Sylvie Germain, l'imaginaire infini
Cahier de l'Herne / Sylvie Germain viendra à Lyon présenter son dernier roman, "Murmuration", et le Cahier de l'Herne consacré à l'ensemble de son œuvre. Un travail puisant dans les mots leurs puissances d'imaginaire.
Photo : Portrait de Sylvie Germain à 16 ans © Archives Sylvie Germain / L'Herne
Du Livre des nuits (1985) à son dernier opus Murmuration qui vient de paraître (et en passant par Opéra muet, L'Enfant méduse, Magnus...), Sylvie Germain (née en 1954) a écrit pas moins de trente-huit romans, de nombreuses nouvelles, des essais philosophiques, esthétiques ou spirituels... Une œuvre immense couronnée aujourd'hui, et, après de nombreux prix glanés au fil de ses parutions, par un Cahier de l'Herne qui lui est consacré, sous la direction de Milène Moris et Evelyne Thoizet. Ce Cahier, comme de coutume, réunit des contributions d'écrivains, artistes, philosophes et critiques littéraires, qui font à la fois la synthèse de son œuvre, tout en ouvrant de nouvelles pistes de lecture et dévoilant quelques « secrets » : des textes inédits de Sylvie Germain, des extraits de correspondance, des photographies (comme celle illustrant cet article)...
« Pourquoi lire ou relire Sylvie Germain aujourd'hui ?, s'interrogent Milène Moris et Evelyne Thoizet. D'abord pour échapper au réel par la voie de l'imaginaire. Car Sylvie Germain, philosophe de formation, est avant tout une conteuse prodigieuse. Comme de nombreux lecteurs, l'écrivain Roger Grenier, qui l'a découverte et encouragée à publier chez Gallimard, s'exclame « Mais où va-t-elle chercher tout cela ? », tant elle repousse les limites du possible dans ses récits. »
Remuer la vie et le langage
Conteuse hors pair, poète même dans ses essais les plus théoriques, Sylvie Germain a aussi le goût de la langue qu'elle creuse et renouvelle avec délicatesse, s'intéressant de près à la mystique (chrétienne, juive et soufie) et aux mythologies. Elle conserve dans son écriture les étonnements et les fantaisies débridées de l'enfance, tout comme une très grande proximité avec le sensoriel. La vue en tout premier lieu : visions, images, inspirations picturales fourmillent dans son œuvre. Ses peintres de prédilection se nomment par exemple Piero della Francesca, Vermeer, Rembrandt, Rothko, Opalka...
Son dernier roman, Murmuration, s'empare à nouveau de ses doutes féconds face au réel, au moi et au langage. En panne d'inspiration, un écrivain qui a connu le succès y traverse une crise existentielle, sorte de double fictif de l'auteur. Dans ce livre, comme dans ses précédents, Sylvie Germain dit « rester attentive aux remuements des personnages, aux surgissements d'images, parfois fugaces et juste affleurantes, aux jeux d'appels entre les mots ».

Cahier Sylvie Germain, aux éditions de L'Herne ; 39€
Murmuration, par Sylvie Germain aux éditions Albin Michel ; 19, 50€

