Tout ce qui brille

ECRANS | Excellente surprise : le premier film de Géraldine Nakache et Hervé Mimran fait oublier les récentes comédies françaises réac en imposant un ton doux-amer, un regard social pertinent et un vrai désir de cinéma populaire et ambitieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 17 mars 2010

Deux filles sur un banc à Puteaux, à dix minutes en métro de Paris. Ely (Géraldine Nakache) est de retour chez ses parents, dont un papa chauffeur de taxi aussi effacé que dévoué à sa famille ; Lila (Leila Bekhti) n'est jamais partie de chez sa mère, et fait lentement le deuil d'un père qui a refait sa vie ailleurs. Elles tchatchent avec un langage plein de codes qui scelle leur complicité ; et elles rêvent d'aller faire la fête dans les clubs branchés de la Capitale, histoire d'oublier leur quotidien morose — Lila vend du popcorn dans un multiplexe Pathé, placement produit du producteur du film pour une fois assez savoureux !

Si le titre du film sent la fable morale, la première réalisation de Géraldine Nakache et Hervé Mimran est avant tout une comédie subtile qui illustre une réalité pas drôle : l'impossibilité de sortir de sa classe sociale et la honte qui accompagne cette impasse.

Quiproquos sociaux

Ely va rencontrer un couple de lesbiennes avec enfant (étonnant duo entre Virginie Ledoyen et Linh-Dan Pham), a priori "open", qui l'invite d'abord à leurs soirées avant de la cantonner dans un rôle humiliant de baby-sitter. Lila va vivre une histoire d'amour avec un beau gosse friqué (Simon Buret, moitié du groupe Aaron), mais elle n'est à ses yeux qu'une maîtresse exotique par rapport à sa "légitime" venue du même monde que lui.

Le film suit les contorsions de ses deux héroïnes pour masquer leurs origines sociales, ce qui donne lieu à des quiproquos si bien écrits — et très bien interprétés par tous les comédiens — qu'ils peuvent basculer dans la même séquence du rire pur à la gêne angoissée. C'est la force de Tout ce qui brille : il prend le temps de poser ses situations, de les inscrire dans un espace — le film fait découvrir un Paris d'aujourd'hui inédit grâce à une très belle direction artistique — et une durée lui autorisant de très belles ruptures de ton.

Il y a quelque chose de rassurant à voir une comédie française se permettre une ambition dans la forme comme dans le propos, et adopter jusqu'au bout le point de vue des dominés. Ils sont les perdants désignés dans cette tentative d'intégrer ce monde des dominants qui tolèrent mais n'intègrent jamais des intrus qu'elles calculent au premier coup d'œil. Nakache et Mimran ont certes tendance à vouloir boucler tous leurs arcs scénaristiques dans le dernier acte, un poil trop long ; mais ce petit excès de scénario est un bémol mineur face à un film sincère, euphorisant et mélancolique.

Tout ce qui brille
De Géraldine Nakache et Hervé Mimran (Fr, 1h40) avec Géraldine Nakache, Leila Bekhti, Manu Payet…

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"Chanson Douce" : requiem pour un film

ECRANS | De Lucie Borleteau (Fr., 1h40) avec Karin Viard, Leïla Bekhti, Antoine Reinartz…

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Un couple de trentenaires parisiens épanouis cherche la perle rare pour s’occuper de ses deux enfants afin que la mère puisse reprendre son activité professionnelle. Leur choix s’arrête sur Louise, une quinquagénaire en tout point parfaite. Plus que parfaite, même. En apparence… De l’éternel gouffre séparant un livre de son adaptation cinématographique… Sous la plume de Leïla Slimani, Chanson douce fut un roman d’une épouvantable précision, menant avec une limpidité rigoureuse et clinique vers le dénouement macabre annoncé dès ses premières pages. Ni "objet" littéraire surstylisé (bien que couronné par le Prix Goncourt), ni polar des familles, cette œuvre profonde et captivante rendait compte d’un faisceau de vérités sociologiques contemporaines. Et notamment que la précarité peut conduire de la déréliction à la névrose, l’inconsciente arrogance des privilégiés servant alors de catalyseur à une effroyable tragédie. Sur le papier, il y avait tout pour construire un thriller et faire vibrer l’écran. La distribution elle-même était prometteuse, mais ne l’était-elle pas trop ? Le rendez-vous s’avère manqué. Parce que Karin Viard est trop

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"La Fameuse invasion des ours en Sicile" : conte à pâte de velours

ECRANS | De Lorenzo Mattotti (It.-Fr., 1h22) animation

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

En ce temps où les ours et les humains vivaient en paix, le jeune Tonio, fils du roi des ours, se fit capturer par des chasseurs en Sicile. Aidé par un magicien, son père envahit la plaine des Hommes et remporta la victoire. Commença alors une cohabitation entre les deux espèces… Depuis le temps que l’univers de l'illustrateur et auteur de bande dessinée italien Lorenzo Mattotti taquinait le cinéma, il fallait bien qu’il franchisse pleinement le pas ; cela donc aura été par l’entremise d’un roman du génial Dino Buzzati. De par sa structure de conte, cette histoire se prêtait à ses somptueuses fantaisies graphiques (aplats texturés, couleurs chaudes, formes stylisées…) comme aux extensions lui étant ici offertes. En somme, le film accomplit un double travail "d’enluminure" du texte original en proposant d’une part l’adaptation visuelle par Mattotti et en développant de l’autre le propos philosophique par un enchâssement de récits – lequel fait également écho à la tradition orale du conte. Au scénario, si l’on n’est guère étonné de trouver la présence de Jean-Luc Fromental, grand habitué de la transposition de la BD à l’écran (l’homme appartie

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"Sous le même toit" : objectif nul

ECRANS | de Dominique Farrugia (Fr., 1h33) avec Gilles Lellouche, Louise Bourgoin, Manu Payet…

Vincent Raymond | Lundi 10 avril 2017

Delphine (Louise Bourgoin) et Yvan (Gilles Lellouche) divorcent. Fauché, ce dernier revendique les 20% de la demeure familiale qu’il possède, et les occupe, histoire d’avoir en permanence un œil sur son ex. Ce sont leurs enfants, ignorés, qui en auront assez de cette scabreuse situation. Difficile de rire avec, de ou grâce à ce personnage immature exerçant un chantage afin de maintenir son emprise sur la vie privée de son ancienne épouse : ce type de possessivité pathologique et de perversité narcissique aurait davantage sa place dans un thriller. Difficile également de ne pas être écœuré par la vulgarité diffuse dégagée par cet étalage de fric, de jalousie mesquine, de testostérone sati

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Tout pour être heureux

ECRANS | de Cyril Gelblat (Fr., 1h37) avec Manu Payet, Audrey Lamy, Aure Atika, Joe Bel…

Vincent Raymond | Mardi 12 avril 2016

Tout pour être heureux

Ses yeux de cocker l’ont conduit à prêter sa voix au chien Bill ; sa barbe de trois jours et son poil grisonnant semblent le condamner à des emplois d’épave en rupture de famille, de copine, de boulot (mais qui arrivera bien par s’en sortir, allez) assistant à leur propre déchéance avec une fatalité lasse… Peut-être que Manu Payet devrait envisager le rasage de près pour accéder à des rôles différents, ne tournant pas autour du nombril d’un quadra bobo exprimant son ressenti de victime d’une précarité sournoise, tout ça parce qu’il a craqué le lacet de sa Stan Smith droite – sa préférée. Ce n’est en tout cas pas avec cette comédie fatiguée sur un père incapable d'assumer son rôle, espérant sans doute se parer de l’épithète “dramatique” parce qu’elle ne se boucle pas totalement en faveur du héros, qu’il sort de sa zone de confiance. Dommage pour Audrey Lamy qui, elle, arrive à faire quelque chose de son maigre personnage. VR

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Et ta sœur

ECRANS | De Marion Vernoux (Fr, 1h35) avec Grégoire Ludig, Virginie Efira, Géraldine Nakache…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Et ta sœur

De même qu’on parle d’auteurs pour écrivains, il doit exister des réalisateurs pour cinéastes, dont les films, s’ils passent quasi inaperçus sur nos écrans, exercent une irrépressible attraction sur leurs confrères – au point de les inciter à en tourner des remakes. Le cinéma de Lynn Shelton semble être de cette trempe, qui a déjà conduit Yvan Attal à transposer Humpday (devenu sous sa patte Do Not Disturb) ; c’est à présent au tour de Marion Vernoux de succomber à son appel en adaptant ici l’obscur Ma meilleure amie, sa sœur et moi (2013). Le résultat n’a certes rien de déshonorant, mais on a du mal à comprendre le sens de sa démarche : le fond ni la forme n’ont l’air d’être transcendés par l’auteure française, ni de connaître de substantielle modification – on reste dans du marivaudage insulaire, avec effet téléfilm de prestige. Demeure, enfin, cette question sans réponse : sachant que l’improvisation constitue l’une des caractéristiques majeures du travail de Shelton, pourquoi avoir cherché à répliquer par l’écriture ce qu

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"Tout ce qui brille" brille toujours

ECRANS | Le film de Géraldine Nakache et Hervé Mimran sorti en 2010 est programmé ce vendredi soir à Seyssins. Une nouvelle occasion de se rendre compte qu'on est face à une des grandes comédies françaises de ces dernières années.

Aurélien Martinez | Mardi 15 décembre 2015

Depuis pas mal d’années, il est de bon ton de cracher sur les auteurs de comédies françaises populaires, eux qui sont si insipides voire réacs. Mais tout n’est pas que noir au pays du rire made in France. Il y a même quelques perles à sauver ici et là : des films habilement construits arrivant parfaitement à capter un certain air du temps pour le transformer en matière à satire. Si l’on revient en arrière, 2010 fait figure d’année d’exception avec, au milieu de productions assez efficaces (L’Arnacœur, Copacabana, La Vie au ranch…), deux comédies remarquables par tout ce qu’elles sont arrivées à synthétiser en tout juste 1h40 : Le Nom des gens de Michel Leclerc, avec une excellente Sara Forestier utilisant le sexe comme arme politique ; et, pour celle qui nous intéresse ici, Tout ce qui brille de Géraldine

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L’Astragale

ECRANS | De Brigitte Sy (FR, 1h37) avec Leïla Bekhti, Reda Kateb…

Aurélien Martinez | Mardi 7 avril 2015

L’Astragale

Leïla Bekhti est une actrice fascinante qui, film après film (des comédies populaires, du cinéma d’auteur, des pubs pour du colorant de cheveux…), impose une présence magnétique. Dans L’Astragale, elle forme un duo efficace avec Reda Kateb, autre nouvelle figure remarquée du cinéma français. Le charme du deuxième long-métrage de Brigitte Sy, ancienne compagne de Philippe Garrel, découle aussi bien de la rencontre entre les deux comédiens que de l’amour fou qui réunira les deux personnages. Elle vient de s’évader de prison à tout juste 19 ans (et, dans sa fuite, s’est cassé l’astragale, os du pied qui donne son titre au film) ; lui, repris de justice, la recueille mais ne peut rester à ses côtés. Leur romance sera donc en pointillé, alors qu’elle ne rêve que de le retrouver. Basé sur le roman autobiographie d’Albertine Sarrazin, L’Astragale se place délibérément du côté des sentiments avec en point d’ancrage ce

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Rendez-vous à Atlit

ECRANS | De Shirel Amitaï (Fr-Isr, 1h31) avec Géraldine Nakache, Judith Chemla, Yaël Abecassis…

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Rendez-vous à Atlit

Trois sœurs se retrouvent dans leur grande demeure familiale en Israël après le décès de leurs parents. Vendra ? Vendra pas ? Le caractère des filles, tout comme leur mode de vie (l’une vit une existence bourgeoise à Paris, l’autre est du genre bohème, la troisième est restée sur le sol israélien) fait tanguer la réponse entre grandes embrassades et gros coups de gueule. Plus Rendez-vous à Atlit avance, plus on a la sensation d’assister à une version franco-israëlienne des horribles Petits mouchoirs : même construction dramatique lâche où le conflit de départ est sans cesse renversé dans un sens ou dans l’autre, même petite musique sentimentale où les personnages n’existent que par des émotions dont le spectateur doit attester la véracité à l’écran… Flirtant constamment avec l’insignifiance, le film de Shirel Amitaï finit même par y tomber quand les parents reviennent hanter la maison autour d’un compteur d’électricité cassé ou d’une petite tasse de thé. Ramener le fantastique à la hauteur réaliste d’un téléfilm allemand, c’est une fo

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Maintenant ou jamais

ECRANS | De Serge Frydman (Fr, 1h35) avec Leïla Bekhti, Nicolas Duvauchelle, Arthur Dupont…

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Maintenant ou jamais

Charles et Juliette rêvent de s’installer avec leurs enfants dans une maison à la campagne, loin des appartements parisiens étriqués. Alors que le chantier démarre, Charles est licencié par la banque qui l’employait ; et, un soir, Juliette se fait voler son sac par un inconnu. Plutôt que de le dénoncer à la police, elle finit par proposer à ce petit voleur sans envergure un deal : organiser le braquage de la banque sus citée. Maintenant ou jamais commence donc comme Une vie meilleure de Cédric Kahn (déjà avec Leïla Bekhti) et se poursuit à la façon de Sur mes lèvres de Jacques Audiard, avec une femme qui révèle une nature héroïque au contact du crime. L’addition mécanique de deux bons films n’accouche pas forcément d’une merveille, et Serge Frydman a bien du mal à camoufler les invraisemblances de son scénario. Le coup de force initial (le basculement de Juliette et son plan parfaitement orchestré qui surgit tel le lapin du chapeau) pèse lourd sur les péripéties à venir – dont une obscure visite à d

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Je fais le mort

ECRANS | De Jean-Paul Salomé (Fr-Belg, 1h42) avec François Damiens, Géraldine Nakache, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Je fais le mort

Le premier mérite de Je fais le mort est l’originalité de son point de départ : un acteur dans la dèche, souffrant d’une réputation détestable sur les plateaux, accepte d’aller « faire le mort » pour la reconstitution judiciaire d’un triple homicide du côté de Megève. Une fois sur place, entre drague maladroite de la juge d’instruction et volonté de « réalisme » sur la scène du crime, il provoque une série de catastrophes mais révèle aussi les approximations de l’enquête. Au milieu d’un genre sinistré, celui de la comédie hexagonale ici matinée de polar, Je fais le mort tire son épingle du jeu. Pas tellement par sa mise en scène, même si son artisanat télévisuel lui confère une modestie bienvenue ; surtout par le portrait de ce comédien égocentrique et vaniteux qui conduit à quelques réflexions bien vues sur un monde du cinéma où même le plus pitoyable des losers se prend pour un génie de « l’acting » – on sent que Salomé a vu Extras, la formidable série de Ricky Gervais. C’est bien sûr une partition parfaite pour un François Damiens en grande forme, trop heureux de pouvoir être à la fois l’acteur de cinéma su

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Avant l’hiver

ECRANS | À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Un drame qui prend parfois des allures de thriller hitchcockien : un (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Avant l’hiver

À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Un drame qui prend parfois des allures de thriller hitchcockien : un chirurgien du cerveau marié à une femme qui passe ses journées à jardiner dans une grande demeure qu’elle appelle judicieusement une « cage de verre », s’obsède peu à peu pour une jeune et belle inconnue aux multiples visages ­– serveuse, étudiante, putain – dont il ne sait trop si elle complote contre lui ou si elle est simplement folle amoureuse... Du point de vue de sa mise en scène, le film, justement, a de l’allure. Claudel a un vrai sens du plan qui fait sens, méticuleusement composé et éclairé, et il parvient à faire entrer de l’inquiétude et de la mélancolie dans son récit par la seule force de l’image. En revanche, son passé littéraire refait surface dans les dialogues, incroyablement démonstratifs et sentencieux, où l’on sent plus le discours de l’auteur que la parole des personnages. Tout cela manque cruellement de santé, et même le mystère qui sous-tend toute l’intrigue finit par être trop clairement élucidé dans le dernier acte. Ce manque de quotidienneté, rien ne le souligne plus que le choi

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Nous York

ECRANS | De Géraldine Nakache et Hervé Mimran (Fr, 1h45) avec Géraldine Nakache, Leïla Bekhti, Manu Payet, Baptiste Lecaplain…

Christophe Chabert | Jeudi 1 novembre 2012

Nous York

Après l’excellente surprise que constituait Tout ce qui brille, le tandem Nakache/Mimran a visiblement cherché à reproduire ce qui en avait fait le succès : Nous York interroge à nouveau l’amitié à l’épreuve de la maturité et tente de faire le portrait générationnel d’une jeunesse moyenne grandie dans les quartiers, le tout délocalisé du centre de Paris à New York. Mais cette fois-ci, rien ne marche. La personnalité des trois compères (Payet, Boussandel et Lecaplain, tous trois très biens, surtout le dernier) n’est pas assez affirmée, les gimmicks de dialogue («To the…») ont l’air forcés, et certains enjeux carrément flous : rien n’explique pourquoi Bekhti et Nakache se tirent la gueule au début ; du coup, on ne pige jamais vraiment pourquoi elles se réconcilient ensuite. Le film oscille ainsi entre un sous régime scénaristique où tout semble flotter à la surface du récit et un sur régime déjà observé dans le dernier acte de Tout ce qui brille. Un exemple, frappant : quand Mimran et Nakache veulent illustrer un thème, i

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Mains armées

ECRANS | De Pierre Jolivet (Fr, 1h45) avec Roschdy Zem, Leïla Bekhti…

Aurélien Martinez | Vendredi 6 juillet 2012

Mains armées

Que le polar ne soit qu’un prétexte pour raconter quelque chose de plus intime et existentiel, c’est un fait vieux comme Hérode. Encore faut-il que le texte (le polar) soit palpitant et que le sous-texte (le drame) soit pertinent. Ce n’est le cas ni de l’un ni de l’autre dans Mains armées, qui montre un Pierre Jolivet plus consciencieux que d’ordinaire, mais toujours aussi à la ramasse du cinéma de l’époque. Suivant un flic d’une brigade d’intervention spéciale marseillaise (Zem) qui doit collaborer avec les stups parisiens dans laquelle officie sa propre fille (Bekhti), qu’il n’a jamais vraiment connue, Jolivet tente d’imbriquer son récit, assez confus, avec une étude psychologique plutôt grossière (la fille qui tente de plaire à son père en allant le défier sur son propre terrain), échouant à être à la fois efficace et profond. Seul intérêt : le duo de comédiens. Toujours à la limite du surjeu lorsqu’ils sont séparés, leur rencontre est à l’inverse passionnante, cherchant un territoire commun de virilité et de fragilité pour exprimer ce qui peut les rapprocher. Grâce à eux, le film évite de justesse la vacuité. Christophe Chabert

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Radiostars

ECRANS | De Romain Lévy (Fr, 1h40) avec Manu Payet, Clovis Cornillac, Douglas Attal…

Christophe Chabert | Vendredi 6 avril 2012

Radiostars

Une bande d’animateurs exerçant leur art de la grossièreté et de la vanne sur une radio FM le matin sont punis de leurs excès par leur directeur d’antenne et doivent aller faire le tour de la France profonde pendant l’été s’ils veulent garder leur place sur la grille de rentrée. En voilà un bon argument pour faire sauter les stéréotypes, ramener les personnages à la réalité, les changer en profondeur tout en tricotant une comédie douce-amère sur les aléas de la célébrité. Mais Radiostars n’est pas Intouchables, au contraire. Radiostars n’aime que le conflit, la dispute, l’engueulade, le couteau tiré, portrait d’un monde qui ne cherche pas la réconciliation, mais la conservation de son esprit de clan pour garder, en fin de compte, le succès et l’argent. La France d’en bas ? Des cons, des racistes, des bouseux, des passionnés de trucs pourris dont on se moque parce que ça fait de l’audience — parce que c’est l’audience ! La comédie elle-même se fout d’être parfois d’une lourdeur incroyable (Cornillac et les chambres pour handicapés, ce n’est DÉFINITIVEMENT pas Intouchables), et quand elle tire un bon numéro (excellent

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Une vie meilleure

ECRANS | De Cédric Kahn (Fr-Can, 1h50) avec Guillaume Canet, Leila Bekhti…

François Cau | Jeudi 22 décembre 2011

Une vie meilleure

Antidote absolu au pensum mélodramatique de Philippe Lioret Toutes nos envies, Une vie meilleure marque le retour au premier plan de son cinéaste, Cédric Kahn, qui signe ici son meilleur film. Yann (Canet, incroyablement bon, ce qui n’était pas gagné), cuistot dans une cantine scolaire, rencontre Nadia (Leila Bekhti, définitivement une des actrices passionnantes du cinéma français), serveuse dans un restaurant chic. Coup de foudre. Elle a déjà un enfant, lui rêve d’avoir sa propre affaire. Ensemble, ils achètent une grande maison en forêt qu’ils retapent pour en faire un restau cosy, mais les normes draconiennes, le piège des crédits et les banques intraitables les plongent dans la précarité. Kahn raconte ce premier acte avec une sécheresse de trait implacable : collant aux objectifs de ses personnages et à leurs actions, laissant des ellipses béantes dans la narration pour éviter tout schéma explicatif, il crée une sensation d’urgence proche du cinéma des frères Dardenne. Lorsque le couple se sépare et que le récit se recentre sur Yann et l’enfant, le cinéaste arrive à conserver ce regard à la fois empathique et coupant, emmenant son film dans des directions inattendues : à la

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