Parlez-moi de la pluie

ECRANS | De et avec Agnès Jaoui (Fr, 1h38) avec Jean-Pierre Bacri, Jamel Debbouze…

François Cau | Jeudi 11 septembre 2008

Il arrive à Agnès Jaoui ce qui est arrivé, au mitan des années 80, à Woody Allen : une sensation de redite brillante, de trop grande maîtrise dans l'écriture et de sécurité tranquille dans la mise en scène, invisible plutôt que transparente. Certes, les dialogues sont brillants, les situations justes, parfois hilarantes, et l'envie d'élaborer un discours en conservant une subtile dialectique est louable. Mais l'atout majeur de Parlez-moi de la pluie, sa singularité, est ailleurs. Le désir, évident, de Jaoui avec ce troisième film a été d'écrire et de confier à Jamel Debbouze un vrai beau rôle, du sur mesure qui serait aussi un joli contre-emploi.

Il est donc Karim, réceptionniste dans un hôtel de Province cherchant à réaliser une série documentaire sur les femmes qui réussissent et dont le premier sujet est Agathe Villanova, grande bourgeoise qui, ce n'est pas un hasard, est aussi l'employeur de sa mère, bonne à tout faire au dos voûté par des années de service. Ces restes de colonialisme, d'autant plus ambigus qu'ils s'accompagnent de réels actes de générosité, ont développé chez Karim une envie de revanche et une suspicion naturelle envers ceux qui détiennent le pouvoir. Mais c'est sans violence que cette vengeance s'exerce, par la force de la parole, puis de l'image et du montage. L'intelligence de Karim, Villanova finira par l'accepter avec une condescendance qui est un réflexe de classe ; elle ne cherchera ni à la combattre, ni à s'y plier. Quant à l'intelligence de Debbouze, elle tient à cette souplesse qui lui permet d'être drôle, émouvant, tendre ou inquiet sans jamais forcer la note. Les scènes entre Karim et sa mère sont sans doute parmi les plus belles jamais filmées par Jaoui : il y circule une liberté et une vérité qui tiennent beaucoup à la personnalité de ce comédien formidable, qui organise avec pertinence sa rareté sur le grand écran.

Christophe Chabert

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"Le Roi Lion" : c’est l’histoire de la vie (bis)

ECRANS | En donnant à voir une deuxième version de son film d'animation culte sorti en 1994, les studios Disney seraient-ils en train de préfigurer un cinéma nouvelle génération ? Derrière l’histoire du cycle de la vie et des successions naturelles, en affleure une où l’image est remplacée par une autre plus vraie que nature. Troublant...

Vincent Raymond | Lundi 15 juillet 2019

Dans la savane africaine, la naissance de Simba, le fils du roi lion Mufasa, ravive la colère de Scar, frère et rival de ce dernier qui fomente un plan diabolique pour le tuer, aidé par les hyènes. Et il y parvient. Débarrassé de son aîné, Scar persuade Simba qu’il est responsable de mort de son père et le contraint à l’exil… Le Roi Lion étant depuis un quart de siècle l’un des plus grands succès de la Maison de Mickey, cette nouvelle version à l’identique rassurera ses nombreux fanatiques : l’esprit de l’histoire, sa morale et son tempo demeurent inchangés. C’est sa forme qui a naturellement subi les plus profondes modifications. Il serait erroné de croire que la stratégie de reprise des "classiques" d’animation des studios Disney en film "en prises de vues réelles" soit gouvernée par une unique logique – fût-elle de rentabilité commerciale. Les productions se succédant, avec une accélération exponentielle ces derniers mois, elles ne font pas que suivre à la lettre le canevas des scripts existants : chaque film constitue ainsi une sorte de mini laboratoire où s’élabore à risques (et coûts) maîtrisés le cinéma de demain. Pr

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Jamel Debbouze : « On est dans un classique, on a l’impression d’être au Louvre ! »

ECRANS | Acquis à la cause de Simba depuis leur plus tendre enfance, Jamel Debbouze, Anne Sila et Rayane Bensetti, soit une partie des voix françaises de la nouvelle version du "Roi Lion", ne nous ont pas caché leur fascination pour le film original et son remake. Propos rapportés d’une rencontre enjouée.

Vincent Raymond | Lundi 15 juillet 2019

Jamel Debbouze : « On est dans un classique, on a l’impression d’être au Louvre ! »

Avez-vous un souvenir de votre première vision du Roi Lion de 1994 ? Anne Sila : Je ne me souviens pas de la première fois, mais je l’ai vu un millier de fois, je le connais par cœur ! Il fait partie des histoires qui, bizarrement, touchent tout le monde, quoi qu’on ait vécu : il touche à l’enfance, et on retrouve notre petit cœur de bébé (sourire). Jamel Debbouze : J’ai tout fait pour le voir à l'époque, c’était un événement tellement incroyable, tout le monde en parlait, on ne pouvait pas passer à côté ! Je me rappelle avoir resquillé tellement j’avais envie de le voir : un ami à Trappes avai t payé sa place au cinéma Le Grenier à Sel et avait ouvert la porte de secours…(rires)Je me souviens encore très bien de toutes les sensations, j’étais passé par tous les états : la joie, de la peine, et re-de la joie… C’est un film incroyable. On a tous vu des images du nouveau film, et même si on a tous été au cinéma souvent, c’est aussi incroyable : j’ai rarement vu un truc pareil, ça défie les lois de la pesanteur ! On voit des animaux parler, vivre, se mouvoir… La première fois, l’histoire m’ava

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"Alad'2" : pareil, et en moins bien

ECRANS | de Lionel Steketee (Fr, 1h38) avec Kev Adams, Jamel Debbouze, Vanessa Guide…

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Sofia (Vanessa Guide) a quitté Sam (Kev Adams). Dans l’avion pour la rejoindre, Sam imagine la suite des aventures d’Aladdin, chassé de Bagdad par le cruel Shah Zaman (Jamel Debbouze) qui, de surcroît, veut épouser la princesse Shalila. Aidé par son génie, le rusé voleur repart en conquête de sa promise et de Bagdad… La coutume veut que la suite d’un succès cherche à le superlativer (en y parvenant rarement, d’ailleurs) grâce à une histoire plus époustouflante, la montée en gamme de la réalisation et une distribution de prestige. C’est visiblement ce troisième point qui a été privilégié avec le recrutement de Jamel Debbouze comme co-star – par ailleurs intercesseur idéal pour qui souhaite tourner au Maroc, semble-t-il. Mais associer les deux humoristes revient à mélanger de l’eau et de l’huile (ou l’inverse) ; de fait, chacun déroule son one man show à sa sauce dans son segment de film sans qu’il y ait réellement de rencontre. On suit donc en alternance des sketches où Kev, aventurier aux adbos souriants, croise pléthore de stars venues faire des caméos, et d’autres où Djamel, en félon, bred

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Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri : « Les rapports de pouvoir entre les gens nous passionnent »

ECRANS | Entre cuisine, dépendance et grand jardin, Place publique, nouveau ballet orchestré par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, tient de la comédie de caractère, s’inscrivant dans la lignée du théâtre de Molière – au point de tendre à respecter la triple unité classique (d’action, de temps et de lieu). Une féroce et mélancolique vanité dont on a parlé avec eux deux.

Vincent Raymond | Lundi 16 avril 2018

Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri : « Les rapports de pouvoir entre les gens nous passionnent »

Quel a été le point de départ de l’écriture de Place publique ? Agnès Jaoui : C’est très difficile pour nous de dire quand et par quoi cela a commencé : plusieurs thèmes à la fois, des idées, des personnages… Et comme souvent, quand on commence l’écriture, on se dit : tiens, peut-être que ce sera une pièce… L’unité de temps et de lieu faisait partie de notre cahier des charges personnel, au contraire du film précédent, Au bout du conte, qui avait cinquante-trois décors ! Jean-Pierre Bacri : On a des thèmes préférés, comme les rapports de pouvoir entre les gens – parce qu’il y en a forcément entre deux personnes, c’est comme ça, c’est la nature humaine et ça nous passionne de jouer ça. Avec le désir d’égratigner certains personnage

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"Place publique" : le sens de la garden party

ECRANS | de et avec Agnès Jaoui (Fr, 1h38) avec également Jean-Pierre Bacri, Léa Drucker, Kévis Azaïs…

Vincent Raymond | Lundi 16 avril 2018

Pendaison de crémaillère chez Nathalie (Léa Drucker), productrice télé über-parisienne qui s’est trouvé un château à la campagne. S’y croisent Castro (Jean-Pierre Bacri), star du petit écran en perte de vitesse, son ex Hélène (Agnès Jaoui), leur fille (Nina Meurisse), ainsi qu'une foule de convives plus ou moins célèbres. Ça promet une bonne soirée… D’un côté, de petits maîtres cyniques torpillés par leur acrimonie, des jaloux vieillissants renvoyés à leur verte bile, des prétentieux décatis punis par où ils ont péché ; de l’autre, une valetaille issue du bas peuple qui finit par s’affranchir de cette caste prétentieuse en s’acoquinant au passage avec sa progéniture… Que d’êtres factices aux egos majuscules ; que d’individus attachants portant leur misère pathétique en sautoir. Avec Place publique, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri (elle à la réalisation, eux deux au scénario et à l'écran) b

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Notre sélection de places de spectacle et de concert à mettre sous le sapin

Noël | Noël approchant à grands pas, voici notre traditionnelle sélection de cadeaux immatériels. Soit des concerts et des spectacles dont il reste des places (on s’en est assuré) et qui, lors du déballage des paquets, vous placeront pour sûr du côté de celles et ceux qui refusent ce monde matérialiste-capitaliste et qui préfèrent offrir des émotions vivantes – même si bon, une tablette, ça peut toujours faire plaisir.

La rédaction | Mardi 5 décembre 2017

Notre sélection de places de spectacle et de concert à mettre sous le sapin

Pour les cinéphiles qui n’ont rien contre aller de temps en temps au théâtre Créé cet automne, le spectacle Festen de Cyril Teste est l'une des claques théâtrales de l'année, justement parce que c'est plus que du théâtre. Qualifié de « performance filmique » par son metteur en scène, c'est l'adaptation sur le plateau du fameux film Festen de Thomas Vinterberg sorti en 1998 sur une réunion de famille qui part en vrille du fait de la révélation d’actes terribles commis par le père il y a des années. Un récit anxiogène à l'écran, qui se déploie sur scène dans une scénographique immense… et sur un écran retransmettant des images tournées en direct, notamment derrière le décor. Remarquable. Festen À la MC2 du mardi 23 au samedi 27 janvier De 10€ à 25€ Pour celles et ceux que le burlesque n’effraie pas, bien au contraire Le théâtre, ce n'est pas que des spectacles bavards et longs. C'est aussi des propositions sans paroles au potentiel comique incroyable, dans la

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Jean-Pierre Bacri : « Avec Olivier Nakache et Éric Toledano, je suis tombé sur deux potes »

ECRANS | Pour "Le Sens de la fête", leur sixième long-métrage en salle le 4 octobre, Olivier Nakache et Éric Toledano (les réalisateurs du fameux "Intouchables") ont partagé le plaisir de l’écriture du scénario avec un maître en la personne de leur interprète, Jean-Pierre Bacri. Entretien exclusif avec trois auteurs unis par le sens de l’affect… et de l’humour à froid.

Vincent Raymond | Samedi 30 septembre 2017

Jean-Pierre Bacri : « Avec Olivier Nakache et Éric Toledano, je suis tombé sur deux potes »

Ces jours heureux puis Nos jours heureux étaient nourris d’expériences vécues. Est-ce encore le cas avec Le Sens de la fête ou bien avez-vous dû vous documenter sur le monde des traiteurs ? Olivier Nakache : C’est exactement… les deux. Avec Éric, dans notre jeunesse, nous avons travaillé dans le milieu de la fête à tout un tas de postes. Et nous avons effectué un travail d’enquête auprès des brigades de serveurs pour pouvoir préparer le scénario au mieux en s’inspirant de la réalité. Le film démarre par une embrouille entre la brigade de serveurs et l’orchestre pour le monte-charge : on a vu dix fois ces querelles d’ego, et la hiérarchie que chacun veut s’inventer. Mais on a dû se récréer des anecdotes vraies pour pouvoir les transformer à notre sauce. Par exemple, les feuilletés aux anchois pour faire patienter les convives, ce n’est pas totalement sorti de notre cerveau… Éric Toledano : Dans les mariages, on a toujours été touchés par ceux

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"Le Sens de la fête" : drôle de mariage

ECRANS | de Éric Toledano & Olivier Nakache (Fr., 1h57) avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Samedi 30 septembre 2017

Depuis trente ans, Max, traiteur exemplaire, organise des mariages. Mais ce soir, il arrive au bout du rouleau : ses vies personnelle et professionnelle semblent s’être concertées pour se déliter au cœur d’une noce compliquée. Pourtant, Max fait comme d’habitude : il gère… Cette comédie douce-amère est taillée sur mesure pour (et un peu par) Jean-Pierre Bacri, idéal en chef-d’orchestre désabusé d’un cortège de bras-cassés, de parasites et d’imprévus. Le droopyssime comédien a en effet mis la main à la pièce montée scénaristique, permettant de judicieuses relances quand le soufflé tend à retomber. On ne leur fera pas grief à la paire Nakache et Toledano, auteurs du fameux Intouchables, de quelques baisses de régime : il y a tant de "vrais" personnages en jeu – pas des silhouettes – que leur donner d

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"Grand froid" : cadavre en cavale

ECRANS | de Gérard Pautonnier (Fr.-Bel.-Pol., 1h26) avec Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont, Olivier Gourmet, Fedor Atkine…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

L’entreprise funéraire d’Edmond Zweck ne devrait pas connaître la crise. Mais dans sa petite bourgade au nord de nulle part, personne ne meurt. Sur le point de licencier son fidèle Georges et son apprenti Eddy, il récupère un défunt. Hélas, les obsèques vont tourner au désastre… Distribution de prestige pour cette comédie d’humour noir-givré, rappelant à bien des égards cette frange de cinéma nordique qui joue sur l’absurdité découlant de la dilatation du temps : chez Roy Andersson, Alex van Warmerdam, Aki Kaurismäki, mais aussi les frères Coen de Fargo, quand le dérisoire devient par la contemplation forcenée un inépuisable réservoir d’extraordinaire et l’incongru totalement banal – tel le restaurant asiatique, inattendu dans ce décor. Et si l’insolite surgit pour faire pivoter l’histoire vers un burlesque macabre, il reste des non-dits tout aussi porteurs de bizarrerie dérangeante (en témoignent les relations troubles "unissant" le prêtre à ses enfants de chœur). Il faut toutefois accepter le rythme traînant du début, parce qu’il participe pleinement de l’écriture comique. Gérard Pautonnier aurait pu aller encore plus loin en "gelant" davantage le

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Jamel Debbouze sera à Grenoble en mars 2018

Humour | Après six ans d’absence et de nombreux projets, Jamel Debbouze remonte sur les planches. Il présentera son septième one-man-show (...)

Corentin Fraisse | Lundi 22 mai 2017

Jamel Debbouze sera à Grenoble en mars 2018

Après six ans d’absence et de nombreux projets, Jamel Debbouze remonte sur les planches. Il présentera son septième one-man-show intitulé Maintenant ou Jamel, le vendredi 23 mars 2018 au Summum de Grenoble. S’il laisse planer le doute sur les thèmes qui seront abordés, l'humoriste revient sur scène pour ce qu’il sait faire de mieux : nous faire rire. Les places sont déjà en vente dans les réseaux habituels.

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Agnès Jaoui : « Plus on montrera des femmes normales, plus on les acceptera »

Interview | Agnès Jaoui campe le premier rôle dans "Aurore", une comédie insolite de Blandine Lenoir sur la ménopause et contre la tyrannie des apparences. On l'a rencontrée.

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Agnès Jaoui : « Plus on montrera des femmes normales, plus on les acceptera »

Aurore aborde un sujet concernant les femmes de plus de cinquante ans, et sort justement au moment où l’on parle de la difficulté des actrices de cet âge de se voir confier des rôles… Agnès Jaoui : Le cinéma reflète peu ou prou la société civile, où les femmes ont moins de postes importants. Si on écrit un rôle de chirurgien, de commissaire, de personnalité politique, on ne va pas forcément penser à une femme, alors que ça pourrait être simplement le cas. Souvent, on va se sentir obligé de faire en sorte que ça devienne un sujet en soi. Ce que je trouve aussi très énervant, c’est que les acteurs masculins de 40 à 70 ans ont souvent des épouses ayant 20 ou 30 ans de moins qu’eux, et que plein de femmes se battent pour eux alors qu’ils sont vieux et bedonnants. Ça m’irrite profondément parce que dans la vie, Dieu merci, beaucoup d’hommes de 50 ans et plus sont avec des femmes de leur âge parce qu’ils les aiment. Bizarrement, quand on passe au cinéma, elles perdent 20 ans – et 20 kg en gén

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"Aurore" : elle est libre Agnès Jaoui !

ECRANS | Portrait d’une femme à la croisée des émotions et de la vie, cette comédie culottée de Blandine Lenoir sur la ménopause brise réellement les règles. Interprète du rôle-titre, Agnès Jaoui donne émotion et fantaisie à ce grand-huit émotionnel, usant de son superbe naturel. Tendre et drôle.

Vincent Raymond | Dimanche 23 avril 2017

Aurore a la cinquantaine et les hormones en panique. Et quand son aînée lui annonce qu’elle est enceinte, sa cadette son désir d’arrêter ses études, son nouveau patron ses délires jeunistes, la coupe déborde. Au milieu de ce chaos surgit alors un fantôme de son passé : son premier amour. Heureusement que des actrices comme Agnès Jaoui existent dans la galaxie souvent monochrome du cinéma français pour épouser la figure de la normalité à l’écran. Pour donner une silhouette, un corps et un visage à un personnage féminin irréductible à une seule caractéristique physique ou psychologique ; pour accepter d’être ce qu’elles sont, et non entretenir un paraître pathétique. À ces comédiennes qui s’offrent "nues" à la caméra, non sans vêtement mais dans la vérité de leur âge et la pureté d’un jeu dépourvu d’afféterie, il convient de manifester avant toute chose un maximum de gratitude. Car on peut parier que sans la conjonction du talent et de la notoriété d’Agnès Jaoui,

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Comme un avion

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve le génie comique de "Dieu seul me voit" dans cette ode à la liberté où, à bord d’un kayak, le réalisateur et acteur principal s’offre une partie de campagne renoirienne et s’assume enfin comme le grand cinéaste populaire qu’il est. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est « lumineuse », ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par tomber sur le mot "kayak"

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L’Art de la fugue

ECRANS | De Brice Cauvin (Fr, 1h40) avec Laurent Lafitte, Agnès Jaoui, Benjamin Biolay, Nicolas Bedos…

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

L’Art de la fugue

Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se demande s’il doit s’engager plus avant avec son boyfriend psychologue ; Gérard est en instance de divorce avec sa femme ; et Louis entame une relation adultère alors qu’il est sur le point de se marier. Le tout sous la férule de parents envahissants et capricieux – savoureux duo Guy Marchand / Marie-Christine Barrault. On sent que Brice Cauvin aimerait se glisser dans les traces d’une Agnès Jaoui (ici actrice et conseillère au scénario) à travers cette comédie douce-amère à fort relents socio-psychologiques. Il en est toutefois assez loin, notamment dans des dialogues qui sentent beaucoup trop la télévision – les personnages passent par exemple leur temps à s’appeler par leurs prénoms, alors qu’ils sont à dix centimètres et qu’ils entretiennent tous des liens familiaux ou professionnels… C’est un peu pareil pour la mise en scène, plus effacée que transparente, tétanisée à l’idée de faire une fausse note. Malgré tout cela, le film se laisse voir, il arrive même à être parfois touchant (notamment le beau

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Né quelque part

ECRANS | De Mohamed Hamidi (Fr, 1h27) avec Tewfik Jallab, Jamel Debbouze…

Christophe Chabert | Mercredi 12 juin 2013

Né quelque part

La mort annoncée du père, le retour sur des terres "d’origine" où pourtant on n’a jamais mis les pieds, la découverte d’une culture dont on se revendique sans en connaître ni les bons, ni les mauvais côtés… À travers le périple de Farid, qui "retourne" dans une Algérie inconnue pour y négocier un terrain familial, Mohamed Hamidi, metteur en scène des one man shows de Jamel, tient un bel angle, habile et nuancé, sur la question de l’identité. Finalement, ce n’est pas tellement par son scénario que dans sa manière de faire se rencontrer plusieurs registres de cinéma que Né quelque part le développe avec le plus de pertinence. Entre le banlieue film bien français qui lui sert de cadre et l’irruption d’une comédie à l’algérienne – pas éloignée de sa cousine italienne – lors des très réussies séquences dans le village, Hamidi crée à son tour un joyeux métissage qu’illumine la présence de Debbouze, toujours passionnant. Trop sans doute pour que sa disparition en cours de récit ne laisse pas un vide béant à l’écran. Quant à la mise en scène, très appliquée, elle ne parvient pas à faire oublier les faiblesses d’une résolution expéditive. Reconnaissons toutefois

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« Rendre la réalité poétique et la poésie réaliste »

ECRANS | Entretien avec Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui. Propos recueillis par Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Lundi 4 mars 2013

« Rendre la réalité poétique et la poésie réaliste »

Comment passez-vous d’un film à l’autre ? Est-ce que par exemple ici, l’envie était de travailler avec de jeunes acteurs ?Agnès Jaoui : Oui et non.Jean-Pierre Bacri : Non et oui. On a voulu écrire pour de jeunes acteurs au début.Agnès Jaoui : Oui, on vieillit ! On commence toujours par établir ce que l’on veut faire, c’est déjà une grande partie du travail. Et ça fait très longtemps qu’on a envie de trouver des formes différentes, puisque le fond, les thèmes sont sensiblement les mêmes. Il y a des archétypes qui se retrouvent…JPB : On a une aire d’exploration et on privilégiera telle ou telle région de cette aire.AJ : En général, on n’arrive pas à trouver cette forme différente. Cette fois, on y est mieux arrivé.JPB : On jubile à l’idée de trouver une forme ludique, comme on aime en voir en tant que spectateur. Je cite toujours Un jour sans fin, mais ça peut être autre chose. On avait imaginé une structure à la Rashomon, ou partir de la fin comme chez Pinter. On n’a pas grand chose à dire au début, donc il fa

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Avec "Au bout du conte", Jaoui et Bacri osent la fantaisie filmique

ECRANS | Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri font entrer une fantaisie nouvelle dans leur cinéma en laissant à une génération de jeunes comédiens pris à l’âge des contes de fées le soin de se heurter à leur réalité d’adultes rattrapés par l’amertume et les renoncements.

Christophe Chabert | Mercredi 27 février 2013

Avec

Il était une fois une petite révolution dans le cinéma de Bacri et Jaoui, qui ronronnait gentiment dans sa formule (comme dans leur dernier Parlez-moi de la pluie). Voilà que ces maîtres du dialogue et du scénario, ces deux acteurs virtuoses, se décident à oser la fantaisie filmique là où jusqu’ici, leur caméra se devait d’être transparente. Cure de jouvence effectuée à une double source : celle des contes de fée, dont Au bout du conte transpose dans un contexte contemporain les figures les plus identifiées – le chaperon rouge et son grand méchant loup, la reine cruelle obsédée par sa beauté et par une Blanche Neige trop jeune, la pantoufle de Cendrillon et son prince charmant –, et ceux qui y croient, des jeunes gens qui sont aussi, réalisme oblige, de jeunes comédiens, tous très bons, même Agathe Bonitzer. Cela change beaucoup à l’écran, mais rien sur le regard que posent Bacri et Jaoui sur le monde ; au contraire, en opposant à ce sang neuf la bile noire et amère coulant dans les veines d’un

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Cherchez Hortense

ECRANS | De Pascal Bonitzer (Fr, 1h40) avec Jean-Pierre Bacri, Kristin Scott-Thomas, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Vendredi 31 août 2012

Cherchez Hortense

Depuis Encore, le cinéma de Pascal Bonitzer semblait enfermer dans sa propre formule, mélange de parisianisme intello et de lacanisme froid. Cherchez Hortense, d’une certaine manière, n’échappe pas à cette règle : Bonitzer truffe le film de rimes internes aussi ludiques que vaines (un exemple : la femme de Bacri s’appelle Iva, son fils s’appelle Noé) et son intrigue, pour sophistiquée et contemporaine qu’elle soit, se réduit in fine à un classique marivaudage avec amant et maîtresse doublé d’un Œdipe tardif. Si le tout est assez mécanique, chaque partie est beaucoup plus libre et enlevée qu’à l’ordinaire, avec notamment trois séquences géniales qui confrontent Bacri et Claude Rich. Mais le film vaut surtout pour la prestation, une nouvelle fois fabuleuse, de Jean-Pierre Bacri. On a souvent dit que l’acteur se cantonnait dans des rôles de grincheux aigris. En fait, le terrain de jeu préféré de Bacri, c’est l’angoisse de la fin prochaine et la peur des comptes non soldés. Du coup, rien de plus beau que de le voir passer de la résignati

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«Chercher Jean-Pierre»

ECRANS | Rencontre autour de la rencontre de Jean-Pierre Bacri et Pascal Bonitzer pour "Cherchez Hortense" : deux mondes de cinéma a priori étanches, mais unis au cours de l’interview par une vraie complicité. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 31 août 2012

«Chercher Jean-Pierre»

Qui est allé chercher l’autre ? Est-ce un rôle écrit pour Jean-Pierre ? Pascal Bonitzer : C’est moi qui suis allé chercher Jean-Pierre, évidemment… Jean-Pierre Bacri : Ou alors il aurait fallu que je lise par Agnès de Sacy le scénario. Et je lui aurais dit : «S’il te plait, dis-lui de penser à moi !». Mais non… Cela aurait pu être une volonté de travailler avec Pascal Bonitzer… JPB : Certes ! Mais mon orgueil stupide ne m’a jamais permis d’écrire à un metteur en scène. Enfin, ce n’est pas de l’orgueil, plutôt une théorie : un acteur qui n’est pas désiré est très malheureux. De même, quand je ne suis pas désiré par une femme, je ne peux pas la convaincre d’être gentille avec moi. C’est ce qui fait que je n’ai jamais pu écrire une lettre à un metteur en scène pour lui dire que j’aimais beaucoup son travail et que j’aimerais travailler un jour avec lui. Parce que s’il me prend, j’aurai toujours dans la tête cette espèce de ver vorace qui dira : «Évidemment, tu lui as demandé». Donc c’est bien vous, Pascal, qui êtes à l’origine de

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Du vent dans mes mollets

ECRANS | De Carine Tardieu (Fr, 1h29) avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré…

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

Du vent dans mes mollets

Depuis ses courts-métrages, Carine Tardieu s’applique à regarder le monde avec les yeux des enfants, en général confrontés à des drames qui bouleversent leur naïveté. Avec Du vent dans mes mollets, l’affaire vire au procédé, et on ne voit plus que les gimmicks et les formules à l’écran. Le ripolinage général, la brocante vintage 80 qui sert de direction artistique ou le jeu sur les différents régimes d’image, tout cela distrait sans cesse de l’histoire racontée, il est vrai pas palpitante en soi. Non seulement le film est surproduit, mais il est aussi surécrit, de la voix-off singe savant de sa jeune héroïne au jeu lassant sur les dialogues en franglais entre les parents Jaoui et Podalydès, ou encore une galerie de seconds rôles stéréotypés à souhait. Même quand le film aborde des rivages plus troubles, notamment sexuels, il s’avère d’un grand puritanisme, sur la forme comme sur le fond. Et en devient, du coup, assez irritant. Christophe Chabert

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Sur la piste du Marsupilami

ECRANS | De et avec Alain Chabat (Fr, 1h45) avec Jamel Debbouze, Fred Testot…

François Cau | Vendredi 30 mars 2012

Sur la piste du Marsupilami

Soyons honnêtes avec le nouveau film d’Alain Chabat : on a pris plaisir à retrouver l’humour délicatement absurde du meilleur survivant des Nuls. Malgré de gros retards à l’allumage et des baisses de rythme dommageables, ce délire filmique marche sur des plates-bandes réservées jusqu’ici aux productions Pixar et, dans une moindre mesure, Dreamworks – soit le mélange périlleux entre un humour slapstick orienté cartoon (pour les plus jeunes) et de multiples références très “esprit Canal“ (pour les plus âgés), la fusion des deux s’opérant lors de deux futures scènes cultes mettant en scène un surprenant Lambert Wilson. Si cette atmosphère potache fonctionnait parfaitement dans Astérix et Obélix Mission Cléopâtre grâce à un casting aussi riche que cohérent et à un tempo comique destructeur, l’impression globale qui se dégage de Sur la piste du Marsupilami est à ces deux égards bien plus mitigée. Les quelques autocitations de Chabat laissent suggérer que ce dernier se repose sur les acquis de son film précédent, sans développer une once de parti pris de mise en scène – voir pour s’en convaincre la scène finale, expédition chaotique de tous les enjeux du récit. Alors

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Jamel reloaded

SCENES | Deuxième étape d’un come-back médiatiquement tonitruant, le nouveau spectacle de Jamel Debbouze est peut-être sa dernière occasion de montrer son évolution artistique. FC

François Cau | Vendredi 1 avril 2011

Jamel reloaded

Au début des années 2000, l’humour en France se résume à un prénom. Jamel est entré dans tous les foyers avec ses DVDs de sketchs, ses spectacles que le public connaît par cœur (quitte à être particulièrement lourd et à griller les chutes lors des dernières tournées), ou le sacre absolu que fut le film d’Alain Chabat, Astérix et Obélix Mission Cléopâtre. Au point qu’on a quasiment frôlé l’overdose, d’autant que l’une des bases de son humour est la répétition... Après la récompense que fut le film Indigènes, le prix d’interprétation cannois, l’impact concret qu’il a pu avoir par la suite, l’icône des djeunz s’est pris un congé sabbatique familial qui tombait plutôt très bien. Le retour en grâce ne s’est pas tout à fait déroulé comme prévu avec Hors-la-loi, la suite décriée - mais surtout décevante - du film de Rachid Bouchareb ; pas grave, Jamel a prévu une déferlante en trois points : la sortie d’un nouveau DVD de sketchs, un nouveau spectacle et un nouveau film d’Alain Chabat (le Marsupilami). L’attente au tournantSeulement voilà : côté écriture, Jamel ne compte plus sur la plume acérée de Kader Aoun, homme de l’ombre qui aura participé aux plus grandes réussites humor

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Hors-la-loi

ECRANS | De Rachid Bouchareb (Fr-Alg, 2h18) avec Roschdy Zem, Djamel Debbouze, Sami Bouajila…

François Cau | Vendredi 17 septembre 2010

Hors-la-loi

Hors-la-loi cherche, à la manière d’Il était une fois en Amérique de Sergio Leone ou de L’Armée des ombres de Melville, à raconter la naissance du FLN à travers le parcours de trois enfants ayant connu le massacre de Sétif le 8 mai 1845. Bouchareb, qui avait réussi à marier épique et grand sujet dans Indigènes, n’arrive ici qu’à un résultat péniblement académique. Les personnages n’ont aucune liberté, pieds et poings liés au discours du film ; quand ils ouvrent la bouche, c’est pour faire une grande phrase sentencieuse. Et encore, les hommes ont le droit de l’ouvrir, car les femmes, elles, sont réduites à un silence assourdissant… La reconstitution est tout aussi empesée, entre costumes sentant encore le loueur et bidonvilles géants survolés avec une overdose de plans à la grue. Même la musique n’est qu’un plagiat ridicule de celle de Dark Knight. Les acteurs s’expriment avec des accents arabes qui sonnent faux, les scènes d’action sont illisibles, les rebondissements téléphonés et l’ensemble tire vers un manichéisme assez choquant au nom des codes du genre (la police française torture, point). Le plus embarrassant, c’est quand Bouchareb fait de gros clins d’œil à l’actualité, c

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