La Guerre est déclarée

De et avec Valérie Donzelli (Fr, 1h40) avec Jérémie Elkaïm, Frédéric Pierrot…

Le premier film de Valérie Donzelli, La Reine des pommes, avait été couronné ici pire film de 2010 et comparé à un Ed Wood du cinéma d’auteur à la française. Comment expliquer que La Guerre est déclarée, sa deuxième réalisation, soit aujourd’hui un des événements de la rentrée, salué par des torrents d’applaudissements et de larmes à chaque projection depuis Cannes ? On y trouve pourtant des défauts rappelant le foirage précédent : un dialogue chanté musicalement désastreux, des affèteries de style et de dialogue, Jérémie Elkaïm (moins mauvais qu’à l’accoutumé, certes), des balourdises allégoriques (lui Roméo, elle Juliette, leur fils Adam), une reconstitution d’époque jamais assumée (le film se déroule au début de la guerre en Irak, d’où le titre), des scènes de fête hors sujet… Et pourtant, quelque chose résiste à cet auteurisme étouffant : le sujet, poignant et renforcé par sa dimension autobiographique, où un couple doit faire face au cancer qui menace leur enfant. Donzelli trouve la bonne distance entre émotion brute et pure observation, à l’image des deux personnages qui tentent de résister à leur douleur de parents pour faire bloc avec courage face à la maladie. Le tempo du film, entre rapidité pop et sens du suspens jamais complaisant, est souvent juste, et accompagne tous les mouvements d’espoir et de brefs renoncements, de joie et de tristesse. Cette manière de capter par la forme les humeurs d’un récit est la grande qualité de La Guerre est déclarée ; elle explique l’empathie qu’on peut avoir pour lui, et les sanglots qui effectivement nous étreignent fréquemment à sa vision.
CC

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