Only god forgives

ECRANS | Nicolas Winding Refn rate le virage post-"Drive" avec ce film vaniteux qui ressemble à l’œuvre d’un chef décorateur surdoué cherchant sans y parvenir quelque chose à raconter. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 mai 2013

Quant on avait découvert Drive, Nicolas Winding Refn n'était plus un inconnu : la trilogie Pusher et le génial Bronson avaient déjà montré l'étendue de son talent et de ses ambitions. Si surprise il y avait, c'était celle d'un cinéaste qui synthétisait dans une forme pop et romantique un creuset d'influences et de codes qu'il arrivait à régénérer.

Avec Only god forgives, Winding Refn tombe dans son propre maniérisme et ce qui hier relevait du plaisir se transforme ici en effort désespéré pour faire autre chose que de l'imagerie pure et simple.

L'argument, en soi, n'est pas plus original que celui de Drive : en Thaïlande, deux frères vivotent entre matchs de boxe et trafics de drogue. Le plus âgé, dans un coup de folie, tue une prostituée, avant d'être à son tour massacré par le père éploré, poussé dans son geste par un flic sadique adepte du karaoké. Débarque alors la maman de la fratrie, qui va pousser le frangin survivant à accomplir sa vengeance.

Destockage à Bangkok

Passons sur le sous-texte psychanalytique absolument balourd que Winding Refn place dans les interstices du récit — quoique cela donne la scène la plus réussie du film, avec un numéro particulièrement bouffon de Kristin Scott Thomas. Laissons tomber le folklore de Bangkok comme une jungle de néons pourrie par le vice, tant l'affaire sent le cliché touristique.

Il faut surtout souligner l'inflation décorative qui saisit Winding Refn, ce fétichisme du plan composé qui ressemble au délire d'un scénographe remplissant chaque centimètre avec un fatras d'objets en série. Au milieu de cette brocante géante, les acteurs sont réduits à des figures impassibles, à leur tour transformés en bibelots.

C'est particulièrement le cas de Ryan Gosling, filmé un coup en bleu, un coup en rouge, un coup en vert, mais toujours avec la même absence d'expression. Comme un mauvais metteur en scène de théâtre, Winding Refn s'empare de la moindre idée pour la répéter trois ou quatre fois, pensant produire un effet hypnotique mais soulignant surtout la profonde vanité de son projet, qui s'égare en ralentis opératiques et en poses concernées, dégageant un esprit de sérieux proportionnel au vide abyssal de son script.

On sent surtout le cinéaste danois écartelé entre son désir de reconnaissance internationale et son envie d'expérimentations radicales. Avant Drive, Valhalla rising souffrait déjà du même mal. Tout n'est peut-être pas perdu, donc…


Only God forgives

De Nicolas Winding Refn (Fr-Dan, 1h30) avec Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas...

De Nicolas Winding Refn (Fr-Dan, 1h30) avec Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas...

voir la fiche du film


À Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue. Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy...


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Au bout des doigts" : en avant la musique

ECRANS | De Ludovic Bernard (Fr, 1h45) avec Jules Benchetrit, Lambert Wilson, Kristin Scott Thomas…

Vincent Raymond | Jeudi 20 décembre 2018

Pianiste virtuose et quasi-autodidacte, Mathieu Malinski est repéré dans une gare par le directeur du Conservatoire de Paris qui veut l’intégrer à son école. Mais le jeune banlieusard est indocile, de surcroît piégé par un passif de petite délinquance. Un lent apprentissage s’engage… Massifs himalayens, gammes chromatiques… Ludovic Bernard semble affectionner tout ce qui monte. Après L’Ascension, il opte ici toutefois pour un décor plus classique – même si la trame de base reste identique : cela demeure l’histoire d’un d’jeun’s s’extrayant de sa banlieue au prix d’un exploit, faisant mentir conjointement le déterminisme social et les préjugés. Accessoirement, il triomphe aussi de son orgueil et de ses préjugés. Réglé comme du papier à musique, mais Jules Benchetrit a une telle mine de Rod Paradot qu’on y croirait. N’oublions pas Lambert Wilson : en Richard Descoings du Conservatoire, doté d’une faille intime mais résolu à révéler les talents d’où qu’ils proviennent, i

Continuer à lire

"First Man - le premier homme sur la Lune" : (presque) bon comme la Lune

ECRANS | de Damien Chazelle (ÉU, 2h20) avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke…

Vincent Raymond | Lundi 15 octobre 2018

De son entrée à la Nasa comme pilote d’essai à son retour victorieux de la Lune, la trajectoire professionnelle et intime de Neil Armstrong dit "Mister Cool", un ingénieur doté d’une intelligence, d’une chance et d’un sang-froid peu communs qui fut le premier terrien à fouler le sol lunaire… L’engouement exagéré pour ce film d’élève appliqué qu’était La La Land aura eu la vertu de propulser Damien Chazelle vers un sujet plus ambitieux : l’aventure exploratoire la plus stupéfiante de l’Histoire. Le cinéaste la raconte en la restreignant à un individu réduit à son absence apparente d’affects – n’est-il pas paradoxal de posséder des qualités surhumaines, voire inhumaines, pour devenir le "Premier Homme" ? La désormais légendaire impassibilité (inexpressivité, version bienveillante) de Ryan Gosling sied à merveille pour figurer le non moins fameux flegme de l’astronaute, et le montrer dans ce qui fait sa banalité : sa dévotion mécanique à sa mission. Chazelle suggè

Continuer à lire

"Blade Runner 2049" : l’avenir, c’était moins pire avant

ECRANS | Denis Villeneuve livre avec "Blade Runner 2049" une postérité plus pessimiste encore que le chef-d’œuvre de l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick et du cinéaste Ridley Scott. Tombeau de l’humanité, son opéra de bruine crasseuse et de poussière survit à sa longueur (2h43) ainsi qu’à l’expressivité réduite de Ryan "Ford Escort" Gosling.

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

2049, sur une Terre à la biocénose ravagée. Blade Runner (du nom d'unités policières spéciales), K. (Ryan Gosling) est un réplicant d’un modèle évolué chargé d’éliminer ses congénères réfractaires à l’autorité humaine. K. découvre lors d’une mission qu’une réplicante, en théorie stérile, a jadis accouché. L’enfant-miracle est très convoité… C’est peu dire que monde a les yeux braqués sur Denis Villeneuve, "celui qui s’est risqué" à prolonger le cauchemar de Philip K. Dick modifié par Ridley Scott en 1982. Demi-suite en forme de résonance (y compris musicale, même si Vangelis n’a pas été reconduit à la bande originale, supplanté par l’incontournable Hans Zimmer), ce nouvel opus permet au cinéaste de travailler en profondeur ses obsessions : l’identité brutalement perturbée (Incendies, Maelström, Un 32 août sur terre…) et la contamination de la réalité par les songes ou les souvenirs (Enemy, Premier Contact)

Continuer à lire

"The Party" : électrique huis clos en noir et blanc

ECRANS | de Sally Potter (G.-B., 1h08) avec Kristin Scott Thomas, Timothy Spall, Patricia Clarkson…

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

Ministre de la Santé ! Tout juste nommée à ce poste prestigieux, Janet compte fêter la nouvelle avec son mari et des proches. Hélas, la soirée en petit comité va sonner l’hallali de son couple, de ses amitiés, de sa carrière, de ses illusions… La réalisatrice anglaise Sally Potter réunit une distribution de poids pour ce tout juste long-métrage d'1h08. Bien lui a pris, d’ailleurs, de ne pas chercher à le rallonger par principe en diluant l’intrigue : elle l’aurait abîmée. Empruntant au théâtre son huis clos, elle ne se trouve cependant pas prisonnière de son décor grâce à une réalisation et un montage nerveux, à l’unisson de l’ambiance électrique de la soirée. Le choix esthétique du noir et blanc, marqueur inconscient du genre polar, surprend – et l’affiche, montrant l’héroïne brandissant un pistolet (reprenant une double image-clé du film) pourrait l’accréditer. En réalité, la dualité des personnages se trouve ainsi représentée (et ses moyens termes dans leurs nuances de gris). Et si le noir finit par dévorer l’écran, c’est parce que la fête célèbre en définitive le deuil des idéologies ; on imagine mal une veillée funèbre britannique se tr

Continuer à lire

"Song To Song" : Terrence Malick, toujours une note au-dessus

ECRANS | Retour à une forme plus narrative pour le désormais prolifique Terrence Malick, qui revisite ici, avec des grands noms (Natalie Portman, Ryan Gosling, Michael Fassbender, Rooney Mara...), le chassé-croisé amoureux dans une forme forcément personnelle et inédite.

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Deux hommes, deux femmes : leurs histoires d’amour et professionnelles, croisées ou réciproques dans l’univers musical rock d’Austin… Après le sphérique et autoréférenciel Voyage of Time (amplification des séquences tellurico-shamaniques de Tree of Life façon poème mystique à liturgie restreinte), le réalisateur Terrence Malick renoue avec un fil narratif plus conventionnel. Avec ce que cela suppose d’écart à la moyenne venant du réalisateur de À la Merveille. Song To Song prouve, si besoin en était encore, que ce n’est pas un argument qui confère à un film son intérêt ou son originalité, mais bien la manière dont un cinéaste s’en empare. Le même script aurait ainsi pu échoir à Woody Allen ou Claude Lelouch (amours-désamours chez les heureux du monde et dans de beaux intérieurs, avec les mêmes caméos de Val Kilmer, Iggy Pop, Patti Smith), on eût récolté trois films autant dissemblables entre eux que ressemblants et identifiables à leur auteur. Persistance de la mémoire En deux heures bien tassées, Malick nous offre ici un foisonnement visuel rare : un enchaînement vertigineux d

Continuer à lire

"La La Land" : vintage d’or hollywoodien

ECRANS | À Los Angeles, cité de tous les possibles et des destins brisés, Damien Chazelle déroule l’histoire en cinq saisons de Mia (Emma Stone), aspirante actrice, et Seb (Ryan Gosling), qui ambitionne d’ouvrir son club de jazz. Un pas de deux acidulé vers la gloire, voire l’amour réglé à l’ancienne, par l’auteur du pourtant très contemporain "Whiplash". Un aspirateur à Oscars ?

Vincent Raymond | Lundi 23 janvier 2017

N’est-il est agréable, parfois, de se rencogner dans de vieux vêtements assouplis par le temps, de déguster un mets régressif ou de revoir un film jadis adoré ? Ces doux instants où l’on semble s’installer au-dedans de soi procurent un réconfort magique… à condition qu’ils demeurent brefs. Plaisant à visiter, la nostalgie est ce territoire paradoxal où il est déconseillé de s’attarder, au risque de se trouver prisonnier de ses charmes trop bien connus. Lorsqu’un artiste succombe à la tentation de ressusciter le passé par le simulacre, il s’attire de bien faciles sympathies : celles des résidents à plein temps dans le "c’était-mieux-avant", auxquels se joignent les fervents amateurs des univers qu’il cite ou reproduit – ici, un canevas digne de Stanley Donen / Gene Kelly, habillé de tonalités musicales et colorées à la Jacques Demy / Michel Legrand, émaillé de jolis tableaux façon Leonard Bernstein / Jerome Robbins ou Vincente Minnelli. Je m’voyais déjà… Attention, il ne s’agit pas de minorer ni les mérites ni le talent de Damien Chazelle : La La Land s’avère un très honorable hommage au genre comédie musicale comme à la l

Continuer à lire

"The Neon Demon" : beauté fatale

ECRANS | Retour en grâce pour Nicolas Winding Refn alias NRW (puisque c’est ainsi qu’il sigle son nom au générique) avec un conte initiatique : celui d’une gamine partant à la conquête du monde de la mode. Le récit d’une ambition dévorante et dévorée, à la superbe… superbe.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Comme une promesse, ou une métaphore de cette foire aux vanités qu’est l’industrie de la mode, la première séquence de The Neon Demon offre un condensé glaçant de sang, de flashs et de voyeurisme. Mais on aurait tort de se fier à ce que l’on a sous les yeux : derrière la splendeur et la perfection sans défaut de l’image ; derrière les surfaces lisses et les miroirs, tout est factice. La beauté pure n’existe pas, et lorsqu’elle surgit sous les traits de Jesse, elle est perçue comme une anomalie, une monstruosité dans cet empire des apparences et de l’illusion. Un élément discordant qui va se corrompre en pervertissant son entourage – la pomme cause-t-elle le ver, ou bien le ver détruit-il la pomme ; toujours est-il que la réunion des deux gâte l’ensemble. Aux antipodes de la superficialité clinquante de l’ère des supermodels et de sa foule de mondains papillonnant dans la lumière déjà croquée par Altman dans Prêt-à-porter (1994), Nicolas Winding Refn signe une œuvre nocturne, i

Continuer à lire

Qui es-tu Nicolas Winding Refn?

ECRANS | Petite bio du réalisateur de "The Neon Demon", en salle ce mercredi 8 juin.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Qui es-tu Nicolas Winding Refn?

1970 : Naissance le 29 septembre à Copenhague. Son nom composé le prédestine au cinéma : son père Anders Refn est monteur et sa mère Vibeke Winding photographe. 1978 : Suit sa mère aux États-Unis où il étudie à l’American Academy of Dramatic Arts (New York). 1996 : Pusher, son premier long métrage, révèle Mads Mikkelsen, qui sera tête d’affiche de Pusher 2 (2004). 2009 : Après Pusher 3 (2005), il signe un biopic aussi brillant qui violent sur un prisonnier britannique rebelle, Bronson, qui révèle Tom Hardy au grand public. 2011 : Drive lui vaut sa première sélection en compétition au Festival de Cannes et un Prix de la Mise en scène. Ryan Gosling y perd définitivement son étiquette Disney et Kavinsky y gagne une notoriété mondiale

Continuer à lire

Nicolas Winding Refn : «Un film divertissant, glamour et vulgaire»

ECRANS | Revenu bredouille de Cannes, "The Neon Demon" avait pourtant tout pour plaire à George Miller, puisque c’est un film d’horreur adolescent. Explications par ce pince-sans-rire élégant qu’est Nicolas Winding Refn, à qui l'on doit également "Drive", "Only God Forgives" ou encore "Pusher".

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Nicolas Winding Refn : «Un film divertissant, glamour et vulgaire»

Pourquoi avoir jeté votre dévolu sur le milieu de la mode – The Neon Demon suit les traces d’une jeune fille débarquant à Los Angeles pour devenir mannequin ? Nicolas Winding Refn : En fait, je ne l'ai pas choisi, je voulais faire un film sur la beauté. Parce que tout le monde a un avis sur cette notion de beauté : soit pour la considérer comme étant dépourvue d’intérêt, soit comme étant une valeur absolue. Même si elle apparaît largement dans de nombreuses facettes de notre vie, c’est évidemment dans l'univers de la mode qu’elle est la plus célébrée. Nous vivons dans un monde totalement obnubilé par la beauté, où elle est devenue une obsession artistique et générale. Cette "monnaie" n’a jamais été dévaluée, mais sa durée de vie devient de plus en plus éphémère et se récolte de plus en plus jeune. The Neon Demon n’est-il pas plus particulièrement un film sur l’intoxication par la beauté –​ ce qui, au passage, vous a fait encourir un risque de surdose en dirigean

Continuer à lire

"The Nice Guys" : Russell Crowe et Ryan Gosling chien et chat

ECRANS | de Shane Black (E.-U., 1h56) avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Kim Basinger…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

On ne s’étonnera pas de voir derrière The Nice Guys le producteur Joel Silver, qui a bâti une partie de sa fortune grâce au "buddy movie" avec 48 heures et les quatre volets de L’Arme fatale – parler de tétralogie en l’occurrence risquerait de froisser Wagner. Il avait déjà accompagné Shane Black, scénariste de L’Arme fatale, pour Kiss Kiss Bang Bang (2005), précédent réussi narrant l'association entre une carpe et un lapin sur fond d’investigation privée ; il remet donc le couvert avec un nouveau duo chien et chat. Pourquoi diable changer des recettes qui fonctionnent et qui, justement, en rapportent ? Une fois que l’on a admis que le tonneau sur pattes à la carrure depardieutesque est Russell Crowe, on embarque pour un plaisant voyage carrossé jusqu’au bout du col pelle-à-tarte vintage années 1970. Plutôt que d’enchaîner les refrains connus à tour de platines, la B.O. procède en finesse en distillant des intros funky, groovy et disco. Shane Black met aussi la pédale douce du côté des répliques, abandonnant l’épuisante distribution de vannes surécrites. Du coup, on s’attache davantage à ses personnages pou

Continuer à lire

Lost River

ECRANS | Après un petit tour en salle de montage, le premier long de Ryan Gosling arrive en salles dans une version sensiblement plus digeste que celle vue à Cannes. Et s’avère un objet singulier, dont la poésie noire se distille au gré de ses fulgurances visuelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Lost River

À Cannes, ce premier long métrage de Ryan Gosling nous était tombé des yeux. Le hiatus entre une narration bordélique et l’envie flagrante de copier ses modèles tel un étudiant d’art passant sa journée au Louvre donnait à Lost River une dimension à la fois prétentieuse et vaine. À peine pouvait-on décerner à son chef opérateur, le brillant Benoît Debie, un satisfecit pour avoir créé une matière visuelle parfois fulgurante. Probablement refroidi par l’accueil glacial réservé au film, Gosling est donc retourné en salle de montage pour mettre un peu d’ordre dans ce foutoir et enlever dix-sept minutes qui ne manquent pas, loin de là, à la version définitive. On cerne donc enfin son propos qui, à défaut d’être particulièrement novateur, a maintenant le mérite de la clarté : un adolescent, Bones (référence sans doute au bouquin de Russell Banks), traîne dans les ruines industrielles de Détroit à la recherche de tuyaux en cuivre qu’il revend pour se faire un peu d’argent de poche. Sa mère (la rousse Christina Hendricks, échappée de Mad Men) se voit proposer par un patron de club lubrique de devenir danseuse dans un cabaret macabre et gore – l’occas

Continuer à lire

The Place beyond the pines

ECRANS | Après "Blue valentine", Derek Cianfrance retrouve Ryan Gosling pour un ambitieux triptyque cherchant à ranimer la flamme d’un certain cinéma américain des années 70 tout en en pistant l’héritage dans l’indépendance contemporaine. Pas toujours à la hauteur, mais toutefois passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

The Place beyond the pines

The Place beyond the pines est un geste inattendu de la part de Derek Cianfrance. Un peu plus de deux ans après Blue Valentine qu’il avait, rappelons-le, mis près d’une décennie à accoucher, le voilà qui passe un sacré braquet et propose une œuvre éminemment romanesque, à la construction extrêmement ambitieuse et, de fait, très éloignée de son film précédent. Car quelle que soit l’affection que l’on ressentait pour Blue Valentine, celui-ci valait surtout pour la complicité entre ses deux comédiens, Michelle Williams et Ryan Gosling, et par le petit parfum arty qui se dégageait de ce mélodrame dans le fond très calibré Sundance. Gosling est à nouveau le "héros" de The Place beyond the pines, Luke, et son arrivée à l’écran rappelle celle de Mickey Rourke dans The Wrestler : un long plan séquence en caméra portée qui l’escorte de dos d’une caravane vers un chapiteau où ce motard casse-cou effectue une cascade d

Continuer à lire

Dans la maison

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Kristin Scott-Thomas, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Jeudi 4 octobre 2012

Dans la maison

Germain Germain (bonjour Nabokov !) est un prof de français désespéré par la nullité de ses élèves. Alors qu’il lit leurs médiocres rédactions à sa femme qui, elle, tient une galerie d’art contemporain sur le thème sexe et pouvoir (bonjour Sade !), l’une d’entre elles sort du lot. L’élève y raconte son envie de s’introduire dans la maison de l’un de ses camarades pour s’approcher de cette vie bourgeoise, avec une mère archétypale des « femmes de la classe moyenne » (bonjour Flaubert !). Germain pense qu’il y a là un talent à canaliser, sans savoir qu’il met le doigt dans un dispositif dangereux : celui qui brouille la frontière entre la réalité et la fiction, mais aussi celui de François Ozon, qui déroule ici une mécanique ludique où l’on ne sait jamais si ce que l’on nous raconte est le fruit d’une narration objective, si celle-ci a été influencée par les conseils de Germain ou encore si elle n’est que le reflet de l’imagination de son élève. Le voyeurisme littéraire de l’un rencontre le voyeurisme réel de l’autre, et tout le monde finit par vivre son fantasme (d’auteur frustré, d’adolescent orphelin, de femme délaissée) par procuration. Ozon s’amuse manifestement – et

Continuer à lire

D’où viens-tu, Nicolas Winding Refn ?

ECRANS | Filmographie / Non seulement il y a eu une vie avant Drive pour le réalisateur danois, mais elle fut riche en uppercuts cinématographiques. François Cau

François Cau | Mercredi 28 septembre 2011

D’où viens-tu, Nicolas Winding Refn ?

Pusher (1996)La descente aux enfers d’un dealer accumulant les mauvais coups du sort. Un premier film sec comme un coup de trique, qui bringuebale son spectateur entre une esthétique cousine du Mean Streets de Scorsese et des dialogues à la Tarantino. Le réalisateur, caméra à l’épaule, y teste quelques-uns de ses gimmicks de mise en scène (présentation iconique des personnages, travail sur la texture sonore, éclairages fluos stridents dans la dernière partie…). Bleeder (1999)Winding Refn reprend le casting de Pusher pour cette variation en mode mineur, dont le décor principal (un vidéoclub) lui permet de citer tous ses cinéastes préférés dans une amusante scène d’intro en forme de grand déballage. Scandé par des fondus filtrés en rouge, le film exprime de façon crue les doutes existentiels de son auteur, comme son besoin viscéral de faire du cinéma. Le tout d’une manière encore plus désespérée que Pusher, en une catharsis hardcore de ses trouilles d’homme, de mari, de futur père. Inside job (2003)Un vigile (John Turturro, incroyable) enquête sur le meurtre “accidentel“ de son épouse lors d’une f

Continuer à lire

Drive

ECRANS | Déjà remarqué avec la trilogie Pusher et le brillant Bronson, Nicolas Winding Refn s’empare d’un polar de série B trouvé par son acteur Ryan Gosling et le transforme en magnifique geste de mise en scène, jouissif d’un bout à l’autre, remettant au goût du jour les élans pop du cinéma des années 80. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 28 septembre 2011

Drive

Dix minutes chrono. Il suffit de dix minutes pour que Nicolas Winding Refn fasse battre notre pouls au rythme de son nouveau film. Dix minutes chrono, c’est le temps (réel) que met un mystérieux chauffeur sans nom (Ryan Gosling) pour conduire une poignée de voyous masqués et les aider à accomplir un casse parfait, sans accroc ni violence. La méticulosité du personnage, sa science de la route, des distances, du temps qu’il faut à une voiture de police pour arriver sur les lieux du crime, fusionne avec celle du cinéaste, expert en fluidité cinématographique qui se paye le luxe de souligner son art en laissant bourdonner un beat techno métronomique et hypnotique sur la bande-son, au diapason de son découpage et de son montage. Au terme de cette introduction étourdissante, on a redécouvert le sens du mot virtuosité, ce bonheur de se laisser absorber dans un spectacle jouissif. Sexy beast À vrai dire, on ne se hasardera pas à louer les qualités scénaristiques de Drive. On peut même dire que le script n’a rien de renversant, et qu’entre de mauvaises mains, il aurait pu donner une série B anodine qui aurait fini

Continuer à lire

Crazy, stupid, love

ECRANS | Les deux réalisateurs d’I love you Philip Morris s’essayent à la comédie romantique chorale mais ne confectionnent qu’une mécanique théâtrale boulevardière et ennuyeuse, dont seul s’extirpe le couple formé (trop tardivement) par Ryan Gosling et Emma Stone. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 9 septembre 2011

Crazy, stupid, love

Emily (Julianne Moore) demande en plein dîner le divorce à son mari Cal (Steve Carell). Dévasté, il ne voit pas que la toute jeune baby-sitter de ses enfants n’a d’yeux que pour lui, et préfère s’en remettre à Jacob (Ryan Gosling), playboy aux mille conquêtes croisé dans un bar, qui va lui donner des cours de séduction et faire de lui un vrai tombeur. D’abord tenté par l’envie de rendre jalouse son ex, Cal finit par prendre goût à cette nouvelle vie, renonçant à l’amour éternel pour les plaisirs d’un soir. Après I love you Philip Morris, John Requa et Glenn Ficarra s’inscrivent dans un genre américain par excellence, la comédie du remariage, dont les rebondissements forment l’échine de Crazy, stupid, love. Ils tentent cependant d’en renouveler le principe en la mariant avec une comédie de mœurs entre Robert Altman (en moins cruel) et James L. Brooks (en moins arthritique), créant autour de l’intrigue principale des micro-intrigues qui se croisent furtivement avant d’entrer en collision dans le dernier acte. Le monde est Stone Ce final dit d’ailleurs la vérité sur le film tout entier : il est sans arrêt écrasé par sa mécanique scénaristique, une

Continuer à lire

Blue valentine

ECRANS | De Derek Cianfrance (ÉU, 1h54) avec Ryan Gosling, Michelle Williams…

François Cau | Mercredi 8 juin 2011

Blue valentine

Présenté à Cannes dans la section Un certain regard en 2010, Blue valentine aura attendu 13 mois pour sortir en France. En même temps, cela paraît presque court pour un film dont l’auteur, Derek Cianfrance, a mis douze ans à accoucher. Est-ce ce long délai de réflexion qui confère à l’œuvre son parfum de maturité ? Ou bien est-ce l’osmose qui unit le couple du film, Ryan Gosling et Michelle Williams, dont on peine à distinguer ce qui les sépare des personnages qu’ils interprètent ? Toujours est-il que Blue valentine raconte avec une grande honnêteté et une franche cruauté le crépuscule d’un amour. Au présent, Cianfrance capte des instants flottants, des silences et des regards inquiets, presque endeuillés, avec une caméra qui stylise nature et visages. Au passé, il laisse la complicité naître entre les deux amoureux, optant pour un réalisme partiellement improvisé, comme lors de la grande scène de séduction où chacun montre son petit talent (lui au ukulélé, elle avec une danse charmante de gaucherie). Mais Blue valentine est plus subtil que cette simple opposition entre l’éclosion des sentiments et leur mort. Car Cianfrance va montrer que ce couple était voué à

Continuer à lire

Cannes jour 10 : Bonne conduite

ECRANS | Drive de Nicolas Winding Refn. This must be the place de Paolo Sorrentino.

François Cau | Samedi 21 mai 2011

Cannes jour 10 : Bonne conduite

Dans la dernière ligne droite du festival, celle où l’on risque à tout instant la sortie de route, les organisateurs de ce Cannes 2011 ont eu la bonne idée de programmer un film qui s’appelle Drive. C'est logique et bienvenu, car le nouveau Nicolas Winding Refn, qu'on l'aime ou pas, a fait l'effet d'un shoot de red bull sur les festivaliers. Le cinéaste danois avait tenté une première fois l'aventure hollywoodienne avec Inside job (rien à voir avec le docu coup de poing sorti l'an dernier), dont l'échec public et critique l'ont renvoyé direct et la rage au cœur vers son pays natal. Depuis, entre la fin de sa trilogie Pusher, l'incroyable Bronson et le très personnel Valhalla Rising, Winding Refn est devenu un des cinéastes qui compte dans le paysage mondial. Mais Drive n'a rien d'un film personnel, c'est une commande ouvertement commerciale qu'il a reprise au pied levé et sur laquelle il a pu déverser sa cinéphilie et son incontestable talent de metteur en scène. On y suit un cascadeur de cinéma qui, la nuit tombée, devient chauffeur pour des hold-ups millimétrés. Un super-héros à l'envers, particulièrement taciturne et insondable, qui derrière sa voix douce et son blouson élimé ca

Continuer à lire