"À genoux les gars" : sexe, mensonges, vidéo... et comédie

ECRANS | Revenu de loin, Antoine Desrosières signe une comédie à la langue bien pendue fouillant à bouche-que-veux-tu les désarrois amoureux de la jeunesse. Une histoire de fille, de mec, de sœurs, de potes, de banlieue hilarante et profonde (sans jeu de mot salace) à la fois.

Vincent Raymond | Lundi 18 juin 2018

Photo : Romain Karcher


Rim sort avec Majid et trouverait cool que sa sœur Yasmina sorte avec le pote de Majid, Salim. Rim partie en classe verte, Yasmina est pressée par Salim de lui prodiguer une caresse buccale et d'en faire profiter Majid. À contre-cœur, elle y consent, à condition que sa sœur n'en sache rien. Seulement, Salim la filme…

Entre ce qu'on tente de faire avaler ici par tous les moyens (sans distinctions, bobards ou appendices) et la profusion de discours dont chacun des protagonistes est le généreux émetteur, À genoux les gars tourne autour de l'oralité dans toutes ses acceptions. Et avec une singulière crudité, dépourvue cependant de la moindre vulgarité.

C'est l'une des très grandes habiletés de ce film causant vrai d'un sujet casse-gueule sans choir dans la grivoiserie ni le voyeurisme. Le mérite en revient à ses jeunes interprètes, et tout particulièrement aux impressionnantes Souad Arsane et Inas Chanti, également coscénaristes : leur inventivité langagière irrigue de sa verdeur spontanée et de sa fraîcheur percutante un dialogue essentiel à ce projet, que la moindre fausse note ou réplique trop écrite aurait disqualifié.

Le plaisir de la langue

En les écoutant, en incorporant leur tchatche, leur énergie, leur parler d'aujourd'hui comme leurs idées (car il ne faudrait pas croire qu'il n'y a là qu'une série de punchlines vides de sens), le réalisateur Antoine Desrosières atteint ce degré de vérité restitué par Doillon dans Carrément à l'Ouest ! (2001), Kechiche dans certains films, Rohmer dans quasiment tous (mais dans un contexte radicalement différent) ; des œuvres où la puissance du verbe, souveraine, commande à l'action.

À genoux les gars parle ainsi d'une jeunesse contemporaine de banlieue, issue de culture arabe mais non stigmatisée par ses origines, saisie par les pulsions et les tentations de l'âge, le goût pour les joutes en mode Marivaux X PNL, en intégrant l'éclosion progressive d'un féminisme émancipateur, porteur d'épanouissement. La scène finale orgasmique (et poétique dans sa pudeur) tranche avec la vision socio-dramatique auquel nous sommes, à force, habitués. Voilà le genre de comédie dont on aimerait que les ados s'emparent : qu'il y arrivent échauffés par le soufre de l'argument et qu'ils en repartent un peu ébranlés, mais avec la banane. Si l'on ose dire…

À genoux les gars
d'Antoine Desrosières (Fr, int. -12 ans avec avert, 1h38) avec Souad Arsane, Inas Chanti, Sidi Mejai…


À genoux les gars

De Antoine Desrosières (Fr, 1h38) avec Souad Arsane, Inas Chanti... En l'absence de sa sœur Rim, que faisait Yasmina dans un parking avec Salim et Majid, leurs petits copains ? Si Rim ne sait rien, c'est parce que Yasmina fait tout pour qu'elle ne l'apprenne pas. Quoi donc ? L’inavouable… le pire… la honte XXL, le tout immortalisé par Salim dans une vidéo potentiellement très volatile.
Cinéma Comœdia 13 avenue Berthelot Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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PB d'or 2018 : cinéma

C'était 2018 | Où l'on sauve deux films de cette année 2018 et où l'on sacre une institution grenobloise.

La rédaction | Mardi 18 décembre 2018

PB d'or 2018 : cinéma

Le PB d’or de ceux qui resteront : les héros hexagonaux du premier semestre La fin de l’année euphorique (et aquatique) dans les salles ne doit pas faire oublier que son début fut semé de misère. C’est un fait : 2018 ne restera pas dans les annales comme une cuvée prodigieuse pour le cinéma français. Sa fréquentation médiocre, à l’avenant d’une offre calamiteuse, la menait tout droit au "PB de plomb". De ce semestre maudit que beaucoup voudront effacer de leurs mémoires, on sauvera deux films qui ont ensoleillé la morne plaine. En premier chef Jusqu’à la garde, baffe monumentale de la Mostra 2017, premier long-métrage de Xavier Legrand sorti en février. Porté par une interprétation au couteau, ce drame familial oppressant poursuit le film court du réalisateur sur le même thème sans redondance (très bon point) et confirme le talent d'un jeune auteur aussi brillant dans la direction d’acteurs que la mise en scène. Ensuite

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"Une affaire de famille" : chronique d'une famille pas si ordinaire

ECRANS | de Hirokazu Kore-eda (Jap, 2h01) avec Lily Franky, Sakura Andô, Mayu Matsuoka…

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Le fantasque Osamu est l’affectueux père d’une famille vivant de petites rapines et autres combines. Un jour, il ramène à la maison une gamine maltraitée par ses parents et convainc sa femme de la recueillir comme si elle était leur fille… Personne ne niera que le réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda a de la suite dans les idées lorsqu’il s’agit de dresser des portraits de familles nippones singulières – c’est-à-dire appelées à se reconfigurer à la suite de la perte ou de l’ajout subit d’un membre. Pour Une affaire de famille, palme d'or du dernier Festival de Cannes, il empile les tranches de vies canailles, s’amusant dans un premier temps à faire défiler des instantanés du "gang" Osamu. Plus attendrissant que redoutable, ce père aimant tient davantage du bras cassé folklorique "toléré" par ses victimes que du féroce yakuza. Si le point de vue rappelle celui de The General (1997) de John Boorman ou les Arsène Lupin dans la

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"Leto" : Kirill Serebrennikov, taillé dans le rock

ECRANS | Alors qu'il est toujours assigné à résidence par le Kremlin, le cinéaste Kirill Serebrennikov sort cette semaine en France un film qui plonge au cœur de la scène rock russe des années 1980. Électrisant.

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

URSS, au début des années 1980. Sous le joug d’un régime communiste expirant, une scène rock tente d’émerger, soumettant ses textes aux dirigeants des maisons de la culture. À Leningrad, un jeune musicien émule d’Iggy Pop, Bowie et des Talking Heads, va éclater. Son nom ? Viktor Tsoï. Les quadra-quinquagénaires se souviendront peut-être d’avoir entendu au détour des bandes FM, par l’entremise du camarade et animateur de radio et de télé Alain Maneval notamment, une poignée d’enregistrements furieusement exotiques souffrant quelques distorsions, gagnées sans doute durant le franchissement du Rideau de fer, parmi lesquels le trépidant Mama Anarkia des Russes de Kino. Biopic et fantaisie C’est aux prémices de ce groupe, dont l’âme était Viktor Tsoï, que l’on assiste ici par le cinéma, qui se dit "kino" en russe. Une manière de boucler la boucle, loin d'être la seule. Car la situation de cette figure culturelle contestataire du passé trouve des échos dans celle du cinéaste Kirill Serebrennikov, voix divergente contemporaine assignée

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"Cold War" : rideau de fer et voix de velours

ECRANS | de Paweł Pawlikowski (Pol-GB.Fr, 1h27) avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza…

Vincent Raymond | Vendredi 19 octobre 2018

Années 1950. Compositeur, Wiktor sillonne la Pologne rurale pour glaner des mélodies populaires et trouver des voix. Bouleversé par celle de Zula, il fait de cette jeune interprète sa muse et sa compagne. Leur romance connaîtra des hauts et des bas, d’un côté puis de l’autre du rideau de fer. Paweł Pawlikowski, ou la marque des origines. Est-ce un hasard si Cold War, ayant pour décor la Pologne d’après-guerre et d’avant sa naissance comme son film précédant Ida (2013), présente la également même radicalité formelle, la même rigueur quadrangulaire, le même noir et blanc ? Consciemment ou non, le réalisateur polonais renvoie ce faisant de ce pays au système intransigeant un visage âpre, et reproduit dans le même temps les procédés du cinéma des origines – en lui donnant toutefois la parole, même s’il l’économise. Son "année zéro" intime devient un peu celle de la Pologne, voire celle du cinéma. Encore davantage ici, où l’histoire de Wictor et Zula s’inspire (on ne sait à quel degré) de celle de ses parents. Mais la rigueur formelle n’abolit pas toute sensualité, c’est d’ailleurs l’un des sous-textes du film : les contra

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"Girl" : Lara au bal du diable

ECRANS | Le portrait plein de vie d’une adolescente née garçon luttant pour son identité sexuelle et pressée de devenir femme. Une impatience passionnée se fracassant contre la bêtise à visage de réalité, filmée avec tact et transcendée par l’interprétation de l’étonnant Victor Polster. Et un très grand film.

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Jeune ballerine de 15 ans, Lara se bat pour rester dans la prestigieuse école de danse où elle vient d’être admise, mais aussi pour accélérer sa transition de garçon en fille. La compréhension bienveillante de ses proches ne peut hélas en empêcher d’autres d’être blessants. Jusqu’au drame. Girl pose un regard neuf sur des sujets divers, lesquels sont loin de l’être : la danse comme école de souffrance et de vie (on se souvient de la claque Black Swan de Darren Aronofsky en 2011), la difficulté de mener une transition de genre (voir Transamerica de Duncan Tucker en 2006), la vie d’un parent isolé élevant deux enfants. Des thèmes rebattus mais qui, par coagulation et surtout grâce à une approche déconcertante, c’est-à-dire bannissant les situations attendues, trouvent une perspective nouvelle. Ainsi, la question de l’acceptation par la famille du choix intime de la jeune Lara ne se pose même pas ; au contraire bénéficie-t-elle ici d’un

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"BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan" : Spike Lee en mode humour noir

ECRANS | Deux flics (l’un noir, l’autre blanc et juif) infiltrent la section Colorado du KKK. Le retour en grâce de Spike Lee est surtout une comédie mi-chèvre mi-chou aux allures de film des frères Coen – en moins rythmé. Grand prix lors du dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mercredi 22 août 2018

Colorado Springs, États-Unis, aube des années 1970. Tout juste intégré dans la police municipale, un jeune flic noir impatient de "protéger et servir" piège par téléphone la section locale du Ku Klux Klan. Aidé par un collègue blanc, sa "doublure corps", il infiltrera l’organisation raciste… Spike Lee n’est pas le dernier à s’adonner au jeu de l’infiltration : dans cette comédie « basée sur des putains de faits réels » (comme l’affiche crânement le générique), où il cite explicitement Autant en emporte le vent comme les standards de la "blaxploitation" (Shaft, Coffy, Superfly…), le réalisateur de Inside Man lorgne volontiers du côté des frères Coen pour croquer l’absurdité des situations ou la stupidité crasse des inévitables "sidekicks", bêtes à manger leur Dixie Flag. Voire sur Michael Moore en plaquant en guise de postface des images fraîches et crues des émeutes de Charlottesville (2017). Cela donne un ton cool, décalé-cocasse et familier, rehaussé d’une pointe d’actualité

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"Le Poirier sauvage" : les fruits amers de Nuri Bilge Ceylan

ECRANS | de Nuri Bilge Ceylan (Tur, 3h08), avec Doğu Demirkol, Murat Cemcir, Bennu Yıldırımlar…

Vincent Raymond | Jeudi 19 juillet 2018

Fraîchement diplômé, Sinan rentre en Anatolie où son père instituteur, plutôt que de rembourser ses dettes de jeu, passe son temps à creuser un puits. Se rêvant écrivain, Sinan tente de réunir des fonds pour éditer son premier roman. Mission ardue dans la Turquie contemporaine… Entre saga et chronique sociale, ce portrait d’une jeunesse désenchantée naturellement en rupture avec ses aînés (le père de Sinan, traînant petits mensonges, son insolvabilité chronique et poussant ses ricanements satisfaits à tout bout de champ, donne carrément le bâton pour se faire battre) montre cette même jeunesse sans perspective : n’étant pas assurés d’obtenir un emploi d’enseignant, ou déprimés à l’idée d’être affectés à l’intérieur des terres, les diplômés préfèrent rejoindre les forces anti-émeutes pour casser sans remords du manifestant – voilà qui en dit long sur l’état de l’État. Sans attaquer directement le régime d’Erdogan, Nuri Bilge Ceylan, Palme d'or en 2014 pour Winter Sleep, montre la délaïcisation de la Turquie et la prise en main de

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Matteo Garrone : « La violence présente dans "Dogman" est surtout psychologique »

ECRANS | Un brave toiletteur pour chiens et une brute qui le traite pire qu’un chien sont au centre de "Dogman", le nouveau conte moral du réalisateur Matteo Garrone. Une histoire italienne d’aujourd’hui récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes pour Marcello Fonte.

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Matteo Garrone : « La violence présente dans

Dogman est-il inspiré d’un fait divers ? Matteo Garrone : Oui. Il s’est déroulé à la fin des années 1980, et il est très célèbre en Italie parce qu’il a été particulièrement violent. Mais on s’en est très librement inspiré : on l’a retravaillé avec notre imagination. Il n’a jamais été question de reconstruire dans le détail ce qui s’était passé. On a également changé la fin, puisque Marcello est un personnage doux, incapable de violence. Dans le film, il agit par légitime défense, non par préméditation. Je suis particulièrement content que le film soit présenté dans un pays où ce fait divers n’est absolument pas connu : le spectateur idéal, c’est celui qui le verra sans avoir cette histoire en tête et sans comparaison avec la réalité. En Italie, le film a un peu souffert de ce fait divers – en tout cas au début. Certains spectateurs se disaient : ça va être extrêmement violent, donc je n’irai pas le voir. Ensuite, le bouche-à-oreille l’a aidé. En fait, la violence présente dans le film e

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"Dogman" : Matteo Garrone, chien enragé

ECRANS | de Matteo Garrone (It, int. -12 ans, 1h42) avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû… « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality (2012) du même Matteo Garrone, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres. Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello), tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère soi-même être épargné. Personne n’imagin

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"Sauvage" : vous avez dit sauvage ?

ECRANS | de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Éric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Lundi 27 août 2018

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées – elles.

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Antoine Desrosières et Inas Chanti : « "À genoux les gars" est un grand #MeToo »

ECRANS | Rencontre à deux voix avec le réalisateur et l’une des co-scénaristes et interprètes d'une des grandes réussites cinématographiques du mois : "À genoux les gars". Le duo complice ayant façonné ce film sur un chantage à la sextape évoque les coulisses d’un long-métrage atypique, et ses prochaines ramifications à découvrir, voire à entendre…

Vincent Raymond | Lundi 18 juin 2018

Antoine Desrosières et Inas Chanti : «

Vous revoici Antoine Desrosières après une éclipse exceptionnellement longue : votre précédent long-métrage au cinéma, Banqueroute, date de 2000… Antoine Desrosières : Ah, ma drôle de carrière… Que dois-je en dire ? Je dois me justifier ? (rires) Je ne me suis jamais perdu, j’ai toujours eu des projets ; simplement, ils ne se montaient pas. Le seul miracle à noter, c’est que j’ai toujours vécu de mon métier sans être obligé d’en faire un autre, et en nourrissant ma famille. Mais les années étaient longues et j’avais l’impression curieuse de mener la vie d’un autre, et non la mienne propre. Ma vie, c’est de faire des films et je voyais les années passer sans faire de films, donc c’était bizarre. Je ne savais pas du tout si j’arriverais à en refaire un jour. Et aujourd’hui, on est là... Mais vous aviez commencé très jeune : À la belle étoile (1993), votre premier film comme réalisateur, est sorti pour vos 22 ans… AD : Oui, mais ce

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"Trois visages" : Jafar Panahi, cinéaste plus fort que tout

ECRANS | Passé expert dans l’art de la prétérition et de la mise en abyme, le cinéaste iranien Jafar Panahi brave l’interdiction qui lui est faite de réaliser des films en signant une œuvre tout entière marquée par la question de l’empêchement. Éblouissant prix du scénario au dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Dans une vidéo filmée au portable, Marziyeh, jeune villageoise, se montre en train de se pendre parce que la comédienne Behnaz Jafari n’a pas répondu à ses appels à l’aide. Troublée, Behnaz Jafari se rend sur place accompagnée par le réalisateur Jafar Panahi. Mais Marziyeh a disparu… Avoir été mis à l’index par le régime iranien en 2010 semble avoir stimulé Jafar Panahi : malgré les brimades, condamnations et interdictions diverses d’exercer son métier comme de quitter son pays, le cinéaste n’a cessé de tourner des œuvres portées par un subtil esprit de résistance, où se ressent imperceptiblement la férule des autorités (le confinement proche de la réclusion pénitentiaire dans Taxi Téhéran ou Pardé), où s’expriment à mi-mots ses ukases et ses sentences – c’est encore ici le cas, lorsqu’un villageois candide demande benoîtement pourquoi Panahi ne peut pas aller à l’étranger. Auto-fiction Panahi joue ici son propre rôle, tout en servant dans cette fiction de chauffeur et de témoin-confident à sa protagoniste.

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