Le Capital

ECRANS | De Costa-Gavras (Fr, 1h53) avec Gad Elmaleh, Gabriel Byrne, Natacha Régnier…

Christophe Chabert | Mercredi 7 novembre 2012

Incorrigible Costa-Gavras ! Il semble être le dernier à croire aux vertus du cinéma à thèse, ce rouleau compresseur de la dénonce courroucée dont l'objet varie au gré des circonstances politico-sociales. Ici, c'est le libéralisme qui en prend plein les dents, du moins en apparence. En montrant l'accession d'un énarque anonyme à la tête d'une grande banque européenne pour préparer sa reprise en main par des actionnaires avides, puis sa détermination à conserver le poste et les avantages qui vont avec, Gavras décrit un prototype de crapule que l'on devrait se plaire à détester. Conçu comme un thriller (la musique, envahissante, nous le fait bien comprendre), Le Capital s'égare toutefois dans une triple intrigue sentimentale aussi démonstrative et lourde que son propos politique. Mais là n'est pas le plus grave : par scrupule ou par paresse, Gavras invente une conscience à son anti-héros, qui se manifeste à l'écran par des flashs de violence fantasmée avant retour à la réalité. Le procédé est cinématographiquement éculé et dédouane le personnage de sa bassesse, pourtant affichée dès le départ (l'argent, l'argent, l'argent). On a oublié de parler de Gad Elmaleh : son jeu monolithique sent le contre-emploi sérieux, mais il perd toute crédibilité dès qu'une vraie comédienne lui donne la réplique – en l'occurrence, l'excellente Céline Salettte, très au-dessus du niveau de ce film profondément ringard.

Christophe Chabert

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"Adults in the Room" : quand l’Europe tentait le régime sans Grèce

ECRANS | Comment la Grèce a tenté de résister, grâce à Yánis Varoufákis, au chantage de l’Eurogroupe et à l’intrusion humiliante des technocrates dans son économie… Costa-Gavras revient en force avec un thriller économico-politique constatant un déni de démocratie ordinaire.

Vincent Raymond | Lundi 4 novembre 2019

Grèce, janvier 2015. Syriza, parti de gauche radicale, remporte les législatives. Élu député, l’économiste Yánis Varoufákis est nommé aux Finances et s’emploie à convaincre les instances européennes de renégocier la dette, sans nouveaux sacrifices. Une mission quasi impossible… La Providence aurait-elle un goût pervers pour l’ironie ? Aurait-elle ourdi cette tragédie grecque 2.0 que constitue la crise de la dette publique ayant frappé la République hellénique à partir de 2008, pour qu’au terme d’un infernal sirtaki dans les hautes sphères, Costa-Gavras puisse signer ce thriller économico-politico-diplomatique, retrouvant le mordant combatif faisant défaut à sa dernière réalisation en date, Le Capital (2012) – promenade dans l’univers de la haute finance plus désabusée qu’à l’accoutumée ? À l’instar des précieux Z, L’Aveu ou Missing, Adults in the Room relate le parcours d’un individu contre une machine étatique que sa puissance bureaucratique et sa doctrine économique ou politique ont transformée en monstre totalitaire asservissant le peuple qu’

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"Une part d'ombre" : présumé coupable

ECRANS | De Samuel Tilman (Bel, 1h30) avec Fabrizio Rongione, Natacha Régnier, Baptiste Lalieu…

Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Père et mari comblé, professeur apprécié, David peut compter sur sa bande d’amis. Du moins, c’est ce qu’il croyait : entendu comme témoin puis suspect dans une affaire de meurtre, il voit ses fidèles potes s’éloigner quand une facette de son existence qu’ils ignoraient est mise au jour… N’y aurait-il pas comme une once d’inspiration "simenonesque" dans ce thriller aussi belge que l’était le créateur de Maigret ? C’est ici en effet moins l’enquête (et ses rebondissements portant sur les dessous ou les recoins de la vie de David) qui importe que l’étude psychologique des personnages (la dynamique de groupe) et la morale que l’on peut en tirer. Une morale évidemment peu réjouissante quant à la valeur des relations humaines et la potentielle hypocrisie que chacun peut recéler. En accentuant le plus possible la subjectivité, le réalisateur Samuel Tilman accroît le sentiment de malaise, voire de paranoïa, de son protagoniste admirablement servi par l’ambigu Fabrizio Rongione. Le comédien, malheureusement trop rare, dégage un je-ne-sais-quoi de trouble et d’inquiétant rendant crédible l’hypothèse de la culpabilité, alors que rien ne

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"Un homme de trop" : il était un Costa-Gavras monumental

Reprise | Mardi 30 mai, Mon Ciné à Saint-Martin-d’Hères organise une ciné-rencontre dans le cadre des "Rendez-vous de la Résistance 2017" autour de ce thriller de guerre sorti il y a cinquante ans. On vous explique pourquoi il faut absolument le (re)voir.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Longtemps absent des écrans pour de tristes questions de droits (mais aussi, sans doute, du fait de son échec lors de sa sortie en 1967), Un homme de trop, deuxième long-métrage de Costa-Gavras, est à nouveau visible : Arte l’a édité en coffret DVD, mais surtout vous auriez tort d’en manquer la projection en salle. Restaurée par Lumières Numériques, sous la supervision de Costa-Gavras en personne, la splendide copie rénovée de ce thriller de guerre vous en fait apprécier les nuances esthétiques, à la hauteur de sa subtilité morale. Une subtilité d’avant-garde, à tout le moins iconoclaste pour le public de l’époque, sous narcose gaullienne, encore occupé à assimiler la réconfortante légende d’un pays majoritairement résistant – Ophüls s’apprêtait à tourner Le Chagrin et la Pitié et Paxton à publier La France de Vichy. Un homme de trop commence par un coup de force : celui d’un groupe de maquisards libérant des geôles nazies douze hommes sur le point d’être fusillés. Mais en recomptant leur groupe, ils s’aperçoivent que ce sont treize rescapés qu’ils ont délivrés. Qui est l’individu surnuméraire ? Est-

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Le Fils de Joseph

ECRANS | de Eugène Green (Fr./Bel., 1h55) avec Victor Ezenfis, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Le Fils de Joseph

En acclimatant au 7e art son obsession viscérale pour la prononciation baroque, Eugène Green est devenu l’auteur d’une œuvre anticonformiste, unique car identifiable dès la première réplique. Il exige en effet de ses interprètes l’usage de la liaison systématique et appuyée, telle que codifiée par son courant de prédilection – au risque de créer des impressions (fautives) de mauvaises liaisons en cascades. Inscrite dans un dialogue déclamé d’une voix blanche par des comédiens semblant avoir reçu pour consigne d’adopter le plus désincarné des jeux possibles, cette particularité participe donc d’un ensemble singulier : son style, auquel on peut souscrire comme à une convention ou à un dogme religieux. Un intégrisme bien inoffensif, s’il prête à sourire : à côté d’Eugène Green, le rigoriste Rohmer passerait pour un cuistre barbarisant la langue française ! Tous deux ont cependant en commun la fascination pour les lettres classique et la jeunesse, ainsi que l’art d’attirer à eux les acteurs – au point d’en faire des apôtres. Déjà convoqués par le passé, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione et Mathieu Amalric sont ainsi réunis autour de ce Fils de Joseph.

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Capital humain

SCENES | Porter sur scène "Le Capital", l'une des œuvres les plus importantes de la pensée économique, pouvait s'apparenter à une gageure. Mais entre les mains du collectif de Sylvain Creuzevault, les idées de Karl Marx servent de bases solides à un véritable jeu théâtral avec l'histoire. L'un des spectacles de la saison. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 24 novembre 2014

Capital humain

C'était en 2009. Le collectif D'ores et déjà, mené par le metteur en scène Sylvain Creuzevault, livrait l'une des propositions théâtrales les plus passionnantes, exigeantes et abouties de ces dernières années : Notre terreur. Soit, suite à la Révolution française de 1789, les derniers mois de Robespierre au sein du Comité de salut public. Sur scène, autour d'une grande table, une dizaine de comédiens campaient les figures de l'époque (Robespierre, Barère, Carnot, Saint-Just…), matérialisant ainsi leurs combats, leurs discussions interminables, leurs emportements, leurs rivalités. Le tout autour d'un texte non figé construit à partir d'improvisations menées en amont au plateau. Une véritable claque – on avait même titré, en une du Petit Bulletin, avec un frondeur « ça c'est du théâtre ». On attendait donc avec impatience leur nouvelle création autour du Capital de Karl Marx, « certainement le plus redoutable missile qui ait été lancé à la tête des bourgeois » dixit l'auteur allemand du XIXe siècle, visiblement trè

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Vie sauvage

ECRANS | Cédric Kahn s’inspire de l’affaire Fortin pour relater la cavale d’un père et ses deux fils qui fuguent loin de la ville, trouvant refuge dans une communauté de néo-hippies. Un film qui tourne un peu trop autour de son sujet, malgré un Kassovitz époustouflant et des moments poignants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 28 octobre 2014

Vie sauvage

Dans l’introduction coup de poing de Vie sauvage, Cédric Kahn retrouve l’énergie et la vitesse d' Une vie meilleure, son précédent et très beau long-métrage. Une femme (Céline Salette, toute en dreads crasseuses, dont l’absence marquera durablement le reste du film, preuve de sa qualité avérée de comédienne) quitte précipitamment sa caravane en emportant ses deux enfants pour se réfugier chez ses parents. Caméra à l’épaule sportive chevillée à des corps tremblants et frénétiques, à la limite de l’hystérie : Kahn rappelle ce que son cinéma doit à Pialat, sensible dans tous ses premiers films. Le cinéaste maintient cette nervosité jusqu’à ce que le père des gosses (Mathieu Kassovitz) les kidnappe à son tour. Ils trouvent refuge à la campagne, dans une communauté de hippies contemporains, avec cracheurs de feu et joueurs de djembé, altermondialistes radicaux ayant rompu les ponts avec la modernité. Ce n’est pas qu’une planque commode ; c’est aussi un vrai choix de la part de ce paternel parano qui vomit la société de consommation et le confort

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Geronimo

ECRANS | De Tony Gatlif (Fr, 1h44) avec Céline Salette, Rachid Yous, David Murgia…

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Geronimo

Le début, picaresque et "kusturickien", de Geronimo, où l’éducatrice incarnée par la toujours géniale Céline Salette, vient faire la leçon à des jeunes de banlieue turbulents, témoigne d’une jolie vivacité de la part de Tony Gatlif. Cette fraîcheur est toutefois de brève durée : plus qu’un banlieue-film revisité par ce spécialiste de la culture gitane, c’est un West Side Story d’aujourd’hui que raconte Gatlif, où deux bandes rivales, l’une turque, l’autre manouche, s’écharpent suite au mariage entre Nil et Lucky. Cela donne quelques séquences où l’affrontement est autant musical et chorégraphique que physique, mais la mise en scène peine à suivre cette énergie dégagée par ses protagonistes. La rigueur, c’est ce qui manque cruellement à Geronimo pour transformer en instants de cinéma ses intentions ; celles-ci sont pourtant intéressantes, notamment le travail sur les décors, mélangeant friches industrielles transformées en tags géants, nature sauvage et cités urbaines. Mais les personnages les traversent sans vraiment s’y fondre, comme si les mythologies éternelles (familles rivales, amour impossible, cœur pur sacrifié) peinaient à s’incarner da

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La Vie domestique

ECRANS | D’Isabelle Czajka (Fr, 1h33) avec Emmanuelle Devos, Julie Ferrier, Natacha Régnier…

Christophe Chabert | Mardi 24 septembre 2013

La Vie domestique

Version lénifiante et léthargique d’un épisode de Desperate housewives, La Vie domestique est une sorte de cauchemar qui prendrait l’allure d’une sieste tranquille dans le jardin. Claquemuré dans une banlieue bourgeoise parisienne, le film suit quatre femmes au bord de la crise de nerfs, réduites à un pesant statut d’épouses ou de mères. La plus lucide – Emmanuelle Devos – tente de s’affranchir de ce patriarcat en retrouvant un job et en dispensant des ateliers de littérature à des élèves en difficulté, mais elle finira elle aussi par rentrer résignée dans ses pénates. Les autres se traînent entre shopping, MacDo, dégustation de Nespresso et considérations sur la vie, soit le grand chelem du placement produit et de la scène à ne pas faire – on y ajouterait bien ce moment, ahurissant, où le mari de Devos vante les mérites d’Agnès Obel, avec bio Itunes en guise d’argumentaire. Où Isabelle Czajka veut-elle en venir avec ce regard sourdement ricanant sur des personnages confits dans l’aigreur ? Aucune critique sociale ne pointe à l’horizon sinon un vague drame en lointain arrière-plan, noyé dans les détails anodins et les travellings dans le parc avec petit

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"L’Écume des jours" : mais qu'est-il donc arrivé à Michel Gondry ?

ECRANS | Avec cette adaptation du roman culte de Boris Vian, Michel Gondry s’embourbe dans ses bricolages et recouvre d’une couche de poussière un matériau littéraire déjà très daté. Énorme déception.

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Plus madeleine de Proust adolescente que véritable chef-d’œuvre de la littérature française, L’Écume des jours avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique, devenue difficile à voir pour cause de gros échec à sa sortie en salles. Le cinéma français ayant redécouvert les vertus de son patrimoine littéraire, voici donc Michel Gondry qui s’y colle. Le moins que l’on puisse dire est que, là où beaucoup auraient jugé l’univers métaphorico-poétique de Vian ardu à transposer à l’écran, Gondry est face à lui comme un poisson dans l’eau, trouvant une matière propice à déverser toutes ses inventions visuelles. Trop propice, tant les premières minutes du film fatiguent par leur accumulation d’idées passées au broyeur d’un montage hystérique. On n’a tout simplement pas le temps de digérer ce qui se déroule sous nos yeux, Gondry enchaînant à toute blinde les trouvailles, multipliant les accélérés, les changements d’échelle ou les trucages à la Méliès. D’une certaine manière, sa fidélité à Vian est déjà un handicap : là où il aurait pu faire le tri, il préfère empil

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Le Temps de l’aventure

ECRANS | Brève rencontre entre une comédienne de théâtre et un Anglais endeuillé, un 21 juin à Paris : un petit film charmant et très français de Jérôme Bonnell, sans fausse note mais sans élan non plus. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 avril 2013

Le Temps de l’aventure

Il y a toujours quelque chose de touchant à voir un cinéaste faire une déclaration d’amour à une actrice… C’est en tout cas une évidence qui saute aux yeux dès le début du Temps de l’aventure : Jérôme Bonnell a voulu offrir un beau cadeau à Emmanuelle Devos, dont on sait à quel point elle se plaint de la maigreur des personnages féminins dans le cinéma français, à travers Alix, comédienne de théâtre vivant depuis longtemps avec un homme que l’on ne verra jamais, et dont on imagine que leur relation est à un tournant – on ne dira pas lequel. Une séquence, d’ailleurs, est une merveilleuse mise en abyme de cette fascination. Alix va passer un casting pour un long métrage : seule face à la caméra vidéo d’un obscur assistant qui lui donne la réplique, elle a droit à deux prises, la première sur un ton de comédie, la deuxième beaucoup plus mélodramatique. Dans les deux, elle est parfaite et c’est évidemment tout le talent d’Emmanuelle Devos, son sens magistral de la rupture de jeu, qui éclate à l’écran. Paris vaut bien une aventure…

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Les Seigneurs

ECRANS | D’Olivier Dahan (Fr, 1h37) avec José Garcia, Jean-Pierre Marielle, Ramzy, JoeyStarr, Gad Elmaleh, Franck Dubosc…

Christophe Chabert | Jeudi 20 septembre 2012

Les Seigneurs

Typique du cinéma industriel qui se développe en ce moment dans l’Hexagone, Les Seigneurs est avant tout un film de producteur, en l’occurrence l’ancien comédien Isaac Sharry. Olivier Dahan, certes réalisateur de La Môme mais qu’il avait tourné juste après une commande déjà bien foireuse pour Luc Besson (Les Rivières pourpres 2), ne vient donc qu’apporter sa griffe à un récit archi-calibré (en gros, un entraîneur à la dérive est engagé pour s’occuper d’une équipe de dernière zone sur l’île de Molène, Bretagne, et convainc tous ses anciens camarades de renfiler les gants pour défendre l’usine menacée de fermeture). Le problème, c’est que Dahan est plus une erreur de casting qu’un atout : il ne sait manifestement pas mettre en scène de la comédie, sinon en surdécoupant le jeu de ses comédiens ou en les cadrant large quand ils font leur numéro, et en jouant sur des effets qui rappellent rien moins que Les Fous du stade avec Les Charlots. Quant au foot, n’en parlons même pas – de toute façon, seul Carlos Reygadas a su le filmer dans Batalla en el cielo. Dès qu’il esquisse un pas de côté vers la chronique sociale ou l’émotion, on s

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