Soirées solo, prose et névrose

Publié Jeudi 15 janvier 2026

Poésie / C'est un poète lyonnais qui livre avec une déroutante sincérité, l'étrange bazar qui abrite la solitude de son esprit dans "Soirées solo". À la fois spleen et réconfortante, la prose de Fabien Drouet est à découvrir accompagnée par le son rond et expressif d'un violoncelle à la librairie Vivement dimanche.

Photo : La lecture de Soirées solo par Fabien Drouet accompagnée d'un violoncelle, joué par Anaïs Soreil. ©DR

« Tout démarrera par une énième soirée solo. J'ai préparé une super playlist. Du punch, bien traître comme on l'aime. Des drogues en tout genre et la déco. À 21h pile, la soirée commence » : ainsi s'ouvre le premier et les dix "chapitres" suivants de Soirées solo, ouvrage précieux, presque confidentiel, publié aux éditions Le Sabot.

On y découvre un protagoniste solitaire qui a appris à s'accompagner lui-même dans son quotidien, dans ses délires, dans ses rêves et dans ses contradictions. Sans doute avec un peu de tristesse, mais aussi réconforté par l'idée de n'avoir plus à se justifier de rien. On y lit, en filigrane, le passage d'un drôle de cap, celui de l'acception de soi. Il ne s'agit pas de cette "paix intérieure" vantée par les influenceur·euses lifestyle, les coachs en développement personnel et les marchand·es de joggings en moumoute mais plutôt d'un grand feu vert au déploiement de son bordel intérieur, d'une richesse - certes un peu farfelue - mais rare.

Mis en branle par un premier récit narrant une histoire d'amour, de complicité, d'ennui et de conflits avec soi-même - comme on l'aurait d'ailleurs écrite au sujet d'un couple -, il pose les jalons de la conversation qu'il aura avec sa propre personne dans chacune de ses petites histoires. On y découvre une lettre de motivation tordante, qu'on rêve d'envoyer à tous types d'employeurs, mais aussi quelques pages dédiées à son PMU préféré (situé à Perrache, quelquefois que vous soyez client·es), qu'il s'acharne à fréquenter, en dépit de son café imbuvable : « Il y a aussi que certains matins, ce café - dégueu -, épouse à merveille mon état psychique et sait, par sa quasi imbuvabilité et sa robuste vigueur, repousser plus loin les limites de ma nausée ».

Tendresse punk

On y apprend aussi à devenir invisible, à se cacher dans un capuchon de stylo (les bons, les mauvais pourraient vous crever un œil), à recevoir un César même quand on n'a pas tourné de film et qu'on ne s'appelle pas Fredo, et qu'être heureux·se n'est pas forcément la vocation de toute vie sur terre. Il y a aussi des moments d'infinie douceur, notamment lorsque notre protagoniste se livre sur son enfance de "petit poète" au tee-shirt à l'envers, au cartable plus gros que le corps, capable de poser un regard chaleureux plusieurs minutes sur un interrupteur. D'autres passages rendent compte de l'absurdité du monde, avec comme micro-théâtre une cellule familiale dysfonctionnelle, brutale. On y retrouve un tonton très facho mais qui fait un excellent père Noël, une tante qui aurait ou n'aurait pas tué son mari et un tournoi de freefight de crevettes issues du plateau de fruits de mer. Tout cela, vu par le prisme d'un genre de monsieur Hulot un peu largué qui mange encore à la table des enfants, rendant l'ensemble très drôle. En somme, dans l'expression de petits et grands délires comme dans celle des inquiétudes, Soirées solo touche de par sa singularité, son honnêteté et agit comme un OVNI littéraire auquel on reste attaché·e, même une fois le recueil refermé.

Queue de comète de la trajectoire du projet, la soirée du 22 janvier sera probablement l'une des dernières occurrences de la lecture de l'ouvrage par son auteur accompagnée d'un violoncelle (joué par Anaïs Soreil). Plus tard, Soirées solo verra peut-être à nouveau sa prose prendre vie sous une nouvelle forme. Attendons voir.

Soirées solo par Fabien Drouet aux éditions Le Sabot ; 12€
Lecture en musique jeudi 22 janvier 2026 à la librairie Vivement dimanche (Lyon 4e) ; gratuit sur inscription
Dans le cadre des Nuits de la lecture