Dans la maison

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Kristin Scott-Thomas, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Jeudi 4 octobre 2012

Germain Germain (bonjour Nabokov !) est un prof de français désespéré par la nullité de ses élèves. Alors qu'il lit leurs médiocres rédactions à sa femme qui, elle, tient une galerie d'art contemporain sur le thème sexe et pouvoir (bonjour Sade !), l'une d'entre elles sort du lot. L'élève y raconte son envie de s'introduire dans la maison de l'un de ses camarades pour s'approcher de cette vie bourgeoise, avec une mère archétypale des « femmes de la classe moyenne » (bonjour Flaubert !). Germain pense qu'il y a là un talent à canaliser, sans savoir qu'il met le doigt dans un dispositif dangereux : celui qui brouille la frontière entre la réalité et la fiction, mais aussi celui de François Ozon, qui déroule ici une mécanique ludique où l'on ne sait jamais si ce que l'on nous raconte est le fruit d'une narration objective, si celle-ci a été influencée par les conseils de Germain ou encore si elle n'est que le reflet de l'imagination de son élève. Le voyeurisme littéraire de l'un rencontre le voyeurisme réel de l'autre, et tout le monde finit par vivre son fantasme (d'auteur frustré, d'adolescent orphelin, de femme délaissée) par procuration. Ozon s'amuse manifestement – et on s'amuse avec lui ­ – dans ce labyrinthe bourré de fausses pistes (la satire réac' du début, le côté Théorème du gamin qui révèle sexuellement la famille entière) ; mais il semble aussi vouloir répondre aux critiques généralement portées contre son cinéma. Le problème, c'est que Dans la maison, au lieu de les désamorcer, les renforce : ici, les personnages sont des pions qu'Ozon manipule autant qu'ils se manipulent entre eux, sans grande empathie, mais avec beaucoup de ricanements et quelques clins d'œil au spectateur cultivé. Les derniers coups de théâtre donnent ainsi la sensation d'un film qui essore son programme jusqu'à la dernière goutte, plus Mocky que Chabrol, plaisant mais un peu vain.

Christophe Chabert

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François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour vous une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers ? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr d’ailleurs qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça c’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après Grâce à Dieu — qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j’avais env

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"Eté 85" : cherchez le garçon

ECRANS | Généalogie d’une histoire d’amour entre deux garçons à l’été 85 qui débouchera sur un crime. François Ozon voyage dans ses souvenirs et lectures d’ado et signe son Temps retrouvé. Sélection officielle Cannes 2020.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. Mais les amours d’été sont souvent éphémères et celle-ci débouchera sur un drame ainsi que sur un crime… Nul ne guérit jamais de son enfance et encore moins de son adolescence. L’une comme l’autre laissent une marque indélébile et invisible sous la peau adulte, pareille à une scarification intérieure. D’aucuns apprennent à apprivoiser leurs cicatrices en les caressant quand d’autres les torturent en les creusant ; tous les conservent néanmoins à portée de main. Ou d’inspiration lorsqu’il s’agit d’artistes. François Ozon ne fait évidemment pas exception. En adaptant La Danse du coucou, un roman découvert en 1985 alors qu’il avait peu ou prou l’âge des protagonistes, le cinéaste effectue une sorte “d’autobiographie divergée”. Non qu’il s’agisse ici de raconter au premier degré son propre vécu d’ado, mais plutôt d’user du substrat de l’intrigue écrite par Aidan Chambers pour concaténer et agréger l’essence de l’époque, p

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"Le Meilleur reste à venir" : que de promesses !

Cinema | De Matthieu Delaporte & Alexandre De La Patellière (Fr., 1h57) avec Fabrice Luchini, Patrick Bruel, Zineb Triki…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Arthur découvre par hasard que son meilleur ami César est condamné par un cancer. Celui-ci l’ignorant, Arthur s’apprête à lui annoncer la funeste nouvelle mais un quiproquo amène César à croire que c’est son pote qui est perdu. Déstabilisé, Arthur ne va pas le détromper. Et s’enferrer… Le succès du Prénom (2012), leur précédente coréalisation, a très certainement endormi la méfiance des producteurs, appâté les comédiens autant qu’il allèchera les curieux. Pourtant, la mécanique bien huilée de ladite pièce filmée (jouée auparavant un an sur les planches) et dialoguée sans surprise mais avec adresse n’a pas grand-chose à voir avec ce succédané de Sans plus attendre (2008) : Le Meilleur reste à venir est une comédie molle bo-beauf de plus, célébrant le nombrilisme d’assujettis aux tranches fiscales supérieures, où les comédiens s’abandonnent à leurs penchants (c’est-à-dire à leurs travers) à la première occasion. Et les occasions ne manquent pas. Lorgnant le cinéma de Nakache etToledano, Delaporte et De La Patellière en offrent une version dégriffée avec les envolées classicom

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"Alice et le maire" : pensée commune (et excellente surprise)

ECRANS | Un maire à bout d’idées se régénère grâce aux perfusions intellectuelles d’une philosophe. Levant un coin du voile sur les coulisses de nos institutions, Nicolas Pariser raconte aussi l’ambition, la sujétion, le dévouement en politique, ce métier qui n’en est pas un…

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Usé, fatigué… vieilli ? Paul Théraneau (Fabrice Luchini), maire de Lyon, éprouve en tout cas un passage à vide intellectuel incitant son cabinet à recruter une jeune philosophe, Alice Heimann (Anaïs Demoustier), pour lui redonner des idées. Dans les arcanes du pouvoir, Alice se fait sa place et devient indispensable… L’époque impose de dénigrer les dirigeants politiques, lesquels donnent bien volontiers le bâton pour se faire battre (dans les urnes). Aussi, chaque film s’intéressant à la chose publique et révélant la réalité d’une gouvernance, loin des fantasmes et des caricatures, est salutaire. Alice et le maire s’inscrit ainsi dans le sillage de L’Exercice de l’État (2011) de Pierre Schoeller. Sans angélisme non plus puisque les manœuvres d’appareil, les mesquineries et jalousies de cabinet ne sont pas tues – mais n’est-ce pas là le quotidien de n’importe quelle entreprise où grenouillent les ambitieux ? Ce sur quoi Nicolas Pariser insiste, c’est la nécessité

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"Le Mystère Henri Pick" : édition très limitée

ECRANS | de Rémi Bezançon (Fr, 1h40) avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Une éditrice découvre dans une bibliothèque pour manuscrits refusés le roman d’un pizzaïolo breton que personne n’a jamais vu écrire une ligne de son vivant. Publié, le livre est un succès et suscite les doutes d’un critique télévisuel qui mène l’enquête en compagnie de la fille de l’écrivain… Si l’on met de côté les invraisemblances en chaîne du dénouement (qu’on ne révèlera pas ici) et les revirements incessants du personnage joué par Camille Cottin (rivalisant avec le chat de Schrödinger, puisqu’elle est à la fois l’alliée et l’ennemie de l’enquêteur tentant de prouver que son père est un imposteur), on peut trouver crédible de voir Fabrice Luchini pratiquer la dissection littéraire avec l’opiniâtreté d’un microtome et le flux verbal d’un Onfray croisé Sollers. Dommage, en revanche, que le réalisateur Rémi Bezançon, lui, ne semble pas croire assez à son intrigue pour oser un vrai thriller, préférant une version édulcorée pour soirée télé où le bon mot ou la pirouette tranquille viennent par convention conclure chaque séquence. Un exemple parmi d’autres de son irrésolution : le pseudo reportage d’archives

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"Grâce à Dieu" : la voix est libre

ECRANS | D’une affaire sordide saignant encore l’actualité de ses blessures, François Ozon tire l’un de ses films les plus sobres et justes, explorant la douleur comme le mal sous des jours inattendus. Réalisation au cordeau, interprétation à l’avenant. En compétition à la Berlinale 2019.

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Lyon, années 2010. Fervent chrétien de quarante ans, Alexandre (Melvil Poupaud) découvre qu’un prêtre ayant abusé de lui lorsqu’il était jeune scout est encore au contact de mineurs. Il saisit donc la hiérarchie épiscopale et le cardinal Barbarin afin que le religieux soit écarté. Un long combat contre l’hypocrisie, l’inertie et le secret s’engage, révélant publiquement un scandale moral de plusieurs décennies… Il faut en général une raison impérieuse pour qu’un cinéaste inscrive à sa filmographie une œuvre résonant avec l’histoire immédiate. Surtout si l’originalité de son style, sa fantaisie naturelle et ses inspirations coutumières ont peu à voir avec la rigueur d’une thématique politique, sociétale ou judiciaire. De même que Robert Guédiguian avait fait abstraction de son cosmos marseillais pour Le Promeneur du Champ-de-Mars sur François Mitterrand, François Ozon pose son bagage onirique afin d'affronter un comportement pervers

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Melvil Poupaud : « Dans "Grâce à Dieu", c’est plus l’institution qui est mise en cause que les personnes »

ECRANS | Dans le film de François Ozon "Grâce à Dieu", il incarne celui grâce auquel le scandale éclate enfin. Riche d’une carrière de plus de trente ans dans le cinéma (mais pas seulement), Melvil Poupaud enchaîne les partitions exigeantes et variées sans jamais se diluer. Conversation avec un comédien si précieux qu’il en devient indispensable…

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Melvil Poupaud : « Dans

Dans Grâce à Dieu, François Ozon a fait appel à vous pour la troisième fois. C’est toujours dans ses drames les plus réalistes. Est-ce le fait du hasard, ou bien discutez-vous ensemble de la manière dont il vous emploie ? Melvil Poupaud : Je ne sais pas, je serais effectivement curieux de savoir pourquoi il pense à moi pour des rôles toujours assez dramatiques. Dans ma carrière, je n’ai pas fait énormément de franches comédies – plutôt des comédies romantiques. Peut-être qu’il sent en moi un potentiel de tragédien… Mais je ne peux pas me plaindre : ce sont des rôles qui ont toujours marqué. Le Refuge [2010] était plus petit, mais Le Temps qui reste [2005] ou celui-ci marquent ma filmographie et mon expérience d’acteur. Je ne vais pas lui demander de changer de registre (sourire), ça me réussit plutôt pas mal. À tous les deux, d’ailleurs. Votre liberté dans le cinéma français est très singulière : vous épousez des rôles forts (prêtre suborneur chez

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"Au bout des doigts" : en avant la musique

ECRANS | De Ludovic Bernard (Fr, 1h45) avec Jules Benchetrit, Lambert Wilson, Kristin Scott Thomas…

Vincent Raymond | Jeudi 20 décembre 2018

Pianiste virtuose et quasi-autodidacte, Mathieu Malinski est repéré dans une gare par le directeur du Conservatoire de Paris qui veut l’intégrer à son école. Mais le jeune banlieusard est indocile, de surcroît piégé par un passif de petite délinquance. Un lent apprentissage s’engage… Massifs himalayens, gammes chromatiques… Ludovic Bernard semble affectionner tout ce qui monte. Après L’Ascension, il opte ici toutefois pour un décor plus classique – même si la trame de base reste identique : cela demeure l’histoire d’un d’jeun’s s’extrayant de sa banlieue au prix d’un exploit, faisant mentir conjointement le déterminisme social et les préjugés. Accessoirement, il triomphe aussi de son orgueil et de ses préjugés. Réglé comme du papier à musique, mais Jules Benchetrit a une telle mine de Rod Paradot qu’on y croirait. N’oublions pas Lambert Wilson : en Richard Descoings du Conservatoire, doté d’une faille intime mais résolu à révéler les talents d’où qu’ils proviennent, i

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"Fabrice Luchini et moi" : Olivier Sauton, l'apprenti sorcier

Théâtre | Charismatique, érudit, caricatural aussi, Fabrice Luchini fascine le comédien Olivier Sauton qui dialogue avec lui dans "Fabrice Luchini et moi". Un curieux et séduisant seul-en-scène (Sauton campe les deux rôles) à voir à la Basse cour.

Nadja Pobel | Mardi 4 septembre 2018

Fabrice Luchini est là tout le temps, sans être là, au point qu'il a fallu modifier l'affiche pour ne pas prêter à confusion : « Olivier Sauton dans Fabrice Luchini et moi ». Car la vedette rohmérienne, après avoir été troublée et séduite par ce one-man-show créé en 2014, fut plus tatillonne sur cette production quand la bise (tempête) fut venue. Pour cause : Olivier Sauton a vu réapparaître l’an passé, quand il semblait promis à un Molière du seul-en-scène, des tweets antisémites qu'il reconnaît avoir écrits du temps où il frayait le même chemin que Dieudonné. Et qu'il considère aujourd’hui, sans se forcer, comme nauséabonds. Temps révolu, dit-il sur scène en regardant son public. Et « le petit con attardé » qu'il évoque à propos de cette époque est finalement le même que celui qu'il met en scène dans ce spectacle. Un jeune homme (lui-même donc) dont on découvre l'appétit à se cultiver et à s'élever au-dessus de la bêtise crasse. Tenant

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"The Party" : électrique huis clos en noir et blanc

ECRANS | de Sally Potter (G.-B., 1h08) avec Kristin Scott Thomas, Timothy Spall, Patricia Clarkson…

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

Ministre de la Santé ! Tout juste nommée à ce poste prestigieux, Janet compte fêter la nouvelle avec son mari et des proches. Hélas, la soirée en petit comité va sonner l’hallali de son couple, de ses amitiés, de sa carrière, de ses illusions… La réalisatrice anglaise Sally Potter réunit une distribution de poids pour ce tout juste long-métrage d'1h08. Bien lui a pris, d’ailleurs, de ne pas chercher à le rallonger par principe en diluant l’intrigue : elle l’aurait abîmée. Empruntant au théâtre son huis clos, elle ne se trouve cependant pas prisonnière de son décor grâce à une réalisation et un montage nerveux, à l’unisson de l’ambiance électrique de la soirée. Le choix esthétique du noir et blanc, marqueur inconscient du genre polar, surprend – et l’affiche, montrant l’héroïne brandissant un pistolet (reprenant une double image-clé du film) pourrait l’accréditer. En réalité, la dualité des personnages se trouve ainsi représentée (et ses moyens termes dans leurs nuances de gris). Et si le noir finit par dévorer l’écran, c’est parce que la fête célèbre en définitive le deuil des idéologies ; on imagine mal une veillée funèbre britannique se tr

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"L’Amant double" : maux comptent double pour Ozon

ECRANS | Une jeune femme perturbée découvre que son ancien psy et actuel compagnon mène une double vie. Entre fantômes et fantasmes, le nouveau François Ozon transforme ses spectateurs en voyeurs d’une œuvre de synthèse. En lice à Cannes 2017.

Vincent Raymond | Samedi 27 mai 2017

Conseillée par sa gynécologue, Chloé, une jeune femme perturbée, entame une psychanalyse auprès de Paul Meyer. Mais après plusieurs séances, la patiente et le thérapeute s’avouent leur attirance mutuelle. Le temps passe et ils s’installent ensemble. C’est alors que Chloé découvre que Paul cache d’étranges secrets intimes, dont une identité inconnue… L’an dernier sur la Croisette, c’est Elle de Paul Verhoeven qui avait suscité une indignation demi-molle en sondant les méandres obscurs du désir féminin et en démontant sa machinerie fantasmatique — sans pleinement convaincre, pour X ou Y raison. Au tour de François Ozon de s’y employer, dans le même registre élégamment sulfureux et chico-provocateur. Car l’on sait, à force, que le réalisateur adore frayer avec les tabous, s’amusant à les titiller sans jamais outrepasser les frontières de la bienséance : courtiser le scandale est à bien des égards plus excitant (et moins compromettant) que d’accepter de baiser sa rouge bouche offerte.

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"Réparer les vivants" : Simon, as-tu du cœur ?

ECRANS | de Katell Quillévéré (Fr, 1h43) avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval…

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

À l’hôpital où des parents viennent d’apprendre que Simon, leur ado accidenté, se trouve en mort cérébrale, un médecin aborde avec tact la question du don d’organes. Ailleurs, une femme attend un cœur pour continuer à vivre… Cette transplantation du roman multiprimé de Maylis de Kerangal sur support cinéma présente des suites opératoires tout à fait attendues, en regard du protocole suivi. En convoquant une galerie d’interprètes popu/tendance autour d’un sujet touchant à un drame intime et à l’éthique, Katell Quillévéré est en effet assurée d’avoir son film-dossier programmé en amorce de mille débats, et que ses comédien(ne)s recevront un prix ici ou là. D’accord, elle nous évite avec raison toute forme d’hystérie et de tachycardie artificielle dans le montage (pour ne pas singer Urgences), mais le rythme est tout de même bien pépère et l’ambiance cotonneuse. Sage, gentiment didactique et surtout un brin trop aseptisé.

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"Ma Loute" : À manger et à boire…

ECRANS | Si Roméo était fils d’un ogre pêcheur et Juliette travestie, fille d’un industriel de Tourcoing, peut-être que leur histoire ressemblerait à cette proto-comédie de Bruno Dumont. Un régal pour l’œil, mais pas une machine à gags. En compétition officielle à Cannes.

Vincent Raymond | Lundi 16 mai 2016

Quel accueil des spectateurs non francophones – et tout particulièrement les membres du jury du festival de Cannes – peuvent-il réserver à Ma Loute ? Grâce aux sous-titres, ils saisiront sans peine le dialogue de ce film dans son intégrité, mais ils perdront l’une de ses épaisseurs : la saveur des intonations snobinardes et des borborygmes modulés avec l’accent nordiste – forçant les non-Ch’tis à accoutumer leur oreille. Cela étant, si les mots seuls suffisaient à Bruno Dumont, il ne serait pas l’énigmatique cinéaste que l’on connaît ; d’autant plus indéchiffrable avec ce huitième long-métrage, qui prolonge son désir de comédie engagé avec la série P’tit Quinquin. Dans le fond, Dumont ne déroge guère ici à ses obsessions : capter l’hébétude quasi mystique saisissant un personnage simple après une rencontre inattendue, puis observer ses métamorphoses et ses transfigurations. Certes, les situations se drapent d’un cocasse parfois outrancier et empruntent au burlesque du cinématographe ses ressorts les plus usés (chutes à gogo, grimaces à foison, bruitages-gimmicks…). Mais il ne s’agit que d’un habillage comique ; derrière une façade pei

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L’Hermine

ECRANS | Même sous la robe rouge bordée d’hermine d’un président de cour d’assises, il y a un cœur qui bat. Venise porte toujours bonheur au duo Christian Vincent-Fabrice Luchini, que la Mostra a distingué (Prix du Scénario, Coupe Volpi de l’interprète masculin) 25 ans après "La Discrète"…

Benjamin Mialot | Mardi 17 novembre 2015

L’Hermine

De prime abord, le tableau donnerait presque envie de fuir : Fabrice Luchini dans un prétoire, exerçant sur un public captif une autorité absolue de président, ne risque-t-on pas de subir la logorrhée cancanante d’un comédien s’auto-caricaturant dans une solennité volubile ? D’assister à un film de procès et de procédure virant à la joute oratoire ou à la “performance” – à l’instar de celle qui lui avait valu son César à l’époque de Tout ça… pour ça ! (1993) de Lelouch ? Ces appréhensions légitimes se dissipent au fur et à mesure de L’Hermine : le rôle de Michel Racine qu’il endosse n’est pas celui d’un discoureur emphatique et péremptoire, mais d’un homme retenu. Emprunté, même. Un de ces personnages plus rares, moins horripilants aussi, qu’il sait tenir – comme chez Leconte dans Confidences trop intimes (2003) – où il a davantage à écouter qu’à parler. Où il est récepteur et non émetteur. Certes, ce président est austère et, de surcroît, grippé, ce qui explique en partie ce jeu tout en "understatement". Mais il bénéficie d’une transfiguration lorsqu’il retrouve parmi ses jurés une femme qu’il a aimée. Luchini lumineux

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Une nouvelle amie

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h47) avec Romain Duris, Anaïs Demoustier, Raphaël Personnaz…

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Une nouvelle amie

Argument de vente déjà bien calé en une des magazines, la transformation de Romain Duris en femme dans le nouveau film de François Ozon est son attraction principale. Il faut prendre le mot "attraction" au pied de la lettre : non seulement un phénomène freak plutôt réussi (Duris a souvent joué sur son côté féminin, mais le film se plaît à mettre en scène ce grand saut d’abord comme un apprentissage maladroit, puis comme une évidence naturelle) mais aussi le centre d’une névrose obsessionnelle qui saisit Claire (formidable Anaïs Demoustier, aussi sinon plus troublante que son partenaire) lorsqu’elle découvre que le mari de sa meilleure amie choisit de se travestir après le décès de son épouse. Embarrassée, troublée et finalement séduite, elle accompagne sa mue tout en la guidant pour des motifs opaques – voit-elle en lui une « nouvelle amie » prenant la place de la précédente ou un pur objet de désir ? Autant de pistes formidables qu’Ozon ne fait qu’ébaucher, préférant jouer à l’auteur démiurge épuisant les possibles de son scénario. On passe ainsi sans transition de Vertigo à La Cage aux folles, de Chabrol à Mocky, de la peinture ironique à la

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Gemma Bovery

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr, 1h39) avec Fabrice Luchini, Gemma Arterton, Jason Flemyng…

Christophe Chabert | Mardi 9 septembre 2014

Gemma Bovery

Martin Joubert, un boulanger féru de littérature, s’ennuie dans son petit village normand jusqu’à ce que débarquent de leur Angleterre natale Gemma Bovery et son mari Charles. À la fois troublé par la sensualité de la jeune femme et par sa ressemblance avec l’héroïne de Flaubert, Martin s’embarque dans un jeu fait de voyeurisme et de fantasmes, érotiques autant que littéraires, envers elle. Cette trame-là est de loin ce qu’il y a de plus intéressant dans le nouveau film d’Anne Fontaine, mais la cinéaste n’en tire aucun point de vue fort dans sa mise en scène. Plutôt que de coller au regard de Martin et à sa capacité à interpréter sauvagement la réalité en fonction de son désir et de ses références, elle va régulièrement filmer son contrechamp, ce qui tue instantanément toute ambiguïté et tout trouble. L’exemple évident est la relation entre Gemma et Hervé, le fils à maman friqué qui devient son jeune amant fougueux ; la scène où Martin "double" leur dialogue à distance est une belle idée, mais Fontaine la réduit à néant en enregistrant aussi la vraie conversation entre les deux tourtereaux. Cette manière tiède et rassurante de raconter son histoire introduit auss

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Voyage au bout de Luchini

SCENES | L’été à Grenoble, toutes les salles de spectacle sont fermées. Toutes ? Non, car la Basse cour tente cette fois-ci d’ouvrir en août, le mois le plus calme de l’année culturelle, en programmant notamment un excellent spectacle mêlant théâtre et humour. "Fabrice Luchini et moi" d’Olivier Sauton est ainsi le rendez-vous de l’été. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mercredi 23 juillet 2014

Voyage au bout de Luchini

Le spectacle s’appelle Fabrice Luchini et moi mais il pourrait aussi s’appeler Fabrice Luchini est moi. Un glissement sémantique qui illustre parfaitement l’incroyable prestation réalisée par le comédien Olivier Sauton : incarner Fabrice Luchini sur scène. Luchini, une figure française aux mimiques, à la gestuelle et à la voix reconnaissables entre mille que Sauton a parfaitement intégrée, jusqu’à sembler ne faire qu’un avec son modèle. Son Dieu même. Car dans son seul-en-scène, Olivier Sauton raconte comment un soir, alors qu’il n’était qu’un jeune con inculte à la recherche de gloire, il croise dans la rue le grand Luchini qu’il admire tant. Il lui demande alors de lui réciter une Fable de la Fontaine : ce sera la peu connue La Tortue et les deux Canards, dans laquelle Luchini voit de nombreux sous-entendus sexuels. Puis le jeune homme insiste carrément pour prendre des cours avec son idole, qui finira par accepter

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Une Sitcom gore et trash

ECRANS | Notre bel et long anniversaire (20 ans!) se poursuit cette semaine du côté du Club avec une séance spéciale en association avec Vues d’en face, festival (...)

Christophe Chabert | Lundi 31 mars 2014

Une Sitcom gore et trash

Notre bel et long anniversaire (20 ans!) se poursuit cette semaine du côté du Club avec une séance spéciale en association avec Vues d’en face, festival international du film gay et lesbien de Grenoble – qui en profite pour anticiper le lancement de sa 14e édition, dont on reparlera la semaine prochaine. Notre choix s'est porté sur Sitcom, premier long-métrage de François Ozon sorti en 1998. Les Grenoblois connaissaient déjà le nom du réalisateur puisqu’il avait réussi l’exploit – unique, pour l’instant – de rafler deux années de suite le grand prix du festival du court avec La Petite mort et Une robe d’été. Après un moyen-métrage provoquant et polanskien (Regarde la mer), Ozon faisait une entrée fracassante dans la cour des grands avec cet ovni cinématographique. Détournant l’esthétique des sitcoms façon AB Productions qui à l’époque faisaient florès sur TF1, le réalisateur décrit une famille de bourgeois bien sous tous rapports – père ingénieur, mère au foyer, enfants sages comme des images et très propres sur eux. Il suffit que le paternel ramène un rat blanc dans leur pavillon pour que tout se détraque : co

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Vues d’en face fête les 20 ans du PB!

ECRANS | La nouvelle édition du Festival international du film gay et lesbien de Grenoble aura lieu du vendredi 11 au samedi 19 avril, principalement au cinéma Le (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 21 mars 2014

Vues d’en face fête les 20 ans du PB!

La nouvelle édition du Festival international du film gay et lesbien de Grenoble aura lieu du vendredi 11 au samedi 19 avril, principalement au cinéma Le Club. Au programme, quelques films alléchants qu’on va s’empresser de voir avant leur diffusion pour vous en causer en temps voulu. À noter que le festival organise aussi, comme chaque année, des séances avant et après l’événement. Avec notamment, le lundi 7 avril au Club, la projection de Sitcom, l’excellent premier film de François Ozon sorti en 1998. Un choix qui vient de nous, cette projo étant organisée dans le cadre des 20 ans du journal. Merci Vues d'en face!

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La Vénus à la fourrure

ECRANS | Une actrice, un metteur en scène, un théâtre et "La Vénus à la fourrure" de Sacher-Masoch : un dispositif minimal pour une œuvre folle de Roman Polanski, à la fois brûlot féministe et récapitulatif ludique de tout son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 novembre 2013

La Vénus à la fourrure

À sa sortie, on avait pris Carnage pour une sorte de repli stratégique de la part de Roman Polanski. L’adaptation de la pièce de Yasmina Reza venait après ses déboires avec la justice suisse, et le choix d’un huis clos à quatre personnages lui permettait de tourner vite en déclinant en virtuose sa science du découpage et de la mise en scène. Surtout, il y circulait une rage que l’on imaginait circonstanciée, là encore liée à cette énième humiliation dans une vie déjà chaotique. Derrière sa réjouissante santé, par-delà la comédie de mœurs labyrinthique à laquelle Polanski nous convie, La Vénus à la fourrure poursuit ce double geste de façon enthousiasmante. C’est une charge virulente contre l’époque et ses travers, ici pris sous l’angle de la lutte des sexes, et c’est à nouveau un huis clos tiré d’une pièce de théâtre, signée cette fois David Ives ; sauf que cette fois, le théâtre est le lieu et la matière du film, même si, en transparence, le cinéaste vise aussi tout ce qu’i

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« L’essence d’un réalisateur est d’être un voyeur »

ECRANS | Rencontre avec François Ozon, réalisateur de "Jeune & Jolie", quatorzième long-métrage d’une œuvre qui se réinvente sans cesse, inégale mais toujours surprenante. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 12 juillet 2013

« L’essence d’un réalisateur est d’être un voyeur »

Dans vos derniers films, vous vous aventuriez vers des choses inédites chez vous. Dans Jeune & Jolie, vous reprenez les choses là où vous les avez laissées avec 5X2 : un concept très fort, la question du désir qui redevient centrale…François Ozon : L’envie première était de reparler de l’adolescence. Je me suis rendu compte que je n’avais pas parlé de l’adolescence depuis Sous le sable, qui est un film important car c’est là que j’ai rencontré Charlotte Rampling. J’ai ensuite fait beaucoup de films avec des personnages nettement plus matures, et le fait de travailler avec les deux jeunes acteurs de Dans la maison m’a donné envie de retourner vers l’adolescence. Je ne pense pas tellement à mes films d’avant, mais disons que ça me ramenait à mes premiers courts-métrages. Je pouvais reparler de l’adolescence et du désir adolescent mais avec mon regard d’aujourd’hui, une distance que je n’avais pas à l’époque. Chaque film est un peu une expérimentation, je voulais voir ce que ça donnerait. Sur le côté formel, oui,

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Jeune & jolie

ECRANS | Avec ce portrait d’une adolescente qui découvre le désir et brave les interdits, François Ozon prouve sa maîtrise actuelle de la mise en scène, mais ne parvient jamais à dépasser le regard moralisateur qu’il porte sur son héroïne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Jeune & jolie

Jeune & jolie : un titre qui est autant une référence au magazine pour adolescentes qu’une mise au point de la part de François Ozon. Il ferme ainsi sa longue parenthèse d’actrices vieillissantes et revient à la jeunesse érotisée de ses premières œuvres, courtes ou longues. L’introduction tient lieu d’énorme clin d’œil : sur une plage déserte, Isabelle, 16 ans – prometteuse Marine Vacth, sorte de Laetitia Casta en moins voluptueuse –, retire le haut de son maillot de bain, se pensant à l’abri des regards. En fait, la scène est vue depuis les jumelles de son petit frère et en deux plans, trois mouvements, Ozon s’offre un digest de son premier âge de cinéaste : la plage comme lieu de fantasmes, ses alentours comme repère des désirs troubles. Clin d’œil donc, mais trompe l’œil aussi : ce voyeurisme-là n’est qu’une fausse piste. Et même si par la suite tous les regards se tourneront vers Isabelle pour percer son inexpliquée conversion à la prostitution, Ozon ne cherche jamais à créer de suspens malsain autour de ses activités : au contraire, c’est l’évidence frondeuse avec laquelle elle découvre son désir qui l’intéresse, et qu’il filme sans pincette par

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Only god forgives

ECRANS | Nicolas Winding Refn rate le virage post-"Drive" avec ce film vaniteux qui ressemble à l’œuvre d’un chef décorateur surdoué cherchant sans y parvenir quelque chose à raconter. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 mai 2013

Only god forgives

Quant on avait découvert Drive, Nicolas Winding Refn n’était plus un inconnu : la trilogie Pusher et le génial Bronson avaient déjà montré l’étendue de son talent et de ses ambitions. Si surprise il y avait, c’était celle d’un cinéaste qui synthétisait dans une forme pop et romantique un creuset d’influences et de codes qu’il arrivait à régénérer. Avec Only god forgives, Winding Refn tombe dans son propre maniérisme et ce qui hier relevait du plaisir se transforme ici en effort désespéré pour faire autre chose que de l’imagerie pure et simple. L’argument, en soi, n’est pas plus original que celui de Drive : en Thaïlande, deux frères vivotent entre matchs de boxe et trafics de drogue. Le plus âgé, dans un coup de folie, tue une prostituée, avant d’être à son tour massacré par le père éploré, poussé dans son geste par un flic sadi

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Tout ça pour ça

SCENES | Si le nombre incalculable de propositions culturelles adressées au public oblige à un zapping effréné, on peut parfois prendre le temps de la réflexion et (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 28 mars 2013

Tout ça pour ça

Si le nombre incalculable de propositions culturelles adressées au public oblige à un zapping effréné, on peut parfois prendre le temps de la réflexion et oser un lapidaire : pourquoi ? Oui, pourquoi Luc Bondy, metteur en scène de renom, a-t-il choisi de monter cette pièce de Pinter (Le Retour, publiée en 1964) avec ce casting-là (une pléiade de stars qui n’a pas été sans conséquence sur le budget de la création) ? Sur le texte de Pinter, et la nouvelle traduction de Philippe Djian, c’est l’incompréhension : une œuvre fade et poussive, malgré un sujet sulfureux (une femme fait irruption dans une famille uniquement composée d’hommes, et choisit volontairement de rester avec eux pour se prostituer) qui questionne quant à sa pertinence aujourd’hui – « un ramassis de clichés misanthropes et misogynes » écrira même la romancière Nancy Huston dans une tribune publiée par Libération. Quant au casting vertigineux (Bruno Ganz, Louis Ga

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Alceste à bicyclette

ECRANS | De Philippe Le Guay (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Lambert Wilson…

Christophe Chabert | Lundi 14 janvier 2013

Alceste à bicyclette

À l’origine de l’« idée originale » du film, Fabrice Luchini a sans doute voulu s’offrir son Looking for Richard : une réflexion sur son métier d’acteur et sa confrontation avec un texte monstre de Molière, Le Misanthrope. Il y a d’ailleurs, dans Alceste à bicyclette, quelques scènes fascinantes où ce comédien génial abolit la frontière entre la réalité et la fiction et se montre seulement au travail, cherchant, hésitant, se reprenant jusqu’à trouver la note juste pour faire vivre sans pompe les alexandrins de Molière. Mais plutôt que de créer un dispositif fort autour de son acteur, Philippe Le Guay lui colle dans les pattes un sparring partner encombrant (Lambert Wilson, très moyen en acteur précieux rendu célèbre par un feuilleton médical sur TF1) et brode autour de pauvres intrigues de fiction qui sentent bon le téléfilm parfumé à la naphtaline. Dire qu’on se fout intégralement de la belle Italienne, du chauffeur de taxi ou de la jeune fille qui tourne des « films X » est un euphémisme, et pourtant, ce foutoir poussiéreux finit par prendre toute la place. Alceste à bicyclette projette Molière dans une médiocre pi

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Incompréhension totale

SCENES | Pour sa première mise en scène en tant que directeur de l’Odéon (prestigieuse scène parisienne), le metteur en scène Luc Bondy a choisi de monter Le Retour (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 9 janvier 2013

Incompréhension totale

Pour sa première mise en scène en tant que directeur de l’Odéon (prestigieuse scène parisienne), le metteur en scène Luc Bondy a choisi de monter Le Retour d’Harold Pinter, avec un casting haut de gamme convoquant entre autres Louis Garrel, Bruno Ganz, Emmanuelle Seigner ou encore Pascal Greggory. Sauf que la sauce ne prend jamais, les comédiens s’embourbent, semblant constamment chercher le sens de cette pièce datée au propos étrange (une famille d’hommes accueille la nouvelle femme de l’un d’eux avec désir). Et l’on se demande alors en sortant de la salle : mais pourquoi tout ça ? À voir (ou pas) à la MC2 du 4 au 10 avril.

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir été écrit sur mesure. Il y a dans Au service de sa Majesté un petit charme très français du second rôle savoureux, plus digeste que la pr

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Début octobre dans la maison Ozon

ECRANS | Pendant longtemps, François Ozon se méfiait de la presse, des interviews et de la nécessité d’expliquer ses films. Depuis "Potiche", on le sent plus détendu, plus sûr de lui et prêt à rentrer dans les méandres de son œuvre avec humour et malice. La preuve avec cet entretien. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

Début octobre dans la maison Ozon

On se dit en voyant Dans la maison que c’est le film où vous répondez le plus ouvertement aux reproches adressés à votre cinéma mais aussi où vous le définissez par rapport à la littérature, comme une théorie de votre pratique…François Ozon : Au départ, c’est une pièce de théâtre, ce n’est pas moi qui l’ai écrite. Mais quand on fait une adaptation, c’est qu’on s’y retrouve, qu’il y a des choses qui vous plaisent. Ce qui m’a plus, c’est la relation prof-élève et que ce ne soit pas dans un seul sens, qu’il y ait une interactivité, que le gamin apporte autant au prof que le prof au gamin, cette idée de la transmission. Quant à répondre exactement à ce qu’on me reproche, c’est vous qui le dites, je ne l’ai pas théorisé. Il y a quand même des dialogues qui évoquent le fait d’aimer ses personnages ou de les regarder de haut…Ah ! Ce qui m’amusait dans tous ces trucs théoriques que dit le prof, c’est que ça me rappelait ces gens qui veulent donner des cours sur le scénario, ces théoriciens venus des États-Unis. Je lis ça et je n’arrive jamais à rentrer dans ce moule, cette méthode. Je sais que ce sont des co

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Pour quelques courts de plus

ECRANS | Le mercredi 21 décembre, jour du solstice d’hiver, est donc le plus court de l’année. Profitant de l’absence de toute prophétie maya à l’horizon, un comité de (...)

François Cau | Lundi 19 décembre 2011

Pour quelques courts de plus

Le mercredi 21 décembre, jour du solstice d’hiver, est donc le plus court de l’année. Profitant de l’absence de toute prophétie maya à l’horizon, un comité de pilotage regroupant une flopée de structures audiovisuelles nationales encourage les volontaires à travers le pays à organiser des événements liés à la diffusion de courts-métrages. Sur Grenoble, deux établissements ont répondu présents et se sont même fédérés pour l’occasion : la Cinémathèque et le Magasin, Centre National d’Art Contemporain. La première, fer de lance local de la promotion de cette discipline cinématographique, proposera toute la journée un programme constitué de lauréats de son Festival du Court-Métrage en Plein Air, de trésors issus de son fonds (ne manquez pas Une robe d’été de François Ozon et L’Amour existe de Maurice Pialat), et conclura sa sélection par une série de films érotiques “historiques“, dont le légendaire Sœur Vaseline (1925). Le Magasin accueillera quant à lui, sur présentation du ticket d’accès aux expositions, une sélection de courts choisis par la Cinémathèque, puis projettera les films des artistes retenus pour son Exposition de Noël.FC Le jour le plus court, mercredi 2

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Essential killing

ECRANS | La fuite désespérée d’un taliban afghan dans l’Est de l’Europe, ou comment un acteur physique et mutique, Vincent Gallo, se livre à corps perdu à son metteur en scène, Jerzy Skolimowski, pour une œuvre prenante et picturale. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 1 avril 2011

Essential killing

Étrange aventure que cet Essential killing. Aventure est le mot qui convient, tant le film sur l’écran paraît se confondre avec les conditions de son tournage, et tant son acteur, l’immense Vincent Gallo, semble éprouver réellement la souffrance de son personnage. Gallo incarne un taliban afghan qui, après un attentat contre des soldats américains, réussit à s’échapper de la prison où on l’a torturé, et se lance dans une cavale à travers une Europe de l’Est enneigée. Mais le film de Skolimowski n’a que peu à voir avec la tradition du survival movie ; on est ici dans une œuvre radicale, un film de metteur en scène et un one man film d’autant plus impressionnant que l’homme en question n’y prononce pas un seul mot. L’idée derrière ce silence est simple : plus Gallo retourne vers une forme d’animalité pure, plus l’humanité de son personnage éclate à l’écran. Du rouge sur une toile blanchePris dans un piège à loup, dormant dans une mangeoire remplie de paille, mangeant des baies ou dévorant un poisson encore vivant, Gallo fait l’expérience d’une régression vers l’état de nature. Mais quelque chose ramène le personnage vers le monde des hommes : des flashbacks oniriques où,

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Les amants éternels du cinéma français

ECRANS | Acteurs / Le cinéma de François Ozon affiche ouvertement son fétichisme cinéphile ; chez lui, la citation doit être littérale, incarnée, et les acteurs doivent (...)

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

Les amants éternels du cinéma français

Acteurs / Le cinéma de François Ozon affiche ouvertement son fétichisme cinéphile ; chez lui, la citation doit être littérale, incarnée, et les acteurs doivent arriver sur l’écran avec le passé de leurs rôles précédents (Jérémie Rénier dans Les Amants criminels, Jeanne Moreau dans Le Temps qui reste, etc.). Dans Potiche, il reforme le couple mythique Catherine Deneuve / Gérard Depardieu, sept films ensemble en trente ans. Deneuve le fait justement remarquer, elle n’a jamais été que l’amante de Depardieu, jamais sa femme à l’écran ; c’est donc un couple illégitime marqué par un décalage initial qui empêche l’accomplissement de la romance. Dans Le Dernier métro (1980), Truffaut fait de Deneuve une comédienne populaire qui devient par la force des choses le lien entre son mari juif caché dans la cave du théâtre pendant l’occupation et le monde extérieur. Depardieu, lui, est un jeune acteur qui doit être son partenaire à la scène et devient son amant en coulisses. Deneuve est alors une star ; Depardieu est en passe de l’être et le film se nourrit de ce décalage de notoriété en le reproduisant à l’écran. Corneau dans Le Choix de

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«Fidèle à la réalité»

ECRANS | Entretien / François Ozon, réalisateur de Potiche. Propos recueillis par CC

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

«Fidèle à la réalité»

Petit Bulletin : Potiche a ceci de nouveau dans votre œuvre : il parle frontalement de politique…François Ozon : C’est venu naturellement de la pièce originale que je connaissais depuis l’époque où j’avais tourné 8 femmes. Ce qui a déclenché mon envie de l’adapter, c’est la campagne présidentielle de 2007, où une vraie misogynie s’est déchaînée de la part des hommes politiques, y compris dans le camp socialiste, mais aussi des femmes, envers Ségolène Royal. À cette occasion, j’ai relu la pièce, et je l’ai trouvée très actuelle. Dans le même temps, j’ai reçu une proposition de mes producteurs, Mandarin, pour tourner un film sur Nicolas Sarkozy. Ça ne me branchait pas tellement. À la place, je leur ai proposé Potiche en leur disant que c’était aussi un film politique. Mais ils ne s’attendaient pas à ce que ce soit une comédie ! 8 femmes était aussi l’adaptation d’une pièce de théâtre populaire, mais Potiche est moins théâtral, plus aéré…8 femmes était un whodunit à la théâtralité assumée, un huis clos que j’avais tiré vers une réflexion sur les actrices. Potiche est plus au premier degré, il était important de

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Politique de la potiche

ECRANS | Cinéma / Pour son déjà douzième long-métrage, l’insaisissable François Ozon s’empare d’une pièce de boulevard signée Barillet et Grédy, pour en tirer une adaptation très libre, politique, drôle et mélancolique, au casting parfait et à la mise en scène fluide et élégante. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

Politique de la potiche

Un mot d’abord sur l’étrange carrière de François Ozon. Peu de cinéastes français contemporains ont été aussi prolifiques (un film par an depuis 1998), aussi éclectiques et aussi inégaux. Impossible à partir de sa déjà imposante filmographie de faire des généralités : il a fait de grands films intimistes (5X2, Le Temps qui reste) mais en a raté à peu près autant (Swimming Pool, Le Refuge) ; avec des sujets plus conséquents, les fortunes sont aussi diverses, du baroque provocateur Les Amants criminels au romanesque neurasthénique d’Angel ; quand il adapte du théâtre, cela peut donner un film poussif comme 8 femmes, mais aussi une bonne claque comme Gouttes d’eau sur pierres brûlantes. Potiche rajoute encore du paradoxe : d’abord, il sort la même année que ce qui est sans doute le pire film d’Ozon (Le Refuge) ; ensuite, il s’apparente à une commande ouvertement grand public façon 8 femmes ; enfin, il s’agit d’une comédie, genre qui a peu réussi à Ozon depuis son initial Sitcom. Pourtant, le cinéaste est ici à son meilleur, et si Potiche est avant tout un excellent divertissem

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Le Refuge

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h30) avec Isabelle Carré, Louis-Ronan Choisy…

François Cau | Jeudi 21 janvier 2010

Le Refuge

Le Refuge plonge tête la première dans ce qui guette le cinéma de François Ozon : son côté Patrice Leconte auteuriste où un film=une idée+un casting. C’était le cas de Swimming pool, son plus mauvais film à ce jour, ça l’est encore plus ici car Ozon y rajoute une donnée intenable : un discours sournoisement planqué derrière son récit. Soit un couple de junkies ; le mec (Melvil Poupaud) meurt et la fille (Isabelle Carré) tombe enceinte. Elle trouve refuge dans une maison au bord de l’océan, où le frère gay de son amant la rejoint. Elle décide de garder l’enfant, et découvre dans ce frère en rupture avec sa famille bourgeoise un père de substitution possible. La fin viendra enfoncer le clou : oui, les homos peuvent être d’excellents pères, meilleurs que certains hétéros. Soit. Mais la démission totale de Ozon en tant que scénariste (le film n’est qu’accumulation de dialogues dignes de Plus belle la vie) et cinéaste (il n’y a rien à regarder dans les plans, plats comme un téléfilm) donne le sentiment que Le Refuge n’est qu’un prétexte pour un futur débat sur la question.CC

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Ricky

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h30) avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez…

François Cau | Vendredi 6 février 2009

Ricky

Après le ratage d’Angel, François Ozon revient à un cinéma modeste proche de ses premières œuvres avec ce très curieux Ricky. La première demi-heure est une belle surprise : Ozon s’y frotte au quotidien d’une ouvrière dans une usine de produits chimiques (Alexandra Lamy, tout à fait crédible et assez épatante), mère célibataire nouant une relation avec un autre ouvrier (Sergi Lopez, très bon lui aussi). Le réalisme de cette ouverture ne se dépare pas d’une sècheresse de trait et d’un sens de l’inquiétude qui laissent penser que le cinéaste signe ici son retour en forme et en force. Mais tout cela ne fait que préparer le twist énorme qui est en fait le vrai sujet du film : la naissance d’un bébé ailé, que l’on cache puis que l’on tente maladroitement d’exhiber au monde, avant de le laisser s’envoler comme dans un conte pour enfants. Ozon nous supplie de croire à l’impossible, mais avec des effets spéciaux de téléfilm et des séquences franchement foirées (la scène du supermarché avec ses figurants aux taquets !), c’est beaucoup demander au spectateur. Il est lui-même trop conscient de ce qu’il raconte, notamment des sous-textes évidents charriés par son histoire,

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