Molière révélé par les tg STAN
Théâtre / 37 ans que les tg STAN passent le théâtre dans le bain de leur révélateur flamand. Avec leur jeu volontairement acide et drôle, centré sur les acteurs, ils dépoussièrent des classiques. Avant de filer au festival d'Avignon, ils présentent pour la toute première fois leur trilogie Poquelin.
Photo : tg_STAN_Poquelin 2 Nuits de Fourvière 2021 © Quentin Lafont
Ils sont tant venus à Lyon à l'époque où le théâtre du Point du jour était dirigé par Michel Raskine. Tout est calme et Sauve qui peut la vie d'après Thomas Bernhard (un auteur qui leur ressemble tant tant il grince), My dinner with Andre adapté du film de Louis Malle... Même 25 ans plus tard, les souvenirs restent car leur théâtre décontenance. « La connivence qui se crée irrésistiblement avec le public est pernicieuse ; sous couvert de cette démarche de mise à nu, de distanciation via l'expression scénique la plus frontale, on ne peut que tomber dans le panneau du plaisir manifeste des comédiens », écrivait dans ce même journal notre collègue et ami François Cau en 2004 déjà .
Internationalement reconnue, figure de la scène flamande, la troupe a inventé un style que d'autres ont suivi, et notamment les Comp. Marius maintes fois venus aux Nuits de Fourvière qui ont travaillé avec eux à la sortie du conservatoire d'Anvers.
Flamme flamande
L'histoire des tg STAN avec Molière est ancienne. Déjà en 1998, ils montent Le Misanthrope. Puis l'épisode 1 de Poquelin, sorte de mash-up des écrits de l'auteur, qui remonte à 2003 (création au prestigieux KunstenFESTIVALdesArts de Bruxelles). Durant deux décennies, ils ne vont cesser de revenir à ce travail et joueront même l'épisode 2 à Fourvière (2021), notamment un jour de pluie diluvienne qui ne les arrête pas. Sur leurs tréteaux, et même trempés, ils peuvent tout faire car pour eux le théâtre est une matière organique vivante. Les inserts sur les glissades, les mots qui fuient, les trous d'air font partie de la langue qu'ils défendent, que ce soit à la façon de Bergman (Avant la répétition) ou ici, à la manière de la figure tutélaire de la dramaturgie française. Elles et ils leur redonnent du souffle.
Cette fois, quelques jours avant de s'installer dans la carrière de Boulbon à Avignon, ils reviennent aux Nuits avec les premières représentations de l'intégrale de la trilogie qui s'étend sur 5 heures, entractes compris. Les historiques créateurs Jolente De Keersmaeker (oui, la sœur d'Anne Teresa), Damiaan De Schrijver sont toujours au plateau, au service d'une douzaine de pièces dont Le Mariage forcé et L'Avare. « Médecins, prêtres, snobs culturels, usuriers, noblesse : personne n'échappait à sa plume impitoyable, tandis que ceux qu'il visait le fixaient depuis le public, le visage rouge d'indignation », en disent-ils. C'est cette irrévérence qu'ils s'échinent à maintenir à flot depuis qu'ils se sont constitués en troupe au nom cryptique mais limpide quand on le traduit. "tg" pour "toneelspelersgezlhap", "compagnie d'acteurs" en flamand, et STAN pour "Stop thinking about names", nous intimant de cesser de penser aux noms, aux interprètes qui les portent, et de nous concentrer sur le récit.
1, 2, 3 Poquelin
Dimanche 28 et lundi 29 juin 2026 à 19h au théâtre antique de l'Odéon (Lyon 5e) ; de 18€ à 35€
Dans le cadre des Nuits de Fourvière

