«Grâce au genre, on est libre»

Avec “Péplum”, le chorégraphe Nasser Martin-Gousset crée en 2006 une pièce absolument jouissive : sauvage, drôle, déchaînée, douloureuse et inventive sur les plans visuel, sonore, chorégraphique et dramaturgique, cette trame dansée nous happe. Propos recueillis par Séverine Delrieu

Petit Bulletin : Dans Péplum, la politique semble un spectacle permanent... Y avait-il dans cette pièce une critique du pouvoir ?
Nasser Martin-Gousset :
Absolument. J'avais envie de faire une pièce sur le politique, mais je savais qu'il ne fallait pas que je l'aborde de front. C'est pour cela que j'ai utilisé le genre du péplum. C'était ça l'astuce : pouvoir parler des choses dont on ne pourrait pas parler, mais comme on est dans un genre - comme le western - on est libre.

En effet, les nombreuses références cinématographiques, historiques n'empêchent aucunement de parler d'aujourd'hui...
Oui, ça parle de notre volonté de pouvoir et de destruction.

Comment cette idée du pouvoir s'est-elle reliée au film de Mankiewicz, Cléopâtre dont une partie est projetée ?
Je trouve que dans le film, on voit assez bien cette notion de passage entre les moments où l'on a l'impression de tenir quelque chose et les moments où ça nous échappe, comme dans l'amour entre Cléopâtre et Marc-Antoine. C'est-à-dire qu'il y a une illusion dans la soif de pouvoir, et que les désillusions sont aussi le lot de la volonté de conquête amoureuse. Il y a toujours quelque chose qui déraille à un moment.

Est-ce pour cela que la danse est tour à tour transe puis relâchement ?
Pour la danse, je voulais qu'il y ait une grande scène de soirée pour parler d'une forme d'insouciance avant le réveil. Il y a un laisser-aller, puis tout à coup, quelque chose de plus réel, de plus vivant, revient. C'est aussi relié aux codes du film du péplum, où l'on trouve souvent des soirées dans les palais, avant de passer sur le terrain du combat. On peut y voir une forme de décadence.

Pourquoi avez-vous choisi l'Antiquité ?
Parce que j'avais été frappé par le film de Fellini, Satyricon. Je crois que la pièce est un mélange de Satyricon et de Cléopâtre.

Parce que les personnages sont sans limites ? Oui, ils sont très bruts.

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