Nuits de Fourvière

Dreams, dirty dancing

Publié Mardi 20 janvier 2026

Soumissions / Michel Franco reconduit sa collaboration avec Jessica Chastain pour une romance cruelle sur fond d'immigration clandestine. Mal-aimable mais retors et captivant.

Photo : Dreams © Metropolitan FilmExport

Les premières secondes de Dreams font office de note d'intention. Elles dévoilent de longs plans fixes distants et évocateurs, observant un camion. Des migrants mexicains sur le point de passer illégalement la frontière américaine sont entassés à l'intérieur. Le groupe indistinct s'efface rapidement au profit d'une individualité que la caméra accompagne. Un personnage sans nom, dont la musculature saillante est contredite par une fatigue intense lui donnant des airs de mort-vivant. Il débarque tant bien que mal en Terre promise. Michel Franco délimite un territoire de cinéma en tension, partagé entre ses deux pays d'exercice, le Mexique et les États-Unis. Il embrasse immédiatement des sentiments contraires, entre violence sourde et sécheresse émotionnelle. 

Basic Instinct

Du désert à San Francisco, de la précarité à la bourgeoisie, il semble n'y avoir qu'un pas. Derrière ses contradictions assumées, Dreams est un film d'allers-retours, d'attraction et de répulsion. Lui, Fernando, jeune danseur venu retrouver sa maîtresse en espérant vivre son rêve américain. Elle, Jennifer, mondaine philanthrope, aux grands idéaux, perturbée par la venue de cet amant secret dans son quotidien. Le cinéaste crée une distance entre ces deux corps jusque dans le charnel. Ils fusionnent froidement lors de scènes de sexe cliniques ou à travers des dialogues crus et explicites, faussement dépassionnés. La trajectoire mouvante et en miroir de ces deux personnages dépeint deux mondes inconciliables. En opposition à la difficile traversée initiale pleine d'embûches, Jennifer bascule de l'autre côté de la frontière en une fraction de seconde dans son luxueux jet. Imprévisible, Michel Franco se plaît à inverser les rôles et les rapports de forces quand le rejet subi par Fernando le transforme en proie aux yeux de sa maîtresse.

Un jeu brutal

En connaissance des précédents états de faits dérangeants de son auteur, Dreams semble presque lumineux, tout du moins avant un rebondissement inattendu, qui précède un virage brutal. Dans un monde binaire et polarisé, Michel Franco condamne l'humanisme démonstratif de la bourgeoisie blanche démocrate autant que l'angélisme prétendu d'étrangers essentialisés. Cette dénonciation implicite passe par de purs gestes de mise en scène. Ainsi, une conversation au sujet de l'immigration entre WASP est accompagnée par les efforts d'une femme de ménage d'origine mexicaine ramassant leurs détritus. Ce refus du didactisme replace paradoxalement l'humain au cœur de problématiques instrumentalisées, dans un monde où les puissants croient pouvoir disposer des plus faibles sans réactions de ces derniers. Aussi discutables soient les questions et les réponses proposées tout du long, le réalisateur n'a pas son pareil pour renverser les perspectives et mettre à mal les certitudes du spectateur. Par les temps qui courent, ce n'est pas rien.

Dreams
Un film de Michel Franco (U.S.A, Mexique, 1h38) avec Jessica Chastain, Isaac Hernández, Rupert Friend... 

En salle le 28 janvier 2026

Dreams

sortie nationale : Mercredi 28 janvier 2026
De Michel Franco Avec Jessica Chastain, Isaac Hernández, Rupert...

Fernando, un jeune danseur de ballet originaire du Mexique, rêve de reconnaissance internationale et d’une vie meilleure aux États-Unis. Convaincu que sa maîtresse, Jennifer, une Américaine mondaine et philanthrope influente, l’aidera à... Lire +