Les premières heures du 90.8

ACTUS | Comme beaucoup de villes en France (20 à l’heure actuelle), Grenoble possède son antenne de Radio Campus. Une station héritière des radios libres d’une grande richesse culturelle, où les émissions exigeantes et néanmoins accessibles à tous se succèdent. Et une radio loin d’être destinée qu’au seul public étudiant. On s'intéresse donc ici l’histoire de la fondation du 90.8, qui commença à émettre il y a tout juste 20 ans. Régis Le Ruyet

Aurélien Martinez | Vendredi 22 février 2013

Photo : UG / A.Chézière


L'embryon est presque une histoire personnelle. Début des années 90, Pedro Olivas a 19 ans. Bachelier, il quitte la campagne échirolloise pour le campus de Saint-Martin-d'Hères. « Au lycée, pour avoir de bonnes notes, tu fais ce que l'on te dit. Je suis fils d'ouvrier, je ne connais pas grand chose. D'un coup, la fac m'apparaît comme une ouverture. Je découvre la vie, je comprends qu'il y a plein de choses à faire et pas juste ce que l'on attend de toi. »

Pedro cherche alors un endroit pour partager sa prise de conscience – pourquoi pas une radio ? – mais ne trouve rien. Jusqu'à ce qu'il tombe sur une annonce dans le journal du service orientation de l'UJF, l'université scientifique et médicale. Trois petites lignes qui disent en substance : "radio étudiante lyonnaise cherche personne sur Grenoble pour éventuel projet de radio". « Je suis un petit peu impressionné, je mets deux jours avant d'oser appeler. Je rencontre finalement Nicolas Croiset, l'un des responsables de Brume Lyon, la radio du campus lyonnais. » L'aventure s'enclenche.

Dans la Brume électrique

À l'époque, Brume Lyon est déjà affiliée à la jeune Fédération européenne des radios universitaires et estudiantines, impulsée en 1987 par Radio Campus Bruxelles et Radio Campus Strasbourg. Selon les statuts de la fédération, les membres existants doivent prospecter autour d'eux pour accroître le réseau. Nicolas propose alors à Pedro de venir à Dijon assister à leur réunion fédérale. « Un peu groggy, je passe un week-end avec une quinzaine de personnes déjà actives depuis un, deux, voire cinq ans. Autour de moi, ça parle de musique, d'imbrication dans les milieux culturels et universitaires, de l'organisation de la cité. Les discussions sur les labels me fascinent. Je reviens à Grenoble convaincu, et pendant deux ans, avec Nicolas, nous allons construire notre dossier de demande de fréquence et fonder l'association cousine de la radio lyonnaise. »

Son projet est retenu par le Conseil supérieur de l'audiovisuel dans l'attribution du 90.8. La lettre du CSA en poche, sans budget, la nouvelle phase s'annonce périlleuse. « L'autorisation te donne un an pour commencer à émettre ; et là, on était à trois, quatre, cinq, six mois... et toujours pas de local. Je vais voir toutes les autorités universitaires, en leur demandant un bout de couloir. Je commence à être un peu paniqué à l'idée que cela nous passe sous le nez. Puis, à force de persévérance, Sylvie Billon, en charge de la culture du Pôle universitaire, finit par obtenir un oui du Crous et m'indique qu'à la résidence Berlioz, il existe une pièce désaffectée à disposition pour des activités culturelles. »

On the air

Brume Lyon prête un peu de matériel, dont un magnétophone à bande recto-verso, engin magique qui peut garantir l'antenne en tournant 24h/24. Pedro fait alors savoir que le projet Brume Grenoble va prendre les ondes. Le bouche à oreille fonctionne et très vite arrivent des étudiants et personnes d'autres radios associatives. « Les gens connaissaient la réputation de la radio lyonnaise, très branchée musique indépendante et alternative. Ils se doutaient que le projet à Grenoble allait être un peu pareil. Certains ont quitté Kaléidoscope ou Radio Grésivaudan, ça nous a amené les habitués du micro et ceux dont les goûts musicaux ne se reflétaient pas dans les radios d'alors à Grenoble. Tout de suite, on a été dans le projet de faire monter une mayonnaise entre des gens d'univers différents et curieux de faire partager leur passion. Les premières émissions ont démarré au 1er novembre 93, avec 15-20 personnes. »

Depuis, c'est chaque année à peu près une centaine de personnes, étudiantes ou non, qui œuvrent au projet de Radio Campus Grenoble. « Je ne me suis jamais autant épanoui finalement en essayant de donner aux autres ce moyen d'échange et de partage. » Une motivation qui fait que, paradoxalement, Pedro Olivas, président depuis la fondation et aujourd'hui salarié à Universités de Grenoble, n'a jamais pris le micro.

Radio campus Grenoble – 90.8
www.campusgrenoble.org

 

Repères

1969 : Naissance de Radio Campus Lille, la première du genre
1981 : Libéralisation des ondes avec la fin du monopole de l'état sur la bande FM
1992 : Naissance de l'association Radio Brume Grenoble
1993 : Le CSA autorise la radio à émettre
1995 : Lancement du premier site web d'une radio par Radio Brume
1999 : Radio Brume Grenoble se transforme en Radio Campus Grenoble (nom déjà adopté par la plupart des radios étudiantes), suite à une rupture avec une nouvelle équipe arrivée à Radio Brume Lyon qui remet en cause le partenariat
2003 : Radio Campus Grenoble investit le tout neuf Espace vie étudiant (dit le bâtiment Eve)
2004 : Début de la diffusion sur le web

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