Dans l'oeil d'Obey à Spacejunk

ARTS | Son viseur, il l’ajuste à coups d’aplats vibrants accompagnés parfois de détails minutieux. Le street artist Shepard Fairey, aussi connu sous le nom d’Obey, envahit actuellement les murs du centre d’art Spacejunk à l’occasion de la seconde édition du Grenoble Street Art Fest. Un déroulé sérigraphique en faveur de l’écologie, entamé depuis 1997.

Charline Corubolo | Mardi 21 juin 2016

Photo : Shepard Fairey


Certaines personnes n'ont pas attendu que l'écologie devienne un sujet tendance pour dénoncer les ravages faits à la planète par une industrie nécrosée et des entrepreneurs cupides. L'Américain Shepard Fairey fait partie de ses défenseurs acharnés qui n'ont de cesse de militer pour la protection de la Terre.

L'arme privilégiée de ce street artist : la sérigraphie. Depuis 1997, il produit des œuvres sur papier où la séduction de l'image permet de mettre en exergue un message vindicatif fort. La prégnance du discours passe par une maîtrise aiguisée de la couleur et de la composition, des méthodes visuelles semblables à la publicité afin de mieux dénoncer les affres du marketing et tenter de sensibiliser le public à la cause environnementale.

Un sujet récurrent pour l'Américain qui se déploie, dans le cadre du Grenoble Street Art Fest, dans l'antre de Spacejunk. Si les pièces exposées sont nombreuses, cela ne nuit en rien à la qualité formelle et sémantique de chacune d'elle, comme de l'ensemble, grâce à une scénographie au service d'une mise en situation pertinente.

Figures de la Terre

L'accrochage a ainsi été judicieusement pensé afin de faire résonner les pièces entre elles et de mettre en abyme la cohérence dans l'œuvre de Shepard Fairey. Si le sujet de l'écologie tisse un fil rouge, certains motifs se répètent telles des poupées russes. De Global warming, où l'esthétique renvoie à une certaine influence wharolienne, à Obey windwill, l'éolienne se dresse comme un totem pour un avenir plus vert.

La série Earth Crisis présentée au-dessus s'écrit avec à des lignes graphiques plus sobres mais qui trahissent le style sans pareil de l'artiste, reprenant à son compte la force visuelle des propagandes soviétiques. Tel un logo activiste pour la planète, il appose « Obey » ou le visage qui lui est associé dans de nombreuses œuvres.

Et quand ce n'est pas le visage d'Obey, Shepard Fairey convoque directement des militants comme Paul Watson, pour des portraits où le rouge laisse place au bleu, signifiant de l'espoir. Avec Air et Act Now, Apologize Later (1997), la référence à l'activiste Adam Werbach est plus discrète mais le message percutant grâce à un lettrage aussi bruyant que celui de l'artiste contemporaine Barbara Kruger. Qu'il use de grilles sobres ou de compositions en surimpressions pleines de détails, Shepard Fairey mène ainsi une propagande pour l'environnement avec une écriture unique et véhémente.

Obey Propaganda – A vision for our planet
À Spacejunk jusqu'au samedi 23 juillet


Obey Propaganda - A vision for our planet

Sérigraphies de Shepard Fairey
Spacejunk 19 rue Génissieu Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Dix expos à (re)voir pour un été au frais

ARTS | Un été en ville peut se vivre à l’air libre, comme on vous le conseille dans les premières pages de ce numéro. Mais il peut aussi se vivre dans un musée, en parfaite connexion avec des œuvres d’art. Alors zoom sur dix expositions que nous avons déjà chroniquées avec enthousiasme et qui sont toujours à l’affiche pendant ces vacances.

La rédaction | Mardi 2 juillet 2019

Dix expos à (re)voir pour un été au frais

La plus événementielle Immense figure du street art, l’États-unien Shepard Fairey présente à l’Ancien Musée de peinture plus de 600 œuvres qui reviennent sur trente ans de carrière militante. Un gros morceau qui en met plein la vue ! Et un art syncrétique nourri de nombreuses influences allant du constructivisme russe au pop art, saupoudré d’un goût prononcé pour les formes autoritaires de propagande – car pour faire passer certains messages politiques, Shepard Fairey n’hésite pas à faire dans l’efficacité simpliste. Malheureusement, ceux qui sont à l’aise avec les valeurs qu’il brocarde (consumérisme, nationalisme, militarisme) sont bien meilleurs en la matière – en atteste les élections récentes de Trump et Bolsonaro. Obey : 30 years of resistance À l’Ancien Musée de peinture jusqu’au dimanche 27 octobre La plus barrée

Continuer à lire

"Obey, 30 years of resistance" : Shepard the Giant

Exposition | Superstar internationale du street art, Shepard Fairey (alias Obey) est invité par le Street Art Fest Grenoble Alpes pour une immense exposition à l’Ancien Musée de peinture. "Obey, 30 years of resistance" dresse ainsi un panorama rétrospectif de la production de l’artiste états-unien. Et nous en met plein la vue.

Benjamin Bardinet | Vendredi 7 juin 2019

« Faire une énorme rétrospective sur un artiste avec plus de 600 pièces, dans une vie de commissaire d’expo, c’est un gros morceau » nous expliquait la semaine dernière Jérôme Catz, directeur du Street Art Fest Grenoble Alpes. Et quel gros morceau ! Passé la porte d’entrée de l’Ancien Musée de peinture, l’effet est saisissant : de chaque côté, d’immenses bâches surplombent des cimaises sur lesquelles sont présentées, quasiment à l’infini, des sérigraphies de Shepard Fairey. Pour nous aider à nous y retrouver, le parcours est ponctué de plusieurs grandes sections thématiques consacrées à la musique, la politique ou l’écologie – le travail de l’artiste étant largement en prise avec les réalités sociales et politiques de son époque. Dénonçant l’impérialisme ou encore l’obsession militariste et consumériste de son pays, Fairey crée des fresques invitant à la résistance – il reverse d’ailleurs souvent le bénéfice de ses ventes à des associations militantes. Une première section chron

Continuer à lire

Street Art Fest Grenoble Alpes : les lumières de la ville

Festival | Depuis 2015, le Grenoble Street Art Fest, devenu du fait de son expansion le Street Art Fest Grenoble Alpes, modifie l’ADN de l’agglomération en demandant à des artistes de réaliser des fresques ici et là. Et promeut pendant un mois le street art sous toutes ses formes. Quel est le programme de cette cinquième édition organisée jusqu’au 30 juin ? Réponses en compagnie de Jérôme Catz, fondateur dudit festival. Par Aurélien Martinez et Damien Grimbert

La rédaction | Mardi 4 juin 2019

Street Art Fest Grenoble Alpes : les lumières de la ville

Une tête d’affiche « C’est comme une sorte d’aboutissement car c’est un artiste que je suis depuis très longtemps. » Cette année, Jérôme Catz a vu grand, très grand, en s’offrant les services d’un des artistes de street art les plus demandés aujourd’hui dans le monde : Obey. « Non, il ne faut pas dire Obey mais Shepard Fairey ! L’idée est que les gens comprennent que derrière Obey, qui est une campagne de communication qui vise à éduquer le grand public autour de la mainmise des pouvoirs politiques, commerciaux et financiers sur l’image dans l’espace public, il y a un artiste. Et cet artiste s’appelle Shepard Fairey. Il mérite bien plus que d’être résumé à la marque Obey, même si c’est clairement un slogan qui le caractérise. » Un nom qui claque (on lui doit notamment la célèbre image de Barack Obama en rouge et bleu intitulée Hope) mais pas seulement. « Pour l’idée que j’ai d’un festival de street art et ce que j’essaie de porter sur ce territo

Continuer à lire

"Art engagé" : les activistes de l’art sont à Spacejunk

ARTS | Leur liberté, plastique et discursive, est à l’image de leur engagement : revendicatrice et engagée. Portés par une responsabilité citoyenne brûlante, les artistes qui dévoilent un "Art engagé" à Spacejunk utilisent leur travail pour délivrer des messages acides sur l’état du monde, sans pour autant sacrifier le sens de l’esthétique. En découle une exposition qui tranche dans le vif.

Charline Corubolo | Mardi 20 décembre 2016

Dans un numéro hors-série d’août-septembre 2016, Le Monde diplomatique se demandait si les artistes étaient désormais domestiqués ou révoltés. Ceux qui occupent actuellement l’espace de Spacejunk sont assurément révoltés, dans un geste qui allie l’art et la vie. Avec l’exposition Art engagé, le centre d’art grenoblois met en regard six artistes issus de la culture "street" (une philosophie artistique marquée par la contestation) et trouvant dans la rue une visibilité en adéquation avec leurs valeurs. Le changement de terrain opéré en pénétrant dans un "lieu de monstration" ne trahit pourtant pas leurs œuvres ; au contraire, le discours résonne différemment tout en étant inchangé. En délivrant un message humaniste par le prisme d’images stylisées, ces artistes arrivent à investir toutes les surfaces. Mais si le tour de force fonctionne, c’est également grâce à la pertinence de la proposition qui offre une scénographie intelligente, avec une sélection juste. Uppercut plastique

Continuer à lire

Les 10 expos à voir ou revoir cet été

ARTS | On en a parlé lors de leur vernissage ; on en remet une couche cet été comme elles sont toujours à l'affiche. Suivez-nous !

Charline Corubolo | Mardi 5 juillet 2016

Les 10 expos à voir ou revoir cet été

Obey Propaganda – A vision for our planet Jusqu’au 23 juillet Obey, pour certains, c’est une marque, pour d’autres c’est du vandalisme, pour les derniers carrément le néant de référence. Obey, c’est en fait le visage d’André The Giant, catcheur français, et la démarche artistique de Shepard Fairey, street artist américain. Exposé à Spacejunk dans le cadre du Street Art Fest, il dévoile des œuvres engagées envers l’environnement, pour une plongée colorée dans l’art sérigraphique. La critique complète L'Art du Canard Jusqu’au 30 juillet Le groupe d’artistes allemands Interduck investit le couvent Saint-Céci

Continuer à lire

(Bon) ménage à trois

ARTS | Une trentaine d'années les séparent, les premiers ont posé les bases du body art dans la mouvance de la performance, le second vient de la rue ; les (...)

Charline Corubolo | Mardi 3 février 2015

(Bon) ménage à trois

Une trentaine d'années les séparent, les premiers ont posé les bases du body art dans la mouvance de la performance, le second vient de la rue ; les premiers sont anglais, le second américain, et pourtant les trois artistes actuellement présentés à l'Espace Vallès trouvent des résonances plastiques dans leur création comme dans leur message. Les premiers, Gilbert et George, se sont fait connaître par leurs « sculptures vivantes » qu'ils ont laissées derrière eux pour aujourd'hui se consacrer à de grands photomontages colorés. Le second, Shepard Fairey, plus connu sous le nom de sa marque Obey, est un street artist qui se fait réellement connaître en 2008 lors de la campagne présidentielle de Barack Obama pour laquelle il réalise une sérigraphie en rouge et bleu qui fera le tour du monde. Deux univers différents exposés dans l'Espace Vallès avec des œuvres

Continuer à lire

Obey, the giant

ARTS | Depuis son affiche Hope en soutien à Barack Obama lors de la présidentielle de 2008, le street artist Shepard Fairey, adepte de la sérigraphie, a envahi la (...)

Charline Corubolo | Mardi 3 février 2015

Obey, the giant

Depuis son affiche Hope en soutien à Barack Obama lors de la présidentielle de 2008, le street artist Shepard Fairey, adepte de la sérigraphie, a envahi la toile et le monde de ses aplats colorés. Né en 1970 en Caroline du Sud, l'Américain est issu de la culture alternative punk et du monde du skateboard, qui marqueront tous deux son art. Avant d'être mondialement connu dans les années 2000, il débute avec une campagne de stickers intitulée André the Giant Has a Posse, alors qu'il rentre à l'école Rhode Island School of Design (1989). Empruntant le visage du catcheur André le géant, dont les traits ont été simplifiés, l'artiste colle son portrait partout dans la ville. Cette image deviendra l'essence de son travail, reconnaissable aujourd'hui sous la marque Obey. Car Shepard Fairey n'est pas seulement un artiste, c'est aussi un businessman, et après avoir obtenu son diplôme en 1992, il fonde Alternate Graphics, entreprise dévolue à l'impression de t-shirts et stickers. Obey est né. Entre 1997 et 2003, il dirige le studio BLK/MRKT, spécialisé en guérilla marketing, puis lance l'agence Studio Number One avec son épouse Amanda Fairey. Créateur infa

Continuer à lire

Ça tache avec Gilbert & George et Obey

ARTS | Bien que la prochaine exposition de l'Espace Vallès ait déjà eu droit à un focus dans notre supplément Panoram'art d'octobre, on se permet d'en remettre une (...)

Charline Corubolo | Mardi 6 janvier 2015

Ça tache avec Gilbert & George et Obey

Bien que la prochaine exposition de l'Espace Vallès ait déjà eu droit à un focus dans notre supplément Panoram'art d'octobre, on se permet d'en remettre une couche en ce début d'année comme c'est un peu l'une des expositions les plus attendues de l'année. D'un côté le duo Gilbert & George, figure marquante de l'art de la fin des années 1960 qui se fit connaître avec ses « sculptures vivantes » ; de l'autre Shepard Fairey (Obey), qui se cache derrière les portraits de célébrités colorisés. Une exposition pour trois artistes qui ont marqué et continuent de marquer la scène artistique contemporaine. Bien que les styles soient foncièrement différents, le message divulgué par le binôme trouve des résonances avec celui d'Obey, tous les trois cherchant à défier les poncifs de notre sociétés. À coup d'aplats de couleur ou de photographies surdimensionnées, une chose est sûre, ça va tacher les bien-pensants.

Continuer à lire

Polémique bariolée

ARTS | En janvier, l'Espace Vallès va se transformer en miroir critique de la société, dont le reflet sera teinté de milles couleurs. Les artistes Gilbert & (...)

Charline Corubolo | Mardi 30 septembre 2014

Polémique bariolée

En janvier, l'Espace Vallès va se transformer en miroir critique de la société, dont le reflet sera teinté de milles couleurs. Les artistes Gilbert & George et Shepard Fairey (Obey) prendront en fait possession des lieux. Malgré leurs différences (le duo ressemble à un dédoublage de Doc dans Retour vers le futur alors que Shepard Fairey affiche une allure de skateur), les trois artistes portent en eux une volonté quasi viscérale de remettre en cause nos sociétés contemporaines. Les duettistes travaillent ensemble depuis 1967 et se sont fait connaître en tant que "sculpture vivante". Aujourd'hui, ils privilégient la photographie et réalisent de grands photomontages dont ils sont le sujet pour traiter de politique, d'argent ou encore de sexe. Tout comme Shepard Fairey, à la différence que le street artist use de la sérigraphie pour appuyer sa vision critique du système américain et convoque d'autres images que la sienne. Les clichés multicolores vibrants de G&G vont donc rentrer en confrontation avec les plats colorés de Obey, pour un résultat assurément éclatant. Gilbert & George et Obey, Shepard Fairay, du jeudi 22 janvier au

Continuer à lire

Gatsby le magnifique

ECRANS | Cinéaste de l’imagerie pop, Baz Luhrmann surprend agréablement en trouvant la puissance romanesque nécessaire pour transposer le Gatsby de Fitzgerald. Et trouve en Di Caprio un acteur à la hauteur du personnage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 mai 2013

Gatsby le magnifique

Gatsby le magnifique version Baz Luhrmann ressemble, dans sa première heure, à ce que l’on pouvait en attendre. Ou presque. Le réalisateur de Moulin Rouge retrouve ce qui a fait sa marque – c’est loin d’être un défaut en période de standardisation : promenade pop à l’intérieur d’une époque à coups de grands mouvements de caméra impossibles, anachronismes musicaux, jeu sur les surfaces et sur la profondeur faisant ressembler sa mise en scène à un livre pop up, et le film dans son entier à un carnaval pop. L’ajout de la 3D intensifie tous ses partis pris – comme si le cinéma de Luhrmann avait toujours désiré cet artifice, mais pouvait enfin en avoir la jouissance – et il serait facile de ne voir là qu’épate visuelle et pyrotechnie gratuite. Mais que raconte Gatsby le magnifique sinon l’histoire d’un homme qui use et abuse de cette pyrotechnie pour attirer l’attention d’une seule personne, et qui déploie un faste sans égal pour mieux disparaître, se fondre dans la masse et faire oublier qui il est vraiment. En cela, Luhrmann a sans doute trouvé un sujet idéal, et ce n’est pas un hasard s’il

Continuer à lire

"Obey Propaganda" : Shepard Fairey, art et propagande

Exposition | Figure emblématique de la scène street art mondiale, Shepard Fairey, le créateur d’Obey, symbolise à la perfection les forces, mais également les contradictions de cette mouvance artistique passée de l’ombre à la lumière.

Damien Grimbert | Lundi 17 septembre 2012

Poursuivant sa démarche d’ouverture vers des horizons artistiques sans cesse plus vastes, Spacejunk a ferré un gros poisson en la personne de Shepard Fairey, pionnier américain du street art devenu l’un des artistes les plus en vue du mouvement. En activité depuis 1989, Fairey fait ses débuts en recouvrant les murs de sa ville d’énigmatiques stickers représentant l’imposant catcheur André Roussimoff aux côtés du slogan « Andre The Giant has a Posse ». Dénuée de tout contexte explicatif, la campagne d’affichage sauvage suscite rapidement la perplexité la plus totale, à la grande joie de son créateur, ravi de pousser ainsi les gens à « questionner leur environnement ». En 1998, il crée une nouvelle campagne, Obey Giant, largement inspirée par le film de John Carpenter Invasion Los Angeles. Portée par une esthétique forte et immédiatement identifiable, puisant sa source dans les œuvres de propagande soviétiques et maoïstes, et bardée de slogans chocs résonnant comme autant de commentaires sociaux sibyllins, Obey Giant fait forte impression, et essaime à travers le monde entier. La machine est lancée, et dans les années

Continuer à lire