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Les Chemins de la liberté

Critique publiée le Vendredi 21 janvier 2011 par Dorotée Aznar Petit Bulletin n°606 consulté 1055 fois

On attendait beaucoup du retour de Peter Weir. Hélas, l’Australien s’est un peu égaré sur ces Chemins de la liberté. Jérôme Dittmar

 • Les Chemins de la liberte • Peter Weir • Jim Sturgess • Ed Harris • Colin Farrell

Avec "Master and Commander", Peter Weir renouait avec la splendeur oubliée du cinéma d’aventure. Majestueux, épique, iodé, intelligent, précis, ce grand film de flibustier au style vigoureux et réaliste noyait, un peu, les aléas de la carrière américaine du cinéaste. Sept ans plus tard, l’auteur de "Gallipoli" revient aux tourments de la guerre avec "Les Chemins de la liberté". Le film, inspiré d’un roman, a toutes les clés en main pour synthétiser sous une forme épurée le cinéma de Weir. Une période historique charnière : la Seconde Guerre mondiale. Un territoire vaste et riche d’enjeux politiques : l’Union Soviétique, depuis ses goulags staliniens jusqu’aux confins de ses pays satellites. Et des hommes dont la bravoure vaut comme une leçon de liberté : un groupe de prisonniers parcourent des milliers de kilomètres, de la Sibérie jusqu’à l’Inde, afin d’échapper aux communistes. Sauf que la promesse d’un grand survival en terrain hostile qui referait, à pied et avec pragmatisme, l’épreuve géographique du totalitarisme, a du mal à tenir sa feuille de route.

Koh-Lanta

Le cinéma de Weir s’est bâti sur la cohabitation entre un esprit sauvage australien, et le raffinement moral hérité de ses racines britanniques. Son œuvre est à la fois voyageuse, passionnée par l’idée d’un monde vivant illimité, et rectiligne dans sa conduite antiautoritaire dont il faut transmettre les lumières. "Les Chemins de la liberté" tente de reprendre ses bases sous la forme d’un road movie pédestre, à travers un double nœud : la nature, son climat, ses dangers, et le groupe, comme ensemble de rapports solidaires ou conflictuels luttant contre sa déshumanisation. Seulement Weir s’épuise en chemin. À force de placer ses personnages dans un panel de situations de survie (froid, chaleur, soif, faim etc.), disséminées selon des logiques de durées aléatoires pas toujours justifiées, le film piétine. Il se répète, renchérissant sur des actions et idées similaires, jusque dans les tensions vécues par le groupe. On pourrait y voir un principe d’inflexions, mais Weir n’est pas assez radical dans son traitement pour sublimer les épreuves de ses héros luttant contre les éléments. Plus ennuyeux, il échoue à donner un sens solide à ce périple. Trop focalisés sur l’instant, les enjeux (liberté, espace, communication, asservissement d’un système politique) se diluent pour finir, in extremis, par se recentrer dans un final grossièrement didactique et elliptique. Le bel humaniste cultivé épris d’un monde inachevé devient alors un peu lourd. Dommage.


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