L'amour à mort

ECRANS | Avec "Amour", palme d'or du dernier festival de Cannes, Michael Haneke filme le crépuscule d’un couple face à la maladie et l’approche de la mort. Mais son titre n’est pas trompeur : sans perdre ni sa lucidité, ni sa mise en scène au cordeau, Haneke a réalisé son film le plus simple, émouvant et humain, grâce notamment à ses deux acteurs, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 octobre 2012

Au milieu du Ruban blanc, on voyait un des enfants de cette communauté rigide et protestante offrir à son pasteur de père un oiseau pour remplacer celui qui venait de mourir. C'était un acte d'amour, un instant sentimental dans une œuvre où, justement, le mal qui rongeait les personnages était alimenté par la répression de leurs émotions. C'est d'ailleurs ce qui se passait à l'écran : le père retenait des larmes que la caméra de Michael Haneke, à la bonne distance, ne manquait pas de laisser deviner.

Le cinéaste est trop lucide et pessimiste sur la nature humaine pour faire croire au spectateur que ces larmes-là auraient changé la face du monde ; mais il n'y a aujourd'hui plus de doute à la vision d'Amour : cette pointe de pathos, aussi discrète soit-elle, a changé la face de son cinéma. L'inéluctable, ces ténèbres qui viennent engloutir les vies humaines, est ici atténué par quelque chose de plus grand et de plus fort qui va même, lors de la sidérante scène finale du film, résister à la mort : l'amour donc, regardé comme une réalité empirique, un faisceau d'attentions, de gestes, de regards, de mots et de signes.

Un couloir de distance

Le "premier" plan – en fait, il est précédé d'un prologue que l'on ne révèlera pas – est typique d'Haneke : fixe et frontal, il cadre les spectateurs d'un théâtre venus assister à un concert de musique classique. Il fait écho au plan final de Caché : à l'intérieur d'une image a priori sans relief, dédramatisée et fondée sur la profusion indifférenciée des silhouettes, on finit par distinguer un couple "connu" : Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Pourquoi notre regard s'arrête-t-il sur eux et ne les lâche plus ? Est-ce un jeu de lumière invisible subtilement conçu par l'immense chef opérateur Darius Khondji ? Ou l'œil de Michael Haneke est-il déjà le nôtre, et nous permet de regarder dans la bonne direction, au bon endroit, malgré cette apparente froideur et ce choix de la distance ? La distance, d'ailleurs, est fondamentale dans le film. C'est la géographie de l'appartement dont on ne sortira plus passée cette introduction ; un appartement que l'on trouve d'abord bourgeois, chaleureux et spacieux, mais qui va devenir, au fil du drame raconté, un labyrinthe complexe et anxiogène où l'on doit sans cesse traverser une pièce vide pour se rendre de la chambre au salon, puis du salon à la cuisine.

Haneke nous signale très tôt qu'une menace plane au-dessus du lieu : Anne et Georges rentrent chez eux et la serrure de leur porte a été fracturée, tentative avortée de cambriolage dont Georges dit qu'il doit être le fait « d'amateurs ». S'ensuit un rituel que l'on devine inusable : Georges enlève ses chaussures et met à la place une paire de baskets marron gris qu'il ne quittera quasiment plus du film. Puis il va dire à sa femme qu'elle était « très belle ce soir », compliment spontané et sincère qui dit beaucoup de cet amour qui a résisté au passage du temps. On oscille ainsi de l'angoisse au bien-être, puis du quotidien le plus trivial à l'expression la plus simple du sentiment. Mais Haneke ne bouge pas sa caméra, regardant tout cela depuis l'autre bout du couloir, réprimant son émotion comme le pasteur la réprimait dans Le Ruban blanc. Toujours à distance, donc.

La mort au travail

Dans la scène clé (et inoubliable) qui va lancer le drame du film, la mise en scène d'Haneke opère un basculement décisif. C'est un moment ordinaire, un petit-déjeuner entre Anne et Georges où ils se parlent de tout et de rien. Le plan est large, la focale est courte, le numérique vient attraper tous les détails de l'image sans insister sur aucun. Soudain, Anne se fige, mutique et le regard perdu. Georges tente de la sortir de cette inquiétante torpeur, par la parole, puis en lui passant une serviette mouillée sur le cou. Cet échange-là, Haneke le filme avec deux gros plans de leurs visages en champ contrechamp : pour la première fois, il est au plus près de ses personnages. Ces deux plans bénéficient d'une puissance expressive extraordinaire, qui ne tient pas qu'à la tension de la situation. Il y a quelque chose de Dreyer dans le surgissement sans artifice de ce qui, jusqu'alors, n'était qu'une proposition lointaine : Anne et Georges sont octogénaires, leurs visages sont marqués par des rides qu'aucun maquillage ne peut venir effacer. Des visages témoins d'un temps compté, d'une mort qui approche et de la maladie qui rôde. Ce sont aussi les visages de deux acteurs qui ont incarné, chacun à leur manière, la souffrance et le rapport à la mort : Trintignant, dont on sait à quel point la question est devenue centrale dans sa vie depuis dix ans, et Emmanuelle Riva, celle qui « n'avait rien vu à Hiroshima », celle qui mourrait sur les barbelés du camp de concentration nazi dans le Kapo de Pontecorvo. D'évidence, Haneke a construit ses personnages avec ce passé mais aussi avec le présent de leurs interprètes, au point que l'on ne sait plus parfois si on regarde l'acteur ou son alter ego de fiction. C'est moins flagrant pour Riva, le rôle la poussant vers une composition au demeurant impressionnante, que pour Trintignant : sa façon de se déplacer avec difficulté dans les couloirs de l'appartement est une autre manière pour Haneke de filmer la mort au travail.

Franchise et lucidité

Car c'est bien cela, le centre du film, à défaut d'être son sujet : la lente dégradation physique d'un être aimé qui a fait promettre à son époux de l'accompagner jusqu'au bout, refusant de mourir anonymement dans un hôpital. Anne, frappée par une première attaque, en sort paralysée du côté droit. Ayant encore toutes ses capacités intellectuelles, elle sait ce qui va arriver ensuite et l'envisage ouvertement avec Georges. C'est sans doute ce qu'il y a de plus beau dans Amour : qu'est-ce qui définit la solidité d'un couple ? Pour Haneke, c'est la franchise absolue, une capacité à ne jamais refuser la lucidité sur soi et sur les autres, à pouvoir tout se dire. Georges et Anne se parlent à cœur ouvert : dans une séquence magnifique, il lui raconte une anecdote de son enfance, un souvenir de cantine dans une colonie de vacances. À son écoute, Anne s'apaise, comme si la vie de son mari lui rendait un peu de force et de dignité. Trintignant accompagne son récit d'une caresse sur la main de Riva d'une infinie tendresse : l'amour est alors à la fois immatériel et totalement concret.

Le double inversé de cette scène, c'est celle où Georges relate un enterrement pathétique à Anne. Le ton est à la fois glacial et pince-sans-rire, le récit rend tout le grotesque de la cérémonie : on a envie de rire – car il y a contre toute attente pas mal d'humour dans Amour – mais c'est aussi un instant d'une douleur inouïe ; oui, après la mort, tout devient dérisoire, absurde, monstrueux pour ceux qui restent. En une scène, Haneke règle la question de l'après et fixe un cap moral à ses personnages mais aussi à lui-même : filmer la déchéance sans s'y complaire, chercher le pathétique sans sombrer dans le pathos. Il y aura donc toujours de la beauté dans la laideur, de la drôlerie dans le tragique. À un instant de violence succède une série de tableaux, paysages sereins filmés plein cadre durant une longue minute ; on essaie de chanter tant bien que mal Sur le pont d'Avignon, et les mots disloqués de la comptine deviennent une autre forme de musique ; on badine autour de l'horoscope, avant de sombrer dans un cauchemar terrifiant.

Portrait de l'artiste en vieil homme sentimental

« Tout cela ne mérite pas d'être montré » dit Georges à sa fille, lui refusant l'accès à la chambre d'Anne, devenue aphasique et incohérente. Puis il regrette et la laisse entrer. Face à cette situation à laquelle il n'était pas préparé, Georges, qu'on devine maniaque du contrôle, tâtonne, se trompe, s'excuse, fait de son mieux. Ce qui est beau, c'est qu'Haneke, malgré la souveraine maîtrise qu'il applique à son film comme à tous ses précédents, semble lui aussi parfois prendre de mauvaises pistes : Amour tire ainsi sa noblesse de ses défauts, comme la diction un peu trop Nouvelle Vague de Riva au début, la prestation d'acteur assez gauche d'Alexandre Tharaud, ou cette pincée de cruauté qu'Haneke lance sur la fille du couple, Isabelle Huppert, bourgeoise matérialiste et égoïste, personnage antipathique qui finit seule avec sa mauvaise conscience. Car ce à quoi l'on assiste tout du long, c'est justement le moment où un cinéaste longtemps hautain, moralisateur et accusateur, baisse la garde et accepte de se mettre en jeu dans son film.

S'il proclame « Je ne suis pas mon personnage », on ne peut s'empêcher de voir en Georges un autoportrait à peine déguisé de l'artiste en vieil homme face à ses sentiments. Ce portrait-là, Anne le résume en deux phrases : « Tu es un monstre parfois. Mais tu es gentil.» Juste avant, elle ironisait sur son accès de sentimentalisme : « Tu ne vas pas abîmer ton image dans tes vieux jours. » On a l'impression qu'Haneke se parle à lui-même, qu'il rit de sa propre inconscience : faire un film d'amour, lui le cinéaste qui a le mieux su filmer la haine du monde, de soi et des autres, est-ce bien raisonnable ? Dans cette séquence, c'est comme si Michael Haneke était à la fois le pasteur et son fils dans Le Ruban blanc : celui qui témoigne gratuitement de son affection et celui qui refuse ce don, ou plutôt qui s'interdit de l'accepter.

Dans Amour, par deux fois, un pigeon entre dans l'appartement. Il s'agit de le faire sortir, puis de le capturer avec une couverture. La tension est réelle : que va-t-on faire de cet oiseau-là ? Le libérer ou le tuer ? La réponse, lorsqu'elle apparaît, est évidente pour le personnage. Mais elle dit tout le chemin parcouru par Haneke depuis sa trilogie de la glaciation émotionnelle. On peut maintenant, sans risque, le qualifier de géant du cinéma mondial.

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Isabelle Huppert : « Au cinéma, on ment par définition »

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Comment choisissez-vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et pour laquelle on a envie de faire le film… C’est quand même à chaque fois une aventure un peu existentielle de faire un film : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscénariste, NDLR] à la radio et, tout de suite, j’ai été très intéressée par ce qu’elle racontait. Je suis descendue en courant acheter le livre, que j’ai trouvé formidable et très bien écrit. Peu de temps après, il se trouve que Jean-Pierre, avec qui je voy

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"La Daronne" : shit et chut !

ECRANS | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr., 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle "daronne"… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’Ehpad de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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Bleu Russe, la rage décontractée

Musique | Présentation d'albums (1/3) : Le Petit Bulletin vous propose une nouvelle mini-sélection de disques. Nous avons tout particulièrement aimé les dernières livraisons de Bleu Russe.

Damien Grimbert | Mardi 23 juin 2020

Bleu Russe, la rage décontractée

En dépit de ses cinq années d’existence et d’une discographie mine de rien déjà conséquente, il nous aura fallu un certain temps pour apprivoiser la musique de Bleu Russe, projet solo de David Litavicki (Churros Batiment, Poupard…). Le temps peut-être pour l’artiste de s’affranchir de certaines influences originelles un peu trop présentes à ses débuts (celles du Toulousain Arnaud Michniak et de son groupe Programme pour n’en citer qu’une)… Et pour nous de s’habituer à son flow en mode spoken-word, assez particulier. Sortis respectivement en février et en mai, Serrures et Palmiers, son dernier album, et Missives d’Amour vol. 2, sa dernière mixtape, viennent cependant confirmer ce qu’on avait déjà pressenti lors de ses derniers passages live : l’alchimie entre chant et instrumentaux fonctionne désormais à plein régime, ces derniers, piochant dans une gamme de registres bien trop vaste pour être ici énumérée, dépassant amplement leur simple statut « fonctionnel » pour se révéler de précieux alliés à la création d’une ambiance propre à sublimer les textes incisifs de l’artiste. Désormais frontalement assumé, le caractère parfois bancal du projet est devenu un vérit

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"Greta" : l'affaire est dans le sac

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"C'est ça l'amour" : papa poule, papa coule

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Sa femme l’ayant quitté, Mario est tout tourneboulé. S’accrochant à l’espoir de la voir revenir, il tente avec sa maladresse bienveillante de préserver ses filles du cataclysme qui les ronge tous. Mais rien n’est facile dans cette famille de guingois : même l’amour en a pris un coup. Ce portrait-mosaïque d’une famille bohème (très loin d’être bourgeoise) dynamitée par la défection maternelle fait penser à un jeu de billard américain, quand la blanche vient de casser le paquet et que les boules s’échappent en tous sens : la réalisatrice Claire Burger s’attache en effet à la trajectoire de chacun des personnages de la famille atomisée, dans l’apprentissage de ses nouveaux repères, si bancals soient-ils. Car Mario n’occupe pas seul les premiers plans (à la différence du père joué par Romain Duris dans Nos batailles, confronté à une situation similaire) : le film ménage de la place aux filles, dans leur émancipation de l’âge d’enfant, leur confrontation aux chamboulements multiples secouant par ailleurs l’adolescence

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"Dernier amour" : plaire, aimer, éconduire vite

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Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil. Un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tous lieux précédait et qui, de surcroît, taquina la muse pour composer, en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors norme sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effilocher, où de l’adret son charme verse dans l’ubac. Dans l’entre-deux des âges, entre deux pays, le Vén

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Sarah Kane : l’amour et la violence

Lecture | Mercredi 13 février à l'Amphidice, on aura droit à une lecture de la pièce "L’Amour de Phèdre" de la mythique dramaturge anglaise. On vous en dit plus.

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Mercredi 13 février, pour la cinquième année consécutive, le collectif grenoblois Troisième bureau et l’Université Grenoble Alpes célèbreront le théâtre contemporain avec une soirée de lecture autour de Sarah Kane, dramaturge britannique morte il y a vingt ans à l’âge de 28 ans. Pour l’occasion, Florent Barret-Boisbertrand, metteur en scène et comédien grenoblois, mettra en voix L’Amour de Phèdre, œuvre inspirée du mythe de l’amour de Phèdre pour Hippolyte magnifié notamment par Racine au XVIIe siècle. « Je m’intéresse aux réécritures contemporaines des mythes et c’est ce que Sarah Kane nous propose ici, avec un parti pris assez singulier, assez noir qui me plaît beaucoup. » Pour lui, l’œuvre de Sarah Kane est « fulgurante » : la dramaturge anglaise a ainsi écrit cinq pièces, qui « sont toujours autant montées aujourd’hui et pourtant difficiles à mettre en scène car Sarah Kane dépeint des rapports d’une extrême tension, brutalité, surtout dans L’Amour de Phèdre. Il règne un certain mystère autour de son écriture et la dimension de violence qui émane de son théâtre m’interroge bea

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"Une jeunesse dorée" : jeunesse qui rouille fait l’andouille

ECRANS | De Eva Ionesco (Fr-Bel, 1h52) avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses – mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier ou encore Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune (1984) – tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, la baby-doll Galatea Bellugi

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Les 1001 nuits d'Alexander Robotnick

Soirée | Le pape de l’italo-disco sera la tête d'affiche de la soirée "Culte !" organisée samedi 10 novembre au Vieux manoir.

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Les 1001 nuits d'Alexander Robotnick

En dépit du formidable impact laissé par son classique italo-disco de 1983 Problèmes d’amour, il serait dommage de réduire pour autant l'Italien Maurizio Dami, alias Alexander Robotnick, à l’homme d’un seul tube. Déjà parce que, comme il nous l’expliquait lors d’une interview en 2009, il a conçu ce morceau de manière purement opportuniste (« Pour moi, l’italo-disco était déjà un truc un peu ringard à l’époque, dans les années 1980, j’étais plus branché Joy Division. C’est Giampiero, le boss du label Materiali Sonori, qui m’a incité à faire ce morceau, parce qu’on était fauchés et qu’il voyait ça comme un moyen de faire de la thune facile »). Ensuite, parce que Dami, qui fait ses débuts à Florence au sein de collectifs d’avant-garde comme Avida et Giovanotti Mondani Meccanici, n’a jamais cessé d’explorer différentes directions musicales tout au long de sa carrière, de l’ambient aux musiques ethniques en passant par le revival électro du début des années 2000. C’est d’ailleurs à cette période qu’il s’initie pour la première fois au deejaying, une discipline parfaitement adaptée

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"Un amour impossible" : Christine Angot réussit bien à Catherine Corsini

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Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

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"Des samouraïs au kawaii" au Musée dauphinois : bons baisers du Japon

Exposition | Produite dans le cadre de l’événement national Japonismes 2018 et de l’Année du Japon en Isère, l'exposition "Des samouraïs au kawaii, histoire croisée du Japon et de l'Occident" en place au Musée dauphinois propose un passionnant parcours autour de cinq siècles habilement résumés. Visite guidée et entretien avec la commissaire d’exposition.

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L'histoire commence plutôt bien : le hasard amène des navigateurs portugais à faire la découverte en 1543 d'une des îles de l'archipel du Japon. Dès l'introduction de l'exposition Des samouraïs au kawaii, histoire croisée du Japon et de l'Occident, en place à l’étage du Musée dauphinois, un paravent contemporain de l'événement témoigne de l'enthousiasme et de la curiosité partagés de ses protagonistes ; et un cabinet-écritoire, dont l'usage est aussi caractéristique de l'Occident que ses motifs décoratifs profondément nippons, atteste du dialogue culturel et commercial qui s'instaure rapidement. Plus loin, la fascination mutuelle se prolonge autour des techniques guerrières : une élégante armure de samouraï et un fusil à mèche en attestent. Tout va bien donc, jusqu'à ce que les Jésuites étrangers, un brin trop prosélytes, agacent le gouvernement local qui décide d'interdire le christianisme avant, finalement, de verrouiller totalement le pays en mettant un terme à (quasiment) toutes les relations avec l'extér

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"L'Amour flou" : ex tape

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ECRANS | de Cédric Anger (Fr, 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mardi 18 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent à la française de Boogie Night, fameux film de Paul Thomas Anderson. Narrant l’infiltration de deux flics (Guillaume Canet et Gilles Lellouche) dans l’univers des peep-shows et du X en plein dans les années 1980 parisiennes, cet Amour est une fête n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coups de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O

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"Amoureux de ma femme" : et Daniel Auteil s’essaya au néo-vaudeville bourgeois

ECRANS | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Lundi 23 avril 2018

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe... Daniel Auteuil signe un film comme on fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces "attributs" sous le vocable commun de "bonheurs" – cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Adapté d'une pièce de Florian Zeller, Amoureux de ma femme raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct dans un (vaste) appartement parisien, et se sert de l’imaginaire d’un époux rêveur pour fantasmer un adultère. Comme cela, il n’y a pa

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"Madame Hyde" : Bozon maudit

ECRANS | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Lundi 26 mars 2018

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil (Isabelle Huppert) est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman Docteur Jekyll et Mister Hyde de Robert Louis Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine à comprendre le "pourquoi" de ce film. Son "comment" demeure également mystérieux, avec ses séquences coup

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"La Caméra de Claire" : Croisette et (interminables) causettes

ECRANS | de Sang-Soo Hong (Cor. du S.-Fr., 1h09) avec Isabelle Huppert, Min-Hee Kim, Jang Mi Hee…

Vincent Raymond | Lundi 5 mars 2018

Dans les rues de Cannes, pendant un festival du film bien connu, Claire se promène avec son appareil à photo instantanées et sympathise avec Manhee, jeune Coréenne récemment virée par sa patronne. Grâce à l’entremise de Claire, les choses vont peut-être s’arranger… Le prolifique réalisateur sud-coréen Sang-Soo Hong semble ne plus pouvoir se passer de la comédienne Min-Hee Kim, au centre de ses trois dernières réalisations – c’est-à-dire celles de l’année. La voici endossant le rôle d’une malheureuse promenant sa superbe mine déconfite en bord de plage ou en terrasse de café, pendant qu’Isabelle Huppert vêtue d’une robe jaune caresse des chiens gris, en sur-souriant sans montrer ses dents. Le temps s’étire en palabres, en considérations sur l’acte photographique ou la jalousie, pendant que des instruments à cordes jouent une berceuse proposant une insidieuse sieste. Ne serait-ce que par courtoisie, il est inutile d’aller ronfler dans une salle.

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"Le Samouraï" de Melville jeudi soir au Méliès

Cinéma | Le monument du polar est de retour dans les salles obscures. Le Samouraï (1967) de Jean-Pierre Melville, dans lequel joue un Alain Delon (Jef (...)

François Cau | Mardi 27 février 2018

Le monument du polar est de retour dans les salles obscures. Le Samouraï (1967) de Jean-Pierre Melville, dans lequel joue un Alain Delon (Jef Costello) ange exterminateur inexpressif enveloppé dans son trench beige, a inspiré nombres de cinéastes outre-Atlantique, dont Tarantino. Bien que d’une épure et d’une inspiration des plus nippones, il est considéré comme "le" film noir à la française, et demeure le symbole de cet univers melvillien où le personnage porté à son exacerbation marche vers la mort. Un film à (re)voir jeudi 1er mars à 20h au Méliès.

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Les 5 soirées de la fin février

MUSIQUES | Allons danser à l'Ampérage, à la Belle électrique, à la Bobine ou encore à Eve et au Jules Verne.

Damien Grimbert | Mardi 20 février 2018

Les 5 soirées de la fin février

Vendredi 23 février > l'Ampérage Le Camion Bazar Auteurs de DJs sets groovy, pointus et ultra-éclectiques, Romain Play et Benedetta Bertella alias Le Camion Bazar défendent une conception de la fête conviviale, décontractée et à échelle humaine, qui ne rechigne pas sur les confettis, les couleurs fluo et les boules à facettes pour mettre tout le monde dans l’ambiance. Après un premier passage remarqué à la Bobine au printemps dernier, leur retour à l’Ampérage aux côtés des Rouennais du Collectif Lucien et des locaux de Carton-Pâte Records s’annonce donc haut en couleur. Samedi 24 février > la Belle électrique Michael Mayer + Fort Romeau + Uppah Vétéran de la scène minimale de Cologne et co-fondateur du prestigieux label Kompakt, Michael Mayer est de retour à la Belle électrique pour délivrer l’un des DJ-sets épurés, élégants et mélodiques dont il a fait sa marque de fabrique. À ses côtés, Michael Greene alias Fort Romeau

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"Happy End" : du Michael Haneke en quitte

ECRANS | de Michael Haneke (Fr.-Aut.-All., 1h48) avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure familiale calaisienne avec un patriarche réclamant l’euthanasie, une sœur entrepreneuse en plein tracas professionnels… Toujours aussi jovial, Michael Haneke convoque ici des figures et motifs bien connus pour une mise en pièce classique d’une caste déclinante, résonnant vaguement avec l’actualité grâce à l’irruption un tantinet artificielle de malheureux migrants. Dans le rôle du patriarche appelant la mort, Jean-Louis Trintignant joue une extension de son personnage de Amour – il y fait explicitement allusion. Quant à Isabelle Huppert, elle fronce le museau, écarquille les sourcils et incarne un bloc de béton congelé – quelle surprise ! Happy End ressemble hélas à du Haneke en kit : si

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Rentrée cinéma 2017 : les quatorze films qui feront notre automne

ECRANS | Bien sûr, on en oublie. Mais il y fort à parier que ces quatorze films constituent des pierres de touche de la fin 2017. Alors sortez votre agenda et cochez les jours de sortie avec nous.

Vincent Raymond | Lundi 28 août 2017

Rentrée cinéma 2017 : les quatorze films qui feront notre automne

Le Redoutable de Michel Hazanavicius 13 septembre Portrait chinois du cinéaste culte Jean-Luc Godard, au moment où il se défait de ce qui lui reste de fantaisie et commence par se prendre sérieusement au sérieux, Le Redoutable est adapté du récit autobiographique Un an après d’Anne Wiazemsky, qui fut en couple avec Godard. En savant théoricien-praticien de l’art du détournement, Michel Hazanavicius (l'homme derrière The Artist et les OSS 117) en a extrait une substance cinématographique purement godardienne, faite de références intellectuelles, de calembours à tiroirs et de ruptures narratives et stylistiques qui dépeint sans déférence ni cruauté le JLG égaré de 1967 (à son époque Mao-moi), à la fois fragile et tyrannique, jouée sans afféterie (mais avec chevrotement et cheveu sur la langue obligatoires) par Louis Garrel.

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Pascal Kober : « Faire découvrir le jazz à un public large »

Exposition | Pour sa première exposition photographique, le photojournaliste Pascal Kober investit le Musée de l’Ancien Evêché en clichés et en son. À travers ses photographies de presse empreintes d’une passion qui fait vibrer les images, il livre un témoignage visuel saisissant d’un "Abécédaire amoureux du jazz" qui fera tomber sous le charme chaque visiteur. Mais avant la visite, on l'a rencontré pour en savoir plus sur la photo et le jazz.

Charline Corubolo | Mardi 4 juillet 2017

Pascal Kober : « Faire découvrir le jazz à un public large »

Vous êtes passionné de photographie et de jazz. Depuis de nombreuses années vous suiviez inlassablement les musiciens en tournée. Qu’est-ce qui, selon vous, fait l’essence d’une bonne photographie de jazz ? Pascal Kober : La saisie d’un instant fort de l’existence hors scène, le fait que l’on puisse voir la relation un peu complice entre le photographe et son modèle d’un jour. Même si je suis dans le registre du reportage, pas dans celui de l’esthétique. Ce qui est présenté au Musée de l’Ancien Évêché, ce n’est donc pas un travail d’artiste mais bien un travail de photojournaliste. En août dernier, pour préparer l’exposition, j’ai passé un mois plongé dans plus de 30 ans d’archives pour trouver une espèce de patte Kober dans la facture. Mais ce n’a pas été le cas. C’est pour ça que j’insiste sur l’aspect photojournaliste. Ceci dit, dans la sélection présentée au musée, si le critère esthétique a parfois compté, c’est avant tout la recherche d’un instant de vie. Quelles évolutions avez-vous constatées durant ce

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Lettre de Cannes #3

Festival de Cannes 2017 | Ou comment la courtoisie est une valeur qui se perd, un grand cinéaste se suicide à Cannes, et Netflix invente le vidéo-film.

Christophe Chabert | Mardi 23 mai 2017

Lettre de Cannes #3

Cher PB, Au son d’un hélicoptère tournoyant dans le ciel, loin au-dessus de la croisette, je t’écris à nouveau pour te parler de cinéma. Mais avant, j’aimerais te raconter un petit jeu que je pratique avec quelques amis depuis que je me rends au festival. Ce jeu, qui est plutôt une forme de compétition honorifique, s’appelle le Prix de la courtoisie. Rien à voir avec la radio d’extrême droite éponyme — cela me rappelle qu’autrefois, quand moi-même je faisais de la radio, un des animateurs ne cessait de présenter les titres musicaux en parlant d’albums « éponymes », sans trop savoir ce qu’il racontait puisqu’il allait jusqu’à dire de certains qu’ils étaient « parfaitement éponymes », laissant penser que d’autres étaient « un peu éponymes » et d’autres encore « moyennement éponymes »… Le Prix de la courtoisie consiste à saluer chaleureusement TOUS les agents d’accueil que l’on croise avant d’accéder aux projections, de les remercier chaque fois qu’ils font quelque chose pour nous (biper nos badges, nous indiquer nos places…) et, plus globalement, de leur sourire et de ne pas les traiter comme des paillassons. La base, quoi… Sauf au festival de Cannes

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Lettre de Cannes #1

Festival de Cannes 2017 | Où j'ai vu des portiques de sécurité, un film très noir et très fort de Zviaguintsev, et un beau film premier degré de Todd Haynes.

Christophe Chabert | Vendredi 19 mai 2017

Lettre de Cannes #1

Cher Petit Bulletin, M'y voici de nouveau, au soleil de Cannes, pour y humer l'air du temps cinématographique et y humer l'air tout court d'une Côte d'Azur désormais meurtrie par trop de jardinières géantes décourageant badauds et camions de se rencontrer en une étreinte assassine. Le Festival de Cannes fête son 70e anniversaire en étalant à son générique les noms de ses chers cinéastes disparus et en transformant chaque avant-projection en une vaste zone de sécurité pour aéroport : déposons donc quatre fois par jour nos clés, portefeuilles et téléphones avant de franchir de peu esthétiques portiques magnétiques ; ouvrons nos sacs pour en supprimer tout élément dangereux, à commencer par la crême solaire en tube, nous laissant ainsi plus de chances de mourir d'un mélanome que d'un attentat terroriste — pléonasme assumé. Ainsi, l'honneur est sauf car, comme disait Claudette Colbert dans La Huitième femme de Barbe-Bleue, avec l'accent français s'il vous plait : "Don't blame it on the Riviera". De plus, entre le moment où j'ai récupéré mon accréditation et celui où le festival a été officiellement déclaré ouvert, s'est produit un élément d'amp

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"Cinéma, mon amour" : bons baisers cinématographiques de Roumanie

ECRANS | de Alexandru Belc (Rou.-Tch., 1h10) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Animé d’une foi qu’un charbonnier lui envierait, et de son amour viscéral pour le 7e art, Victor Purice tient à bout de bras le Dacia, seul cinéma de la ville roumaine de Piatra Neamț. Un édifice à l’ancienne, où aidé de ses deux employés, Victor tente d’attirer à nouveau le public... Lors de la sortie de Baccalauréat, Cristian Mungiu rappelait le sort malheureux du parc cinématographique roumain post-Ceaușescu : la libéralisation sauvage et brutale du secteur a fait disparaître 400 salles en une génération, supprimant de facto l’habitude pour les spectateurs de communier ensemble devant un grand écran. À la tête de son Dacia, Victor Purice est un des rares survivants de cette hécatombe : l’un des trente derniers. Rien de misérabiliste pourtant dans l’approche d’Alexandru Belc : le réalisateur décrit le dévouement sans limite (jusqu’à la d

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Philippe Katerine, génial après tout : la preuve en dix chansons

Playlist | Depuis 25 ans, Philippe Katerine se promène dans le vaste monde de la chanson française, naviguant à sa marge tel un dadaïste pop tout en produisant par moments, et presque sans le faire exprès, de véritables tubes. Pour bien comprendre tout le génie qui se cache derrière le personnage fantasque, on remonte le fil de l’histoire en dix titres emblématiques de son parcours.

Aurélien Martinez | Lundi 13 mars 2017

Philippe Katerine, génial après tout : la preuve en dix chansons

1996 : Parlez-vous anglais Mr Katerine ? Après Les Mariages chinois, premier album qu’il enregistre tout seul dans son coin, et L'Éducation anglaise, deuxième tentative sur laquelle il ne chante carrément pas (c’est sa sœur et sa compagne de l’époque qui s’y collèrent), Phillipe Katerine publie en 1996 Mes mauvaises fréquentations, bijou qui lancera véritablement sa carrière. On perçoit déjà un côté gentiment décalé, à l’image de ce Parlez-vous anglais Mr Katerine ? très bossa-nova, même si le plus grand des voyants aurait bien eu du mal à prédire la voie (ou plutôt les voies) suivie(s) ensuite par Katerine. 1999 : Je vous emmerde Présent sur Les Créatures, album ambitieux enregistré avec la formation jazz et musique improvisée The Recyclers, ce morceau emmène Katerine sur un terrain qu’il va de plus en plus affectionner au fil des ans : celui de la chanson théâtrale, où la forme compte autant que le fond. Ici, c’est un Katerin

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"Paris pieds nus" : dernier tour de piste pour Emmanuelle Riva

ECRANS | Qui aurait cru que l’ultime film d’Emmanuelle Riva, récemment disparue et abonnée aux drames intimistes, serait une farce enfantine ? Noyade, valse, Canada et Pierre Richard sont au programme de ce conte aussi déglinguant que déglingué signé Fiona Gordon et Dominique Abel.

Julien Homère | Mardi 7 mars 2017

Bibliothécaire dégingandée, Fiona débarque de son Canada natal pour chercher sa tante Martha dans Paris et son dédale avec l’aide de Dom, SDF loufoque et séducteur. Voilà pour le début de l'histoire... Traversée d’une joie communicative, Paris pieds nus raconte les péripéties de deux clowns dans toute leur grâce d’êtres inadaptés, hors des conventions sociales. Son charme provient autant de la candeur des comédiens que de ses effets de mise en scène élégants et efficaces, servant à souligner un gag ou le révéler complètement. Il faut voir la scène où Dom s’enroule dans un câble électrique en plein restaurant, suivi d’un plan avec une fourchette s’entourant de spaghettis à une table voisine pour mesurer la force de ce mélange harmonieux entre le théâtre, le cirque et le cinéma. Humanité mon amour Travellings léchés, couleurs vives, cadres fixes blindés de détails, décors vivants et travaillés... : cette minutie esthétique s’accompagne d’un regard doux-amer sur l’Homme et ses bassesses. Chat de gouttière sans gène, Dom n’a ainsi aucun respect pour la mort et peut ruiner l’éloge funèbre d’une défunte à son enterrement.

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"Le Samouraï" de Melville lundi à l'Espace Aragon

ECRANS | Le teint livide, sanglé dans un imperméable, coiffé d’un Fedora, c'’est un Delon minéral et hiératique qui entre ici dans l’univers de Jean-Pierre (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Le teint livide, sanglé dans un imperméable, coiffé d’un Fedora, c'’est un Delon minéral et hiératique qui entre ici dans l’univers de Jean-Pierre Melville, pour opérer une transmutation alchimique de sa personne. Mutique et glacial, le comédien trouve dans Le Samouraï (1967), ce chef-d’œ'oeuvre intemporel d’'épure, les contours de son personnage totémique ; il hypnotise par sa solitude douloureuse et sa détermination désespérée. Un monument du polar à (re)découvrir lundi 6 février à 20h15 à l'’Espace Aragon de Villard-Bonnot.

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Un "Conformiste" oublié jeudi à la Cinémathèque

ECRANS | Histoire d’un suiviste épris de normalité, d’un type désaxé à la suite d’un traumatisme et qui en vient à accepter d’obéir aveuglément à l’idéologie fasciste, dont la (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Un

Histoire d’un suiviste épris de normalité, d’un type désaxé à la suite d’un traumatisme et qui en vient à accepter d’obéir aveuglément à l’idéologie fasciste, dont la rectiligne brutalité le rassure, Le Conformiste (1970) est l’un des premiers films de Bertolucci et l’un des nombreux grands rôles de l’impassible Jean-Louis Trintignant, aussi marmoréen que le samouraï Delon. Inscrite dans le cycle "France-Italie : 10 films oubliés ou méconnus" des cours de cinéma de Jean Serroy, cette adaptation glaçante de Moravia mérite votre attention. Elle est à découvrir jeudi 26 janvier à 20h au Méliès.

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"L’Histoire de l’Amour" de Radu Mihaileanu tombe à plat

ECRANS | de Radu Mihaileanu (Fr., Can., E.-U., Rou., 2h14) avec Derek Jacobi, Sophie Nélisse, Gemma Arterton, Elliott Gould…

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Soixante ans après l’interruption de son histoire passionnée avec Alma, Léo, un rescapé de la Shoah, croise une adolescente en proie aux tourments de son âge. La donzelle se prénomme également Alma, à cause d’un mystérieux livre narrant l’amour absolu de Léo pour sa dulcinée… Histoires cycliques imbriquées les unes dans les autres, amours transatlantiques, amis imaginaires, toile de fond tragique, brouilles familiales, convoitises, trahisons, décor new-yorkais, imposture littéraire, distribution de prestige et BO appuyant là où ça pique les yeux… En vérité, on avait tout pour composer une fresque comme Radu Mihaileanu se plaisait jadis à les brosser à l’époque de Va, vis et deviens (2005) ; ne manquait qu’un vrai souffle épique pour unifier tout ça. Las ! L’on passe en effet ici d’un chapitre ou d’une époque à l’autre, dans un saute-mouton dépourvu de fluidité. Résultat : ce que récit y gagne en – involontaire – destructuration conceptuelle, il le perd en romantisme ; et l’histoire, en définitive, ne s’élance jamais.

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Quelques mots d’amour avec l'association À bientôt j’espère

CONNAITRE | L’Amour au risque de réel : tel est le nom du cycle que proposera pendant un mois l'asso grenobloise qui s'intéresse au cinéma documentaire. On vous en dit plus, avant le début des hostilités le lundi 7 novembre à la Cinémathèque de Grenoble.

Aurélien Martinez | Mercredi 2 novembre 2016

Quelques mots d’amour avec l'association À bientôt j’espère

Un peu d’histoire (récente) pour commencer. Depuis 2012, l’association grenobloise À bientôt j’espère s’est spécialisée dans la diffusion de films documentaires hors des salles classiques, comme nous l’explique Cyril Hugonnet : « On a voulu créer des dispositifs où il y a de la place pour parler et se rencontrer autour du cinéma documentaire, un des cinémas les plus vivants et inventifs, un cinéma qui parle de nous, les humains. » Pendant les premières années, le mot d’ordre a donc été : direction « là où vivent les gens ». « On a fait 135 séances de cinéma chez l’habitant. Puis on a aussi imaginé des salons mobiles dans des centres sociaux, des maisons des habitants, à la prison de Varces… » Tout ça pour, aujourd’hui, réintégrer des salles plus classiques pendant un mois avec l’événement L’Amour au risque de réel, qui s’installera ainsi à la Cinémathèque, à Mon Ciné mais aussi au 102 ou au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas. « L’idée est de prendre ensemble le risque de regarder un film que l’on n’

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"Tout de suite maintenant" : Bonitzer entre famille et finance

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr., 1h38) avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Intrigante, cette propension qu’a Bonitzer à s’enticher de héros peu sympathiques, et à les sadiser pour faire bonne mesure – cette perversion d’auteur doit certainement revêtir un nom ; elle a en tout cas un public. Ici, il jette son dévolu sur Nora, une Rastignac froide (pour ne pas dire frigide) jouant les Électre dans le monde tortueux de la finance, où tous les coups sont recommandés. Le rôle de cette jeune arriviste, au plan de carrière contrecarré par l’irruption d’affects personnels aussi divers que la possession amoureuse ou le désir de venger son père, il le confie à sa fille à la ville, Agathe – histoire d’ajouter une grille de lecture psychanalytique trouble à son film. Nora n’est pas la seule à être peu aimable : ses aînés sont une bande de socio-traîtres ayant remisé leurs idéaux au profit… du profit, justement, ou bien des névropathes devenus dépressifs, déments ou alcooliques. Bref, personne ou presque ne semble digne d’être sauvé. Disséminant çà et là quelques-unes de ces démonstrations professorales dont il raffole (comme s’amuser à prédire les comportements), Bonitzer confirme surtout son goût de moraliste et s’offre même une envolée fantastique inat

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Isabelle Huppert en neuf rôles marquants

ECRANS | Alors que sort ce mercredi sur les écrans "Elle", film du revenant Paul Verhoeven ("Basic Instinct") dans lequel elle tient le premier rôle, on s’intéresse à Isabelle Huppert, actrice qui illumine et torture le cinéma français depuis plus de trente ans. La preuve par neuf. Aurélien Martinez et Vincent Raymond

La rédaction | Mardi 24 mai 2016

Isabelle Huppert en neuf rôles marquants

Les Valseuses (1974) Si la carrière de cette jeune fille bien née (dans le très huppé XVIe arrondissement de Paris) débute doucement au début des années 1970 avec des seconds rôles chez Nina Companeez et Claude Sautet, on la retrouve dès 1974 à l’affiche d’un drôle de film aujourd’hui devenu culte : Les Valseuses de Bertrand Biler. L’espace de quelques minutes, elle incarne Jacqueline, « pauvre petite chérie de 16 ans qui n’a pas encore baisé » comme s’en inquiète Miou-Miou. Depardieu et Dewaere la réconforteront à leur manière. Violette Nozière (1978) 1978 est l’année de la première collaboration entre Isabelle Huppert et le réalisateur Claude Chabrol. Sept autres suivront – Madame Bovary, Merci pour le chocolat, L’Ivresse du pouvoir… Un Chabrol qui lui permettra ainsi d’obtenir son premier Prix d’interprétation cannois à 25 ans avec ce drame dans lequel elle incarne une fille convaincue d’empoisonnement et de parricide : un rôle intense comme elle en a

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"Elle" : petit Verhoeven pour petite Huppert

ECRANS | Curieuse cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Près d’un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d’inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert. Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l’héroïne Michèle (qui assume déjà depuis l’enfance d’être la fille d’un meurtrier en série) se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c’est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu’elle ne subira pas le contrecoup normal d’une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous – sa fameuse technique de jeu "plumes de canard", les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris. Basique

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L’Avenir

ECRANS | de Mia Hansen-Løve (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

L’Avenir

Triste exemple de régression artistique, ce film bien mal nommé voit Mia Hansen-Løve retomber dans les travers de ses débuts, dont on la croyait guérie depuis le lumineux Le Père de mes enfants (2009). Ce cinéma sorbonnard, construit dans l’imitation admirative des aînés Eustache, Garrel ou Assayas (évidemment), s’ingénie à aligner des saynètes froides censées capturer la vie dans sa crue réalité, des séquences de comédie pathétique (avec la vieille grand-mère qui perd la boule), entrelardant le tout de tunnels verbeux bilingues franco-allemands fourrés à la dialectique. Parfaitement formaté pour les festivals : la Berlinale lui a décerné un Ours d’argent… Très proche du personnage qu’elle interprétait (on aurait du mal à dire “incarner” tant son corps physique paraît de plus en plus s’effacer à l’écran) dans Villa Amalia (2009) de Benoît Jacquot, Isabelle Huppert affiche ici la même indifférence face aux événements ; à peine semble-t-elle concernée comme spectatrice. Postulons qu’il s’agit d’une straté

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Par Amour

ECRANS | de Giuseppe M. Gaudino (Fr./It., 1h49) avec Valeria Golino, Massimiliano Gallo, Adriano Giannini…

Vincent Raymond | Mardi 12 avril 2016

Par Amour

Il faut apprécier le zigzag pour suivre la trajectoire artistique de Valeria Golino : en France, les cinéastes la cantonnent dans des emplois de sex symbols surgis du passé ou d’un écran (de préférence dans des comédies) ; quant aux cinéastes italiens, ils ne songent qu’à la voir interpréter des personnages confrontés à des situations über-dramatiques. Par amour, histoire napolitaine, ne fait pas exception à cette règle. Mais il lui permet d’obtenir un rôle intense à la Anna Magnani (façon mère courage dans un quotidien oppressant face à un conjoint violent et vaguement mafieux) au sein d’une œuvre aux inflexions baroques, lorgnant parfois vers le fantastique, scandée de surcroît par des intermèdes chantés et colorés. Le finale onirique, complètement barré, oscille entre le Mocky époque Litan et la publicité pour parfum, à moins qu’il ne s’agisse d’un rituel sacrificiel exhumé de l’Atlantide. Une hétérogénéité qui rend le film bancal, mais terriblement aimable du fait de ses fragilités. VR

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Mirage d'amour avec fanfare

ECRANS | de Hubert Toint (Bel./Fr./Sui., 1h37) avec Marie Gillain, Jean-François Stévenin, Eduardo Paxeco.…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Mirage d'amour avec fanfare

Sans être à proprement parler un testament, cette œuvre posthume du Bernard Giraudeau-scénariste abrite tout ce que cet artiste polyvalent et voyageur appréciait : les grands espaces, l’Amérique du Sud, les ambiances révolutionnaires, les romances tragiques et une dose d’épopée picaresque… Bref, un conte contemporain (ou presque : début du XXe siècle) taillé pour contenir ces paramètres ; un vrai mirage, en somme, à l’image du cinéma, permettant aux amoureux de l'histoire de se retrouver à leur manière. Joliment photographié, gentiment sensuel, sympathiquement désuet, ce film est réglé comme du papier à musique ; il lui manque hélas le souffle d’impro l’écartant de la partition un peu trop connue…VR

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"Saint Amour" : 3 questions à Kervern et Delépine

ECRANS | Rencontre avec les deux réalisateurs du film "Saint Amour". Propos recueillis par Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Refaites-vous la route des vins pour présenter votre film ? La stratégie de notre distributeur étant de ne faire aucune avant-première, nous n’allons que dans les cinémas nous suivant depuis le début ou que nous aimons bien. Comme nous nous voyons rarement [Delépine vit à Angoulême, Kervern à Paris – NDLR], ça nous permet aussi de réfléchir au film suivant —car on écrit au dernier moment, lorsque l’on a une trame sûre. En ce moment, on tourne depuis un bon moment autour d’un sujet sans l’atteindre. Mais on a tourné autour de Saint Amour au moins quatre ans avant de le concrétiser… Le tournage au Salon de l’Agriculture a-t-il été aisé ? C’est un truc de dingue : 20 minutes du film ont été tournées en 2 jours et demi là-bas, quasiment en caméra cachée, avec des acteurs à forte personnalité. On a obtenu l’accord du Salon pour tourner des ambiances, pas pour des scènes de comédie – elles devaient être réalisées en studio. Mais en studio, ça perd tellement de charme, de force, de vie… Et alors que p

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Saint Amour

ECRANS | Le millésime 2016 de Benoît Delépine et Gustave Kervern, les plus illustres cinéastes grolandais, est arrivé et il n’a rien d’une pochade : derrière son nez rouge de clown, "Saint Amour" dissimule une histoire d’amour(s) tout en sobriété… Notre film de la semaine. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Saint Amour

Pour un réalisateur, jongler les yeux bandés avec un baril de pétrole ouvert et un flambeau doit certainement se révéler plus sécurisant que diriger la paire Depardieu-Poelvoorde partant en goguette sur la route des vins. Sur le papier, Kervern et Delépine n’étaient donc pas trop de deux face au fameux duo. Cela dit, les risques étaient limités pour les compères, étant donné leur proximité avec les comédiens (déjà pratiqués dans Mammuth et Le Grand Soir) ; leur science commune du jus de la treille. Cette "communion d’esprit" explique comment et pourquoi les auteurs ont pu mener leur barque sans dériver. Spirituel ou spiritueux ? Mais Saint Amour ne se limite pas à son germe éthylique : l’essence de ce road movie, c’est le voyage de quelques centimètres

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De l’amour, pour mémoire

ECRANS | Le Club et l'association Isère Gérontologie organisent une projection-débat autour du (très grand) film de Michael Haneke. Du coup, on en redit du bien. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

De l’amour, pour mémoire

Si vous avez déjà oublié qui a obtenu la Palme d’Or à Cannes en 2012, courez (sans trébucher) voir ou revoir le film-choc de Michael Haneke, Amour, lors de la séance programmée par Le Club. Fidèle à ses thématiques dérangeantes, à son cinéma de la claustration et à sa manière frontale, dépourvue de complaisance, de représenter la souffrance, le cinéaste autrichien avait saisi la Croisette avec l’histoire d’un octogénaire confronté à la démence sénile subite de son épouse. La douceur résolue, absolue, de Jean-Louis Trintignant face à l’absence de plus en plus insoutenable d'Emmanuelle Riva, et ce lien qui jamais ne se rompt entre eux par la parole, ciment à prise lente, devenant analgésique… Coutumier du fait, Haneke brise un nouveau tabou en osant montrer ici le double visage de la maladie et de la déchéance, ordinairement réservé au domaine occulté de l’intime. Ce n’est évidemment pas par provocation malsaine, mais pour affronter ce spectre et en tirer une vision tant forte, touchante que poétique. Assimilé par lui, le réel devient surréel, dépasse le champ de l’i

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Bang Gang

ECRANS | Des lycéens comblent le désert de leur existence en se prenant en main, c’est-à-dire les uns avec les autres et dans tous les sens… Inspirée par un fait divers, Eva Husson n’a pas froid aux yeux pour son premier long-métrage qui, sans être bégueule, se révèle plus stuporeux que stupreux…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Bang Gang

Identifié par ses pom-pom girls aux pectoraux avantageux, ses capitaines d’équipe de football athlétiques mais bas du front, ainsi que par ses forts en thème malingres, myopes, boutonneux et polycomplexés, le film de lycée ("high school movie") est un genre à part entière outre-Atlantique. Cette catégorie de comédies plus ou moins émoustillantes destinées à être consommées avec popcorn et boy/girlfriend sort rarement de l’ornière, à moins d’un miracle ou d’une volonté de pervertir les codes – voir Carrie (1977) de De Palma ou Retour vers le futur (1985) de Zemeckis. Si le cinéma français s’adonne parfois à ces bluettes sucrées (La Boum, LOL), il propose aussi des traitements alternatifs de l’âge “ingrat” – ou “des possibles”. Dans des œuvres saisissant l’adolescence comme un état mystérieux ou inquiétant, et ceux qui la traversent pareils à une tribu autonome, abandonnée à elle-même ; des œuvres valant parfois davantage pour les ambiances construites, nimbées d’interdits et de tabous transgressés que les histoires racontées. De par son climat d’étrangeté diffuse, son goût pour l’architecture froide des banlieues pavillonnai

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David Lafore : surréalisme pop

MUSIQUES | Il sera mercredi soir à l'Ampérage pour dévoiler "J’ai l’amour", troisième album de chanson aussi barré que réussi.

Aurélien Martinez | Mardi 17 novembre 2015

David Lafore : surréalisme pop

Le terme ovni musical, utilisé à toutes les sauces lorsqu’on se retrouve face à un artiste plus ou moins atypique qu’on peine à mettre dans une case, colle pourtant très bien à David Lafore. Il faut écouter son troisième album J’ai l’amour pour s’en convaincre : de la chanson française qui va plus loin que son simple pré carré, produisant ainsi quelques petites merveilles pop et entêtantes. S’il est souvent comparé à Katerine pour le côté barré (le titre Minou en meilleur exemple) et si lui cite plutôt Brigitte Fontaine comme référence ultime, on pense de notre côté au Mathieu Boogaerts de I Love You pour cette façon de chanter ses petites histoires (d’amour mais pas que) avec un sens du rythme affûté. Un univers presque cinématographique (il a d’ailleurs composé la BO du Bancs publics de Bruno Podalydès), joliment absurde et plein d’ironie qu’il défendra avec deux musiciens mercredi 18 novembre à 20h30 à l’Ampérage.

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La guerre en chantant avec le Vox International Théâtre

SCENES | La compagnie du metteur en scène Guillaume Paul, adepte d'un art mêlant théâtre et chant, présentera deux pièces au Théâtre de Grenoble.

Aurélien Martinez | Mardi 10 novembre 2015

La guerre en chantant avec le Vox International Théâtre

Depuis ce début de saison, le Théâtre municipal de Grenoble se penche donc sur la scène locale, en zoomant ce mois-ci sur une compagnie martinéroise : le Vox International Théâtre. On pourra ainsi redécouvrir deux spectacles de Guillaume Paul, metteur en scène qui adore croiser théâtre, musique et chant. D’abord Kabaravan, en tournée depuis cinq ans. Soit les aventures d’une famille qu’on croirait sortie d’un film de Kusturica. Puis, surtout, Amour, mensonge et obus de 75, création de 2014 qui s’est bonifiée avec le temps, gagnant en épaisseur et profondeur. Cette fois-ci, Guillaume Paul a imaginé le destin croisé de deux personnages évoluant chacun dans l’une des deux guerres mondiales : un soldat frondeur pendant la première, une civile résistante pendant la deuxième. Tous deux plus petits que la grande Histoire qui les emporte dans un dangereux tourbillon, mais tous deux résolument déterminés à ne pas se laisser broyer. Car, malgré le décor sombre et

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Fou d’amour

ECRANS | ​Récemment muté dans un petit village, un curé charmeur et beau parleur fait perdre la tête à ses paroissiennes. La sienne finira par rouler au fond d’un panier... Justement récompensé au Festival des Films du Monde de Montréal, le nouveau Philippe Ramos évoque, sans le plagier, l’esprit de Luis Buñuel. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

Fou d’amour

Quel dommage que Philippe Ramos soit à ce point rare et discret, voire sauvage ! Car à chaque fois qu’il s’empare d’un sujet, c’est pour soumettre une réelle proposition de cinéma, légitimant le recours à la caméra (tous les réalisateurs ne peuvent pas, hélas, en dire autant). Abordant des thèmes en apparence asséchés – Moby Dick dans Capitaine Achab (2007) ou la Pucelle d’Orléans dans Jeanne Captive (2011) – le cinéaste parvient à créer du spectaculaire dans l’infime ou l’intime. Même heureux constat ici, avec ce fait divers qu’il situe dans les années cinquante : un curé succombant aux beauté terrestres séduit et met enceinte une jeune aveugle avant de l’assassiner. Loin de se contenter d’une adaptation historique plate, Ramos dégage l’essence trouble et mystique de ce drame complexe, faisant du prêtre (ou plutôt de sa tête décapitée) le narrateur du film. Une sacrée provocation, puisque le suborneur se trouve en position de plaider des circonstances atténuantes : il passe presque pour victime de ne pas avoir pu donner librement l’amour dont il était sincèrement empli. La culpabilité étant, à mots couverts, volontiers reversée sur l

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Valley of love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of love

« Putain, la chaleur ! » dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie (étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert) et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec eux. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars (notamment le beau Une affaire privée

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Du bon usage de Fau

SCENES | En 2011, lors de la cérémonie des Molières, débarqua sur le plateau le comédien Michel Fau habillé en cantatrice d’opéra. Il était venu pour interpréter un grand air (...)

Aurélien Martinez | Mardi 24 février 2015

Du bon usage de Fau

En 2011, lors de la cérémonie des Molières, débarqua sur le plateau le comédien Michel Fau habillé en cantatrice d’opéra. Il était venu pour interpréter un grand air du répertoire qui commence comme ceci : « On nous dit que le temps qui glisse est un salaud / Que de nos chagrins il s'en fait des manteaux… » Du Bizet ? Du Lully ? Du Rameau ? Pas du tout : du Carla Bruni. Un décalage entre la posture et la chanson qui déclencha l’hilarité de la salle, et que Michel Fau a aussi testé avec d’autres – sa version du Je veux de Zaz est savoureuse. L’homme de cinquante ans est ainsi un curieux personnage qui navigue depuis vingt-cinq ans dans le milieu du théâtre français, toujours avec son originalité et son talent qui sautent aux yeux, notamment dans les nombreux spectacles d’Olivier Py auxquels il a participé – lui qui adore se travestir était une magnifique tante Geneviève dans Les Illusions comiques. La synthèse entre ses différentes facettes s’étant faite dans son Récital emphatique, seul-en-scène

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Il était trois fois Delon

ECRANS | Peu d’acteurs français ont suscité autant d’admiration, mais aussi de rejet, qu’Alain Delon. Il faut dire qu’il y a au moins deux Delon : celui qui, des (...)

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2015

Il était trois fois Delon

Peu d’acteurs français ont suscité autant d’admiration, mais aussi de rejet, qu’Alain Delon. Il faut dire qu’il y a au moins deux Delon : celui qui, des années 50 aux années 70, illumine le cinéma d’auteur européen en tournant avec les plus grands ; et il y a le Delon qui, à partir des années 80, commence à se livrer à une pâle caricature de lui-même, sur les écrans avec la série des « flics » de plus en plus réacs, ou dans la sphère publique avec des déclarations bien plus réacs encore. C’est au premier Delon que le CCC a décidé de s’intéresser avec son cycle "Delon avant Delon", soit trois films qui définissent parfaitement les contours de son jeu ; dans l’ordre chronologique de leur sortie en salles : L’Éclipse d’Antonioni (le mercredi 11 février à 20h), Le Samouraï de Melville (ce mercredi 28 janvier à 20h) et Monsieur Klein de Losey (le mercredi 4 février à 20h). Le premier marque la seule rencontre entre Delon et le cinéaste italien, dans une histoire d’amour sur fond d’incommunicabilité qui fait le pont entre les deux autres grands films antonioniens que sont L’Avventura

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Amours cannibales

ECRANS | De Manuel Martín Cuenca (Esp-Roum-Russie-Fr, 1h56) avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Amours cannibales

Carlos, tailleur discret de Grenade, aime les femmes. Mais attention, il les aime bien préparées. Aussi habile avec un fil et des aiguilles qu’avec un couteau de boucher, il déguste ses victimes selon un rituel presque monotone, sans en tirer de plaisir apparent. On a présenté les choses avec un poil d’ironie, mais Amours cannibales en est résolument dépourvu. Au contraire, la froideur de la mise en scène renvoie plutôt à la "glaciation émotionnelle" tant vantée par Michael Haneke. Même lorsqu’une histoire d’amour, une vraie, se profile entre Carlos et la sœur d’une des femmes qu’il a tuées, Cuenca ne déroge pas à sa grammaire : plans tirés au cordeau, absence de musique, quête de distance et d’atonie dans l’approche des événements. Cette forme-là, respectable dans son principe mais devenue très académique à force d’être mise à toutes les sauces, est assez contre-productive dans le cas d’Amours cannibales. On n’est jamais loin du pléonasme tant la grisaille et l’absence de passion semblent envahir en permanence et l’action, et les personnages, et l’approche visuelle de Cuenca. Même les scènes gore ne créent pas vraiment de malaise, fondues dans l’apathi

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