Drive

ECRANS | Déjà remarqué avec la trilogie Pusher et le brillant Bronson, Nicolas Winding Refn s’empare d’un polar de série B trouvé par son acteur Ryan Gosling et le transforme en magnifique geste de mise en scène, jouissif d’un bout à l’autre, remettant au goût du jour les élans pop du cinéma des années 80. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 28 septembre 2011

Dix minutes chrono. Il suffit de dix minutes pour que Nicolas Winding Refn fasse battre notre pouls au rythme de son nouveau film. Dix minutes chrono, c'est le temps (réel) que met un mystérieux chauffeur sans nom (Ryan Gosling) pour conduire une poignée de voyous masqués et les aider à accomplir un casse parfait, sans accroc ni violence.

La méticulosité du personnage, sa science de la route, des distances, du temps qu'il faut à une voiture de police pour arriver sur les lieux du crime, fusionne avec celle du cinéaste, expert en fluidité cinématographique qui se paye le luxe de souligner son art en laissant bourdonner un beat techno métronomique et hypnotique sur la bande-son, au diapason de son découpage et de son montage. Au terme de cette introduction étourdissante, on a redécouvert le sens du mot virtuosité, ce bonheur de se laisser absorber dans un spectacle jouissif.

Sexy beast

À vrai dire, on ne se hasardera pas à louer les qualités scénaristiques de Drive. On peut même dire que le script n'a rien de renversant, et qu'entre de mauvaises mains, il aurait pu donner une série B anodine qui aurait fini sa route directement dans les bacs DVD. Le point de départ (le chauffeur de truands la nuit est cascadeur de cinéma le jour, et rêve de devenir pilote de stock car !) est absolument improbable.

Les mafieux avec lesquels il va avoir maille à partir sont des caricatures assumées, prétexte à un défilé de tronches burinées (dont ce bon vieil australopithèque de Ron Perlman !) s'exprimant en dialogues sévèrement burnés. L'un d'entre eux explique même que dans le temps, il produisait des films « sexy » que « les européens adoraient ». Rire du cinéphile qui voit bien à quoi il fait allusion : le cinéma d'exploitation des années 1980, dont Winding Refn (qui est Danois) reprend les codes et les figures pour en faire l'horizon référentiel de son film à lui.

Passent donc sur l'écran les fantômes de Michael Mann période Le Solitaire, ou de William Friedkin à son apogée avec Police fédérale Los Angeles… Fantômes stylistiques, notamment grâce à un choix musical outrageusement vintage et synthétique, mais aussi thématiques : le "driver" Gosling, visage impavide, verbe rare et motivations opaques, est-il un héros ou un salaud ? Un hors-la-loi romantique ou une machine à tuer révélant de-ci de-là quelques fêlures intimes ?

Le voilà en tout cas obligé de secourir une jolie voisine (Carey Mulligan, définitivement épatante), dont le mec, tout juste sorti de prison, s'est fait repasser après un casse qui a mal tourné. Par secourir, on entend dégommer l'un après l'autre ceux qui vont s'attaquer à elle. Ce qui permet à Winding Refn de ne jamais lésiner sur la violence, le temps de quelques scènes électrisantes qui participent largement au plaisir décomplexé que procure le film.

Le baiser du tueur

Décomplexé, c'est le mot qui convient. Car le cinéaste ne se demande jamais si ce qu'il raconte est crédible, si ses personnages sont fouillés, si ses situations ne sont pas outrées. Il n'a qu'un seul Dieu : la mise en scène. Chaque séquence, chaque plan de Drive est porté par cette foi-là : le cinéma peut tout, à partir du moment où il est fait avec talent et passion.

Winding Refn, en cela, fait corps avec son acteur Ryan Gosling. Gosling est ici un bloc de chair qui concentre en permanence toutes les pulsions de son personnage. Lors d'un passage mémorable dans un ascenseur, il délivre un baiser fougueux à sa partenaire tout en massacrant un truand enfermé avec eux. Baiser amoureux ou protecteur ? Réflexe animal ou élan sentimental ? La surface Gosling reste placide, et Winding Refn en joue à son tour ; lui aussi ne travaille que la forme, l'emmène vers des sommets d'élégance ou de brutalité, d'ivresse ou de spleen.

Drive semble constamment anticiper les émotions du spectateur, à l'image de son héros, toujours un temps en avance sur le monde qui l'entoure. Cela s'appelle la maîtrise pure, et elle conduit parfois à la beauté absolue. C'est un homme qui meurt sur une plage nocturne dans un ciel zébré d'éclairs, les coups de feu recouverts par le bruit des vagues. Et si Winding Refn se révélait, avec ce film ouvertement pop et divertissant, un grand artiste romantique ?

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"The Dead Don't Die" : comme un petit goût de reviens-y-pas pour Jim Jarmusch

ECRANS | Quelle mouche a piqué Jim Jarmusch (ou quel zombie l’a mordu) pour qu’il signe ce film ni série B, ni parodique, ni sérieux ; ni rien, en fait. Prétexte pour retrouver ses copains dans une tentative de cinéma de genre, ce nanar de compétition figure dans celle de Cannes 2019 dont il a effectué en sus l’ouverture.

Vincent Raymond | Mercredi 15 mai 2019

Centerville, États-Unis. Depuis la fracturation des Pôles, la terre est sortie de son axe et de drôles de phénomènes se produisent : la disparition des animaux ou l‘éveil des macchabées qui attaquent la ville. Au bureau du shérif Robertson, on commence à lutter contre les zombies… Certes oui, l’affiche de The Dead Don’t Die vantant son « casting à réveiller les morts » a de la gueule. Mais empiler des tombereaux de noms prestigieux (Bill Murray, Tilda Swinton, Adam Driver, Selena Gomez, Steve Buscemi, Chloë Sevigny, Danny Glover...) n’a jamais constitué un gage de qualité, ni garanti de provoquer le tsunami de spectateurs escompté par les producteurs. Voyez les cimetières, où l’on trouve pourtant la plus forte concentration de génies au mètre carré (et une proportion non négligeables de sinistres abrutis) : outre les taphophiles, ils ne rameutent guère les foules. Blague à part, cette affiche reproduisant luxueusement celle plus brute de décoffrage de La Nuit des Morts-Vivants (1968) annonce d’emblée la couleur : Jim Jarmusch vient rejouer la partition du classique horrifique de Geor

Continuer à lire

Avec The Overdrive Conspiracy, le punk est dans tous ses états

Documentaire + concerts | L'association grenobloise investira l'Engrenage vendredi 5 octobre pour une soirée concerts et projection.

Damien Grimbert | Mardi 2 octobre 2018

Avec The Overdrive Conspiracy, le punk est dans tous ses états

Association grenobloise spécialisée dans l’organisation de concerts punk, harcore et noise, The Overdrive Conspiracy peut se vanter d’un joli bilan en l’espace de cinq années et quelques d’existence : 44 concerts organisés entre Grenoble, Lyon, Albertville et Saint-Étienne, et 90 groupes invités originaires de 13 pays différents. D’où l’idée de fêter ça comme il se doit par le biais d’une soirée pluridisciplinaire un peu hors norme à l’Engrenage. Au programme, une exposition rétrospective des cinq années d’existence de l’asso réunissant affiches et photographies de concerts, et la projection d’un documentaire inédit de David Basso, Diesel, en présence du réalisateur. Prenant la forme d’un « road movie documentaire et musical » condensant plus d’une centaine d’heures d’interviews et de captations live, Diesel dresse en creux le portrait de la scène punk-rock des années 1990 et 2000, et son évolution en marge de l’industrie du disque mainstream. À ne pas manquer enfin, le folk-rock acoustique de Forest Pooky (en photo), également membre du trio pop punk Sons of Buddha, et la surf music incandescente de l’Italien Surfe

Continuer à lire

"BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan" : Spike Lee en mode humour noir

ECRANS | Deux flics (l’un noir, l’autre blanc et juif) infiltrent la section Colorado du KKK. Le retour en grâce de Spike Lee est surtout une comédie mi-chèvre mi-chou aux allures de film des frères Coen – en moins rythmé. Grand prix lors du dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mercredi 22 août 2018

Colorado Springs, États-Unis, aube des années 1970. Tout juste intégré dans la police municipale, un jeune flic noir impatient de "protéger et servir" piège par téléphone la section locale du Ku Klux Klan. Aidé par un collègue blanc, sa "doublure corps", il infiltrera l’organisation raciste… Spike Lee n’est pas le dernier à s’adonner au jeu de l’infiltration : dans cette comédie « basée sur des putains de faits réels » (comme l’affiche crânement le générique), où il cite explicitement Autant en emporte le vent comme les standards de la "blaxploitation" (Shaft, Coffy, Superfly…), le réalisateur de Inside Man lorgne volontiers du côté des frères Coen pour croquer l’absurdité des situations ou la stupidité crasse des inévitables "sidekicks", bêtes à manger leur Dixie Flag. Voire sur Michael Moore en plaquant en guise de postface des images fraîches et crues des émeutes de Charlottesville (2017). Cela donne un ton cool, décalé-cocasse et familier, rehaussé d’une pointe d’actualité

Continuer à lire

"L’Homme qui tua Don Quichotte" : tout ça pour ça ?

ECRANS | Pendant un quart de siècle, le réalisateur Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnages et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

De retour en Espagne où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative (Adam Driver) retrouve le cordonnier (Jonathan Pryce) à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une de nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi susc

Continuer à lire

La Tène et Phoenician Drive : boucles extatiques

Concert | Vendredi 9 mars, la Bobine propose « une soirée dédiée au mélange des genres, des époques et des cultures ; un tournoiement de fête syncrétique, une célébration à tourbillons, drones et bourdons, instruments traditionnels et électroniques ». Tout un programme.

Damien Grimbert | Mardi 6 mars 2018

La Tène et Phoenician Drive : boucles extatiques

Trio franco-suisse mêlant dans ses compositions vielle à roue, percussions, harmonium indien et sonorités électroniques, La Tène est l’auteur d’une musique entêtante et hypnotique, plongeant l’auditeur dans un état de transe primitive dont on ressort délicieusement engourdi. Tissant des ponts entre musique médiévale, drone, minimalisme et psychédélisme pur et dur, la formation réunissant Alexis Degrenier, Laurent Peter et Cyril Bondi se rapproche ainsi par certains aspects des expérimentations menées par le collectif La Nòvia, aux confins des musiques traditionnelles et contemporaines. Une approche exigeante certes, mais qui se dévoile paradoxalement d’une accessibilité à l’écoute bien plus immédiate que son énoncé ne le laisserait a priori supposer, comme en témoigne l’excellent Tardive/Issime, dernière sortie discographie en date d’un trio qu’on a hâte de découvrir sur scène. Au même titre d’ailleurs que les tout aussi emballants Phoenician Drive, sextet belge partageant le même tropisme pour les boucles envoûtantes et le psychédélisme, mais oscillant quant à lui dans un registre aux confluences du krautrock et des musiques

Continuer à lire

"Logan Lucky" : un Steven Soderbergh petit bras

ECRANS | de Steven Soderbergh (E.-U., 1h58) avec Channing Tatum, Adam Driver, Seth MacFarlane…

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Les frères Logan sont des poissards, Clyde (qui a perdu son avant-bras à l’armée) en est persuadé. Bien que récemment viré et divorcé, son aîné Jimmy n’y croit pas et lui propose un casse d’autant plus ardu à accomplir qu’ils doivent compter sur Joe Bang, un braqueur… incarcéré. Heu ? Face à l’affiche, il y a de quoi baver : Steven Soderbergh réunit James Bond, la petite-fille d’Elvis, Kylo Ren et Magic Mike pour exploser le coffre-fort, non pas d’un casino au Nevada, mais d’un circuit de course automobile en Caroline du Nord. Il a beau translater son intrigue dans un État moins proche de l’Idaho, et la saturer de bras cassés (ou amputés), cette énième resucée auto-parodique de Ocean’s Eleven ne casse malheureusement pas trois pattes à un canard. Certes, il y a des crétins à la "frères-Coen", un portrait affligeant de la classe infra-moyenne et de l’Amérique profonde, mais on sent Tonton Steven tourner sur la réserve, sans forcer son talent, tout à la joie d’être avec ses potes. Si ça lui fait plaisir, pourquoi pas, mais quelle frustration pour le public ! Imagine-t-on se rendre dans un restaurant gastronomique pour se faire servir u

Continuer à lire

"Baby Driver" : ils en font des caisses (et tant mieux)

ECRANS | de Edgar Wright (G.-B., 1h53) avec Ansel Elgort, Lily James, Kevin Spacey, Jamie Foxx…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Petit génie du volant, le mutique et mélomane Baby est le pilote préféré de Doc, un criminel envers qui il a une dette et qui le force à conduire sur des braquages. Quand Baby veut se ranger des voitures, Doc ne l’entend pas de cette oreille. Ça va swinguer... Au commencement, il y eut The Driver (1978) de Walter Hill, polar taciturne et nocturne à cylindrées hurlantes, hystérisé par Bruce Dern pétant des durites. Puis vint Drive (2011), relecture purple-electroclash de Nicolas Winding Refn, accélération sensible et refroidie par l’épure. Très logiquement surgit à présent la version bubble-gum, soigneusement clipée par un Edgar Wright vibrant davantage pour le rythme musical de son film que par les ronflements de moteurs – tant mieux, on n’est pas dans Fast and Furious non plus. Au-delà du gimmick cool ou de l’artifice scénaristique, la musique entretient un authentique dialogue entre les personnages et l’histoire ; elle sculpte également le découpage autant qu’elle règle, pour la virtuosité du geste

Continuer à lire

"Silence" : du doute, pour une foi

ECRANS | En relatant le chemin de croix de jésuites du XVIIe siècle éprouvant leur foi en évangélisant un Japon rétif à la conversion, Scorsese le contemplatif explore ici sa face mystique — ce nécessaire ubac permettant à son œuvre d’atteindre des sommets.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Loin d’être monochromatique, la filmographie de Scorsese reflète depuis toujours une admiration conjointe pour deux mondes ritualisés : le temporel des truands et le spirituel des religieux. S’il n’y a guère de malfrats dans Silence, on y découvre toutefois quelques châtiments pratiqués par les autorités nippones sur les chrétiens refusant d’apostasier, et que des mafieux trouveraient à leur goût ! La violence des confrontations entre ces deux univers autour de la notion de foi ne pouvait que fasciner le réalisateur de Taxi Driver et de Casino. Pour autant, Silence ne s’inscrit pas dans la veine stylistique des Infiltrés ou des Affranchis : la question intérieure et méditative prime sur la frénésie exaltée. Lent, posé, d’inspiration asiatique dans sa facture, il se rapproche du semi ésotérique Kundun (1997). Chacun sa croix Débutant par la recherche d’un missionnaire porté disparu, Silence se poursuit par une succession d’introspections pour le père Rodrigues parti sur ses traces. Feindre une abjuration

Continuer à lire

Martin Scorsese : « Je vis toujours avec Silence »

ECRANS | Lors de son bref passage en France, Martin Scorsese a brisé le silence pour évoquer celui qui donne le titre à son nouveau film. Morceaux choisis et propos rapportés…

Vincent Raymond | Vendredi 3 février 2017

Martin Scorsese : « Je vis toujours avec Silence »

Votre titre est accompagné au générique de début par un réel silence. Doit-il s’entendre comme un constat ou une injonction ? C’est une façon d’attirer l’attention du spectateur, mais aussi une forme de méditation intime, car ce film exige une concentration du public. Nous venons tous du silence et nous allons tous y retourner ; alors autant s’y habituer et s’y sentir bien. Qu’est-ce qui vous a autant attiré dans le livre de Shūsaku Endō ? J’ai été attiré — obsédé, devrais-je dire — par l’histoire qu’il raconte. Pour moi, il parle d’une manière extraordinaire de la façon d’accepter la spiritualité qui est en nous. Sa résonance est toute particulière de nos jours, alors que le monde rencontre de grands changements technologiques et que des faits horribles se déroulent. J’espère que cette histoire, et donc le film, pourra ouvrir un dialogue en montrant que la spiritualité existe, puisqu’elle est une part intégrante de notre humanité profonde. Vous avez porté ce projet plusieurs décennies. Que ressentez-vous à présent qu’il est achevé ? Cela a duré longtemps, en effet. J’ignorais c

Continuer à lire

"Paterson" : poète, vos papiers (du véhicule)

ECRANS | Une semaine ordinaire dans la vie de Paterson, chauffeur de bus à Paterson, New Jersey, et poète à ses heures. Après la voie du samouraï, Jim Jarmusch nous indique celle d’un contemplatif alter ego, transcendant le quotidien sur son carnet. Une échappée hors du temps bienvenue.

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa quiétude provinciale, ne pourrait-elle pas être le nord magnétique de la poésie américaine ? Escale obligée – semble-t-il – pour une foule de maîtres du verbe, de Ginsberg à Iggy Pop, ce cadre apparemment dépourvu de pittoresque et de distractions a inspiré le poète et romancier américain William Carlos Williams tout au long de sa carrière. Il est aussi la patrie d’un bien nommé Paterson, émule du précédent ; le lieu d'où il compose son œuvre dans le secret d’un carnet de notes, sans jamais se départir de son impassibilité. Citoyen en apparence quelconque d’une ville banale, Paterson trouve dans son train-train matière à émerveillement, transmutant les choses vues en vues singulières. Carnet de notes sur revêtement de ville Emboîtant les pas de ce scribe machiniste, Jim Jarmusch révèle le caractère ininterrompu du processus d’écriture : entre la cristallisation de l’inspiration et la fixation du texte sur le papier, les mots s’affichent, s’accumulent, s’agencent dans son esprit – et, pour nou

Continuer à lire

Les Tigres du Futur, rock de série B

MUSIQUES | Le groupe plus ou moins énigmatique, dont la musique se rapproche d'un garage rock furieusement psychédélique, sera mercredi 26 octobre à Grenoble. On vous en dit plus.

Damien Grimbert | Mardi 18 octobre 2016

Les Tigres du Futur, rock de série B

Avouons-le d’emblée, on reste quelque peu circonspects, pour ne pas dire franchement dubitatifs, concernant l’authenticité de la biographie des Tigres du Futur. Cinq musiciens de studio aux noms à consonances italiennes, auteurs de bandes-son de films italiens et mexicains tellement obscurs qu’il n’en subsisterait aucune trace sur internet, réunis en 1978 par un légendaire producteur du département de l’Hérault dénommé Jo-Bernard Castagneri ? Tout cela demande une bonne dose d’incrédulité. Ce qui ne fait aucun doute en revanche, c’est l’excellence des compositions du groupe, réunies sur deux albums sortis fin 2012 et début 2016, Collection Illusions Sonores Vol 1 & 2. Mélange incandescent de garage rock furieusement psychédélique et de discrets emprunts synthétiques à l’âge d’or de la cosmic disco et de la library music italienne, la musique des Tigres du futur s’avère, en dépit de ses influences hautement hétérogènes, d’une cohérence sans faille et d’une efficacité redoutable. Ajoutez à cela des clips, pochettes d’albums et titres de morceaux qui sonnent comme autant d’hommages aux après-midis passés entre amis à chasser

Continuer à lire

"The Neon Demon" : beauté fatale

ECRANS | Retour en grâce pour Nicolas Winding Refn alias NRW (puisque c’est ainsi qu’il sigle son nom au générique) avec un conte initiatique : celui d’une gamine partant à la conquête du monde de la mode. Le récit d’une ambition dévorante et dévorée, à la superbe… superbe.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Comme une promesse, ou une métaphore de cette foire aux vanités qu’est l’industrie de la mode, la première séquence de The Neon Demon offre un condensé glaçant de sang, de flashs et de voyeurisme. Mais on aurait tort de se fier à ce que l’on a sous les yeux : derrière la splendeur et la perfection sans défaut de l’image ; derrière les surfaces lisses et les miroirs, tout est factice. La beauté pure n’existe pas, et lorsqu’elle surgit sous les traits de Jesse, elle est perçue comme une anomalie, une monstruosité dans cet empire des apparences et de l’illusion. Un élément discordant qui va se corrompre en pervertissant son entourage – la pomme cause-t-elle le ver, ou bien le ver détruit-il la pomme ; toujours est-il que la réunion des deux gâte l’ensemble. Aux antipodes de la superficialité clinquante de l’ère des supermodels et de sa foule de mondains papillonnant dans la lumière déjà croquée par Altman dans Prêt-à-porter (1994), Nicolas Winding Refn signe une œuvre nocturne, i

Continuer à lire

Qui es-tu Nicolas Winding Refn?

ECRANS | Petite bio du réalisateur de "The Neon Demon", en salle ce mercredi 8 juin.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Qui es-tu Nicolas Winding Refn?

1970 : Naissance le 29 septembre à Copenhague. Son nom composé le prédestine au cinéma : son père Anders Refn est monteur et sa mère Vibeke Winding photographe. 1978 : Suit sa mère aux États-Unis où il étudie à l’American Academy of Dramatic Arts (New York). 1996 : Pusher, son premier long métrage, révèle Mads Mikkelsen, qui sera tête d’affiche de Pusher 2 (2004). 2009 : Après Pusher 3 (2005), il signe un biopic aussi brillant qui violent sur un prisonnier britannique rebelle, Bronson, qui révèle Tom Hardy au grand public. 2011 : Drive lui vaut sa première sélection en compétition au Festival de Cannes et un Prix de la Mise en scène. Ryan Gosling y perd définitivement son étiquette Disney et Kavinsky y gagne une notoriété mondiale

Continuer à lire

Nicolas Winding Refn : «Un film divertissant, glamour et vulgaire»

ECRANS | Revenu bredouille de Cannes, "The Neon Demon" avait pourtant tout pour plaire à George Miller, puisque c’est un film d’horreur adolescent. Explications par ce pince-sans-rire élégant qu’est Nicolas Winding Refn, à qui l'on doit également "Drive", "Only God Forgives" ou encore "Pusher".

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Nicolas Winding Refn : «Un film divertissant, glamour et vulgaire»

Pourquoi avoir jeté votre dévolu sur le milieu de la mode – The Neon Demon suit les traces d’une jeune fille débarquant à Los Angeles pour devenir mannequin ? Nicolas Winding Refn : En fait, je ne l'ai pas choisi, je voulais faire un film sur la beauté. Parce que tout le monde a un avis sur cette notion de beauté : soit pour la considérer comme étant dépourvue d’intérêt, soit comme étant une valeur absolue. Même si elle apparaît largement dans de nombreuses facettes de notre vie, c’est évidemment dans l'univers de la mode qu’elle est la plus célébrée. Nous vivons dans un monde totalement obnubilé par la beauté, où elle est devenue une obsession artistique et générale. Cette "monnaie" n’a jamais été dévaluée, mais sa durée de vie devient de plus en plus éphémère et se récolte de plus en plus jeune. The Neon Demon n’est-il pas plus particulièrement un film sur l’intoxication par la beauté –​ ce qui, au passage, vous a fait encourir un risque de surdose en dirigean

Continuer à lire

Les neuf vies de Teki Latex

MUSIQUES | Rap, pop, musiques électroniques… Depuis plus d’une quinzaine d’années, Teki Latex évolue sans relâche aux intersections les plus excitantes entre culture populaire et niches underground futuristes. Il sera au Vertigo ce vendredi.

Damien Grimbert | Mardi 24 novembre 2015

Les neuf vies de Teki Latex

S’il reste avant tout connu du grand public pour son activité au sein du du trio rap TTC, du label Institubes et son duo pop avec Lio (Les Matins de Paris), Teki Latex ne s’est pas arrêté en si bon chemin pour autant. Créateur en 2009 aux côtés de son ami Orgasmic du label parisien Sound Pellegrino, devenu rapidement une référence de premier plan pour les amateurs de "club music" non formatée, il est aussi le fondateur et animateur depuis maintenant deux ans de l’émission Overdrive Infinity, qui accueille chaque semaine sur Dailymotion quelques uns des DJs les plus passionnants du moment. Également impliqué au sein de la florissante scène Ballroom parisienne en tant que sélecteur musical pour le crew de danseurs vogue Legendary House Of Ninja et résident de la radio Rinse France à ses heures perdues, il est avant tout devenu un DJ club audacieux

Continuer à lire

While we’re young

ECRANS | Après "Frances Ha", Noah Baumbach continue d’explorer le New York branché et sa bohème artistique, transformant la pièce d'Ibsen "Solness le constructeur" en fable grinçante et néanmoins morale où des bobos quadras se prennent de passion pour un couple de jeunes hipsters. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

While we’re young

Quarante ans, toujours pas parents ; Josh et Cornelia (couple inattendu mais crédible formé par Ben Stiller et Naomi Watts) sont en pleine crise. Tandis que leurs amis bobos new-yorkais s’assurent une descendance, eux semblent frappés de stérilité. Celle-ci n’est pas seulement sexuelle, elle est aussi créative, en particulier pour Josh, en galère pour terminer un documentaire fleuve qui, manifestement, n’intéresse que lui. Jusqu’au jour où ils rencontrent Jamie et Darby – Adam Driver et Amanda Seyfried, prototypes de hipsters ayant fait de la bohème une règle de vie. À leur contact, Josh et Cornelia trouvent une seconde jeunesse, revigorés par ce couple qui semble vivre dans un présent perpétuel. Noah Baumbach se livre alors à une comédie de mœurs contemporaine, même s’il s’inspire très librement d’une pièce vieille d’un siècle – Solness le constructeur d’Ibsen. Le ton y est mordant et le monde actuel en prend pour son grade : tandis que Josh se débat avec son portable, ses CD et son appartement design, Jamie ne jure que par les vinyles, les VHS et le mobilier vintage. La jeunesse s’empare des objets ringards de ses aînés et les rends hype et désirables, y com

Continuer à lire

Les soirées de juin

MUSIQUES | Zoom sur cinq temps forts des nuits grenobloises.

Damien Grimbert | Mardi 2 juin 2015

Les soirées de juin

Adana Twins Pour fêter ses 18 années d’existence, le Vertigo a eu la bonne idée d’inviter le duo de Hamburg Adana Twins, qui nous avait déjà rendu visite au Bar MC2 il y a un peu plus de deux ans. Signés sur le très bon label berlinois Exploited Records, Take It Easy & Friso sont les auteurs d’une house volontiers deep et néanmoins redoutable d’efficacité, qui englobe toutes les caractéristiques du son berlinois (propre, léché, minimaliste), mais sait également s’ouvrir à des influences plus souples à l’occasion, le duo cultivant en parallèle un amour de longue date pour les sonorités groove, funk, hip-hop et tropical. Les 10 ans du Vertigo avec Adana Twins, vendredi 12 juin au Vertigo

Continuer à lire

Hungry hearts

ECRANS | Après "La Solitude des nombres premiers", Saverio Costanzo prolonge son exploration des névroses contemporaines en filmant l’enfermement volontaire d’une femme, atteinte d’une phobie radicale du monde extérieur. Un film dérangeant dont la mise en scène rappelle Polanski. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Hungry hearts

La rencontre entre Jude et Mina pourrait être le prélude à une comédie romantique : ils se retrouvent tous deux enfermés dans les toilettes d’un restaurant chinois, incommodés par l’odeur et embarrassés par cette promiscuité forcée. Cette première scène de Hungry hearts agit donc comme un faux-semblant pour le reste du film, pas franchement drôle et même carrément inquiétant. Mais Saverio Costanzo, déjà auteur du remarquable La Solitude des nombres premiers, y offre deux indices au spectateur quant à la tournure que prendront les événements : d’abord, la claustration physique et son prolongement psychologique, véritable sujet du film ; puis cette idée d’un corps masculin dont les fluides créent des effluves nauséabondes et potentiellement dangereuses. C’est ce qui va détraquer l’histoire d’amour : une fois le mariage célébré, l’enfant à naître n’est pas vraiment désiré. « Ne viens pas en moi ! » demande Mina, mais Jude ne parvient pas à se retenir. Quelque chose d’étranger est donc entré dans son corps

Continuer à lire

Taxi Driver, compteur à héros

ECRANS | Cela fait presque quarante ans que Taxi Driver est sorti sur les écrans. C’est à peine pensable tant le film semble habiter un espace-temps furieusement (...)

Christophe Chabert | Mardi 24 septembre 2013

Taxi Driver, compteur à héros

Cela fait presque quarante ans que Taxi Driver est sorti sur les écrans. C’est à peine pensable tant le film semble habiter un espace-temps furieusement contemporain, qui saisit à chaque nouvelle vision ; le propre des chefs-d’œuvre. Le Travis Bickle incarné par Robert De Niro reste le personnage le plus fort de toute la filmographie, pourtant riche, de Martin Scorsese : vétéran du Vietnam insomniaque devenu chauffeur de taxi dans les rues de New York, il en absorbe toute la misère pour la recracher, déformée et monstrueuse, en une longue rumination intérieure, avant de se commuer en ange exterminateur. Bickle est-il un héros positif ou négatif ? Tout dépend, répond Scorsese ; son désir d’exister, de servir à quelque chose, le poussent à adopter la première cause qui passe, assassinat d’un candidat à la Maison Blanche ou massacre sanglant dans un lupanar tenu par un pimp blanc. Inadapté, un peu idiot sinon carrément facho, il provoque partout où il passe le malentendu. Même la fin du film, d’une souveraine ambiguïté, le sanctifie pour des raisons pour le moins réversibles moralement. La caméra nerveuse de Scorsese, le jeu fiévreux de De Niro – a

Continuer à lire

Frances Ha

ECRANS | En noir et blanc et au plus près de sa formidable actrice et co-auteure Greta Gerwig, Noah Baumbach filme l’errance d’adresses en adresses d’une femme ni tout à fait enfant, ni tout à fait adulte, dans un hommage au cinéma français qui est aussi une résurrection du grand cinéma indépendant américain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 juin 2013

Frances Ha

Elle s’appelle Frances et c’est déjà tout un programme pour le nouveau film de Noah Baumbach, son meilleur depuis Les Berkman se séparent. Frances est une New-yorkaise pur jus, mais c’est comme si cette belle création cinématographique, fruit d’un travail en symbiose entre le cinéaste et son actrice Greta Gerwig, était aussi l’héritière d’un certain cinéma français. Dans une des nombreuses chambres où elle va échouer et qu’elle se refuse obstinément à ranger, Frances épingle un poster anglais de L’Argent de poche de François Truffaut ; avec un de ses colocataires, elle regarde un soir à la télé Un conte de Noël de Desplechin ; sur un coup de tête, la voilà partie pour Paris, où elle traîne entre le Café de Flore et la Sorbonne, tentant vainement d’avancer dans sa lecture de Proust ; enfin, séquence mémorable, on la voit danser en toute liberté dans la rue tandis que la caméra l’accompagne en travelling latéral, avec Modern Love de David Bowie déchaîné sur la bande-son.

Continuer à lire

Only god forgives

ECRANS | Nicolas Winding Refn rate le virage post-"Drive" avec ce film vaniteux qui ressemble à l’œuvre d’un chef décorateur surdoué cherchant sans y parvenir quelque chose à raconter. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 mai 2013

Only god forgives

Quant on avait découvert Drive, Nicolas Winding Refn n’était plus un inconnu : la trilogie Pusher et le génial Bronson avaient déjà montré l’étendue de son talent et de ses ambitions. Si surprise il y avait, c’était celle d’un cinéaste qui synthétisait dans une forme pop et romantique un creuset d’influences et de codes qu’il arrivait à régénérer. Avec Only god forgives, Winding Refn tombe dans son propre maniérisme et ce qui hier relevait du plaisir se transforme ici en effort désespéré pour faire autre chose que de l’imagerie pure et simple. L’argument, en soi, n’est pas plus original que celui de Drive : en Thaïlande, deux frères vivotent entre matchs de boxe et trafics de drogue. Le plus âgé, dans un coup de folie, tue une prostituée, avant d’être à son tour massacré par le père éploré, poussé dans son geste par un flic sadi

Continuer à lire

Top flop Cinéma

ECRANS | Au gré d'un suspense insoutenable, voici enfin les résultats des votes récompensant les meilleurs et pires films de l'année !

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

Top flop Cinéma

Lecteurs TOP : 1. Drive de Nicolas Winding Refn2. Black swan de Darren Aronofsky3. Melancholia de Lars Von Trier4. La piel que habito de Pedro Almodovar5. Une séparation d’Asghar Farhadi6. Shame de Steve McQuenn7. The tree of life de Terrence Malick8. Le discours d’un roi de Tom Hooper / La guerre est déclarée de Valérie Donzelli10. Polisse de Maïwenn FLOP : 1. Au-delà de Clint Eastwood2. The tree of life de Terrence Malick3. Minuit à Paris de Woody Allen4. Twilight chapitre 4 : Révélation 1ère partie de Bill Condon5. Les Schtroumpfs de Raja Gosnell6. Bienvenue à bord de Eric Lavaine7. Les lyonnais de Olivier Marchal / Ma part du gâteau de Cédric Klapisch9. Contagion de Steven Soderbergh10. Pirates des caraïbes : la fontaine de jouvence de Rob Marshall   Rédaction  TOP : 1. Balada triste de Alex de la Iglesia2. La solitude des nombres premiers de Saverio Costanzo3. Carancho de Pablo Trapero / Shame de Ste

Continuer à lire

D’où viens-tu, Nicolas Winding Refn ?

ECRANS | Filmographie / Non seulement il y a eu une vie avant Drive pour le réalisateur danois, mais elle fut riche en uppercuts cinématographiques. François Cau

François Cau | Mercredi 28 septembre 2011

D’où viens-tu, Nicolas Winding Refn ?

Pusher (1996)La descente aux enfers d’un dealer accumulant les mauvais coups du sort. Un premier film sec comme un coup de trique, qui bringuebale son spectateur entre une esthétique cousine du Mean Streets de Scorsese et des dialogues à la Tarantino. Le réalisateur, caméra à l’épaule, y teste quelques-uns de ses gimmicks de mise en scène (présentation iconique des personnages, travail sur la texture sonore, éclairages fluos stridents dans la dernière partie…). Bleeder (1999)Winding Refn reprend le casting de Pusher pour cette variation en mode mineur, dont le décor principal (un vidéoclub) lui permet de citer tous ses cinéastes préférés dans une amusante scène d’intro en forme de grand déballage. Scandé par des fondus filtrés en rouge, le film exprime de façon crue les doutes existentiels de son auteur, comme son besoin viscéral de faire du cinéma. Le tout d’une manière encore plus désespérée que Pusher, en une catharsis hardcore de ses trouilles d’homme, de mari, de futur père. Inside job (2003)Un vigile (John Turturro, incroyable) enquête sur le meurtre “accidentel“ de son épouse lors d’une f

Continuer à lire

Cannes jour 10 : Bonne conduite

ECRANS | Drive de Nicolas Winding Refn. This must be the place de Paolo Sorrentino.

François Cau | Samedi 21 mai 2011

Cannes jour 10 : Bonne conduite

Dans la dernière ligne droite du festival, celle où l’on risque à tout instant la sortie de route, les organisateurs de ce Cannes 2011 ont eu la bonne idée de programmer un film qui s’appelle Drive. C'est logique et bienvenu, car le nouveau Nicolas Winding Refn, qu'on l'aime ou pas, a fait l'effet d'un shoot de red bull sur les festivaliers. Le cinéaste danois avait tenté une première fois l'aventure hollywoodienne avec Inside job (rien à voir avec le docu coup de poing sorti l'an dernier), dont l'échec public et critique l'ont renvoyé direct et la rage au cœur vers son pays natal. Depuis, entre la fin de sa trilogie Pusher, l'incroyable Bronson et le très personnel Valhalla Rising, Winding Refn est devenu un des cinéastes qui compte dans le paysage mondial. Mais Drive n'a rien d'un film personnel, c'est une commande ouvertement commerciale qu'il a reprise au pied levé et sur laquelle il a pu déverser sa cinéphilie et son incontestable talent de metteur en scène. On y suit un cascadeur de cinéma qui, la nuit tombée, devient chauffeur pour des hold-ups millimétrés. Un super-héros à l'envers, particulièrement taciturne et insondable, qui derrière sa voix douce et son blouson élimé ca

Continuer à lire

Hell driver

ECRANS | De Patrick Lussier (ÉU, 1h44) avec Nicolas Cage, Amber Heard…

François Cau | Lundi 21 mars 2011

Hell driver

Echappé des flammes de l’enfer pour sauver sa petite fille kidnappée par un adorateur de Satan, Milton récupère bagnole et belle blonde, puis casse tronches et tronçons d’autoroutes sur fond de hard-rock qui tâche, se transformant en icône pour adeptes du mélange tuning-baston. Qu’on se le dise : Hell driver est un parangon de beauferie vulgos et décomplexée, un pur film de drive in sans le commentaire distancié qu’en avaient fait Tarantino et Rodriguez. Le début tient la route grâce à un humour bien noir, un réel culot pour montrer des filles à poil et des crânes défoncés, un certain soin dans la réalisation (3D comprise) et la caractérisation des personnages (notamment le «comptable» joué par William Fichtner). Après, ça sent nettement plus la série Z : effets spéciaux pourris, direction artistique scandaleuse (le repère des satanistes à la fin aurait mérité le licenciement du chef déco), cascades de dialogues pour débiles légers et incohérences de scénario trop voyantes pour être honnêtes. La leçon à en tirer : même le n’importe quoi mérite un tant soit peu de conscience professionnelle. Niveau inconscience, le film est au diapason d’un Nicolas Cage dont on se demande sincèremen

Continuer à lire