20 ans du Vertigo : vertige de la nuit

Story | Et là, beaucoup de Grenoblois (ceux qui n’ont plus vingt ans depuis un moment) vont prendre un coup de vieux en apprenant que le Vertigo, mythique petit club du centre-ville, a 20 ans ce mois-ci. 20 ans, oui. Avant de fêter ça en grandes pompes pendant trois soirs (notamment avec la légendaire Miss Kittin), on est allés interroger son fondateur Camille Bahri, histoire de recueillir ses confidences sur autant d’années de fête, d’électro et de clubbeurs.

Aurélien Martinez | Mardi 6 juin 2017

Photo : Valentin Lecaille


« J'ai fait mes études aux États-Unis, à Los Angeles. À l'époque, en 1986, il y avait au centre-ville une grande boîte qui s'appelait le Vertigo – ils étaient 40 à la sécurité pour vous donner un ordre de grandeur. C'était le club à la mode dans lequel venait tout le gratin de LA. L'accès y était assez difficile, je me suis fait refouler quelques fois avant que l'on m'accepte. Une fois rentré, j'ai adoré ! J'ai gardé ce nom en tête, ça sonnait bien pour un club. Je m'étais toujours dit que si un jour j'avais la chance d'ouvrir un établissement, je l'appellerais Vertigo. »

C'est dans son Vertigo vide de monde (pour cause, il est 14h), sur une banquette défraîchie à deux pas des platines du DJ, que l'on rencontre l'imposant Camille Bahri, gérant de la boîte de nuit grenobloise depuis son ouverture il y a 20 ans. « Avant, j'étais déjà dans le monde de la nuit grenobloise – au Phoenix, au Drac Ouest, au Progrès qui est devenu le XIII… Un jour, j'ai appris qu'une boîte qui s'appelait la Fièvre était vendue aux enchères. On l'a achetée avec mon associé Alexandre Peyrot et c'est devenu le Vertigo. » Voilà pour l'historique. L'ouverture a eu lieu le 20 juin 1997. Le début d'une aventure.

« Faire venir les grands DJs »

Une boîte de plus à Grenoble en 1997 donc, mais une boîte légèrement différente. « J'ai connu l'électro au début des années 1990 : à l'époque, les gens comme moi étions considérés comme des extraterrestres. Cette musique était marginale. En regardant autour de nous, on est arrivés à la conclusion qu'à Grenoble, il y avait déjà assez de boîtes traditionnelles et qu'il fallait en créer une, on ne va pas dire électro mais juste à part, dans laquelle la tendance électro et techno dominerait. »

Un choix qui allait dans le sens de l'histoire de la ville. « À partir de 1993-1994, la scène électro grenobloise a commencé à monter, avec des DJs comme The Hacker, Oxia, Kiko, Miss Kittin… Quand nous avons ouvert en 1997, ça a été un plus pour nous. Jean-Marc Roche, mon DJ résident de l'époque, était très branché sur ces musiques. On avait ainsi une connaissance assez précise du monde électro, on avait les bons contacts pour faire venir les grands DJs. »

D'où le listing impressionnant de stars (en plus de celle déjà citées) que le Vertigo peut se vanter d'avoir accueillies. « Laurent Garnier est venu jouer ici deux fois – je voulais même le faire revenir pour les 20 ans mais ça n'a pas été possible ; Jeff Mills est passé en 2004 lors d'une petite tournée européenne ; David Guetta est venu pour les 7 ans du Vertigo… » On peut aussi évoquer, en vrac, Paul Johnson, Green Velvet, Cassius, Felix Da Housecat, Joachim Garraud, David Carretta, Brodinski, DJ Paulette, Teki Latex… Oui, ça claque, surtout pour un petit club ne pouvant officiellement accueillir que 250 personnes.

« Passer la main »

20 ans donc. En 1997, Camille Bahri ne devait pas imaginer que le Vertigo serait encore là en 2017… « En effet. En tout cas je suis fier de ce que nous avons pu faire. Je dis nous car tout ce que j'ai pu faire au Vertigo, ça a été avec mon équipe. D'ailleurs, beaucoup sont restés des années et des années au Vertigo. Il y en a même trois qui sont là depuis le début, ce qui est rare dans le métier. »

Les 20 ans seront l'occasion de marquer le coup avec force, sur trois soirs. Même si, on l'a senti dès les premiers mots échangés, cet anniversaire ne masque pas le fait que Camille Bahri n'a plus la motivation des débuts. Il pense même à vendre le club. Il a vu Grenoble changer (le fait que les bars puissent maintenant ouvrir jusqu'à deux heures du matin lui a fait du mal – « aujourd'hui, les gens viennent de plus en plus tard au Vertigo »), il a vu arriver la Belle électrique et sa force de frappe immense (« elle nous a fait beaucoup de tort avec ses soirées techno qui visent une bonne partie de notre clientèle »), il a vu le public changer (« on s'est adaptés, on est maintenant sur un style d'électro plus festif, moins puriste »)…

« Honnêtement, on est en baisse en chiffre d'affaires, en perte de vitesse, la fréquentation est très aléatoire. L'établissement a vieilli, il faudrait de l'investissement. Mais il y a tellement une absence d'engouement pour la vie nocturne à Grenoble que ça ne me motive pas à voir plus loin. Je pense que j'ai fait le tour de la chose ; j'ai eu des soucis de santé, à un moment il faut passer la main. » Mais l'histoire étant toujours pleine de surprises, peut-être qu'un anniversaire réussi pourrait le faire changer d'avis…


Repères

Inauguration : vendredi 20 juin 1997

Capacité d'accueil : 250 personnes (pour 220 mètres carrés)

Personnes qui travaillent au Vertigo : 10

Jours d'ouverture : du mardi au samedi + veille de fête de minuit à 5h30

Tarifs : gratuit du mardi au jeudi (sauf soirée spéciale) ; gratuit pour les filles le vendredi (sauf soirée spéciale) et 10 euros avec une conso pour les garçons ; 10 euros avec une conso pour tous le samedi


20 ans du Vertigo

Amen b2b Mazigh b2b Cosmic Clap
Le Black Lilith 18 Grand Rue Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


20 ans du Vertigo

Miss Kittin
Le Black Lilith 18 Grand Rue Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


20 ans du Vertigo

Le Black Lilith 18 Grand Rue Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Le Vertigo : voilà, c’est fini

ACTUS | Le monde de la nuit grenoblois va changer. Le Vertigo, club mythique du centre-ville, fermera ses portes samedi 14 octobre après 20 ans de service. On a rencontré son boss Camille Bahri pour connaître ses motivations et savoir ce que deviendra le lieu.

Aurélien Martinez | Jeudi 28 septembre 2017

Le Vertigo : voilà, c’est fini

L’info a été lâchée mercredi 27 septembre sur le Facebook du club : le Vertigo, qui a fêté ses 20 ans en juin, va définitivement fermer, son boss et fondateur Camille Bahri ayant décidé de vendre – ça lui trottait dans la tête depuis longtemps. On le retrouve le lendemain, dans un bar du centre-ville. « J’ai duré 20 ans, j’aurais pu continuer encore un petit peu – je reste jeune dans l’esprit même si je suis vieux ! – mais l’opportunité de vendre les murs et le fonds s’est présentée alors je l’ai saisie. » Le Vertigo, c’est un club mythique à Grenoble, qui a vu passer pas mal de grands noms de l’éléctro – Laurent Garnier, Miss Kittin, Jeff Mills, Brodinski… L’annonce de la fermeture a donc eu un écho considérable chez ceux qui l’ont fréquenté, au vu du nombre de réactions reçues par Camille Bahri et son équipe – le post Facebook a été très commenté. « Ça me fait chaud au cœur, je suis très ému. C’est une récompense. »

Continuer à lire

Le Vertigo, culture club

GUIDE URBAIN | Depuis dix-sept ans, le Vertigo Club anime les nuits grenobloises sur des sons électro. Novateur à son époque, il s'est aujourd'hui imposé auprès d'un public varié. Adeline Gailly

Aurélien Martinez | Vendredi 5 décembre 2014

Le Vertigo, culture club

Inspiré de la tendance électro, le Vertigo naît en 1997 alors que le style peine à être reconnu. « J'étais un extraterrestre à l'époque quand j'écoutais de l'électro » se rappelle Camille, le fondateur. Il relève néanmoins le défi de créer une boîte de nuit dédiée à ce type de musique. Pari réussi puisque la discothèque du centre-ville attire toujours les adeptes d’un genre désormais étendu au grand public. Ce type d'établissement n'était pourtant pas nouveau dans les années 90 à Grenoble. Aujourd'hui disparu, le Drac'Ouest, à Fontaine, organisait déjà des rave-parties. La mauvaise réputation, Camille ne s'en souciait guère : « L'électro c'était l'interdit, c'était synonyme de décadence mais j'ai misé là-dessus, je trouvais que c'était différent. » De Laurent Garnier au David Guetta des débuts en passant par Cassius ou encore Martin Solveig, nombre de DJ reconnus aux styles bien différents ont usé les platines du Vertigo. « Ce sont ces têtes d'affiche qui permettent de ramener du monde » dixit Camille, qui refuse pour autant

Continuer à lire

Une nuit pas si noire

ACTUS | La crise a-t-elle tué les noctambules, trop fauchés pour sortir de leurs intérieurs si moelleux ? Pour le savoir, on est partis à la rencontre des gérants de bars et discothèques locaux pour recueillir leurs avis sur la question. Réponses surprenantes.

Aurélien Martinez | Vendredi 13 novembre 2009

Une nuit pas si noire

On ne vous apprendra rien : c’est la crise, depuis au moins une bonne année. De la ménagère de moins de cinquante ans à la personne âgée, en passant par l’étudiant et la majorité des travailleurs, tous nous expliquent (souvent au JT de TF1) qu’ils sont contraints de se serrer la ceinture sous peine de finir sur la paille. En s’intéressant donc au monde de la nuit en cette période morose, on s’attendait à trouver des gérants de bars et discothèques dépressifs, seuls derrière leur comptoir à attendre l’hypothétique client. Or, cette bougre alarmiste de Laurence Ferrari nous a induits en erreur : non, les Français ne sont pas tous au bord du gouffre ; oui, ils continuent à sortir, comme nous le signalent tous les patrons rencontrés au cours de cette enquête empirique. Même si évidemment, certains sont un peu moins optimistes que d’autres. « Un autre demi steuplé ! » « On a toujours été très apprécié, on n’a donc pas de soucis de ce côté-là » constate Arkange Ottaviano du Vieux Manoir, un bar-boîte de quatre salles rue Saint-Laurent. Même son de cloche au Subway où Frédéric Lachman, le gérant, « ne constate pas de réel changement dans les

Continuer à lire