Paprika

Grâce aux bons offices du Centre Culturel Cinématographique, on va pouvoir redécouvrir sur grand écran l’un des derniers chefs-d’œuvre du cinéma d’animation : le vertigineux "Paprika" du grand Satoshi Kon. François Cau

En août 2010, la planète cinéphile s’est mangée la nouvelle de la mort de Satoshi Kon (à l’âge de 46 ans) en pleine face, brusquement orpheline d’un créateur à la filmographie beaucoup trop courte par rapport à son potentiel. Un thriller sous haute influence hitchcockienne (Perfect Blue, dont Darren Aronosky racheta les droits pour en remaker une séquence dans Requiem for a Dream), l’un des plus splendides hommages au cinéma (le scandaleusement inédit Millenium Actress), un conte de Noël bouleversant (Tokyo Godfathers), une série animée conceptuelle et incroyablement osée (Paranoia Agent), et enfin Paprika, spectaculaire film somme des partis pris esthétiques et thématiques de l’auteur. Réflexions sur les images renvoyées et reçues, sur les nouveaux modes de communication, sur les obsessions pathologiques d’un Japon névrosé, le tout dans une architecture narrative complexe, où les écrans sont autant de miroirs à la Lewis Caroll et où l’identité se trouble dans des simulacres aliénants, Paprika est un film à la richesse infinie, dont chaque nouvelle vision réserve son lot de révélations.

La science des rêves

Pour s’en convaincre, il suffit simplement de contempler, béat, l’introduction du film, une sidérante course-poursuite à travers de multiples mondes oniriques, présentation limpide de son postulat (l’invention puis le vol d’une machine pouvant interagir avec les rêves) : Satoshi Kon y déploie une inventivité visuelle qui digère toutes ses références pour leur donner une substance inattendue. En cela, Paprika s’inscrit dans la lignée d’œuvres méta-textuelles à la Matrix ou Ghost in the Shell, où le télescopage entre divers patrimoines culturels donne naissance à un matériau nouveau. Plus généreux esthétiquement que les films précités des frères Wachowski et de Mamoru Oshii, le réalisateur offre au regard une œuvre foisonnante, gorgée de fabuleuses idées de cinéma. Une source constante d’émerveillement visuel, dont les multiples degrés de lecture n’empiètent jamais sur le plaisir de spectateur. Somptueux testament inconscient d’un auteur essentiel, Paprika est un objet cinématographique rare et précieux.

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