Le ciel, les oiseaux et Olivier Messiaen

MUSIQUES | Ce week-end, l’événement aura lieu à Saint-Théoffrey, à trente minutes au sud de Grenoble. Sera ainsi inaugurée la Maison Messiaen, du nom de l’illustre musicien français qui, une partie de sa vie, vécut ici, au bord du lac de Laffrey. Alors avant de profiter de trois jours de concerts gratuits dans un cadre magnifique, on revient sur la vie d’un homme qui fut l’un des compositeurs de musique contemporaine les plus influents du siècle dernier.

Régis Le Ruyet | Mardi 28 juin 2016

Photo : Fondation Olivier Messiaen


Il faut remonter plus de cent ans en arrière pour retrouver les premières traces d'Olivier Messiaen, compositeur et organiste amoureux de la nature et transcripteur de ses pépiements. Et il faut s'éloigner du cadre splendide de Saint-Théoffrey dans lequel il composa une grande partie de ses œuvres (Réveil des oiseaux en 1953, Catalogue d'oiseaux en 1956 pour le côté nature ; Vingt Regards sur l'Enfant-Jésus en 1944, Saint François d'Assise en 1975 pour le côté religieux) et descendre plus au sud.

Fils du professeur d'anglais Pierre Messiaen et de la poétesse Cécile Sauvage, (qui, pendant la maternité, coucha sur papier le prophétique « Je souffre d'un lointain musical que j'ignore »), Olivier Messiaen voit le jour le 10 décembre 1908 à Avignon, avant de partir faire ses premiers pas en Auvergne. Sauf qu'en 1914, le tocsin annonce la Première Guerre mondiale. Le père est mobilisé. La famille Messiaen se réfugie alors à Grenoble auprès de l'oncle chirurgien. C'est ici qu'Olivier découvre en autodidacte le piano et, le dimanche, les montagnes du Dauphiné. Des paysages qui, comme Hector Berlioz avant lui, le subjugueront toutes sa vie.

Enfant prodige

La légende se met en marche : à huit ans, quand d'autres enfants se contentent de grimper aux arbres, lui compose sa première pièce au piano (La dame de Shalott) et demande en cadeau de Noël des partitions comme celle de La Damnation de Faust de Berlioz. Chacun ses plaisirs. La guerre finie, au gré des mutations professionnelles, le foyer suit le patriarche à Nantes puis Paris où, à onze ans, il est admis au Conservatoire. En onze autres années, il glane ses prix d'harmonie, de fugue, de contrepoint, d'accompagnement au piano, d'histoire de la musique, d'orgue, d'improvisation à l'orgue, et enfin de composition. Classe.

Puis il devient, à vingt-deux ans, le plus jeune titulaire du grand orgue Cavaillé-Coll de l'église de la Trinité, à Paris. Une responsabilité qu'il assume jusqu'au dernier jour avec seulement deux pauses : l'une lors de sa captivité à Görlitz en Allemagne de 1940 à 1941, où il écrira son plus célèbre Quatuor pour la fin des temps ; l'autre lors de la réfection de l'instrument entre 1964 et 1966.

Nature et découvertes

Au printemps 1936, avec les compositeurs André Jolivet, Daniel Lesur et Yves Baudrier, il fonde le groupe Jeune France. Sous la bannière « Sincérité, générosité, conscience », le quatuor aspire à promouvoir la nouvelle musique française. Mais pour la seconde fois, l'Europe entre dans la tragédie. Fait prisonnier en tant que soldat, Olivier Messiaen ne rentre de captivité qu'en mars 1941. À son retour, il devient professeur au Conservatoire de Paris. Il enseigne l'art de la composition à la jeune génération : Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen ou encore Iannis Xenakis seront parmi ses brillants élèves.

En 1975, il amorce le projet le plus ambitieux de sa vie : l'opéra Saint François d'Assise. Un travail qui l'occupe pendant huit années. Il y combine toutes ses techniques et influences : la religion, la richesse rythmique des decî-tâlas indiens qu'il a découverts adolescent en furetant dans les rayonnages du Conservatoire, les couleurs et surtout les oiseaux. Car c'est une drôle de passion qui enrichira son art et lui assurera une grande renommée : à partir de ses dix-huit ans, suivant les conseils de son professeur de composition et d'orchestration Paul Dukas, il se met à collecter à sa façon des chants d'oiseaux. Dès lors, il parcourt le monde le crayon à la main en notant les trilles des volatiles.

Doué, comme Franz Litz, de faculté synesthésie (un phénomène neurologique par lequel plusieurs sens sont associés), son esprit convertit ainsi en musique les couleurs de la nature. Des harmonies rares qu'il vient transcrire à partir de l'été 1936 face aux cimes, dans sa maison du lac de Laffrey. Une maison qu'il arpente entre trois et quatre mois par an jusqu'à la fin de sa vie, le 27 avril 1992, quelques mois avant la première de son opéra au Festival de Salzbourg. Et une maison qui aujourd'hui porte son nom.

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Côté vie privée

Olivier Messiaen se marie en 1932 avec la violoniste et compositrice Claire Delbos avec qui il a un fils unique (Pascal) qu'il élève seul après la disparition tragique de son épouse en 1959. Il se remarie ensuite en 1961 avec la pianiste Yvonne Loriot, qui était son élève au Conservatoire de Paris. Il lui dédiera l'essentiel de ses œuvres pour piano comme soliste comme Vingt Regards sur l'Enfant-Jésus ou la plus monumentale Turangalîla-Symphonie. À la mort d'Olivier Messiaen, elle crée une fondation chargée du rayonnement et de la défense de l'intégrité de l'œuvre de son mari. Elle meurt en 2010.


Regards sur les oiseaux

Par Louise Bessette (piano). Prog. : Messiaen
Eglise d'Oris-en-Rattier Oris-en-Rattier
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Concert exceptionnel à l'occasion du 170e anniversaire de Notre-Dame de la Salette

Par l'Ensemble Orchestral contemporain, dir. Daniel Kawka, avec Spirito - Chœur Britten, Roger Muraro (piano) et Nathalie Forget (ondes Martenot). Prog. : Liszt, Messiaen, Monteverdi
Sanctuaire de la Salette Salette-Fallavaux
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Olivier Messiaen et les oiseaux

Documentaire de Michel Fano et Denise Tual, projection suivie d'une rencontre
Ciné-Théâtre de la Mure Place du Théâtre La Mure
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Le Loriot

Par Roger Muraro (piano). Prog. : Wagner, Liszt, Debussy, Messiaen
Église Saint-Théoffrey Saint-Théoffrey
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Maison Messiaen : instants de grâce pour l'inauguration

MUSIQUES | Rendez-vous entre le vendredi 1er et le dimanche 3 juillet sur le plateau matheysin (30 mns de Grenoble) pour l'événement baptisé "Passion Messiaen". Tout un programme.

Aurélien Martinez | Mardi 28 juin 2016

Maison Messiaen : instants de grâce pour l'inauguration

L’inauguration de la Maison Messiaen se déroulera donc sur trois jours avec « quatorze stations où seront proposés des concerts, rencontres et autres projections ». Car de nombreux lieux patrimoniaux de la Matheysine accueilleront les divers événements gratuits proposés par l’Aida. Le vendredi 1er juillet, dans l'église de Saint-Théoffrey, le Lyonnais Roger Muraro (photo) ouvrira ainsi le bal des festivités avec Le Loriot, du Catalogue d'oiseaux. Grand nom du piano français, Muraro fût élève d'Olivier Messiaen qu’il côtoya souvent dans sa maison iséroise. Au grand moment possible, le samedi dans l’église de Valbonnais avec le programme baptisé « musiques de l’Inde ». C'est en parcourant les rayonnages du Conservatoire qu’adolescent, Messiaen découvrit dans L'Encyclopédie de la Musique de Lavignac la richesse rythmique des decî-tâlas. Un trésor rythmique de l'Inde antique qu'interpréteront le tablaiste Prabhu Edouard et le flûtiste Rishab Prasann. Et toujours le

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Olivier Messiaen : c’est une maison bleue (et blanche)

ACTUS | Du vendredi 1er au dimanche 3 juillet sera inaugurée à Saint-Théoffrey la Maison Messiaen, demeure dans laquelle le compositeur vécut aujourd'hui transformée en résidence d'artistes. On vous en dit plus.

Aurélien Martinez | Mardi 28 juin 2016

Olivier Messiaen : c’est une maison bleue (et blanche)

Mort le 27 avril 1992 à l’âge de 83 ans, Olivier Messiaen est enterré en Isère, au cimetière du village de Saint-Théoffrey, avec une stèle en forme d'oiseau. Car c’est là qu’il avait une petite maison, au confort spartiate mais à la vue splendide (les montagnes, l’eau du lac de Laffrey), dans laquelle il a composé une grande partie de son œuvre. À son décès, conformément à son choix, l’ensemble des bâtiments (une petite résidence, un chalet et un garage, tous dans un état proche de l’abandon) est revenu à la Fondation Messiaen qui, en 2013, sous égide de la Fondation de France, a décidé avec l’Agence iséroise de diffusion artistique pilotée par le département de l’Isère de transformer le tout en résidence d’artistes. Ce sont donc des locaux de 250 m2 environ entièrement et magnifiquement rénovés (il y en a pour plus d’un million d’euros, payés par la fondation) qui seront inaugurés ce week-end, et qui pourront accueillir à l’année des musiciens (pour des cessions de création, de répétition ou d’enseignement) mais aussi d’autres artistes aux esthétiques proches de Messiaen – l’homme aimait par exemple beaucoup la peinture. À noter que si la maison ne sera pas

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Avec Messiaen, le bonheur est dans le pré

ESCAPADES | Dans les hauteurs du plateau matheysin, au-dessus de la route Napoléon filant de La Mure à Grenoble, surplombant l’étendue azur du lac de Laffrey, se niche (...)

Thibault Copin | Vendredi 15 avril 2016

Avec Messiaen, le bonheur est dans le pré

Dans les hauteurs du plateau matheysin, au-dessus de la route Napoléon filant de La Mure à Grenoble, surplombant l’étendue azur du lac de Laffrey, se niche la maison de campagne d’Olivier Messiaen, un havre de paix où le célèbre musicien venait se reposer auprès de sa source d’inspiration primordiale : la nature. Né à Avignon en 1908, il passa quatre années de sa vie à Grenoble pendant la Grande Guerre avant de partir, âgé seulement de onze ans, au Conservatoire de Paris. De brillantes études suivies d’une carrière internationale firent ensuite de lui un compositeur influent du XXe siècle. Sa musique gonflée d’une ferveur catholique s’apparente à une ode à la nature – le chant des oiseaux le ravissait. Cet été verra l’inauguration de la Maison Messiaen, projet porté par l’Agence iséroise de diffusion artistique qui transforme la demeure du pianiste en résidence d’artistes. Une belle occasion pour se rendre dans la paisible commune de Saint-Theoffrey où il a été enterré selon ses désirs, face au Grand Serre, puis au Musée matheysin de La Mure qui, après un panorama du patrimoine archéologique, traditionnel et culturel de la région, dédie sa dernière salle à l’

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