In the Mud for love

ECRANS | Dès son troisième long-métrage, Jeff Nichols s’inscrit comme un des grands cinéastes américains actuels : à la fois film d’aventures, récit d’apprentissage et conte aux accents mythologiques, "Mud" enchante de sa première à sa dernière image. Critique et entretien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Il aura donc fallu près d'un an depuis sa présentation cannoise pour que Mud atteigne les écrans français. C'est long, certes, mais les spectateurs qui vont le découvrir – parions que, toutes générations et tous goûts cinématographiques confondus, ils en sortiront éblouis – verront ce que le critique pris dans la tempête festivalière ne faisait que deviner à l'époque : Jeff Nichols a signé ici une œuvre hors du temps, un film classique dans le meilleur sens du terme qui s'inscrit dans une tradition essentielle au cinéma américain, reliant Moonfleet, La Nuit du chasseur, E.T., Un monde parfait ou le True Grit des frères Coen. Des films qui parlent de l'Amérique à hauteur d'enfants, avec ce que cela implique d'émerveillement et de désillusions. Des films qui font grandir ceux qui les regardent en même temps qu'ils regardent grandir leur héros.

C'est dire l'ambition de Jeff Nichols : Shotgun stories et Take shelter en avaient fait un prodige du cinéma indépendant ; Mud le propulse bien plus haut, dans la catégorie des cinéastes capables de redonner du sens à l'entertainment hollywoodien en en retrouvant les fondamentaux : intelligence de l'écriture, simplicité du récit, fluidité de la mise en scène, beauté des personnages, universalité des enjeux.

Mentor menteur

Nous sommes au bord du Mississippi, quelque part en Arkansas, sur une péniche précaire où le jeune Ellis vit avec ses parents sur le point de se séparer. Ellis a besoin de rêver et de s'évader ; dès les premières scènes, c'est ce que lui propose Jeff Nichols. Avec son pote Neckbone, ils prennent une barque à moteur et filent ensemble vers une île où le trésor est un improbable bateau échoué dans un arbre. C'est « leur » découverte, ce sera donc « leur » bateau, version moderne de la cabane suspendue d'Huckleberry Finn et Tom Sawyer. Mais il y a un Joe l'Indien qui rôde dans les parages, qui lui aussi y a élu domicile. Il se fait appeler Mud, a un serpent tatoué sur la main, porte un revolver et possède la gueule cassée et l'accent sudiste de Matthew McConaughey – ultime étape de son fulgurant comeback.

Comme un lointain descendant des pirates d'antan, Mud est un hors-la-loi au grand cœur, planqué sur l'île suite à un meurtre qu'il a commis par amour pour une femme forcément fatale – la belle Reese Witherspoon, qui accepte de prêter sa silhouette à un personnage évanescent, simple reflet du désir d'une gent masculine gonflée à la virilité. Mud fournit à Ellis un substitut parfait à ses angoisses adolescentes : sûr de lui, prêt à affronter un monde hostile avec courage, droit dans ses bottes et mû par un idéal romantique à toute épreuve.

Évidemment, cette figure de mentor est trop parfaite pour ne pas se lézarder en cours de récit ; toutefois, Ellis va s'y accrocher jusqu'à ce que la vérité lui saute aux yeux – et même après, car le film dit que tuer le père, c'est surtout avouer l'amour qu'on lui porte.

L'Amour en fuite

L'amour est donc au cœur de Mud, comme une chimère que l'on poursuit au bout du monde alors qu'il suffirait de la chercher dans la pièce d'à côté. Le film convoque tous les possibles amoureux, que ce soit les parents d'Ellis, cette fille plus âgée dont il s'éprend ou l'oncle de Neckbone – Michael Shannon, hilarant en tombeur de femmes se promenant chez lui en tenue de plongée. Même une figure aussi secondaire que ce vieux magnat payant des chasseurs de prime pour descendre Mud finira par s'effondrer en larmes, ravagé par la perte de ses enfants. Chaque personnage est ainsi à la fois un père monstrueux et un fils méfiant, un amant dévoué et un compagnon égoïste.

La grande intelligence de Nichols tient justement à ce renversement constant des affects, épousant le cheminement intime d'un héros qui s'accroche naïvement à son idéal avant de le voir s'effriter, l'obligeant ainsi à le remettre en question. La mise en scène, cependant, ne met jamais en avant cette complexité-là : tout coule de source, que ce soit le dialogue, épuré comme des phrases de la Bible, ou les séquences qui s'enchaînent comme on tourne les pages d'un roman.

À hauteur de mythe

Ce n'est pourtant pas le plus beau dans Mud. Ce qui sidère ici, c'est l'incroyable foi de Jeff Nichols en ses personnages, qu'il rend immédiatement vrais et inoubliables. Les deux gamins, par exemple, sont dessinés avec une complémentarité parfaite, l'un sensible et intrépide, l'autre débrouillard et lucide. Et que dire de ce vieil homme taciturne de l'autre côté du fleuve, dont on dit qu'il fût un tireur d'élite ? Nichols voulait dès le départ que cette figure iconique, qui serpente comme une ombre à l'écart du récit, soit incarnée par Sam Shepard. Cela en dit long sur sa volonté de s'inscrire dans une légende américaine dont il écrirait un nouveau chapitre : Shepard charrie son poids de mythologies et, comme le film, saura s'en montrer digne le moment venu.

De Shotgun stories à Mud, Nichols a donc fait un sacré chemin : dans ses deux premiers films, il faisait rentrer le mythe dans le quotidien, transformant la tragédie ou la prophétie apocalyptique en névroses familiales. Ici, c'est le quotidien qui prend soudain des atours cosmiques, le local qui gagne une profondeur universelle. Prenons donc un deuxième pari : l'avenir du cinéma américain lui appartient.


Mud

De Jeff Nichols (ÉU, 2h10) avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan...

De Jeff Nichols (ÉU, 2h10) avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan...

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Ellis et Neckbone, 14 ans, découvrent lors d’une de leurs escapades quotidiennes, un homme réfugié sur une île au milieu du Mississipi. C’est Mud : un serpent tatoué sur le bras, un flingue et une chemise porte-bonheur


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Polytech s'offre "Interstellar"

ECRANS | Rendez-vous mardi 5 mars à Mon Ciné pour (re)découvrir le bijou de Christopher Nolan sorti il y a cinq ans.

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Polytech s'offre

Il fut un temps où la Warner parvenait à concilier mieux qu’aucune major sa tête et son cœur (enfin, le muscle devant son cœur, son portefeuille), en abritant en son giron une foule d’auteurs garantissant à la fois prestige international et écrasants triomphes au box-office. De cette époque à Kubrick ou Kazan ne reste qu’un Eastwood bientôt nonagénaire. Parmi la relève, les Wachowski sont au purgatoire, Paul Thomas Anderson (hélas trop peu rentable) a été exfiltré ; Cuarón a succombé aux beaux yeux billets verts de Netflix. Demeure le fidèle Christopher Nolan, rarement décevant (c’est-à-dire souvent plus que profitable), qui de surcroît met le monde en transe avec ses histoires emplies de paradoxes scientifiques, d’effets visuels hypnotiques et de stars oscarisées par camions entiers. Tel Interstellar (2014). Encouragé par le succès d’Inception (2010), aventure exploratoire de l’infiniment intime des songes, où les protagonistes se dotaient du pouvoir d’investir et de modeler leurs mondes intérieurs à leur convenance (quitte à s’y trouver piégé), Interstellar poursuit dans le

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"Le Silence des autres" : l'Espagne face à son passé

Documentaire | de Almudena Carracedo et Robert Bahar (Esp, 1h35) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Une loi d’amnistie générale des crimes commis pendant la période franquiste ayant été votée dans la foulée de la mort du dictateur en 1975, la justice espagnole n’a pas eu la possibilité de poursuivre les tortionnaires du régime. Mais de même que Pinochet avait été mis en accusation en Espagne, un groupe de victimes, de descendants de disparus et de parents dont les enfants furent volés a déposé plainte devant les tribunaux argentins, qui a jugé l’affaire recevable. Ce documentaire produit par Pedro Almodóvar relate leur longue procédure, toujours en cours… Une piqûre de rappel aux mémoires défaillantes ainsi qu’aux jeunes générations : une nation qui banalise ou oblitère les crimes d’une dictature au nom de la réconciliation s’expose à des contre-coups violents : résurgence de la haine et impossibilité pour les victimes de tourner la page. C’est justement ce qui se passe en Espagne où l’ombre du franquisme a continué à planer. Résultat ? Le parlement andalou vient d’accueillir ses premiers élus d’extrême-droite et certaines personnes n’ont toujours pas pu se reconstruire, quarante ans après. L’une d’elle explique bien son besoin non d’une vengeance (puisqu’elle pardon

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"Le Silence des autres" : un bout d'histoire d'Espagne jeudi soir au Club

ECRANS | Alors que le gouvernement espagnol envisage de déménager le tombeau de Franco, et que des députés néo-franquistes ont fait leur entrée au parlement andalou, Le (...)

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Alors que le gouvernement espagnol envisage de déménager le tombeau de Franco, et que des députés néo-franquistes ont fait leur entrée au parlement andalou, Le Silence des autres, documentaire de Almudena Carracedo et Robert Bahar, tombe à point nommé. Il évoque les années d’après la dictature, et la loi d’amnistie générale votée en 1977 destinée à favoriser la transition démocratique. Seul "problème" : elle contenait l’interdiction de poursuivre les responsables de crimes (tortures, enlèvements...) durant la période franquiste. Sur le sol ibère en tout cas… L’un des témoins du film, Horacio Sainz Ollero, sera présent jeudi 31 janvier à 20h15 au Club pour l'avant-première du film (sortie prévue le 13 février).

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"Undercover - Une histoire vraie" : un deal est un deal

ECRANS | de Yann Demange (ÉU, 1h51) avec Matthew McConaughey, Richie Merritt, Bel Powley…

Vincent Raymond | Jeudi 20 décembre 2018

1984. Ricky, 14 ans, et son père font un commerce plus ou moins légal d’armes à feu auprès des gangs tenant le marché du crack dans les squats de Détroit. Flairant l’aubaine, le FBI transforme le jeune Ricky en dealer pour infiltrer le réseau. Sans lui laisser vraiment le choix… On ne peut plus explicite et programmatique, le titre français met l’accent sur l’authenticité des faits davantage que sur la figure de Ricky. Pourtant, c’est bien cet ado à moustachette qui est la colonne vertébrale de l’histoire, la mouche sur le hameçon lancé par un FBI avide de faire des grosses prises mais peu soucieux du devenir de l’appât après coup(s). Mais ne divulgâchons pas la fin… Si l’on a l’habitude des histoires de gangs et de mafia survitaminées par Scorsese et ses épigones, celle-ci semblera plus calme : Undercover ne superlative rien. C’en est même parfois troublant, puisque les séquences de nouba avec les caïds, les descentes de flics ou certaines scènes de tension familiale semblent sous-dramatisées ; en tout cas moins épileptiquement montées qu’à l’ordinaire. Une façon de fuir la convention, de se rapprocher du réalisme sans dou

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"Un raccourci dans le temps" : Einstein à la moulinette

ECRANS | de Ava DuVernay (E.-U., 1h50) avec Storm Reid, Reese Witherspoon, Oprah Winfrey…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Quatre ans après la subite disparition d’un physicien ayant clamé pouvoir voyager dans l’univers par la force de la pensée, Meg, une fillette, et son petit frère génial partent à sa recherche avec l’aide bienveillante de trois entités féériques. Il leur faudra combatte une force maléfique, le Ça… Tiré d’un roman prétendument culte pour la jeunesse anglo-saxonne, cette adaptation ressemble surtout à un pot-pourri visuel de séquences ayant fait florès ailleurs : Avatar (le survol inutile d’une planète végétale sur le dos de Reese Witherspoon transformée en feuille d’épinard planante), Jurassic Park (les n’enfants courant dans le chaos), Harry Potter (l’ambiance forêt gothique, les objets magiques), Ça (le vilain hypnotiseur de p’tit frère aux yeux rouges) et même Le Cinquième Élément (l’amour ou la lumière pour terrasser les ténèbres), c’est dire ! Dans ce fourre-tout intégral, où Oprah Winfrey enchaîne étrangement les cosplays de RuPaul, les protagonistes entrent ou sortent comme dans un vaudeville, et l’on saute sans prévenir d’une quête vaguement individuelle à une mission universelle. Il

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Guillermo del Toro : « J’ai fusionné les dogmes catholiques avec les monstres »

ECRANS | Lion d’Or à Venise, Golden Globe et Bafta du meilleur réalisateur (en attendant l’Oscar qui devrait logiquement suivre) pour "La Forme de l’eau", Guillermo del Toro a hissé son art et ses monstres au plus haut degré d’excellence. Rencontre avec un maître du cinéma de genre adoubé par le gotha du cinéma mondial.

Vincent Raymond | Jeudi 22 février 2018

Guillermo del Toro : « J’ai fusionné les dogmes catholiques avec les monstres »

Quand vous avez reçu votre Lion d’Or à venise, vous avez dit « Si vous restez pur et fidèle à ce que vous croyez – et pour moi ce sont les monstres –, alors vous pouvez faire ce que vous voulez ». D’où vous vient cette fascination pour les monstres ? Guillermo del Toro : Tout d’abord, je veux revenir sur cette phrase : à Venise, ils avaient traduit "monsters" par "mustard", c’est-à-dire "moutarde" (rires), trouvant que c’était une métaphore géniale : « il aime les condiments ». Mais sinon pour moi, ça a commencé tôt, presque au berceau, quand j’avais deux ans. Mon psy dit que c’était un mécanisme d’inversion, tellement j’étais effrayé d’être né. Quand j’étais gosse, je me sentais étrange. Déjà, j’étais incroyablement mince – si si –, mes cheveux étaient extrêmement blonds, presque blancs, et j’étais tellement timide que je boutonnais ma chemise jusqu’au col. Je me battais si fréquemment que j’ai commencé à prendre du poids pour être capable de me défendre. Alors forcément, j’éprouvais de l’empathie pour les monstres : je voyais la

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"La Forme de l'eau" : Guillermo del Toro en eaux tièdes

ECRANS | Synthèse entre "La Belle et la Bête" et un mélo de Douglas Sirk, ce conte moderne marque le triomphe de Guillermo del Toro, Lion d’Or 2017 à la Mostra de Venise, qui signe son film le plus consensuel, sans renoncer à ses marottes arty-trashy. Une transgression homéopathique mais un spectacle impeccable.

Vincent Raymond | Samedi 17 février 2018

États-Unis, début des années 1960. Jeune femme muette menant une existence monotone à peine égayée par ses caresses matinales et ses visites à son voisin homosexuel, Elisa travaille comme agent d’entretien dans un labo du gouvernement. Un jour, elle entre en contact avec un sujet d’expérience : un étrange être amphibie aux pouvoirs phénoménaux… Une créature que seuls les exclus et/ou les marginaux (les "âmes" innocentes bibliques) ont les ressources affectives pour accueillir et aider ; un méchant (irremplaçable Michael Shannon) ruisselant de cruauté, portant la haine sur son visage et la pourriture au creux du corps… Rien de bien nouveau sous la lune, mais on retrouve l’excitation de l’enfant aimant entendre pour la millième fois la même histoire avant de sombrer dans les bras de Morphée. Guillermo del Toro possède l’art de conter, et cette faculté de synthétiser des objets cinématographiques d’une remarquable rotondité : le moindre détail, qu’il soit plastique, narratif ou artistique, est toujours à sa place, et l’on suppose qu’il ne manque aucun bouton de guêtre entre l’idée de son film et sa réalisation. Revers de cette m

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"Dark Way" de Quai d'Orsay : la britpop peut aussi venir de Grenoble

Concert de sortie d'album | Espoir fort appuyé en son fief grenoblois (Cuvée grenobloise 2015 ; une du "Petit Bulletin" en 2016 ; soutien du feu Ciel, de la Belle électrique, de la Ville de Grenoble...), le quatuor Quai d'Orsay, qui publie enfin son premier album "Dark Way" ce vendredi 13 octobre (jour du concert à la Source), se revendique pourtant, comme son nom l'indique, d'un ailleurs évident : l'héritage britpop. Et cela s'entend. En bien.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 octobre 2017

Sait-on encore ce qu'est la britpop, du nom de cette éruption panbritannique du mitan des années 1990 qui vit jaillir de son cratère quelques têtes ne parvenant jusque-là pas à s'extraire de l'anonymat (Pulp, Blur, Radiohead), quelques pépites pas très polies (Oasis, Supergrass) et des feux de pailles vaporisés jusqu'à l'horizon (Cast, Bluetones, Elastica, Shed Seven, Gene, Sleeper...) ? Une tradition bien plus ancienne remontant peut-être moins aux Beatles qu'aux Kinks ou aux Zombies ? Ou encore ce qui se produisit entre les deux, cette émergence d'un courant dit "ligne claire" incarné par Prefab Sprout, les Pale Fountains ou les groupes du label Sarah Records, largement coiffés par les Smiths, la banane et l'ego surplombants de Morrissey ? Ou tout cela à la fois sans doute, plus pas mal de choses glissées ça et là dans les interstices de l'histoire... Alors quand on dit des Grenoblois de Quai d'Orsay (Rémi Guirao, Basil Belmudes, Vadim Bernard et Charles Sinz) qu'en bon ministère des affaires musicales étrangères ils bichonnent les relations franco-britanniques et qu'ils relèvent de la britpop, de quoi parle-t-on ?

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"Gold" : mauvaise pioche cher Matthew McConaughey

ECRANS | de Stephen Gaghan (É.-U., 2h01) avec Matthew McConaughey, Bryce Dallas Howard, Édgar Ramírez…

Vincent Raymond | Mardi 18 avril 2017

Héritier poissard d’une famille de chercheurs d’or, Kenny Wells joue son va-tout en s’associant avec un géologue mystique… et découvre un filon extraordinaire en Indonésie. Devenu du jour au lendemain la coqueluche de Wall Street, il va pourtant choir pour escroquerie. Les Étasuniens raffolent de ce genre de conte de fées vantant l’obstination malgré les embûches : plus l’on trébuche, plus la sonnante récompense le sera aussi. Mais pour que ce conte "prenne" chez nous, il faut un minimum de notoriété du protagoniste, un destin réellement hors du commun ou bien un film résolument exceptionnel. Pas de veine, ce n’est pas le cas avec ce pensum dont on se moque comme un orpailleur de sa première pépite de pyrite de fer : le désir de revanche d’un fissapapa ruiné n’a rien d’exaltant. L’interprétation ne sauve rien : la mine des mauvais jours, Matthew McConaughey, en version chauve et bedonnante, semble mal remis de son Oscar. Moulinant des bras quand il n’écarquille pas des yeux figé sur place, il se perd dans un épouvantable jeu à la Tom Cruise. Seul intérêt du film : les costumes et décors, permettant de s’initier au vrai chic des nouveaux rich

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"Loving" : et ils vécurent (difficilement) heureux...

ECRANS | De 1958 à 1967, le parcours de la noire Mildred et du blanc Richard, pour faire reconnaître la légalité de leur union à leur Virginie raciste. Histoire pure d’une jurisprudence contée avec sobriété par une voix de l’intérieur des terres, celle du prolifique Jeff Nichols.

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Pour mesurer à quel point des facteurs extrinsèques peuvent influer sur la perception ou la réception d’un film, replongez-vous quelques mois en arrière ; lorsque, dans la foulée des attentats de Paris et de Nice, Made in France de Nicolas Boukhrief puis Bastille Day de James Watkins virent leur carrière en salle avortée, par crainte d’une mauvaise interprétation du public. Un contexte certes différent a présidé à la naissance de Loving. Présenté en mai dernier sur la Croisette, le nouveau Jeff Nichols a pu apparaître comme un biopic édifiant sur les tracasseries humiliantes subies par le premier couple mixte légalement marié dans la ségrégationniste Virginie. Mais s’il rappelait que les pratiques discriminatoires n’appartenaient pas forcément au passé, dans un pays marqué par des tensions violentes et répétées entre les communautés (émeutes de Ferguson en 2014, puis de Baltimore en 2015), il prend à présent un sens supplémentaire, alors que Donald Trump a accédé au p

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"Tous en scène" : music-animal animé

ECRANS | de Garth Jennings (E.-U., 1h48) animation

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Pour sauver son théâtre d’une ultime faillite, Buster le koala mise sur un concours de chant ouvert aux amateurs. Une succession de mésaventures lui rend la chose plus ardue que prévue, alors même qu’il a réuni une troupe de talents hors du commun… Les studios Illumination (incubateurs des Minions) savent souffler le froid et le chaud avec les animaux : au consternant Comme des bêtes sorti l’été dernier succède ici en effet une efficace et entraînante comédie, bien moins bébête et puérile que le cadre référentiel (l’engouement autour des télé-crochets musicaux) ne le laissait craindre. L’absence de clins d’œil à outrance, d’un trop-plein de parodies ou d’allusions à des demi-stars vaguement dans l’air du temps contribue à la réussite de l’ensemble, qui tire avant tout parti de ses ressources propres : son intrigue et ses personnages, aux caractéristiques adroitement dessinés. Même les voix françaises font preuve d’une tempérance bienvenue ! Cela dit, il n’y a pas de quoi être étonné : un film encadré pa

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"Elvis & Nixon" : la rencontre improbable

ECRANS | de Liza Johnson (É.-U., 1h26) avec Michael Shannon, Kevin Spacey, Alex Pettyfer…

Vincent Raymond | Lundi 18 juillet 2016

À l’écran, les canailles authentiques et les immenses stars font d’épatants personnages : ils le sont déjà dans l’inconscient collectif. Leur aura habitant presque totalement le rôle, il ne reste souvent au comédien qu’un reliquat de job à accomplir. Certains feignants s’en accommodent, misant tout sur le seul mimétisme, à coups de grimaces et de maquillage. D’autres investissent l’intériorité de leur modèle, la personnalité davantage que le personnage. C’est le cas dans ce tête-à-tête insolite, mariage d’une carpe et d’un lapin à peine apocryphe, puisque le rockeur halluciné Elvis Presley a bien rencontré le président revêche Nixon pour lui proposer ses services comme "agent détaché du FBI", histoire de prémunir la jeunesse des ravages de la drogue – et d’avoir, surtout, un zouli insigne argenté. À peine grimés, Michael Shannon et Kevin Spacey évoquent les contours des deux figures historiques. Mais ce qu’ils dégagent se révèle infiniment plus précieux qu’une banale ressemblance. Cette réflexion sur les illusions des apparences, la vanité de la célébrité, du pouvoir ou de l’argent apparaît en filigrane tout au long du film, culminant lorsque le Chef du Monde libre se

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Wild

ECRANS | De Jean-Marc Vallée (ÉU, 1h56) avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffman, Laura Dern…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Wild

Le titre fait évidemment penser au Into the wild de Sean Penn, tout comme le pitch, tiré d’une histoire vraie : Cheryl Strayed entreprend une randonnée solitaire de 17 000 kilomètres pour faire son deuil de sa mère et de sa jeunesse cabossée. Mais le film de Jean-Marc Vallée, dont on n’adorait déjà pas le Dallas Buyers Club, manque effectivement de « into the »… Tout y est réduit à une pure surface sans le moindre relief, que ce soit le trajet, les flashbacks sur les traumas de l’héroïne ou les aphorismes inscrits à même l’écran. Vallée met sur le même plan une relation sexuelle et une addiction à la drogue, la mort d’une mère et celle d’un cheval, passe le tout dans un grand shaker psychologisant et le recrache dans un montage lassant où rien n’arrête le regard. Du voyage, on ne verra quasiment rien, tant le film comme le personnage ne s’intéressent pas aux autres ou à l’inconnu, mais seulement à eux-mêmes. Pire : à plusieurs reprises, les rencontres sont vécues comme des menaces pour cette fille solitaire. Mais Vallée, pas québ

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Cold in july

ECRANS | Brave type sans histoire, Richard Dane (Michael C. Hall, avec moustache et coupe mulet façon footballeur de la RDA, dans un formidable rebond (...)

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Cold in july

Brave type sans histoire, Richard Dane (Michael C. Hall, avec moustache et coupe mulet façon footballeur de la RDA, dans un formidable rebond post-Dexter) abat en pleine nuit un cambrioleur dans sa maison, sous les yeux de sa femme. Malgré le réflexe d’autodéfense et le fait que l’affaire soit vite classée par les autorités, il n’arrive pas à dépasser sa culpabilité, d’autant plus que le père de la victime, un tueur vieillissant fraîchement sorti de taule (Sam Shepard) lui fait un petit numéro façon Les Nerfs à vif en terrorisant sa famille. Beaucoup de cinéastes paresseux auraient tiré à la ligne cet argument-là pour en faire une série B standard vite oubliée. Pas Jim Mickle, qui a dans sa manche une poignée de virages scénaristiques difficiles à anticiper, ce qui rend la vision de Cold in july particulièrement stimulante. Par ailleurs, il a choisi d’antidater son action en 1989, ce qui lui permet de créer une ambiance vintage et de se situer, grâce à une mise en scène précise et tendue comme une ligne électrique, dans la lignée du John Carpenter de l’époque en question. Le film avance ainsi dans un brouillard qui n’est pas que narrati

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Interstellar

ECRANS | L’espace, dernière frontière des cinéastes ambitieux ? Pour Christopher Nolan, c’est surtout l’occasion de montrer les limites de son cinéma, en quête de sens et d’émotions par-delà les mathématiques arides de ses scénarios et l’épique de ses morceaux de bravoure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Interstellar

Un an à peine après Gravity, au tour de Christopher Nolan de s’aventurer dans l’espace pour en donner une image scientifiquement correcte et réaliste avec Interstellar. Le futur du film est une vision à peine déformée de celui qui nous attend, marqué par la pénurie de céréales et les dérèglements climatiques, au point de pousser l’homme à chercher par-delà notre système solaire d’autres planètes habitables. Nolan centre son approche sur une famille purement américaine, dont le père décide de rejoindre une équipe d’astronautes pour s’engouffrer dans un « trou de ver » et rejoindre une autre dimension du temps et de l’espace. L’intime et le cosmos, les paradoxes liés à la relativité temporelle, les autres mondes dominés par des éléments uniques et déchaînés (l’eau, la glace) : c’est un territoire ambitieux qu’arpente Nolan. Mais plutôt que d’en faire une plongée vers l’inédit, il le ramène vers sa propre maîtrise, désormais avérée, pointant toutes les limites de son cinéma. Dans l’espace, personne ne vous e

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Joe

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h57) avec Nicolas Cage, Tye Sheridan…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Joe

Joe aurait dû être le film d’une double renaissance : celle d’un auteur américain un peu égaré dans des commandes foireuses (David Gordon Green) et celle d’un acteur en roue libre dans des nanars que seuls quelques critiques français en mal de notoriété prennent encore au sérieux (Nicolas Cage). C’est pourtant l’inverse : cette adaptation d’un bouquin de Larry Brown, où un adolescent rompt avec son ère alcoolique pour se rapprocher d’un mentor ambivalent, est totalement ratée, plombée par une narration incohérente où l’on change sans cesse de point de vue et de registre (chronique sociale, film noir, récit d’apprentissage) tout en tournant en rond dans un pré carré de personnages dont les rencontres "fortuites" sentent le mauvais storytelling. Stylistiquement, Gordon Green hésite entre naturalisme et élégie à la Terrence Malick – mélange fatalement voué à l’échec. Quant à Cage, il ne sait trop s’il doit se racheter une virginité en cherchant la sobriété ou s’il doit se lancer dans son habituel cabotinage. Un gâchis spectaculaire. Christophe Chabert

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Dallas Buyers Club

ECRANS | Le réalisateur de "C.R.A.Z.Y." s’empare de l’histoire vraie de Ron Woodroof, Texan pure souche, bien réac’ et bien homophobe, qui s’engage contre l’industrie pharmaceutique américaine après avoir découvert sa séropositivité. D’une édifiante linéarité, n’était la prestation grandiose de Matthew McConaughey. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 février 2014

Dallas Buyers Club

L’histoire est incroyable mais vraie, et comme souvent dans ce type de fictions à sujet, l’argument semble suffire à donner au film un poids dramaturgique. Alors que le sida commence à faire des ravages dans la communauté gay — la mort de Rock Hudson et son tragique coming out post mortem font la une des journaux — un électricien Texan bas du front, qui fait du rodéo et conchie les homos (dans son jargon, ce sont des «fiottes» ou des «pédés») découvre qu’il est séropositif. Son monde et ses valeurs s’écroulent, d’autant plus que les médecins ne lui donnent que trente jours à vivre. Après un petit cours accéléré en bibliothèque et la rencontre avec une doctoresse sincère et pure — Jennifer Garner — il découvre que 1) un traitement basé sur l’AZT peut retarder la maladie ; 2) ledit traitement fait en définitive plus de mal que de bien, mais que 3) il existe d’autres médicament qui, à défaut de traiter le virus lui-même, peuvent s’attaquer aux maladies opportunistes déclenchées par la déficience du système immunitaire. Problème : les labos et le gouvernement, main dans la main car on est dans l’Amérique libérale et reaganienne, font tout pour empêcher leur

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"Le Loup de Wall Street" : voyage au bout de l'enfer (du capitalisme)

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender.

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

« Greed is good. » C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur (grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée) attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré

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Man of steel

ECRANS | Remettre Superman sur la carte du blockbuster de super-héros après l’échec de la tentative Bryan Singer : telle est la mission que se sont fixés Christopher Nolan et Zack Snyder, qui donnent à la fois le meilleur et le pire de leur cinéma respectif dans un film en forme de bombardement massif, visuel autant qu’idéologique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 17 juin 2013

Man of steel

Il fallait au moins ça pour faire oublier le piteux Superman returns de Bryan Singer et relancer la franchise de cet « homme d’acier » : l’alliance circonstancielle de deux poids lourds du blockbuster actuel, à savoir Christopher Nolan, tout puissant après sa trilogie Dark knight, et Zack Snyder, loué pour ses prouesses visuelles et sa maîtrise des effets numériques. Nolan produit et livre les grandes lignes de l’intrigue pendant que Snyder réalise, taylorisme créatif pourtant pas si évident que cela sur le papier, tant leurs personnalités sont plus opposées que vraiment complémentaires. De fait, il ne faut pas longtemps avant de savoir qui, dans ce Man of steel, tient réellement le gouvernail : l’introduction du film sur la planète Krypton, avec ses personnages taillés dans le marbre lançant de grandes sentences pseudo-shakespeariennes d’un ton pénétré pendant que la musique d’Hans Zimmer bourdonne et explose sur la bande-son, dit bien que c’est le metteur en scène d’Inception qui a clairement posé le ton de ce nouveau Superman.

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« J’aime peindre avec un large pinceau »

ECRANS | Il n’a que 34 ans, une silhouette d’éternel adolescent et un entretien avec lui se transforme vite en conversation familière avec un passionné de littérature et de cinéma. Jeff Nichols ressemble à ses films : direct, simple et pourtant éminemment profond. Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

« J’aime peindre avec un large pinceau »

Vous avez écrit Mud avant Take shelter, c’est ça ?Jeff Nichols : Plutôt pendant… Mais j’avais conçu l’histoire de Mud bien avant Take shelter, quand j’étais encore à l’université, il y a dix ans de cela. J’avais posé les grandes lignes du récit, dessiné les personnages. C’est seulement à l’été 2008 que je m’y suis vraiment consacré et que j’ai écrit coup sur coup Take shelter et Mud. Pourquoi l’avoir tourné après, alors ?Pour plusieurs raisons. L’une est pratique : Take shelter coûtait moins cher que Mud. Après mon premier film, Shotgun stories, j’avais eu d’excellentes critiques, mais il n’avait pas rapporté d’argent, en particulier aux États-Unis, donc personne ne frappait à ma porte pour me demander de tourner un autre film. Je savais que Mu

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Apocalypse No(w)

ACTUS | Entre supposées prédictions mayas, sortie de "4h44, dernière nuit sur terre", le dernier film d'Abel Ferrara, et autres événements thématisés « fin du monde », tout semble concorder vers un 21 décembre apocalyptique – même si on n'y fait que se bourrer la gueule. Peu étonnant quand on songe que la « fin du monde » est vieille comme... le monde. Et qu'elle n'a pas fini de nous tarauder. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 14 décembre 2012

Apocalypse No(w)

« Dans le roman qu'est l'histoire du monde, rien ne m'a plus impressionné que le spectacle de cette ville jadis grande et belle, désormais renversée, désolée, perdue […], envahie par les arbres sur des kilomètres à la ronde, sans même un nom pour la distinguer. » Ce pourrait être la voix-off du survivant d'un film post-apocalyptique déambulant dans Londres, New-York, Paris, Grenoble... Ce ne sont « que » les mots de l'explorateur américain John Lloyd Stephens, découvrant au XIXe siècle la splendeur passée d'une ancienne ville maya mangée par la jungle du Yucatan. Ces mêmes Mayas dont le calendrier aurait prévu la fin du monde pour le 21 décembre 2012. Peu importe que la Nasa elle-même ait démenti ces rumeurs dont les illuminés, les conspirationnistes et les survivalistes font leur miel et la fortune des agents immobiliers du village français de Bugarach, censé être épargné.   Qu'on la nomme Apocalypse (« révélation » dans la Bible) ou Armageddon (d'Harmaguédon, le « Waterloo » hébreu du livre de l'Apocalypse), la « fin du Monde » est depuis toujours le sujet de c

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Killer Joe

ECRANS | Avec ce Killer Joe à la rage juvénile, William Friedkin, 77 ans, est de retour au sommet. Bug montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par (...)

Christophe Chabert | Vendredi 31 août 2012

Killer Joe

Avec ce Killer Joe à la rage juvénile, William Friedkin, 77 ans, est de retour au sommet. Bug montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par rapport au matériau théâtral qu’il se contentait de transposer sagement à l’écran. L’auteur, Tracy Letts, est aussi celui de la pièce qui a inspiré Killer Joe ; cette fois, il a pris le temps de bosser avec Friedkin une vraie adaptation cinématographique, aérée et fluide. Choix plus que payant : le dialogue brillant de Letts trouve dans la mise en scène de Friedkin un allié de poids, le cinéaste étant trop content d’aller en découdre avec son thème de prédilection : l’omniprésence du mal. Killer Joe montre une famille de Texans dégénérés vivant dans un mobile home insalubre : le père apathique, la belle-mère nympho, le fils magouilleur et la fille candide, Dottie. Complètement fauchés, ils décident de mettre à mort la mère pour toucher son assurance-vie. Comme ils sont aussi lâches que méchants, ils font appel à un flic pourri pour commettre l’irréparable. Joe pose une condition : la virginité de Dottie en guise de caution. Si l’innocente Dottie devient naturellement la victime de la cupid

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Big Mac

ECRANS | Avec quatre films à l’affiche entre août et décembre, Matthew McConaughey est incontestablement la star de cette rentrée cinéma. Pourtant, qui aurait parié un kopeck sur cet ex-jeune premier romantique, Texan pure souche perdu à Hollywood où la valeur d’un acteur flambe plus vite que les cours de bourse ? Récit d’une métamorphose… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Big Mac

«Tout ce que je connais, c’est le Texas !» C’est ainsi que les frères Coen ouvraient leur premier film, Blood simple. Cette maxime, Matthew McConaughey pourrait la faire sienne. Le Texas, il y est né, et sa première apparition marquante sur les écrans français le montrait en shérif d’un patelin texan dans le Lone star de John Sayles. Quinze ans plus tard, après bien des détours, c’est le Texas qui l’appelle à nouveau et lui permet d’endosser ce qui est sans conteste un de ses plus grands rôles à ce jour : le flic pourri qui arrondit ses fins de mois en jouant les tueurs à gage dans Killer Joe (en salles le 5 septembre), dernier film choc de William Friedkin. Mais que ce soit dans l’excellent Magic Mike de Steven Soderbergh en patron d’un club de strip-tease à Tampa, dans la tambouille érotico-policière The Paperboy (le 19 octobre) de Lee Daniels en journaliste gay revenant dans

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Hoghe entre tension et attention

SCENES | Si la danse est a minima une succession de poses et de mouvements dans l’espace, Raimund Hoghe, sur les pas de Pina Bausch (dont il fut 10 ans le (...)

Aurélien Martinez | Lundi 7 mai 2012

Hoghe entre tension et attention

Si la danse est a minima une succession de poses et de mouvements dans l’espace, Raimund Hoghe, sur les pas de Pina Bausch (dont il fut 10 ans le dramaturge), y insuffle une dramatique supplémentaire fondée sur une idée-sensation simple : la tension. Les marches lentes de ses interprètes en ligne, leurs figures frontales face au public, les gestes minimalistes pris dans l’épaisse durée d’un rituel font de tout spectacle de Hoghe un moment des plus singuliers. L’hypnose y est parfois déchirée par un solo effréné, une course folle, des hurlements. C’est encore l’ambivalence, le basculement du désir à la haine, d’une ambiance à une autre, d’une Passion de Bach à un morceau de Dalida, qui trament Si je meurs, laissez le balcon ouvert. Créée en 2010, cette pièce pour neuf danseurs (avec Hoghe lui-même et son corps bossu) est un hommage à Dominique Bagouet (1951-1992) dont Hoghe ne copie pas la gestuelle, mais tente de garder l’esprit, « notamment cette tendresse des rapports humains qui traverse ses pièces, cette façon particulière de prendre contact avec l’autre, de le toucher, sans qu’il soit question directement de sexe ». La tendresse, l’humour et la délicatesse

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Une bouteille à la mer

ECRANS | De Thierry Binisti (Fr-Isr, 1h39) avec Agathe Bonitzer, Mahmud Shalaby…

François Cau | Jeudi 2 février 2012

Une bouteille à la mer

«Si les gens se tiraient moins dessus et qu’ils faisaient plus l’amour, il y aurait plus de paix dans le monde», disait Audrey Hepburn dans Ariane. «Vous êtes quoi ? une fondamentaliste religieuse ?», lui rétorquait Gary Cooper. Une bouteille à la mer illustre la réplique d’Hepburn en version correspondance (la bouteille à la mer du titre, puis des mails) entre une jeune française installée avec sa famille en Israël et un Palestinien isolé dans la bande de Gaza. Mais Thierry Binisti oublie d’y adjoindre la répartie ironique de Cooper, et son film, tout de bons sentiments téléfilmés, ne décolle jamais de cet œcuménisme un peu usé sur la question. C’est problématique quand l’histoire réduit le conflit à une affaire d’œil pour œil, dent pour dent, négligeant au passage la disproportion des moyens militaires entre les deux forces — qui plus est, dans le film, ce sont les Palestiniens qui frappent les premiers. Dernier point : pour le héros, la France fait figure de terre d’asile parfaite pour commencer une nouvelle vie. On ne peut s’empêcher de penser, en notre for intérieur, qu’il déchantera quand Claude Guéant l’accueillera à la frontière !

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La mort aux trousses

SCENES | Il est assez rare que des spectacles de danse durent plusieurs heures. C’est pourtant le cas avec celui de Raimud Hoghe prévu à la MC2 pour le mois de (...)

François Cau | Vendredi 6 janvier 2012

La mort aux trousses

Il est assez rare que des spectacles de danse durent plusieurs heures. C’est pourtant le cas avec celui de Raimud Hoghe prévu à la MC2 pour le mois de mai. Aujourd’hui soixantenaire, l’Allemand aux talents multiples (il touche au théâtre, à la danse, à la littérature…), fut notamment le dramaturge de Pina Bausch entre 1980 et 1990. Depuis, il développe une approche particulière de la chorégraphie, avec tout un travail autour de la répétition, évoquant ainsi le rituel. Son Si je meurs laissez le balcon ouvert, inspiré par la dernière des chorégraphies de Dominique Bagouet (artiste mort du sida en 1992), est ainsi présenté comme un « protocole compassionnel », pour accueillir « l’inflexion des voix chères qui se sont tues ». Pour info, la création reçut un accueil dithyrambique de la part d’une partie de la presse lors de sa présentation en 2010 au festival Montpellier Danse. De notre côté, on ne sait pas quoi en penser, on ne l’a pas (encore) vue !

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Take shelter

ECRANS | Un Américain ordinaire est saisi par une angoisse dévorante, persuadé qu’une tornade va s’abattre sur sa maison ; à la fois littéral et métaphorique, ce deuxième film remarquable confirme que Jeff Nichols est déjà un grand cinéaste. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 22 décembre 2011

Take shelter

Au départ, ce n’est qu’un rêve : une tornade impressionnante se forme dans le ciel et bouche l’horizon ; mais ce n’est pas de la pluie qui se met à tomber, plutôt une espèce d’huile de moteur. Quand Curtis (Michael Shannon, qui renouvelle son emploi d’individu borderline en intériorisant au maximum ses émotions) se réveille, l’angoisse est toujours là. Durant la première partie de Take shelter, ce modeste ouvrier, père attentionné d’une petite fille sourde, marié à une femme exemplaire (la splendide Jessica Chastain, encore plus convaincante ici que dans The Tree of life), va faire d’autres cauchemars : son chien se jette sur lui et le mord, des silhouettes menaçantes brisent le pare-brise de sa voiture, les meubles de son salon se soulèvent et restent en suspension… Cette inquiétude se déverse peu à peu dans son quotidien, l’amenant vers une psychose dont l’issue devient l’abri anti-tornade qu’il a découvert dans son jardin. Tempête sous un crâne La force de Take shelter tient à cette capacité à faire cohabiter un spectacle figuratif reposant sur des effets spéciaux magnifiques mais jamais gratuits, et son exact contraire : une plongée abstraite dans les mécan

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La Défense Lincoln

ECRANS | De Brad Furman (EU, 1h58) avec Matthew McConaughey, Marisa Tomei…

François Cau | Jeudi 19 mai 2011

La Défense Lincoln

Cette adaptation du roman de Michael Connelly est plutôt une bonne surprise. Le réalisateur parvient à capter le stress urbain sans abuser d’affèteries esthétisantes et en creusant l’isolement de son héros. A ce titre, il convient de souligner l’excellente performance de Matthew McConaughey (décidément à son aise dans les rôles d’avocat), et la bonne tenue globale de l’ensemble du casting. Sur une trame des moins originales (c’est là où le bât blesse), Brad Furman a compris, à l’inverse de bon nombre de ses petits camarades hollywoodiens, que l’une des plus pertinentes façons de contrer l’efficacité télévisuelle en matière de drame policier est de jouer sur l’atmosphère ou la caractérisation des personnages. Ce qui fait de La Défense Lincoln un divertissement carrément honorable. FC

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Cannes jour 7 : Du nouveau

ECRANS | Le Havre d'Aki Kaurismaki. Take shelter de Jeff Nichols. Snowtown de Justin Kurzel.

François Cau | Mercredi 18 mai 2011

Cannes jour 7 : Du nouveau

La vision au saut du lit de Le Havre, le nouveau Kaurismaki qui concourt sous bannière finlandaise alors qu'il a été tourné en France et en français, nous a ramené une année en arrière, quand la compétition cannoise alignait des œuvres faibles de cinéastes mineurs, peu soucieux de soigner la forme et paresseux dans leur propos. Le Havre a une odeur de fin de règne pour Kaurismaki. Son comique neurasthénique, sa direction artistique ringarde, ses acteurs monocordes, son absence de rythme, tout devient plus flagrant une fois transposé dans un contexte français et une langue qu'il ne maîtrise visiblement pas. Les comédiens, dont on ne doute pas du talent (André Wilms ou Jean-Pierre Darroussin, quand même), sont ici livrés à eux-mêmes, se débattant avec un texte impossible à base de « as-tu », « veux-tu » et « peux-tu ». Le film cherche à se raccrocher aux branches en brodant une fable très contemporaine autour d'un jeune noir sans-papier qui veut traverser la Manche pour se rendre en Angleterre. Mais Kaurismaki commet un contresens total en filmant son histoire dans une France purement folklorique faite de bistrots, d'épiciers de quartier et de flic en long imper noir et chapeau Stets

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