Camille redouble

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Photo : © Arnaud Borrel / F comme Film - Ciné @


Actrice condamnée à jouer les silhouettes dans des films gore, Camille voit son existence partir à vau-l'eau quand son mari Éric décide de la quitter, et se laisse glisser dans les volutes de cigarettes et les vapeurs d'alcool – apesanteur retranscrite dans un générique génial, comme on n'en voit pas souvent dans le cinéma français. Par la grâce d'un horloger un peu sorcier et après un nouvel an très arrosé, elle fait un malaise et se réveille le 1er janvier 1985 à l'hôpital, dans la peau de l'ado qu'elle était alors, quelques jours avant de rencontrer Éric et quelques semaines avant la mort de sa mère. Sur ce canevas, qui tient autant de Nietzsche – supporter de revivre la totalité de son existence, douleur et plaisir confondus – que du Coppola de Peggy Sue s'est marié, Noémie Lvovsky, devant et derrière la caméra, s'offre une fantaisie foutraque dans laquelle elle place de vrais moments de mélancolie. Convoquant une galerie de personnages secondaires hauts en couleur et s'entourant d'un groupe de copines au bord de l'hystérie, cousines burlesques de celles qu'elle mettait en scène dans La Vie ne me fait pas peur, Lvovsky privilégie une énergie juvénile à la fable psychanalytique qu'elle esquisse dans des dialogues parfois appuyés. Surtout, elle fait preuve d'une belle foi dans le cinéma : ni rajeunissement, ni transformation physique n'accompagnent le passage de la Camille adulte à la Camille ado. C'est le plaisir du jeu — des acteurs, mais aussi du spectateur — qui assure l'illusion, et donne à Camille redouble des airs de comédie concept à l'américaine, la grâce visuelle en moins, le goût de la rupture de ton en plus.

Christophe Chabert

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Filles de joie

"Filles de joie" : les mamans et les putains | De Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich (Fr.-Bel., int.-12 ans avec avert., 1h21) avec Sara Forestier, Noémie Lvovsky, Annabelle Lengronne…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Filles de joie

Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Leurs rêves sont en berne. L’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches… Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent /Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne

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Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Interview | Alors que sa sortie a été courageusement maintenue sur les écrans malgré l’ombre du Covid-19, et que des affiches ont été indûment taguées en marge des cortèges du 8-mars, Martin Provost et Juliette Binoche reviennent sur la genèse de ce film qui, bien qu’il use du second degré, n’en est pas moins féministe.

Vincent Raymond | Jeudi 12 mars 2020

Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Juliette, êtes-vous une "bonne épouse" ? Juliette Binoche : Je suis parfaite : je fais la cuisine, je repasse, je couds (rires). Martin Provost : J’en sais quelque chose : sur le plateau, c’était un régal… JB : Sinon il ne m’aurait pas castée ! (rires) Heureusement que c’est un film… Vous connaissiez le cinéma de Martin ? JB : Oui ! Il a une façon d’aimer les personnages qu’il filme et d’avoir un sens du féminin. Et d’aborder les thèmes que je trouve importants comme l’artiste et la création : dans Séraphine, je trouve ça passionnant. Martin est quelqu’un qui aime la vie. On rit et on s’entend souvent sur les mêmes choses. Notre rencontres était évidente, je dirais. Martin, comment êtes-vos tombé sur l’existence de ces "écoles ménagères" ? MP : Par une ami

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"La Bonne Épouse" : l’école des femmes

ECRANS | Un long-métrage féministe qui laisse une petite place à une histoire d'amour : porté par une jolie distribution, le nouveau film de Martin Provost est plutôt réussi. Grâce notamment à un second degré réjouissant.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

La brutale disparition de son époux oblige Paulette Van Der Beck à prendre les commandes de l’école ménagère familiale en déclin qu’il était censé diriger. Mais en cette veille de Mai-68, les jeunes élèves ne tiennent plus à devenir des fées du logis soumises en tout point à leur mari… Sortant avec une certaine malice quelques jours après que l’on a célébré la Journée internationale des droits des femmes, La Bonne Épouse rappelle avec un second degré évident les vertus et commandements jadis prodigués aux jeunes filles ; le hiatus entre les us de l’époque patriarcale serinés par une institution vitrifiée dans la tradition et l’éclosion d’une nouvelle société n’en paraît que plus comique ! Dans cette ambiance provinciale patinée façon Choristes, Martin Provost bénéficie de surcroît d’un trio féminin de choc : Juliette Binoche (apprêtée et maniérée comme Micheline Presle dans Les Saintes Chéries) en directrice prenant la vague de l’émancipation féminine, Yolande Moreau en vieille fille éberluée par ces c

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"Vif-Argent" : corps et âme

ECRANS | de Stéphane Batut (Fr, 1h44) avec Thimotée Robart, Judith Chemla, Djolof Mbengue…

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

Juste n’est plus vraiment de ce monde : invisible aux vivants, il a négocié avec les "autorités" de l’au-delà pour accompagner les défunts de l’autre côté en leur faisant raconter un souvenir. Il croise un jour Agathe, bien vivante, qui le voit et le reconnaît. La mécanique serait-elle enrayée ? De tous les films ayant fréquentés la Croisette cette année et qu’il nous ait été donné l’occasion de voir pour l’instant, celui-ci est sans doute celui déployant la plus grande ambition poétique… tout en demeurant d’une exquise et discrète sensibilité. Déjà auréolé du Prix Jean-Vigo, Vif-Argent mérite qu’on lui consacre de l’attention. Juste apparaît (comme le titre le laisse entendre) pareil au messager des dieux, et doit rendre des comptes à la redoutable Dr Kramartz – autrement dit "la doctoresse de la substance". Ni vivant ni trépassé, il se trouve de fait prisonnier d’une zone intermédiaire qui n’est pas sans évoquer celle jadis conçue par Cocteau pour sa transposition du mythe d’Orphée, dont ce film constitue une forme de continuité : après tout, il s’agit bien d’aller reconquérir un amour avalé par le royaume d’Hadès ? Cette

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"Lune de Miel" : suites polonaises

ECRANS | D'Élise Otzenberger (Fr, 1h28) avec Judith Chemla, Arthur Igual, Brigitte Roüan…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Anna et Adam partagent leur vie, un enfant et des origines juives polonaises. Quand Adam est invité à une commémoration dans le village de Pologne d'où venaient ses grands-parents, Anna saisit l'occasion pour l'entraîner dans un pèlerinage intime. Qu'elle prend plus à cœur que lui… Ce film tient de la quadrature du cercle, et il pourrait faire bondir celles et ceux qui s’arrêteraient à sa surface de comédie sentimentale et familiale traitant de l’héritage de la Shoah. Nulle provocation chez Élise Otzenberger, bien au contraire, pour qui l’humour a sans doute été un formidable outil cathartique. Nourri d’histoire(s) familiale(s), Lune de Miel rappelle, avec son entame rapide dynamisée par les répliques délirantes du personnage de Brigitte Roüan, les grandes heures du cinéma de Woody Allen époque Annie Hall / Manhattan : le socle dramatique est submergé par le rire et l’absurde, comme pour faire diversion. Au fil du voyage cependant, la fiction va à plusieurs reprises être entrecoupée par des séquences plus documentarisantes : certaines montrant dans le décor la persistance d’un "antisémitisme folklorique" ; d’autres p

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"La Dernière Folie de Claire Darling" : lady gaga

ECRANS | de Julie Bertuccelli (Fr, 1h35) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling (Catherine Deneuve). Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des année, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire – son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… (2003), était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage et le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film – façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se révèle épuisant et finit par tourner à vide. Et l’o

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"Les Invisibles" : enfermées dehors

ECRANS | De Louis-Julien Petit (Fr, 1h42) avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Manu dirige L’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes SDF. La tutelle municipale ayant décidé de sa fermeture prochaine, lui et ses éducatrices entrent en campagne pour accélérer la réinsertion de leurs habituées. Quitte à outrepasser leur rôle et à tricher avec les règles… Louis-Julien Petit va-t-il devenir le porte-voix des sans-voix, le relai des opprimé·es et des victimes du déclassement social, avec Corinne Masiero en égérie ? Discount (2015) pointait les aberrations éthiques d’une grande distribution préférant détruire des denrées au seuil de péremption plutôt que de les distribuer aux nécessiteux ; Les Invisibles dénonce dans la foulée les rigidités administratives du secteur social, ainsi que la disparition de l’humain dans la "gestion" (prenons à dessein des expressions comptables, c’est dans l’air du temps) d’une misère déplacée dans des méga-complexes hors des villes. S’il recourt volontiers à la comédie de caractère réaliste et aigre-douce prisée par Paul Laverty (en manifestant une nette prédominance pour les figures féminines), Petit a encore du mal à s’affranchir de la double influence du scénariste de

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Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Avec du classique de chez classique mais aussi de la philosophie en musique, du lyrisme théâtralisé ou encore du violoncelle.

Régis Le Ruyet | Mercredi 13 septembre 2017

Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Orchestre philharmonique de Radio France Muse géniale de l’opéra contemporain, la soprano canadienne Barbara Hannigan stupéfiait, en 2011, les spectateurs du festival Présences de Radio France par ses talents de cheffe. Combinant audace et précision, la chanteuse y soutenait les plus folles vocalises du Grand Macabre de György Ligeti pendant que, d'une poigne ferme, elle menait en extase les musiciens finnois de l'Avanti ! Chamber. Un exercice de direction et de haut vol lyrique qu’elle réitéra à Grenoble avec l’Orchestre philharmonique de Radio France dans les atours de Lulu d'Alban Berg et de la Fille folle de George Gershwin. À la MC2 le 6 octobre Michel Onfray et Henri Demarquette – musique et philosophie Accompagné par le violoncelliste Henri Demarquette, le philosophe hédoniste Michel Onfray nous expliquera comment, avec les penseurs, dire et entendre le monde. Une passionnante rencontre en pe

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"Une vie" Brizé

ECRANS | Une ingénue sort du couvent pour se marier et mener une existence emplie de trahisons et de désenchantements. Maupassant inspire Stéphane Brizé, réalisateur de l'acclamé "La Loi du marché", pour un récit ascétique situé dans un XIXe siècle étrangement réaliste, et habité jusqu’à la moelle par Judith Chemla.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

« Plutôt que de tourner l’'adaptation d’Une vie, Stéphane donnait l’impression de vouloir réaliser un documentaire sur les gens qui avaient inspiré Maupassant ; de faire comme si l’on avait la chance de retrouver des images d’époque, certes un peu différentes du livre : Maupassant ayant pris des libertés et un peu romancé ! » Jean-Pierre Darroussin, qui incarne le père de l'héroïne Jeanne (un hobereau quasi sosie de Schubert), a tout dit lorsqu’il évoque sa compréhension du projet artistique, voire du postulat philosophique de Stéphane Brizé. Il y a en effet dans la démarche du réalisateur une éthique de vérité surpassant le classique désir de se conformer à la véracité historique pour éviter l’anachronisme ballot. Nulle posture, mais une exigence participant du conditionnement général de son équipe : plutôt que de mettre en scène le jeu de comédiens dans l’ornière de la restitution de sentiments millimétrés, Brizé leur fait intérioriser à l’extrême le contexte. Ils éprouvent ainsi le froid ambiant sans recourir à un vêtement contemporain pour s’en prémunir, ou s’éclairent à une lumière exclusivement dispensée par des bougies… Un film "natu

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"Jeunesse" : c’est Conrad qu’on rate

ECRANS | de Julien Samani (Fr., Por., 1h23) avec Kévin Azaïs, Jean-François Stévenin, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

À force, les cinéastes devraient savoir que transposer un roman de Joseph Conrad dans le monde contemporain n’est pas sans risque : Welles s’y était cassé les dents et Coppola a failli y perdre la raison (avant d’accoucher, il est vrai, du chef-d’œuvre monstre Apocalypse Now, adaptation libre de la nouvelle Au cœur des ténèbres). Peu superstitieux, Julien Samani s’est jeté à l’eau en portant à l’écran Jeunesse, un récit partiellement autobiographique qui devient, hélas, une chronique initiatique aussi vague que démodée. Comment croire en effet qu’en 2016, un jeune gars puisse traîner sur un port dans l’espoir d’embarquer sur un cargo pour aller faire fortune en Afrique ? Comment admettre qu’un matelot novice devienne en l’espace de deux séquences et un regard distrait sur son manuel un sous-officier expérimenté ? Pour faire "authentique", sans doute, Samani ranime des figures légendaires : le vieux capitane, loup de mer roublard et éthylique (campé par un Jean-François Stévenin en mode Haddock) et son lieutenant, incapable de se départir d’un rictus patibulaire comme de son cure-dent (on plaint les gencives de Samir Guesmi), ainsi

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Jean-Luc Gaget : « On a eu les planètes qui s’alignent »

ECRANS | Scénariste de "L’Effet aquatique", mais aussi des précédents longs-métrages de Sólveig Anspach, Jean-Luc Gaget a accompagné tout le film jusqu’à son montage après le décès de la réalisatrice, le 7 août 2015…

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Jean-Luc Gaget : « On a eu les planètes qui s’alignent »

Pourquoi avoir choisi des personnages de maîtres-nageurs ? Jean-Luc Gaget : Avec Sólveig, on était allés voir Deep End de Jerzy Skolimowski et on avait adoré – on en était raides dingues ! En sortant, on s’est dit : "on va écrire un film qui se passera dans une piscine", et c’est parti de là. Dans le film précédent, Queen of Montreuil, le personnage d’Agathe faisait du documentaire – mais ça ne marchait pas fort, donc elle pouvait très bien devenir maître-nageur (rires). Et sans Deep End, elle aurait pu travailler dans un supermarché. En plus, une piscine, ça peut être très glauque… Mais Sólveig, avec la chef-opératrice Isabelle Razavet, a rendu ce lieu super sensuel, acidulé. Ça amène beaucoup de poésie. Teniez-vous à conclure par un happy end votre trilogie engagée par Back So

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"L’Effet aquatique" : ultime romance pour Sólveig Anspach

ECRANS | de Sólveig Anspach (Fr./Isl., 1h23) avec Florence Loiret-Caille, Samir Guesmi, Didda Jonsdottir…

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Un(e) auteur(e) faisant le grand plongeon avant la sortie de son film sur les écrans laisse son œuvre orpheline, autant que ses spectateurs – le public éprouve en effet une impression d’inachèvement, comme si la voix portant le récit s’était étouffée en cours de phrase. Car une réalisation posthume tient de l’énigme ; certes, elle triomphe de la mort, mais ne peut se défaire d’une incertitude : correspond-elle aux désirs de l’absent(e) ? Cette charge funèbre pèse sur L’Effet aquatique comme un péché originel. Dommage pour une comédie, pourrait-on penser, mais ce qu’elle amène de mélancolie se marie avec la musique intime de Sólveig Anspach, dont le cinéma n’a cessé de redonner à des éclopés ou des pieds-nickelés le goût de la fantaisie. Elle a même ici l’arrière-goût chloré des bassins bleutés, ce (mi)lieu intermédiaire où l’on se met presque totalement à nu. Démarrant comme un huis clos timide et recroquevillé (un homme tombe amoureux d'une femme maître-nageuse), le film se déploie au contact de l’eau pour gagner les rives de l’Islande et celles de la comédie romantique – ou plutôt de la romance comique. Assumant sa naïveté comme une douceur, il semble prôner

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Rosalie Blum

ECRANS | de Julien Rappeneau (Fr., 1h35) avec Noémie Lvovsky, Kyan Khojandi, Alice Isaaz, Anémone…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Rosalie Blum

On se réjouissait de voir portée à l’écran une BD parmi les plus originales de cette dernière décennie ; dommage que pour son premier film en tant que réalisateur, le scénariste Julien Rappeneau ait manqué le coche en signant cette adaptation de l’œuvre de Camille Jourdy. A-t-il été trop fidèle à l’original ? Pas assez rigoureux sur la direction d’acteurs ? Seul le décor urbain d’une province insipide (pardon pour la ville de tournage) semble ne pas souffrir de la transposition. Ce n’est pas le cas de certains personnages. Si Kyan Khojandi offre une neutralité bienveillante au sien, Noémie Lvovsky, dans le rôle-titre, surjoue l’effacement chuchoté avec une affection calamiteuse. Révélée dans des emplois pétulants, à l’aise lorsqu’il s’agit de faire passer force ou menace, la réalisatrice-actrice se montre beaucoup moins convaincante dans les minauderies. On se console ici avec des comédiens égaux à eux-mêmes (au point qu’ils doivent être inquiétants dans la vie quotidienne), Anémone et Philippe Rebbot…VR

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Ce sentiment de l'été

ECRANS | De Mikhaël Hers (Fr., 1h46) avec Anders Danielsen Lie, Judith Chemla, Marie Rivière...

Vincent Raymond | Mardi 16 février 2016

Ce sentiment de l'été

Si Mikhaël Hers situe son film successivement à Berlin, Paris, Annecy et New York, lui semble résider en ce pays plus virtuel mais transversal qu’est la nostalgie. L’inspiration qu’il en tire connaît des fortunes diverses : Memory Lane (2010), film de bande flasque, avait manqué le coche ; Ce sentiment de l’été réussit en revanche avec une remarquable délicatesse à emmagasiner tout les promesses de son titre elliptique (telle l’impression physique de la chaleur irradiante) en évoquant comme rarement le deuil à travers l’absence. Celle d’un personnage dont la mort survient de manière inattendue et dont la cérémonie funéraire elle-même est occultée. Seuls restent les vivants, devant composer avec leur stupeur muette, avant de recomposer leur vie. Plutôt que de les montrer succombant à la déréliction et la déprime, Hers les présente pendant des phases de reconstruction. Ce parti-pris se retrouve à l’écran : avec son gros grain vibrionnant, ses couleurs vives, l’image rappelle le format 16mm du cinéma son direct, avide de parcourir les rues en quête d’un souffle de vie nouveau et d’inattendu. Une pulsion d’énergie vitale

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Rendez-vous à Atlit

ECRANS | De Shirel Amitaï (Fr-Isr, 1h31) avec Géraldine Nakache, Judith Chemla, Yaël Abecassis…

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Rendez-vous à Atlit

Trois sœurs se retrouvent dans leur grande demeure familiale en Israël après le décès de leurs parents. Vendra ? Vendra pas ? Le caractère des filles, tout comme leur mode de vie (l’une vit une existence bourgeoise à Paris, l’autre est du genre bohème, la troisième est restée sur le sol israélien) fait tanguer la réponse entre grandes embrassades et gros coups de gueule. Plus Rendez-vous à Atlit avance, plus on a la sensation d’assister à une version franco-israëlienne des horribles Petits mouchoirs : même construction dramatique lâche où le conflit de départ est sans cesse renversé dans un sens ou dans l’autre, même petite musique sentimentale où les personnages n’existent que par des émotions dont le spectateur doit attester la véracité à l’écran… Flirtant constamment avec l’insignifiance, le film de Shirel Amitaï finit même par y tomber quand les parents reviennent hanter la maison autour d’un compteur d’électricité cassé ou d’une petite tasse de thé. Ramener le fantastique à la hauteur réaliste d’un téléfilm allemand, c’est une fo

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Tiens-toi droite

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h35) avec Marina Foïs, Laura Smet, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Tiens-toi droite

Désireux de redonner du souffle à un féminisme attaqué de toute part par les tenants réacs de la pensée zemmourienne, Tiens-toi droite s’enfonce dans un récit multiple dont les contours sont particulièrement flous. Les protagonistes sont présentées par une voix-off introductive (la mère de famille nombreuse, la miss réduite à un objet sexuel, la chef d’entreprise dont la vie personnelle est entamée par son activité professionnelle) mais en cours de route, Lewkowicz en rajoute une quatrième, une petite fille boulotte obsédée par les canons de la beauté féminine telle que la société les impose. Impossible de voir dans ce genre de coup de force narratif autre chose qu’un grand fouillis qui semble avoir échappé à tout contrôle : si Tiens-toi droite a un sujet, il n’a à proprement parler aucune forme, ni scénaristique, ni filmique, avançant au gré des intentions de son auteur et de séquences sans début, ni fin, visiblement tournées dans la continuité puis charcutées par un montage hystérique. Le film paraît surtout totalement coupé du monde réel, fantasme d’une cinéaste qui oublie le spectateur, proche de ces piles de romans français qui déferlent à la rentr

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Aimer, boire et chanter

ECRANS | Pour sa troisième adaptation d’Alan Ayckbourn et, donc, son tout dernier film, Alain Resnais a choisi de laisser en sourdine ses ruminations crépusculaires pour une comédie qui célèbre la vie et la vieillesse, les artifices du théâtre et la force du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

Aimer, boire et chanter

Dans Aimer, boire et chanter, il y a, comme dans tous les films d’Alain Resnais, un dispositif formel fort et très visible. Trop ? C’est ce que l’on pense lors des premières séquences, où le choix de toiles peintes découpées en rideaux pour les entrées et sorties est d’un goût contestable. Cette théâtralité, qui renvoie à la pièce d’Alan Ayckbourn que Resnais adapte ici (la troisième après Smoking / No Smoking et Cœurs) est cependant justifiée par le leitmotiv qui lance chacun des actes : Colin (Hyppolite Girardot) et sa femme Kathryn (Sabine Azéma) répètent eux-mêmes une pièce de théâtre, mais n’en dépassent jamais les premières répliques, la vie et le naturel finissant par reprendre le dessus. On ne verra jamais cette pièce à l’écran, tout comme on ne verra jamais son acteur principal, George Riley, dont son médecin Colin révèle la mort prochaine. Alors que ses amis (le couple formidable Caroline Silhol / Michel Vuillermoz), son épouse (Sandrine Kiberlain) et son rival (André Dussollier) s’inquiètent, se lamentent ou se réj

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Les Grandes ondes (à l’ouest)

ECRANS | De Lionel Baier (Suisse-Fr, 1h24) avec Michel Vuillermoz, Valérie Donzelli…

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Les Grandes ondes (à l’ouest)

1974. Fatigué d’entendre des mauvaises nouvelles sur ses ondes, le nouveau patron de la Radio Suisse Romande convoque le directeur des programmes pour lui intimer l’ordre de positiver l’antenne avec des reportages montrant à quel point la Suisse rayonne à travers le monde. Une jeune animatrice féministe, un vieux briscard souffrant de pertes de mémoire et un technicien roublard partent donc dans un Portugal encore sous la dictature pour mesurer l’aide suisse au développement du pays. L’argument est picaresque et Lionel Baier en tire d’abord une comédie farfelue et sarcastique emmenée par un Michel Vuillermoz excellent – en revanche, Donzelli rapatrie les insupportables tics de comédienne hérités de ses propres films… Peu à peu, le centre névralgique des Grandes ondes bouge avec l’Histoire en marche et la Révolution des œillets dans laquelle les protagonistes se retrouvent plongés malgré eux. Le film est alors nettement plus brouillon, mais son anarchie scénaristique et formelle fait finalement corps avec les événements racontés. Avec cette ode à la liberté sous toutes ses formes, Baier pense sans doute interroger notre actualité contemporaine et ses renoncements

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Présumé coupable

ECRANS | De Vincent Garenq (Fr, 1h45) avec Philippe Torreton, Noémie Lvovsky…

François Cau | Mercredi 31 août 2011

Présumé coupable

Un cran au-dessus d’Omar m’a tuer, mais pas beaucoup plus, Présumé coupable revient sur l’affaire d’Outreau à travers le regard d’Alain Marécaux, huissier de justice accusé à tort de viols pédophiles en réunion, puis victime d’un engrenage judiciaire conduit par le tristement célèbre juge Burgaud. C’est justement ce regard univoque, cette absence de contrechamp au drame de Marécaux qui emmène Présumé coupable sur les rails rouillés du film-dossier. Le protagoniste est absolument innocent aux yeux du spectateur, comme il est absolument coupable aux yeux de la justice ; son calvaire ne donne lieu qu’à de l’indignation, jamais à des interrogations. De même, les personnages qui l’entourent sont enfermés dans un manichéisme démonstratif (Burgaud, chargé au-delà de toute limite) ou par le style télévisuel français (l’avocat parle comme un avocat, les flics comme des flics …). La mise en scène de Garenq trouve parfois son ton, mais surtout quand elle l’emprunte au Audiard d’Un prophète. Quant à Philippe Torreton, il a beau payer physiquement de sa personne pour être crédible, il n’arrive jamais tout à fait à faire oublier l’acteur derrière le personnage. Christophe Chabert

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