Voyage en Caraxie

ECRANS | Étonnant retour en grâce de Leos Carax avec "Holy motors", son premier long-métrage en treize ans, promenade en compagnie de son acteur fétiche Denis Lavant à travers son œuvre chaotique et un cinéma mourant. Qui, paradoxe sublime, n’a jamais été aussi vivant que dans ce film miraculeux et joyeux. Critique et retour sur une filmographie accidentée. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Vendredi 29 juin 2012

Dans Boy meets girl, premier film de Leos Carax, Alex (Denis Lavant, déjà alter-ego du cinéaste au point de lui emprunter son vrai prénom) détache un poster dans sa chambre et découvre une carte de Paris dessinée sur le mur où chaque événement de sa vie a été reliée à une rue, un monument, un quartier. Ce plan, c'est celui de la Caraxie, cet étrange espace-temps construit à partir des souvenirs personnels et cinématographiques du cinéaste, celui qu'il a ensuite arpenté jusqu'à en trouver le cul-de-sac dans son film maudit, Les Amants du Pont-Neuf. Au début d'Holy motors, Leos Carax en personne se réveille dans une chambre, comme s'il sortait d'un long sommeil. Sommeil créatif, pense-t-on : cela fait treize ans qu'il n'a pas tourné de long-métrage. Le voilà donc qui erre dans cette pièce mystérieuse qui pourrait aussi, si on en croit la bande-son, être la cabine d'un bateau à la dérive ; et ce qu'il découvre derrière un mur n'est plus une carte, mais une porte qui débouche sur une salle de cinéma où des spectateurs sans visage regardent un écran où l'on projette ce film que Carax ne pouvait plus réaliser. Près de trente ans après, la Caraxie n'est plus un programme de fiction, elle est devenue le cinéma lui-même.

Le dernier homme-cinéma

Holy Motors raconte alors le voyage d'un comédien, Monsieur Oscar (Denis Lavant, toujours là, toujours génial), qui passe de rôle en rôle le temps d'une nuit à bord d'une limousine blanche conduite par ce qui ressemble à une assistante ou une secrétaire (fantomatique et magnifique Édith Scob). Il joue, mais il n'y a ni caméra, ni public. Il devient un banquier tout puissant, puis une vieille mendiante, un père face à sa fille, un vieillard agonisant, un tueur à gage, un amant retrouvant son ex-compagne, un clochard parlant une langue étrange… Chaque rôle est une référence directe, quoique parfois cryptée, à d'autres personnages vus dans les films de Carax. Et chaque séquence est une manière de post-scriptum ajouté par Carax à son œuvre passée, comme si l'urgence consistait à en écrire le dernier chapitre avant qu'il ne soit trop tard, avant que tout disparaisse : le cinéaste, la caméra, le cinéma. L'horizon d'Holy Motors, hautement crépusculaire, tient dans cette idée toute godardienne d'un art moribond, terrassé par le commerce, la vidéo (hier la VHS dans Boy meets girl, aujourd'hui le numérique) et la fatigue qui ronge ses créateurs les plus intraitables. Carax le répète sans arrêt, parfois avec une rage démente, faisant de l'acteur un homme seul au milieu des singes et du «film» un vestige aussi absurde qu'une limousine rangée dans un grand entrepôt loin des regards. « Où vont les limousines la nuit ? » demandait Robert Pattinson dans Cosmopolis de Cronenberg. Carax lui répond dans la dernière séquence du film, remplaçant la mort du capitalisme par la mort du cinéma. Funeste dialogue !

Énergie motrice

Holy Motors serait-il alors un film lugubre, mortifère, ressassement amer d'un cinéaste aigri par trop d'années loin de son art ? Oui, mais en même temps non, absolument pas. Peu d'œuvres auront créé un tel décalage entre ce qu'elles veulent dire et ce qu'elles disent, entre l'idée que développait l'auteur et sa transmutation en images à l'écran, une fois grisé par la joie de créer à nouveau. L'exemple le plus spectaculaire est la séquence où Monsieur Oscar devient un « ouvrier de la motion capture » : il enfile une combinaison noire parsemée de capteurs et se lance dans des cascades prodigieuses dignes de Matrix, avant de s'essouffler sur un tapis roulant à pleine vitesse et de copuler avec une autre ouvrière, tous deux transformés en cyber-créatures fantastiques. Il y a ce que Carax veut dire : l'acteur n'est plus qu'une machine parmi les machines, privé de sa chair, simple support désincarné livré à l'imaginaire des graphistes. Et il y a ce qu'il montre : tout l'inverse, le triomphe du comédien sur la technologie, sa résistance physique au virtuel, son pouvoir de fascination et d'inspiration. Carax, pensant signer un requiem au cinéma d'hier, a de fait réalisé le film qui dessine le mieux le cinéma de demain. Abandonnant son goût du cut, de la dissonance et de l'éclat d'image et de son, il signe un film d'une fluidité éblouissante malgré sa structure fragmentaire. Preuve en est l'inoubliable entracte musical au cœur d'Holy Motors, moment de plénitude et de joie filmique insensé. Quand le film devrait se suspendre, se briser, il transpire encore plus l'élan vital et l'énergie créatrice mêlés. C'est vraiment, vraiment sublime.

Merde à ceux qui me voient !

Chaque étape le révèle ainsi en véritable maître de l'émotion cinématographique, capable de sidérantes trouvailles visuelles (l'ouverture est presque lynchienne, la scène de la Samaritaine donne des leçons à tous les pseudo-cinéastes qui veulent mettre des chansons dans leur film –  n'est-ce pas Christophe Honoré ?) mais aussi d'étonnants instants de simplicité : le dialogue entre Monsieur Oscar et sa fille adolescente qui lui ment et lui cache sa peur des autres est bouleversant, et jamais vu chez Carax. Car le cinéaste affiche un appétit monstrueux pour empoigner tous les genres et toutes les formes de cinéma : le polar, le mélodrame, le spectacle  à effets spéciaux… Sans oublier la comédie, car Holy Motors est aussi un film assez tordant, en particulier lorsque Merde, le personnage créé par Carax pour son segment de Tokyo ! revient faire régner l'anarchie au Père Lachaise. Dans un geste aussi gonflé que salutaire, Carax dévoie l'icône Eva Mendes pour en faire à la fois un symbole de l'Amérique mercantile et puritaine, et une vierge en burqa prenant sur ses genoux un Christ à l'érection bien peu chrétienne. Et si le réveil de Leos Carax n'était pas seulement lié à un désir impérieux d'arpenter une dernière fois la Caraxie, mais aussi à l'envie de l'ouvrir au chaos du monde contemporain ? Longtemps considéré comme un cinéaste autiste, Carax n'a jamais été aussi près du spectateur et de la réalité que dans ce miracle qu'est Holy Motors.

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Estelle Charlier : "C'est dans les défauts que la marionnette prend vie"

ECRANS | Parmi la foule des collaborateurs de Leos Carax pour inventer "Annette", on peut notamment compter une compagnie de théâtre iséroise : La Pendue. Avec la complicité de son ami Romuald Collinet, Estelle Charlier est celle qui a donné un corps et un visage à la supposée petite fille prodige d'Ann (Marion Cotillard) et Henry (Adam Driver). Une marionnette qui n'est encore visible qu'au cinéma, mais qu'on peut aussi apprendre à connaître par les mots, grâce à sa créatrice...

Martin de Kerimel | Mercredi 21 juillet 2021

Estelle Charlier :

Comment avez-vous rencontré Leos Carax pour la première fois ? Estelle Charlier : Lui travaillait depuis un moment sur l'idée du personnage. Annette ne pouvait pas être une vraie petite fille et il ne souhaitait pas utiliser une image de synthèse ou un robot. Il tenait à utiliser un objet que les acteurs pourraient toucher et prendre dans leurs bras. Il s'est donc décidé pour une marionnette. En novembre 2016, j'ai été contactée : il cherchait plutôt des manipulateurs que des constructeurs, à cette époque, mais sans avoir encore choisi ce que serait le visage d’Annette. Il avait simplement les photos d’une enfant, qui m’ont beaucoup touchée. Je lui ai donc proposé de faire un essai de sculpture. C’est ainsi que nous avons commencé à travailler ensemble. Et ç’a été un travail au long cours… Un projet énorme : il y a plusieurs expressions du visage, plusieurs marionnettes, plusieurs âges et plusieurs types de manipulation. Mon complice, Romuald Collinet, a intégré l’équipe en janvier 2017. Le film aurait dû être tourné cette année-là, mais on a été interrompu après quatre mois. Finalement, le projet a

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"Annette" de Leos Carax : noces de son

Ouverture Cannes 2021 | Espéré depuis un an, avec son titre qui est une quasi anagramme d'attente, le nouveau Carax tient davantage de la captation d’un projet scénique que de ses habituelles transes cinématographiques. Vraisemblablement nourrie de son histoire intime, cette mise en abyme du vampirisme trouble entre artistes, artistes et modèles, artistes et environnement familial, dépose presque toute fragilité en multipliant les oripeaux chic, glamour et trendy. Parfait pour le tapis rouge de l’ouverture de Cannes, moins pour l’émotion…

Vincent Raymond | Mercredi 7 juillet 2021

Figurer en ouverture sur la Croisette n’est pas forcément une bonne nouvelle pour un film. A fortiori cette année, après deux ans de disette. Car ce que le Festival attend de sa première montée des marches, c’est qu’elle amorce la pompe à coup de stars, de strass et de flashs fédérateurs. L’œuvre qui abrite ces premiers de cordée se trouve souvent reléguée à l’enveloppe de luxe et encourt surtout le risque d’être vite oblitérée d’abord par le reste de la sélection, puis par le temps. On n’aura pas la cruauté de rappeler quelques pétards mouillés du passé… Cochant les cases de la notoriété grand public et auteur, Annette souscrit également à d’autres paramètres prisés par les festivals : une dénonciation à travers la comédie musicale cinématographie de l’égotisme des gens de la "société du spectacle", à l’instar du All That Jazz (Palme d’Or 1980) de Bob Fosse o

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"Les Grands squelettes" : vies, modes d’emploi

ECRANS | De Philippe Ramos (Fr, 1h10) avec Melvil Poupaud, Denis Lavant, Anne Azoulay…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Une heure dans la vie de passants ; une heure parmi leurs pensées, leurs désirs, leurs amours, leurs douleurs... Une heure empruntée à chacune et chacun, figée dans le grand manège de la journée et du monde… Impossible de ne pas penser d’entrée à La Jetée (1962) de Chris Marker, référence obligée lorsqu’un cinéaste s’aventure dans un film à narration photographique. Au-delà de la performance ou du gadget, la forme doit servir le fond et c’est bien entendu le cas ici – au reste, Philippe Ramos avait déjà montré son appétence pour les tableaux fixes dans l’excellent Fou d’amour (2015). En saisissant au vol des individus lambda, en s’immisçant dans leur course ordinaire, il réalise des instantanés de leur vie, au plus intime de leur psyché et de leur affect. L’interruption de leurs mouvements rend leur voix plus audible et l’oreille plus captive aux inflexions ténues de leurs confessions : ce qu’ils se disent à part soi, ils ne le confieraient sans doute pas à des tiers. Tout juste long-métrage, Les Grands squelettes va à l’os de ses personnages dont il établit une sorte de "livre des heures". Méditation métaphysique c

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"La Nuit a dévoré le monde" : Paris, je te zombifie

ECRANS | Jeu d'évasion dans les conditions d’un réel apocalyptique, ce premier long-métrage aussi sobre que maîtrisé réunit un trio brillant autour d’un scénario rigoureux. En peuplant la capitale de zombies désarticulés, Dominique Rocher gagne haut le moignon son Paris.

Vincent Raymond | Lundi 5 mars 2018

Au lendemain d’une nuit agitée, dans un recoin de l’appartement de son ex (où il était venu chercher ses affaires en pleine soirée festive), Sam découvre que le monde est désormais peuplé de zombies. Se pourrait-il qu’il soit l’ultime homme sur Terre ? À lui d’organiser sa survie… De son titre poétique à sa réalisation d’une efficacité à faire pâlir George A. Romero, La Nuit a dévoré le monde s’impose par sa singularité dans un paysage contemporain montrant une insatiable appétence pour le cinéma de genre, et tout particulièrement horrifique. Les séries à succès telles que The Walking Dead ou Les Disparus n’y sont sans doute pas étrangères, elles qui ont également contribué au décloisonnement des univers et prouvé aux derniers rétifs que Cronenberg ou Carpenter sont davantage que des seigneurs (saigneurs ?) dans leur partie gore. Naufrage, ô désespoir Maîtrisant la grammaire du film de zombies, le réalisateur Dominique Rocher installe un climat parfaitement anxiogène de bout en bout : il évite tout temps mort – si l’on ose – en dosant les surgissements de figures terrifiantes et disti

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Louis-Ferdinand Céline

ECRANS | Emmanuel Bourdieu (fils du sociologue Pierre) intègre un nouveau spécimen de monstre dans sa galerie déjà pourtant très étoffée : rien moins que le plus urticant des sulfureux écrivains français. Et c’est le prodigieux Denis Lavant qui endosse sa funeste peau... Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mercredi 9 mars 2016

Louis-Ferdinand Céline

Ne comptez pas sur Emmanuel Bourdieu pour se faire l’écho docile de la doxa et vanter les hautes sphères intellectuelles ou leurs mandarins ! Avant même d’être cinéaste, lorsqu’il œuvrait comme scénariste (Comment je me suis disputé… de Desplechin en 1996), c’est l’instabilité intime de ces élites, leur désordre structurel et leurs bassesses occasionnelles qu’il mettait au jour. Des traits de caractère à nouveau scrutés dans son moyen métrage Candidature (2001). Une plongée ironique dans le marigot sordide des recrutements universitaires, montrant qu’un degré élevé d’éducation n’empêchait pas un être humain de succomber à ses instincts primaires et de se livrer à des actes d’une prodigieuse médiocrité – voire à des monstruosités. Or le monstre, en tout cas l’individu divergeant de la norme, fascine Bourdieu : n’a-t-il pas consacré à son comédien fétiche Denis Podalydès le documentaire Les Trois Théâtres (2001), suivant ce “monstre” de la scène engagé par le Français sur trois productions simultanées ? Le docteur abuse Avec Céline, l’exception a un visage bien moins humain. S’intéresser à son cas relève de la transgressio

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Lost River

ECRANS | Après un petit tour en salle de montage, le premier long de Ryan Gosling arrive en salles dans une version sensiblement plus digeste que celle vue à Cannes. Et s’avère un objet singulier, dont la poésie noire se distille au gré de ses fulgurances visuelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Lost River

À Cannes, ce premier long métrage de Ryan Gosling nous était tombé des yeux. Le hiatus entre une narration bordélique et l’envie flagrante de copier ses modèles tel un étudiant d’art passant sa journée au Louvre donnait à Lost River une dimension à la fois prétentieuse et vaine. À peine pouvait-on décerner à son chef opérateur, le brillant Benoît Debie, un satisfecit pour avoir créé une matière visuelle parfois fulgurante. Probablement refroidi par l’accueil glacial réservé au film, Gosling est donc retourné en salle de montage pour mettre un peu d’ordre dans ce foutoir et enlever dix-sept minutes qui ne manquent pas, loin de là, à la version définitive. On cerne donc enfin son propos qui, à défaut d’être particulièrement novateur, a maintenant le mérite de la clarté : un adolescent, Bones (référence sans doute au bouquin de Russell Banks), traîne dans les ruines industrielles de Détroit à la recherche de tuyaux en cuivre qu’il revend pour se faire un peu d’argent de poche. Sa mère (la rousse Christina Hendricks, échappée de Mad Men) se voit proposer par un patron de club lubrique de devenir danseuse dans un cabaret macabre et gore – l’occas

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Michael Kohlhaas

ECRANS | Film difficile, qui cherche une voie moyenne entre l’académisme costumé et l’épure, cette adaptation de l'écrivain allemand Kleist par Arnaud Des Pallières finit par séduire grâce à la puissance d’incarnation de ses acteurs et à son propos politique furieusement contemporain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Michael Kohlhaas

L’honnêteté critique oblige à avouer que Michael Kohlhaas commence mal. Sa première demi-heure, trop longue, mal racontée, est une laborieuse exposition de ses enjeux. Arnaud Des Pallières semble pétrifié face au texte de Kleist qu’il adapte, et en respecte la lettre jusqu’à oublier la plus élémentaire des concisions cinématographiques. Il faut d’abord faire comprendre le conflit qui oppose le marchand de chevaux Kohlhaas aux autorités, puis son environnement familial, puis l’assassinat de sa femme et, enfin, sa décision de soulever le peuple pour réclamer justice. Le tout est mis en scène dans des plans lents et austères, cadrés au cordeau et soulignés par un boum boum de tambour en guise de musique. On voit bien que le cinéaste cherche à se tenir à égale distance de l’ascétisme façon Straub et de l’académisme européen en costumes, mais sa proposition semble surtout réconcilier les deux autour d’un ennui commun. Alors qu’on s’apprête à subir la suite, Des Pallières sort une séquence magistrale où la petite armée de Kohlhaas décime un château à l’arbalète. Chaque plan dessine une action millimétrée, fluidifiée par un montage qui le transforme en long mouvement h

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Aller de Lavant

CONNAITRE | Si la scène a bel et bien été, ces dernières années, le lieu de prédilection de Denis Lavant, c’est avant tout le cinéma qui a révélé au public ce drôle de corps, (...)

Christophe Chabert | Vendredi 5 avril 2013

Aller de Lavant

Si la scène a bel et bien été, ces dernières années, le lieu de prédilection de Denis Lavant, c’est avant tout le cinéma qui a révélé au public ce drôle de corps, athlétique et fougueux, et ce visage qui fût un temps lisse comme celui d’un adolescent lunaire, puis patiné par on ne sait quelles épreuves. Le cinéma et surtout un cinéaste : Leos Carax, qui vit en lui un parfait alter ego, tel Léaud pour Truffaut, et avec qui il construisit la première partie de son œuvre, celle d’avant l’éclipse. Boy meets girl, d’abord, qui sera projeté dimanche au Méliès : un jeune homme à la dérive dans un Paris qu’il a cartographié selon ses histoires amoureuses, rencontre lors d’une soirée mondaine une femme elle aussi un peu paumée, et c’est le coup de foudre. En noir et blanc, Carax filme un Lavant bredouillant, se perd en surimpression dans son regard immense et sombre, ou le laisse s’échapper dans des courses folles. Parfait prolongement des cuts et dissonances que le cinéaste aime créer à l’image et au son, Lavant est un corps taillé pour son cinéma, un acteur fait pour les raccords brutaux mais aussi pour les trav

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The Place beyond the pines

ECRANS | Après "Blue valentine", Derek Cianfrance retrouve Ryan Gosling pour un ambitieux triptyque cherchant à ranimer la flamme d’un certain cinéma américain des années 70 tout en en pistant l’héritage dans l’indépendance contemporaine. Pas toujours à la hauteur, mais toutefois passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

The Place beyond the pines

The Place beyond the pines est un geste inattendu de la part de Derek Cianfrance. Un peu plus de deux ans après Blue Valentine qu’il avait, rappelons-le, mis près d’une décennie à accoucher, le voilà qui passe un sacré braquet et propose une œuvre éminemment romanesque, à la construction extrêmement ambitieuse et, de fait, très éloignée de son film précédent. Car quelle que soit l’affection que l’on ressentait pour Blue Valentine, celui-ci valait surtout pour la complicité entre ses deux comédiens, Michelle Williams et Ryan Gosling, et par le petit parfum arty qui se dégageait de ce mélodrame dans le fond très calibré Sundance. Gosling est à nouveau le "héros" de The Place beyond the pines, Luke, et son arrivée à l’écran rappelle celle de Mickey Rourke dans The Wrestler : un long plan séquence en caméra portée qui l’escorte de dos d’une caravane vers un chapiteau où ce motard casse-cou effectue une cascade d

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De la rouille dans le moteur

ECRANS | Le Top 2012 de la rédaction et de nos lecteurs consacre deux films français, ce qui n’est pas forcément à l’image d’une année cinéma où le bon cinéma est venu de partout : des indépendants américains, du cinéma d’animation ou des cinéastes hors la loi. Bilan détaillé. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Mercredi 26 décembre 2012

De la rouille dans le moteur

En près de six ans de Top Flop, on n’avait jamais vu ça : un quatuor français en guise de vainqueurs et de perdants de notre référendum. Côté winners,  De rouille et d’os de Jacques Audiard et Holy Motors de Leos Carax ; côté losers,  Un plan parfait de Pascal Chaumeil et Stars 80 du tandem Langmann / Forestier. À signaler que votre Top Flop est, niveau réalisateurs, similaire à celui de 2009, où Un prophète avait fini 1er du top, et à celui de 2008 avec Astérix aux jeux olympiques premier du flop. Mais

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Le Top / Flop de la rédaction

ECRANS | Les dix meilleurs et les dix pires films de 2012 selon la rédaction du Petit Bulletin.

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

Le Top / Flop de la rédaction

Le Top 10 de la rédaction 1. Holy Motors de Leos Carax 2. Moonrise Kingdom de Wes Anderson 3. Cheval de guerre de Steven Spielberg 4. Les Bêtes du sud sauvage de Benh Zeitlin 5. Cosmopolis de David Cronenberg 6. Kill list de Ben Wheatley 7.

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Un été sous influence

ECRANS | L’été, c’est la saison des reprises sur grand écran, avec une belle rétro Cassavetes au Club, la copie neuve de "Lola" de Jacques Demy au Méliès, et des films en plein air au parc Paul-Mistral. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Lundi 16 juillet 2012

Un été sous influence

C’est en France que le culte autour de John Cassavetes a pris sa source. Quelques années après sa mort, cinq de ses films ressortent en salles en copies neuves et marquent durablement l’esprit des cinéphiles mais aussi des cinéastes, qui iront s’inspirer de la méthode Cassavetes avec plus ou moins de bonheur. Ces cinq films, les revoici cet été au Club dans des copies numériques. Avec Shadows (1959), il tourne en même temps que la Nouvelle Vague française un film aux méthodes assez proches : décors et lumières naturelles, acteurs non professionnels, sujet pioché dans la réalité (un frère et une sœur, tous deux noirs mais lui plus noir de peau qu’elle, confrontés au racisme ordinaire) et quête de la spontanéité et de la vérité par le jeu comme par la caméra. Le cinéaste, parti sur l’idée d’improvisation, finit par y renoncer et retourne le film intégralement, avec un vrai dialogue qu’il passe du temps à répéter avec ses comédiens. La méthode Cassavetes est née, et elle explose en 1968 avec Faces, où se développe son goût pour les situations d’embarras et de crise. Elle atteint son sommet grâce au superbe Une femme sous influence (photo), avec l’éblouiss

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Leos et les bas

ECRANS | Six films (dont un court-métrage) en 28 ans, avec de grandes galères et de longues traversées du désert : la filmographie de Leos Carax est un roman. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Vendredi 29 juin 2012

Leos et les bas

1984 : Boy meets girlLe programme du titre n’est pas trompeur : dès son premier film, Leos Carax s’affirme avant tout comme un metteur en scène plus que comme un raconteur d’histoires, souvent banales chez lui. En noir et blanc, il filme la rencontre entre Alex, ado lunaire, et Mireille (Perrier), comédienne rongée par le mal-être. L’influence de Godard est sensible dans les nombreuses dissonances visuelles et sonores qui forment déjà le style Carax, mais aussi dans la rumination sur le cinéma en déclin, assassiné par la vidéo. 1986 : Mauvais sangLe tournage, compliqué, de ce deuxième film couronné par le prix Louis Delluc, va forger la réputation d’un Carax perfectionniste et irresponsable. Avec le recul, on voit bien quel mur le cinéaste s’apprête à se prendre en pleine face : alors qu’il radicalise encore son esthétique, où chaque plan doit être une œuvre en soi et où le scénario (qui entrecroise histoire d’amour, polar et trame d’espionnage) n’est que le prétexte à cette quête de la sidération, Carax engloutit des fortunes que même certains films « populaires » n’osent pas impliquer. Par ailleurs, Ma

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Cannes, entre la panne et le moteur

ECRANS | Curieuse édition du festival de Cannes, avec une compétition de bric et de broc pleine de films d’auteurs fatigués, et dont le meilleur restera celui qui annonça paradoxalement la résurrection joyeuse d’un cinéma mort et enterré. Du coup, c’est le moment ou jamais de parler des nouveaux noms que le festival aura mis en orbite. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Vendredi 25 mai 2012

Cannes, entre la panne et le moteur

Comme il y a deux ans, le jour férié nous oblige à boucler avant la fin du festival de Cannes et la remise de la Palme d’or. Mais comme il y a deux ans, on a déjà hâte que l’affaire se termine, tant la compétition aura été laborieuse, et même parfois pénible à suivre. Surtout, sa diversité n’a pas été payante. En quelques heures, on pouvait passer d’un navet faussement personnel et vraiment putassier (le redoutable Paperboy de Lee Daniels, qui mérite des tomates après son déjà horrible Precious) à un sommet d’académisme moderniste à base d’acteurs inexpressifs, de dialogues séparés par d’interminables et grossiers silences et de plans sous tranxène sur des gars qui marchent dans les bois (le soporifique Dans la brume de Sergeï Loznitsa, qui mérite des œufs pourris après son déjà pontifiant My joy). Et on n’oubliera pas dans la liste le très Vogue Homme Sur la route de Walter Salles, où la beat generation est réduite à un clip publicitaire sur la mode des hipsters, ou encore le téléfilm de Ken Loach, La Part des anges, d’une fainéantise hallucinante que ce soit dans le déroulé de son scénario ou sa direction artistique inexist

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Le bateau ivre

SCENES | THÉÂTRE/ Mi-avril, Jacques Osinki, directeur du CDNA, présentera deux pièces de l’auteur allemand Marius von Mayenburg, pour lesquelles il s’est entouré de deux comédiens passionnants et magnétiques : Jérôme Kircher et Denis Lavant. Rencontre avec le second, pour essayer de cerner au mieux cet artiste atypique fort en gueule. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 1 avril 2011

Le bateau ivre

Si on ne l’avait pas déjà fait pour un article consacré à Dominique Pinon, on aurait pu titrer ce portrait de Denis Lavant "L’emploi de la gueule". Car l’homme de théâtre et de cinéma est de ces artistes entiers qui imposent immédiatement, que la production soit réussie ou non, un physique, un jeu, une énergie. Une présence qui se remarque d’emblée, même si l’homme est dans tout autre chose que la recherche d’une certaine contemplation narcissique de sa personne par un public médusé (à l’image, par exemple, d’un Fabrice Luchini constamment sur le fil). Il suit plutôt sa propre logique : celle d’un «rapport forain au quotidien» empli de sincérité. «C’est comme ça que j’ai commencé à appréhender le théâtre, le jeu, quand j’étais lycéen. C’est même au-delà du théâtre. Pour moi, c’est un comportement poétique. Pas forcément excentrique ou en représentation constante, mais plus en rapport avec la vie, l’équilibre : être dans un rapport absolument ludique au quotidien. Faire marcher à fond l’imaginaire pour se soulager des contraintes comme… je ne sais pas… le métro par exemple ! Il est marrant d’imaginer que ce soit d’énormes skates. Et puis plutôt que de subir les chocs

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Un roi avec divertissements

SCENES | Et revoilà Victor Hugo, pour la énième fois. Mais Victor Hugo modernisé à coups de décors et d’accessoires bling-bling façon Jeff Koons à Versailles : clins d’œil (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 1 octobre 2010

Un roi avec divertissements

Et revoilà Victor Hugo, pour la énième fois. Mais Victor Hugo modernisé à coups de décors et d’accessoires bling-bling façon Jeff Koons à Versailles : clins d’œil appuyés à notre époque par François Rancillac qui monte ainsi Le Roi s’amuse. Un drame historique de 1832 longtemps censuré mettant en scène une cour décadente aux petits soins d’un roi (François 1er) volage et consommateur de femmes, qu’importe le prix. Société d’illusions et de paraître où l’on s’affiche à côté des puissants en sortant son iPhone dès que possible, façon de signifier que nous aussi, on en a (de l’argent, de l’influence…). Hugo sous les boules à facettes avec des airs techno tapageurs ? Pourquoi pas, l’auteur français en a déjà vu d’autres, et des bien pires. Reste que l’on se lasse vite de cette mise en scène faussement rentre-dedans, à la distribution inégale. Heureusement, François Rancillac a l’intelligence et le savoir-faire d’un homme de théâtre, et laisse par moments respirer son spectacle, en faisant confiance à ses deux acteurs principaux : Linda Chaïb, d’une grande justesse dans le rôle de Blanche, chair fraîche naïve offerte aux bons plaisirs du roi ; et surtout Denis Lavant

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