Alice au pays des merveilles

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h49) avec Johnny Depp, Helena Bonham-Carter…

François Cau | Vendredi 19 mars 2010

Cette adaptation d'Alice au pays des merveilles n'en est pas vraiment une. Le récit de Lewis Carroll est réduit à un flashback de trois minutes en cours de film, et Tim Burton lui préfère l'Alice presque adulte de De l'autre côté du miroir. Mais c'est surtout le court poème Jabberwocky qui sert de matière principale à l'intrigue. Curieux tripatouillage scénaristique que le cinéaste confesse à haute voix à travers le personnage du chapelier incarné par Johnny Depp, qui s'obstine à faire d'Alice un garçon, comme s'il jouait dans un autre film. Avec un certain cynisme, Burton désigne ainsi ce qui l'intéresse ou pas dans cette lourde commande : la chenille opiomane plutôt que le lapin à gilet, l'univers de la reine rouge plutôt que celui de la reine blanche, les mésaventures de la bande déglinguée autour du chapelier plutôt que les aventures d'Alice… On a surtout l'impression que le cinéaste se contente de greffer son packaging habituel (sa signature graphique, ses acteurs, Danny Elfman…) sur un blockbuster boulimique et en trop bonne santé, un Narnia baroque, synthétique et en 3D — autant de partis pris qui corsètent la mise en scène plus qu'ils ne la libèrent. Assez laid et franchement fatigant à regarder, le film s'achève sur un détail ahurissant qui fait d'Alice une conquérante libérale prête à envahir économiquement la Chine. On se pince pour croire que Tim Burton, autrefois chantre de la marginalité monstrueuse, se range derrière les objectifs des costards-cravates hollywoodiens au point de les afficher si ostensiblement à l'écran…

CC

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"Le Crime de l'Orient-Express" : crème de Poirot à la neige

ECRANS | L'acteur et réalisateur Kenneth Branagh propose une version dynamisée du classique d’Agatha Christie. Critique.

Vincent Raymond | Lundi 11 décembre 2017

Kenneth Branagh n’a jamais manqué de panache. Las, le Britannique a eu l’exquise malchance de partager avec ses trop illustres devanciers Orson Welles et Laurence Olivier un goût structurant pour Shakespeare. De l’avoir défendu avec ferveur sur les planches et de s’être jeté dans plusieurs de ces adaptations ambitieuses qui, à moins d’un engouement aussi inespéré que soudain pour le théâtre élisabéthain, attisent la méfiance des studios comme du grand public. Toutefois, parce qu’il est à l’instar d’Orson et Lawrence un comédien éclectique prenant du plaisir à (tout) jouer, le cinéaste n’a jamais été mis au ban du métier. Il s’est même refait du crédit auprès des financeurs en signant du blockbuster pour Paramount et Disney. Envisageait-il déjà de redonner jeunesse et visage neufs au héros iconique d’Agatha Christie ? Le revoici en position de force à sa place favorite : des deux côtés de la caméra, en route pour une potentielle franchise. Son Poirot embarque ici in extremis à bord du train de luxe pour un trajet agité : son wagon va se trouver immobilisé et il aura à résoudre le meurtre d’un antipathique passager, que tous les autres voyageurs

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"Miss Peregrine et les enfants particuliers" : abracadabra, Tim Burton est ressuscité !

ECRANS | Semblable à une histoire de X-men (où le Pr. Xavier serait chevelue et campée par Eva Green), ce conte fantastique permet à Tim Burton d’animer des mutants et des squelettes, de manipuler à sa guise son vieil ennemi le temps et, surtout, de signer enfin un bon film.

Vincent Raymond | Lundi 3 octobre 2016

Dépositaire des histoires de son grand-père qui vient d’être assassiné et énucléé par un monstre, un ado part à la recherche d’une boucle temporelle où vit depuis le 3 septembre 1943 Miss Peregrine et son orphelinat pour enfants doués de pouvoirs surnaturels. Son but ? Vraisemblablement les protéger, venger son aïeul et plus si affinités… Comme un enfant pour grandir doit se résoudre à abandonner ses antiques doudous chéris, fallait-il que Tim Burton se défasse de tous ses collaborateurs de longue date pour arrêter de tourner en rond – ou en vain ? Au rebut, Johnny "mono-expression figée" Depp, Helena "harpie transformiste" Bonham-Carter, Danny "boîte à musique" Elfman, pareils à des objets transitionnels le raccrochant à ses vieux pots éventés desquels il ne sortait plus que de vilaines soupes depuis des années. Il lui a sans doute fallu se faire violence pour aller chercher des talents compatibles avec son univers – certains, comme Eva Green, Terence Stamp ou Bruno Delbonnel, avaient déjà fait un round d’observation chez lui. Mais le résultat vaut le "sacrifice" : Miss Peregrine… est empli d’une vigueur nouvelle, tout en demeurant

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Big Eyes

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h47) avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Big Eyes

Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney (Alice au pays des merveilles) et déclinaison paresseuse de son propre style (Sweeney Todd, Dark Shadows), l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes, dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux (celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain), ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dictée par l’authenticité du fait divers raconté plutôt que par une volonté auteurisante.

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Halloween vs Noël

ECRANS | D’un côté, il y a Jack, grand squelette qui règne sur le monde d’Halloween et ses monstres effrayants ; de l’autre, il y a la ville de Noël et son Santa (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 décembre 2013

Halloween vs Noël

D’un côté, il y a Jack, grand squelette qui règne sur le monde d’Halloween et ses monstres effrayants ; de l’autre, il y a la ville de Noël et son Santa Claus empâté. Mais voilà : Jack en a un peu ras la citrouille de faire peur, et aimerait bien aller faire un tour chez son voisin merveilleux. Unanimement applaudi grâce à Edward aux mains d’argent et au deuxième Batman, Tim Burton, ici producteur et auteur, retrouvait avec cet Étrange Noël de Monsieur Jack l’animation de ses débuts chez Disney, dont il s’était fait éjecter comme un malpropre pour cause d’imaginaire trop tordu. L’histoire du film peut d’ailleurs se lire comme un pied de nez à cette anecdote biographique : comment un grand gamin torturé, mal coiffé et à l’inspiration macabre et gothique tente d’infiltrer l’usine à rêves pour y apporter un peu de fraîcheur et de modernité. La revanche de la marge sur la norme, de l’excentricité baroque sur le conformisme lénifiant, voilà à quoi se résume le parcours de Jack, dont on tombe instantanément amoureux tant Burton et son réalisateur Henry Sellick – qui plus tard signera le très beau

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Lone Ranger

ECRANS | Curieux cocktail du duo Verbinski / Depp, entre hommage sincère et pastiche façon Pirates des caraïbes, qui tente de retrouver l’esprit des westerns de série en le mâtinant de réflexion politique sur l’origine de l’Amérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 7 août 2013

Lone Ranger

Un gamin américain joufflu déguisé en cowboy fausse compagnie au cours d’une fête foraine à ses parents et va s’aventurer sous une tente qui célèbre l’histoire de l’Ouest américain. Dans cette attraction désuète à base de statues de cire façon musée Grévin, le gosse s’arrête devant la reproduction folklorique d’un campement avec un vieil Indien figé et fripé trônant en son centre. Soudain, ses yeux se mettent à bouger ; la statue était en fait un véritable indien, mais ce petit tour de passe-passe pose aussi le vrai propos politique de Lone Ranger. Ce n’est pas seulement ce qui reste d’une culture qui se retrouve dans cette scénographie tristement folklorique, mais aussi ses derniers descendants, contraints de rejouer muets et immobiles le rôle que les pionniers ont fini par leur donner, des sauvages pittoresques rétifs aux avancées de la civilisation capitaliste. De la part de Gore Verbinski et de Johnny Depp (qui, sous la couche de maquillage, incarne l’Indien Tonto), une telle ambition peut surprendre. C’est même un sacré pied de nez aux Pirates des Caraïbes, franchise née d’une attraction populaire des parcs Disney. Verbinski et Depp avaient déjà tâ

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Dark shadows

ECRANS | Tim Burton met un frein à la crise créative qu’il traversait depuis trois films avec cette comédie où il cherche à renouer avec la fantaisie noire de ses débuts, sans y parvenir totalement. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Jeudi 10 mai 2012

Dark shadows

Dark shadows permet à Tim Burton de faire le point sur l’évolution de son cinéma ces dernières années. Il est frappant, à la vision du film, de voir qu’y cohabitent parfois au sein d’une même séquence, souvent d’un champ à son contrechamp, le cinéaste enclin au bricolage et à l’artisanat mais aussi son pendant récent, le réalisateur converti au numérique se contentant de griffer ses plans en illustrateur prodige. Plus encore, cette dualité se retrouve dans les deux thèmes abordés par le scénario : la figure du freak confronté au monde de la norme, et sa déclinaison contestable qui en fait le défenseur d’une petite entreprise familiale qui irait vendre au monde entier sa bizarrerie. On se souvient de l’épilogue craignos d’Alice au pays des merveilles, où Alice reprenait le flambeau paternel pour aller envahir le marché chinois… C’est à peu près là que commence Dark shadows : Barnabas Collins (Johnny Depp, qui cabotine plus intelligemment que d’habitude) est, au XVIIIe siècle, le jeune héritier d’une fortune construite par ses parents, prolos de Liverpool devenus richissimes entrepreneurs dans un port de pêche du Maine, dont ils ont littéralement

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Rhum express

ECRANS | De Bruce Robinson (ÉU, 2h) avec Johnny Depp, Amber Heard, Richard Jenkins…

François Cau | Jeudi 24 novembre 2011

Rhum express

On comprend que Johnny Depp ait eu envie de rendre hommage à son ami Hunter S. Thompson en portant à l’écran un manuscrit que Depp avait lui-même déniché au fond de ses archives. Mais pourquoi est-il allé chercher Bruce Robinson, le lieutenant Pinson d’Adèle H. et le réalisateur de deux films cultes tournés il y a plus de vingt ans ? Robinson n’est de toute évidence pas l’homme de la situation. Face à ces journalistes qui, dans les années 60 à Porto Rico, boivent beaucoup de rhum, testent quelques drogues et vivent des aventures guignolesques, il tente de conserver la plus grande impassibilité. L’effet est immédiat : c’est comme regarder des mecs bourrés dans une soirée alors que l’on n’a pas touché une goutte d’alcool ; plus pathétique que drôle. Dans Las Vegas parano, film loin d’être parfait mais vraiment pertinent, Gilliam nous faisait participer à l’ivresse par sa mise en scène. Ici, on a juste l’impression d’être de trop, et le cabotinage de Johnny Depp, la plastique d’Amber Heard ou la mâchoire serrée d’Aaron Eckhart ne changent rien à l’affaire. CC

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Rango

ECRANS | Un caméléon domestique doit affronter un Ouest sale, hostile et asséché, dans ce western animé boulimique qui peine à trouver sa voie, sauf quand son réalisateur Gore Verbinski le transforme en portrait assez juste de Johnny Depp. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 18 mars 2011

Rango

Après une introduction musicale offerte par une bande de chouettes mariachis, le rideau s’ouvre sur un caméléon en pleine représentation dans son aquarium, passant de la tragédie à la comédie avec comme partenaires les accessoires de son bocal. À la faveur d’un tête-à-queue sur la route des vacances, ce lézard domestique se retrouve perdu dans le désert. Il atterrit dans une ville peuplée de bestioles crasseuses prêtes à l’exode suite à une interminable sécheresse. L’étranger sans nom va être pris pour un héros par la population, et il n’aura qu’à piocher dans son répertoire d’acteur les codes pour surfer sur cette popularité inespérée. Ce dernier point est à prendre littéralement : Rango est un hommage aux westerns, de Ford à Peckinpah en passant par Leone et cette sublime relecture post-moderne qu’est Deadwood. Le film affiche d’ailleurs une cinéphilie débordant le cadre du genre : l’intrigue reprend celle de Chinatown, et une des nombreuses scènes d’action rejoue l’attaque d’hélicoptères au son des Walkyries wagnériennes d’Apocalypse now. L’acteur-caméléonRango ne s’en tient pas, hélas ! à la pure reprise amoureuse des codes du western, mais oscille sans arrêt entre

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