« La stabilité est parfois un gage de réussite »
Entretien / La Banque populaire Auvergne-Rhône-Alpes (BP Aura) a clôturé un plan stratégique pluriannuel dont les résultats dépassent les objectifs initiaux. Daniel Karyotis, directeur général, revient sur les enseignements de cette période et donne des perspectives.
Photo : Daniel Karyotis est le directeur général de la Banque populaire Auvergne-Rhône-Alpes, née de la fusion des Banques populaires des Alpes, Loire et Lyonnais et Massif central, en 2016. © BP Aura / Benoit Gillardeau
2024 marquait la fin d'un plan stratégique majeur pour la BP Aura. Quels en sont les principaux enseignements ?
D.K. : Tous les objectifs ont été atteints, et même largement dépassés. Ce que je retiens surtout, c'est notre capacité à tenir le cap malgré des environnements très agités, notamment la crise du covid. Nous avons démontré que la BP Aura était une vedette rapide bien armée pour affronter des mers très agitées. La gestion de la crise du covid a été particulièrement remarquable et a même accéléré notre développement et notre croissance. Cela a été un moment de vérité pour la banque, prouvant notre solidité et nous permettant de devenir la banque régionale de référence.
Vous évoquez les « mers agitées » de la crise sanitaire, mais comment la BP Aura navigue-t-elle désormais dans le contexte économique, politique et géopolitique instable et volatil ?
D.K. : Nous tenons le cap et restons présents pour nos clients dans les moments difficiles. Peu importe les élections américaines ou les turbulences économiques, notre priorité est de soutenir nos clients et de montrer notre valeur ajoutée. Nous continuons à travailler avec détermination, malgré les incertitudes. Les environnements que nous envisageons ne sont jamais ceux que nous affrontons, mais nous avons prouvé notre capacité à surmonter des chocs violents.
Justement, le coût du risque a été un sujet important pour le secteur bancaire en 2024. Comment l'analysez-vous et quelles leçons en tirez-vous pour l'avenir ?
D.K. : Un coût du risque élevé démontre que nous finançons l'économie réelle malgré les turbulences. Nous assumons ce risque car il est essentiel d'être aux côtés de nos clients. Pour 2025, nous prévoyons de maintenir cette approche, en sécurisant nos activités. Nous espérons que nos résultats continueront à progresser, même avec un coût du risque élevé. Une banque avec un coût du risque très faible devrait s'interroger sur sa stratégie.
Qu'est-ce qui a évolué dans la stratégie et l'organisation interne de la banque durant la mise en place de ce plan pluriannuel ?
D.K. : Pour filer la métaphore maritime, la diversification des moteurs de notre vedette s'est révélée être un véritable avantage pour continuer d'avancer. Sur le financement de la transition énergétique, le capital investissement ou la gestion foncière, nous avons désormais des moteurs auxiliaires que nous n'avions pas il y a cinq ans. Nous avons donc développé de nouveaux marchés et de nouveaux outils d'expertise qui apportent une valeur ajoutée croissante à la BP Aura. Cela permet de compenser les aléas du moteur principal, la banque de détail, pour laquelle la baisse des taux courts redevient favorable à notre activité de transformation de l'épargne en crédit, ce qui nous permet de reconstituer des marges pour soutenir les entreprises. Quant à l'organisation interne, nous avons su rationaliser nos services et centraliser certaines activités pour améliorer notre efficacité. Notre organisation a peu évolué, mais la stabilité est parfois un gage de réussite.
Les banques régionales et mutualistes sont-elles plus armées pour faire face aux incertitudes économiques ?
D.K. : La proximité et la gouvernance régionale sont des atouts majeurs. Nous prenons des décisions localement, ce qui nous permet de mieux comprendre et soutenir nos clients. Cette approche est une chance pour l'écosystème régional, surtout en période de conjoncture défavorable. Nous sommes capables de tenir la barre et de soutenir nos clients même lorsque la conjoncture est inverse. Cela nous permet de fonctionner comme des chefs d'entreprises et de comprendre les difficultés de nos partenaires.
Quel impact l'intelligence artificielle aura-t-elle sur l'activité bancaire et comment l'intégrez-vous dans votre stratégie ?
D.K. : L'IA apportera du confort à nos clients et simplifiera les processus administratifs. Elle permettra d'alléger les démarches réglementaires et d'apporter une valeur ajoutée à nos activités commerciales. Nous multiplions les cas d'usage pour maîtriser cette technologie et en tirer le meilleur parti. L'IA sera pour la banque une révolution technologique comme la digitalisation l'a été il y a dix ans.
Quels sont vos engagements RSE et quel poids ont ces critères dans le financement des projets de vos clients ?
D.K. : Nous avons créé une direction dédiée à la transition énergétique et recruté des experts reconnus. Nous accompagnons nos clients dans la transformation de leurs modèles économiques avec discernement, en tenant compte des réalités de chaque entreprise. Dans le Rhône, nous avons notamment accompagné les entreprises Bio & Lo, Greenbudty et Doctinnovation dans leurs projets. Nous répondons massivement présents au financement de l'économie locale, quand l'État a tendance à se désengager. La Fondation BP Aura joue aussi un rôle important en faveur de projets sociaux et environnementaux, comme le soutien à l'équipement culturel Les Subs ou à la fondation Entrée en Scène, dans le Rhône.
L'année « riche en émotion » de la BP Aura en 2024
L'année 2024 a été marquée par des événements majeurs pour la BP Aura. La convention annuelle, tenue en juin, a rassemblé les 3 200 collaborateurs autour de projets innovants et d'initiatives régionales. La banque, partenaire premium de Paris 2024, a également joué un rôle dans l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques en prenant part au relais de la flamme et en soutenant des athlètes. « C'était une année émotionnellement très forte et très collective, au-delà d'un résultat net record », se réjouit Daniel Karyotis, qui annonce que la BP Aura s'impliquera également dans les JOP d'hiver de 2030 dans les Alpes françaises. « Ce sera un évènement majeur pour la région et ces Jeux seront les plus vertueux possibles car tous les acteurs et les organisateurs partagent cette responsabilité », estime le dirigeant.
