Le Projet Blair Witch : « nous étions délibérément anti-Hollywood »
Found footage / Depuis dix ans, le festival On vous ment ! met à l'honneur le documenteur à Lyon. Pour fêter cet anniversaire, l'événement propose une fascinante rétrospective de films en found footage accompagnée de prestigieux invités. L'ouverture, avec Le Projet Blair Witch en présence de son co-réalisateur Daniel Myrick, donne le ton. Entretien.
Photo : Le Projet Blair Witch 4 © 1999 Artisan Entertainment
Le Projet Blair Witch, qu'est-ce que c'est ?
À l'aube des années 2000, Le Projet Blair Witch narre le périple d'étudiants partis à la recherche d'une sorcière de légende, à travers un dispositif de found footage. Il popularise ce sous-genre du documenteur et du cinéma d'horreur, qui plonge le spectateur dans des images prétendument retrouvées, brouillant la frontière entre fiction et réalité. Le film a été écrit et réalisé par Eduardo Sánchez et Daniel Myrick.Â
Le Petit Bulletin : Le Projet Blair Witch repose sur plusieurs niveaux de manipulation. Comment crée t-on une illusion d'authenticité à partir de mensonges ?
Daniel Myrick : Ce que nous avons entrepris était délibérément anti-Hollywood. Nous avons choisi des acteurs inconnus, naturels et capables de réagir spontanément. L'improvisation était essentielle. Plutôt que de tout enfermer dans une structure narrative traditionnelle, nous leur avons donné des GPS et les avons laissés se déplacer librement dans les bois.Â
Une fois toutes les séquences tournées, le processus s'est rapproché de la réalisation d'un documentaire. Nous avons sélectionné les moments qui créaient l'histoire, plutôt que d'en imposer une. À chaque étape, l'objectif était de résister à l'artifice et de couper tout ce qui semblait faux. Nous espérions que cette approche serait perçue comme réelle et authentique... mais surtout, effrayante.Â

Comment vous êtes-vous réparti le travail avec votre co-réalisateur Eduardo Sánchez ?Â
D.M. : Ed [Eduardo Sanchez le co-réalisateur ndlr] et moi avons élaboré ensemble les grandes lignes du projet. Nous avons délibérément laissé de côté les dialogues, nous voulions que les acteurs improvisent. Pendant la production et le montage, nous avons alterné les responsabilités, chacun d'entre nous intervenait pour superviser le processus. Cela a parfois été difficile, mais avec le recul, je ne pense pas que le film aurait pu être réalisé autrement.
Nous avions quelques références communes en tête, comme la série In Search Of... avec Leonard Nimoy qui ancrait le tout dans un ton pseudo-documentaire. Je pense également à The Legend of Boggy Creek [un documenteur sur le Bigfoot, ndlr], que nous avions tous deux vu quand nous étions enfants. Ces projets utilisaient des interviews, de vrais lieux de tournage et juste ce qu'il fallait de mise en scène pour brouiller les pistes avec un réalisme troublant.

Comment expliquez-vous que le film soit devenu culte et demeure toujours aussi marquant, près de trente ans après ?
D.M. : Je pense que, comme beaucoup de choses qui laissent une empreinte durable dans la pop culture, c'était une question de timing. À cette époque, Hollywood produisait à la chaîne des films d'horreur à gros budget qui n'étaient pas si effrayants que ça. Parallèlement, les chaînes d'information et MTV avaient déjà habitué le public à cette esthétique brute de "caméra tremblante". Internet commençait tout juste à s'imposer et soudain, un petit film comme le nôtre pouvait avoir une présence forte en ligne.
Je me souviens avoir eu le sentiment que nous faisions quelque chose de spécial à ce moment-là , une sorte de film punk rock qui allait à contre-courant. Le Projet Blair Witch a capté un manque et l'a comblé de manière radicalement réaliste, non conventionnelle. Mais l'ampleur de son impact reste pour moi une surprise, c'est pourquoi je me sens si chanceux d'y avoir participé.
On vous Ment !
Du 5 au 10 mai 2026 dans plusieurs cinéma de la métropole ; prix variablesÂ
Le Projet Blair Witch
Mardi 5 mai 2026 à 20h30 au Cinéma Comoedia (Lyon 7e) ; de 5, 50 à 10, 20 €
