peu de sublime. Jérôme Dittmar

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"Black swan" : Darren Aronofsky et Natalie Portman mènent la danse

ECRANS | Une jeune danseuse introvertie cherche à se dépasser pour incarner le double rôle d’une nouvelle version du "Lac des cygnes". Sans jamais sortir d’un strict réalisme, Darren Aronofsky fait surgir le fantastique et le trouble sexuel dans un film impressionnant, prenant et intelligent.

Christophe Chabert | Jeudi 3 février 2011

Éternel espoir d’une prestigieuse troupe de ballet new-yorkaise, Nina est à deux pas d’obtenir le sésame qui fera décoller sa carrière : le premier rôle d’une nouvelle création du Lac des Cygnes montée par un énigmatique et ambigu chorégraphe français, Thomas. Elle réussit haut la main les auditions dans la peau du cygne blanc, mais sa puérilité et son manque d’érotisme laissent planer un doute sur sa capacité à incarner son envers démoniaque, le cygne noir. D’autant plus qu’une jeune recrue, Lily, paraît bien plus à l’aise qu’elle, libre dans son corps et assumant une sexualité agressive qui nourrit sa prestation. Nina est un personnage polanskien, cousin de celui de Deneuve dans Répulsion, mais accomplissant un trajet inversé : plutôt que de choisir la claustration conduisant à une folie homicide et autodestructrice face à la "menace" du désir, Nina doit au contraire sortir d’elle-même et de l’appartement dans lequel elle vit avec une mère surprotectrice, danseuse ratée reportant sur sa progéniture ses ambitions avortées — là, on est plutôt du côté du Carrie de De Palma. Elle subira cette révélation du sexe comme une transformation monstrue

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The Wrestler

ECRANS | De Darren Aronofsky (Fr-ÉU, 1h50) avec Mickey Rourke, Marisa Tomei…

François Cau | Vendredi 13 février 2009

The Wrestler

Randy «The Ram» (le bélier) est un vieux catcheur à moitié sourd, qui vit seul dans une caravane et continue à se produire dans des galas avec d’autres gloires fânées. Sa seule amie est une strip-teaseuse elle aussi vieillissante pour qui on ne sait trop si Randy est son client préféré ou un peu plus que ça. La ligne claire du récit et la mise en scène presque «dardenienne» du nouveau film de Darren Aronofsky ressemble à un retour à la raison après le foirage de The Fountain, film ambitieux mais plombé par un manque de moyens proportionnel et un discours métaphysique vaseux. Retour à l’essentiel : un acteur, un personnage, des enjeux simples (chute et rédemption) et une idée fabuleuse qui consiste à faire de ce corps abîmé, fatigué, que l’on accompagne caméra à l’épaule dans une Amérique crépusculaire et nostalgique (le présent s’y incruste discrètement via deux allusions à la guerre en Irak) un pur récit. Bien mieux, dans le fond, que Fincher dans Benjamin Button, Aronofsky transforme Mickey Rourke (génialissime !) en parchemin écrit par les dommages du temps, mais saisi dans un pur présent qui est autant celui de Randy que celui de l’acteur lui-même :

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"Vicky Cristina Barcelona" : sous l'espagnolade, la vérité sociale

ECRANS | En visite à Barcelone, Woody Allen propose une nouvelle variation, faussement convenue, autour de ses thèmes favoris : le couple et la fatalité culturelle.

Christophe Chabert | Jeudi 2 octobre 2008

Deux amies américaines sont en visite estivale à Barcelone, l’une pour ses études, l’autre pour se remettre de son énième déconfiture sentimentale. La brune Vicky (Rebecca Hall), solidement assise sur ses principes, est promise au mariage avec un jeune cadre new-yorkais ; la blonde Cristina (Scarlett Johansson) se cherche quelque part entre cinéma et photographie, célibataire par indécision plus que par choix. Woody Allen, après une trilogie londonienne au propos social détonnant, semble avoir mis le cap vers l’Espagne pour des raisons similaires à celles de ses héroïnes : s’offrir un break ensoleillé et touristique (de Gaudí à la guitare au clair de lune, les clichés sont à la fête), le temps de retrouver ses thèmes de prédilection : l’incertitude sentimentale et les aléas du couple. Avec un classicisme très sage, la première partie de Vicky Cristina Barcelona se pose en comédie romantique sans réel enjeu, notamment quand Juan Antonio (Javier Bardem), peintre bohème assumant son désir pour les deux demoiselles, sort le grand jeu et emballe toutes les pistes lancées par le récit. Niv

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