Le Père de mes enfants

ECRANS | Pour son deuxième long-métrage, Mia Hansen-Löve rend hommage à la figure tragiquement disparue du producteur Humbert Balsan, en s’intéressant à ce et ceux qui restent après le deuil. Un film simple et bouleversant. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 11 décembre 2009

L'histoire du Père de mes enfants rejoint, d'une certaine manière, celle de sa fabrication. Mia Hansen-Löve, ancienne critique aux Cahiers du Cinéma et protégée d'Olivier Assayas, décide de passer à la réalisation avec Tout est pardonné. Peu après la fin du tournage, son producteur Humbert Balsan, figure majeure du cinéma d'auteur mondial, se suicide dans son bureau. Pour son deuxième long, Hansen-Löve retrace par la fiction les derniers jours de Balsan, se laissant un maximum de liberté avec la réalité pour accoucher d'un film vraiment émouvant, où le vide laissé par la disparition d'un homme passionné doit être comblé à tous les niveaux : professionnel, intime, familial…

La mort au travail

Le Père de mes enfants commence comme une petite chronique très française : le producteur Grégoire Canvel (Louis-Do de Lencquesaing, formidable de naturel) rejoint sa petite famille dans sa maison de campagne, se fait arrêter par la police parce qu'il roulait trop vite, joue un peu avec ses enfants. Ambiance de félicité domestique que soulignent les rythmes bondissants du Egyptian reggae de Jonathan Richman… Mais les choses vont vite se fissurer : Canvel et sa société font face à des difficultés de trésorerie, les films en cours de tournage (dont celui d'un cinéaste mégalo, dépensier et ingérable) sont au bord du précipice. Hansen-Löve fait alors un portrait inédit du monde du cinéma, du côté de ses cuisines les moins romantiques, où le travail consiste à discuter avec des banquiers pour essayer de boucler des plans de financement et gérer le moral de salariés à l'intérieur d'une petite entreprise bien précaire… À un moment, la passion ne suffit plus, et c'est de là que surgit le drame. Surprise : alors qu'elle évitait par des ellipses trop voyantes les tragédies de Tout est pardonné, la cinéaste n'a cette fois pas peur du mélodrame. Le centre du film est une suite de scènes bouleversantes où chacun doit affronter la douleur d'une mort inattendue, aux conséquences multiples. Dans sa dernière partie, la communauté se ressoude pour faire survivre l'héritage de Canvel par-delà son décès, quand bien même son œuvre soit vouée à disparaître dans ce qu'elle a de plus concret — seuls les films restent. La beauté du Père de mes enfants tient dans cette urgence des vivants à finir un travail qui ne leur appartient pas, éclipsant un instant la violence intime d'un deuil impossible à faire. La famille de Canvel aura ainsi le dernier mot mélancolique (mais vivant) de ce beau film simple à l'élégance discrète.

Le Père de mes enfants
De Mia Hansen-Löve (Fr, 1h50) avec Chiara Caselli, Louis-Do de Lencquesaing…

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Eden

ECRANS | Présenté comme un film sur l’histoire de la French Touch, "Eden" de Mia Hansen-Love évoque le mouvement pour mieux le replier sur une trajectoire romanesque : celle d’un garçon qui croyait au paradis de la house garage et qui se retrouve dans l’enfer de la mélancolie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2014

Eden

Nuits blanches et petits matins. L’extase joyeuse des premières soirées techno-house où le monde semble soudain s’ouvrir pour une jeunesse en proie à un nouvel optimisme, prête à toutes les expériences et à toutes les rencontres ; et ensuite la descente, le retour chez soi, la gueule de bois, le quotidien de la vie de famille et des disputes amoureuses. Cette courbe-là, Eden la répète à deux échelles : la plus courte, celle des cérémonies du clubbing d’abord sauvages, puis ritualisées via les soirées Respect ; et la plus large, celle de son récit tout entier, où l’utopie de la culture house-garage portée par son héros se fracasse sur la réalité de l’argent, des modes musicales et du temps qui passe. Aux États-Unis, on appelle ça un "period movie", un film qui embrasse une époque et un mouvement, de ses prémisses à son crépuscule. Eden, quatrième film de Mia Hansen-Love, répond en apparence à ce cahier des charges puisqu’il s’étend sur une dizaine d’années, à la charnière des années 90 et des années 2000, celles où la France a été une tête chercheuse du mouvement techno avec en figures de proue les deux membres de Daft Punk, Thomas Bang

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Christophe Chabert | Vendredi 24 janvier 2014

In the mood for Løve

Alors qu’elle termine actuellement son quatrième film, Eden, qui s’inspire de la vie de son frère Sven Love pour dresser un period movie sur l’essor de la techno en France et l’émergence de la French touch, Mia Hansen-Løve est mise à l’honneur par la Cinémathèque de Grenoble qui projettera respectivement les 30 et 31 janvier Le Père de mes enfants et Un amour de jeunesse. D’abord critique aux Cahiers du Cinéma, elle saute le pas vers la réalisation avec Tout est pardonné, un premier film qui cumule les défauts d’un certain auteurisme français – peur panique de l’émotion et de la stylisation, exhibitionnisme autobiographique… Surprise, Le Père de mes enfants prend tout cela à revers : Hansen-Løve se détache de sa propre vie pour évoquer le regretté Humbert Balsan, producteur flambeur et indépendant, dont le suicide fut un électrochoc pour les cinéastes qu’il avait accompagnés. Mia Hansen-Løve ose regarder les conséquences d’un deuil sur une famille sans craindre les larmes du spectateur, tout en utilisant la quotidienneté des situations pour désamorcer la gravité de son sujet. Le film est franchement bouleversant et ré

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