La chevauchée fantastique de Spielberg

ECRANS | Comme s’il avait fait de cette odyssée d’un cheval du Devon à travers la première guerre mondiale le prétexte à une relecture de tout son cinéma, Steven Spielberg signe avec "Cheval de guerre" un film somptueux, ample, bouleversant, lumineux et inquiet. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Jeudi 16 février 2012

Il y a d'abord le souffle fordien des premières séquences. Quelque part dans le Devon, au début du XXe siècle, un jeune garçon voit naître un cheval, qu'il va tenter d'apprivoiser en quelques plans muets mais d'une grande force d'évocation. Ce cheval sera mis aux enchères et un fermier obstiné, alcoolique et sous le joug d'un propriétaire inflexible, s'entête à l'acheter. Sauvage, le cheval doit servir pour labourer un champ à l'abandon, sec et rocailleux ; personne n'y croit sauf Albert, le fils, qui va arriver à le dresser, nouant une relation quasi-amoureuse avec lui. Steven Spielberg est alors de plain-pied dans le conte enfantin, le territoire naïf des productions Amblin et de son cinéma dans les années 80. S'il se mesure à ses maîtres (Ford donc, mais aussi David Lean), il rabat cependant cette première demi-heure sur ses propres thèmes (la générosité de l'enfance contre la cruauté des adultes) et ses figures habituelles de mise en scène, notamment ces travellings recadrant un visage qui s'illumine au contact du merveilleux : Spielberg reste Spielberg, se dit-on.

Au hasard, Joey

Cheval de guerre n'a alors accompli que la première moitié de son titre, et rien ne laisse présager l'étonnante rupture de ton que le cinéaste va faire subir au film par la suite. La première guerre mondiale s'invite dans l'histoire et sépare Joey le cheval de son propriétaire Albert. Séparation radicale : le scénario (de Lee Hall et de l'excellent Richard Curtis, scénariste de 4 mariages et un enterrement et réalisateur de Love actually et Good morning England) préfère suivre Joey que son maître. Cheval de guerre fait ainsi exploser les conventions hollywoodiennes qui veulent que l'on désigne un héros et que l'on s'y tienne ; à l'inverse, il multiplie les figures attachantes qui ne font que prendre un temps le contrôle du récit. Le cheval lui-même n'est jamais vraiment élevé au rang de personnage et n'est là que pour révéler, à la manière de l'âne dans Au hasard Balthasar, la violence qui l'entoure. Mais là où Bresson utilisait l'animal pour souligner la noirceur de l'âme humaine, Spielberg préfère en faire un miroir à la dureté du monde, fidèle à sa philosophie où l'humanisme côtoie toujours un certain pessimisme. Ce qui surprend le plus dans Cheval de guerre, c'est l'omniprésence de la mort, même si le cinéaste fait tout pour la mettre à distance. Au cours de la scène, magistrale, du premier assaut, les soldats allemands tombent face caméra, mais les cavaliers anglais résistent aux tirs des mitrailleuses ennemies. Sensation d'irréalisme, jusqu'à ce que Spielberg, retenant la leçon de David Lean dans Lawrence d'Arabie, cadre en gros plan une de ces machines de guerre qu'il raccorde avec le cheval du capitaine, traversant seul les lignes allemandes. L'image la plus frappante de Cheval de guerre est ainsi celle de l'exécution : filmée de loin, entravée par le passage des hélices d'un moulin, la scène ne montre que les coups de feu tirés et les corps à terre. La pudeur spielbergienne est une question d'interdit : on ne filme pas la mort, seulement l'absence de celui qui meurt.

Fanion de nos pères

Il y a toutefois un authentique trajet dans Cheval de guerre, mais pas celui que l'on aurait pu croire ; celui qui peu à peu abolit les distances de classe et finit par réunir une communauté divisée. C'est là encore une constante du Spielberg historique, qui le rapproche une fois de plus de John Ford. Si la scène initiale de la vente aux enchères marquait le fossé entre les possédants et les sans terres, sa répétition dans la dernière partie figure un instant de réconciliation et de solidarité qui transcende toutes les barrières. Et puis il y a ce fanion, outil scénaristique mais aussi emblème de tous ceux qui ont combattu, pour une noble cause ou pour de coupables desseins, au front ou du fond de leur grange. Plus que le cheval, c'est lui qui circule et unit tous les personnages du film, se chargeant à chaque rencontre de la blessure infligée à celui qui le recueille. La grande beauté de Cheval de guerre, œuvre bouleversante de simplicité et de sincérité, tient à cela : l'espoir y est toujours inquiet, l'odyssée ne grandit pas, elle permet seulement de comprendre la douleur de l'autre.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Pearl" : sculpture humaine par Elsa Amiel

ECRANS | d'Elsa Amiel (Fr-Sui, 1h20) avec Julia Föry, Peter Mullan, Arieh Worthalter…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Léa Pearl s’apprête concourir pour un titre de culturiste. Alors que son entraîneur lui prodigue ses ultimes conseils, son ex débarque avec un enfant, leur fils Joseph. Charge à Léa, qui l’a abandonné, de s’en occuper pendant deux heures. Mais l’instinct maternel n’est pas un muscle… De la fascination pour le corps et sa sculpture, d’abord. La réalisatrice Elsa Amiel promène avec amour son œil-caméra sur les courbes body-buidées surréelles de Léa et des autres adeptes du jusqu’au-boutisme musculaire, jouant par des gros plans ambigus et des gémissement dans l’effort suggestifs sur les similitudes entre la mécanique de entraînement et la gymnastique d’un coït. En creux se pose naturellement la question de la féminité de la femme culturiste, et incidemment de sa capacité à être mère, maternelle et maternante – d’autant que la cinéaste sous-entend que les "supplémentations" ont une action hormonale inhibitrice. De la fascination pour les ambiances de nuit, les couloirs d’hôtel et les milieux semi-interlopes ensuite. Elsa Amiel reprend une grammaire de néons et de veillées sans fin classique, exploitée dans les polars comme dans des films de Laet

Continuer à lire

Projection très grand format pour le "BGG" de Spielberg

ECRANS | Jeudi 31 août au soir, on a rendez-vous à Saint-Martin-d'Hères, en plein air, pour (re)découvrir un "Bon Gros Géant" plus réussi qu'il n'y paraît...

Vincent Raymond | Lundi 28 août 2017

Projection très grand format pour le

Voici venu pour les écoliers un moment bien vicieux et redouté. Certes, le calendrier persiste à indiquer le mois d’août, mais la proche rentrée profile son hideux museau… Eh oui, les meilleures choses ont une fin – sauf la banane qui en a deux. Alors pour adoucir les derniers jours de vacances, on peut s’octroyer une ultime séance de cinéma en plein air avec un film qui parle aux petit du monde des grands (et réciproquement) : Le Bon Gros Géant (2016). Dernière réalisation de Spielberg sortie sur les écrans à ce jour (rassurez-vous, il en a une demi-douzaine en préparation), cette adaptation de Roald Dahl (illustrée par Quentin Blake, sa patte est reconnaissable à l’écran) met en scène une fillette londonienne et un géant non orthodoxe, puisqu’il est végétarien alors que tous ses congénères sont plutôt portés sur la chair fraîche. Aussi atypiques et esseulés l’un que l’autre, les deux amis vont tenter de convaincre la Reine d’Angleterre de les aider à préserver le monde de la menace des géants… Traité avec une relative condescendance à sa sortie, ce Spielberg explore pourtant des thèmes chers à l’auteur de Jurassic Par

Continuer à lire

"Le BGG - Le Bon Gros Géant" : la nouvelle créature de Spielberg

ECRANS | de Steven Spielberg (É.-U., 1h55) avec Ruby Barnhill, Mark Rylance, Rebecca Hallplus…

Vincent Raymond | Lundi 18 juillet 2016

Ni club de foot, ni grand magasin parisien ; ni philosophe va-t-en guerre et encore moins chaîne de fast food, l’acronyme BGG désigne la nouvelle créature intégrant l’écurie de Spielberg – déjà fort remplie. Né en 1982 dans l’esprit fécond de l'écrivain britannique Roald Dahl, Le Bon Gros Géant avait tout pour l’inspirer, puisqu’il convoque dans un conte contemporain les solitudes de deux "doubles exclus" (une petite orpheline et un monstre rejeté par les siens), du merveilleux spectaculaire et de l’impertinence. Le cinéaste en tire une œuvre conventionnelle au début, qui s’envole et s’anime dans sa seconde moitié, lorsqu’entre majestueusement en scène une Reine d’Angleterre à la cocasserie insoupçonnée. Spielberg est coutumier de ces films hétérogènes, changeant de ton après une ligne de démarcation nette (A.I. Intelligence Artificielle en 2001) comme d’intrigantes scènes de sadisme sur les enfants, qu’il semble apprécier de recouvrir de détritus ou de mucosités : les crachats de brontosaures dans Jurassic Park (1993) étant ici remplacés par de la pulpe infâme de "schnocombre". L’humour pot-de-chambre ira d’ailleurs assez loin – jusqu’au tr

Continuer à lire

Oui, cet homme est un cheval (de guerre)

SCENES | Cette semaine grâce à Sophie Vaude et Philippe Renard, on pourra découvrir une adaptation théâtrale de "Cheval de guerre", roman que Spielberg a déjà porté à l'écran.

Aurélien Martinez | Lundi 21 mars 2016

Oui, cet homme est un cheval (de guerre)

En 2012, on découvrait sur grand écran Cheval de guerre, chevauchée fantastique réalisée par Steven Spielberg d’après le roman de Michael Morpurgo dans lequel un cheval traverse l’horreur de la Première Guerre mondiale. Adapter ce matériau sur scène, surtout après qu’il ait été utilisé par un ponte hollywoodien, peut s’apparenter à une gageure. Surtout que la metteuse en scène Sophie Vaude et l’adaptateur Philippe Renard ont respecté le parti pris initial du romancier : faire du cheval le porteur du récit. Seul sur le plateau, le comédien Thierry Blanc campe donc ce fameux Joey et, magie du théâtre, on y croit vraiment – du moins dans les extraits qui nous ont été présentés à une semaine de la première. Un spectacle imaginé pour faire écho de manière poétique au centenaire de la Grande guerre qui est à découvrir au Tricycle / Théâtre de poche jusqu’au samedi 26 mars. Nous, on y sera, car tout ceci nous intrigue fortement… Aurélien Martinez

Continuer à lire

Le Pont des espions

ECRANS | Quand deux super-puissances artistiques (les Coen et Steven Spielberg) décident de s’atteler à un projet cinématographique commun, comment imaginer que le résultat puisse être autre chose qu’une réussite ?

Vincent Raymond | Mardi 1 décembre 2015

Le Pont des espions

Voir côte à côte les noms des Coen et celui de Spielberg fait saliver l’œil avant même que l’on découvre leur film. Devant l’affiche aussi insolite qu’inédite, on s’étonne presque de s’étonner de cette association ! Certes, Spielberg possède un côté mogul discret, façon "je suis le seigneur du château" ; et on l’imagine volontiers concevant en solitaire ses réalisations, très à l’écart de la meute galopante de ses confrères. C’est oublier qu’il a déjà, à plusieurs reprises, partagé un générique avec d’autres cinéastes : dirigeant Truffaut dans Rencontres du troisième type (1977) ou mettant en scène un scénario de Lawrence Kasdan/George Lucas/Philip Kaufmann pour Les Aventuriers de l’arche perdue (1981) voire, bien entendu, de Kubrick dont il acheva le projet inabouti A.I. Intelligence artificielle (2001). Et l’on ne cite pas le Steven producteur, qui avait proposé à Scorsese de réaliser La Liste de Schindler, avant que Marty ne le convainque de le tourner lui-même. Bref, Spielberg s’avère totalement compatible avec ceux chez qui vibre une fibre identique à la sienne. Drôles de cocos Avec les C

Continuer à lire

Spielberg et les autres

ECRANS | Qu'est-ce qui peut hanter Spielberg pour revenir plusieurs fois sur l'esclavage ? Bien avant Lincoln, La Couleur pourpre puis Amistad annonçaient déjà un (...)

Jerôme Dittmar | Lundi 28 janvier 2013

Spielberg et les autres

Qu'est-ce qui peut hanter Spielberg pour revenir plusieurs fois sur l'esclavage ? Bien avant Lincoln, La Couleur pourpre puis Amistad annonçaient déjà un sujet qui en dit long sur son auteur. Sur deux fronts (l'un la condition féminine des Afro-Américaines au début du XXe siècle, l'autre le procès des esclaves qui mena à la guerre de Sécession), Spielberg s'est évertué à filmer son pays et le peuple noir américain. Avec une telle vigueur volontariste que les deux films figurent parmi les plus décriés de sa filmographie. En cause une représentation épineuse qui, entre le mélo biblique Oprah Winfreyisé  – La Couleur pourpre, mal reçu par la communauté noire à sa sortie – et l'exercice de pénitence vantant les valeurs de la Constitution américaine  – Amistad, tourné pour corriger la réception critique du premier –, chaque film fait de cet Autre, l'esclave, le noir, une drôle de figure. On s'explique : en se penchant sur l'esclavage ou la ségrégation, Spielberg vante moins les vertus des Droits de l'homme qu'il traite de sa plus grande angoisse, la perte identitaire. Au fond, peu importe qu'il s'agisse des Noirs, des femmes, d'un

Continuer à lire

Pas de statue pour Lincoln

ECRANS | On pouvait craindre un film hagiographique sur un Président mythique ou une œuvre pleine de bonne conscience sur un grand sujet. Mais le "Lincoln" de Spielberg est beaucoup plus surprenant et enthousiasmant, tant il pose un regard vif, mordant et humain sur les arcanes de la démocratie américaine. Une merveille, qui conclut une (inégale) trilogie spielbergienne sur l’esclavage. Texte : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Pas de statue pour Lincoln

On peut n’y voir qu’un hasard… Toujours est-il que ce film sur Abraham Lincoln au début de son second mandat de Président des États-Unis est sorti au moment où Barack Obama, qui n’a jamais caché son admiration pour Lincoln, était lui-même réélu Président. Hasard aussi, Lincoln affronte sur les écrans (et aux Oscars) Django unchained, Spielberg et Tarantino se disputant ainsi un même sujet : celui de l’esclavage. Tarantino n’a pas caché au cours de ses interviews avoir souhaité faire avec Django un anti-Amistad, c’est-à-dire un film où les Noirs ont vraiment la parole et n’ont pas besoin de porte-voix blancs pour plaider leur cause. De fait, Spielberg, à l’époque un peu écartelé entre ses grands films sérieux, sa franchise jurassique et ses productions télé, était passé à côté de son affaire. Lincoln pourrait tomber exactement sous le coup de la même critique : un film qui se dissimule derrière la vérité historique – car, scoop, ce sont bien des Blancs qui ont mis fin à l’esclavage – pour mieux réduire au silence sur l’écran les principales victimes de cette

Continuer à lire

Y a plus de saisons !

ECRANS | Qu’on se le dise : les quatre prochains mois dans les salles obscures vont être riches de films attendus, de cinéastes majeurs et de découvertes passionnantes. En gros, il va falloir trouver de la place dans ses emplois du temps. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Lundi 7 janvier 2013

Y a plus de saisons !

Avant, l’année d’un cinéphile était simple à organiser : de janvier à février, reprise des hostilités après les agapes familiales avec flopée de films à oscars ; en mars et avril, petit coup de mou avant Cannes, qui occupe ensuite les esprits jusqu’à fin juin ; en été, c’est la saison des blockbusters puis les auteurs reviennent faire l’événement à la rentrée de septembre. Mais en 2013, il y a comme un dérèglement climatique qui fait ressembler le calendrier cinéma à un continuum ininterrompu de films qui font saliver et de cinéastes dont on ne raterait pour rien au monde le nouvel opus. Juste pour le mois de janvier : les nouveaux Paul Thomas Anderson, Quentin Tarantino, Kathryn Bigelow (Zero dark thirty, sur la traque de Ben Laden) et Steven Spielberg, tous à une semaine d’intervalle ; en février, ce sera au tour de Zemeckis, De Palma (Passion, remake du Crime d’amour de Corneau) et Walter Hill (Du plomb dans la tête, avec Stallone !) ; et pour le seul 6 mars, Terrence Malick, Bryan Singer, Harmony Korine et le fabuleux No de Pablo Larraín, outside

Continuer à lire

Tyrannosaur

ECRANS | Au fin fond de la misère sociale britannique, un homme cuve sa misanthropie et cherche une impossible planche de salut dans ce premier film de l’acteur Paddy Considine, impressionnant de noirceur, pas exempt de complaisance mais très maîtrisé. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Vendredi 20 avril 2012

Tyrannosaur

Bourré comme un coing, écumant de colère contre son bookmaker, Joseph sort d’un pub en gueulant et décoche un méchant coup de pied à son chien, qui claquera peu de temps après. Pas de chance, car l’animal qui lui a servi de défouloir était son seul compagnon, son dernier repère. C’est ainsi que le spectateur découvre le protagoniste de Tyrannosaur : non pas en pleine chute, mais déjà au fond du trou, en harmonie avec le bout d’Écosse sinistre et sinistrée qui lui sert de décor. La politique est passée par là, a tout détruit, et ceux qu’elle a laissés sur le carreau n’ont même plus l’idée de se révolter — et à quoi bon, de toute façon ? Abandonnés de tous, livrés à leur misère, à la maladie et à la mort, ils ne croient plus en rien. Quand Joseph, après avoir agressé de paisibles employés pakistanais, se réfugie dans un magasin de brocante tenu par Hannah, une gentille fille qui ne jure que par Dieu, il la conspue en la ramenant à sa stupide bigoterie et à sa bonne conscience gluante. Détruire, dit-il Face à ce personnage, pur bloc de haine et de ressentiment, Paddy Considine trouve la bonne distance (et le bon acteur, Peter Mullan, dont la composition n

Continuer à lire

Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne

ECRANS | A l’instar de James Cameron avec Avatar, Steven Spielberg s’empare d’une innovation technologique au potentiel énorme, et la plie à son imagination toujours fertile pour mieux la sublimer, au gré d’une véritable leçon de mise en scène. François Cau

François Cau | Jeudi 20 octobre 2011

Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne

Avatar, Drive et Tintin partent tous à leur singulière façon d’un même postulat qu’il est toujours bon de rappeler : si le récit a son importance, la manière de le mettre en images a tout autant de sens. Qu’on ait affaire à Pocahontas au pays des Schtroumpfs extraterrestres géants, à une série B qui aurait pu être interprétée par Jason Statham ou ici, à une trame antédiluvienne de feuilleton à rebondissements à peu près connue de tous, portée par un héros parmi les plus univoques qui soit, l’enjeu est de créer une mise en scène inédite, qui s’appuie sur des canons narratifs ultra-balisés et leur appréhension désormais presque instinctive par le public. Dans le cas de Tintin, quelques embûches théoriques liées au processus d’adaptation s’ajoutent au projet : le charme des aventures de l’intrépide reporter est totalement désuet, tant dans le fond que dans la forme. Il convenait donc de lui substituer un tout autre langage que la fameuse «ligne claire» d’Hergé, tout en opérant un hommage aussi déférent que possible. Passé un générique introductif lisse mais déjà porteur des intentions esthétiques qui animeront le film, Spielberg règle ces questions en trente secondes : au beau mili

Continuer à lire