La Fille du 14 juillet

ECRANS | Premier long-métrage d’Antonin Peretjatko, cette comédie qui tente de réunir l’esthétique des nanars et le souvenir nostalgique de la Nouvelle Vague sonne comme une impasse pour un cinéma d’auteur français gangrené par l’entre soi. Qui mérite, du coup, qu’on s’y arrête en détail… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 7 juin 2013

En remplacement d'un LOL galvaudé par l'adolescence sans orthographe, le branchouille a pris l'habitude de placer un peu partout des WTF — pour What The Fuck. WTF : un sigle qui semble avoir été importé pour résumer un certain cinoche d'auteur français qui, à la vision répétée de chacun de ses jalons, provoque la même sensation d'incrédulité. Qu'est-ce qui passe par la tête des cinéastes pour accoucher de trucs aussi improbables, dont une partie de la critique s'empare pour en faire des étendards de contemporanéité là où, même de loin, on ne voit pas la queue d'une idée aboutie ?

La Fille du 14 juillet pousse même un cran plus avant le concept : c'est un film WTF assumé, le rien à péter devenant une sorte de credo esthétique et un mode de fabrication. Derrière la caméra, Antonin Peretjatko, déjà auteur d'une ribambelle de courts métrages sélectionnés dans un tas de festivals — mais refusés systématiquement dans beaucoup d'autres, c'est dire si son cas provoquait déjà des réactions épidermiques ; devant, le dénommé Vincent Macaigne, dont l'aura de metteur en scène de théâtre — dont on a pu lire du bien dans nos colonnes — l'a propulsé comédien et surtout chef de bande de ce cinéma qui se veut bricolé mais qui, à nos yeux, est surtout nihiliste et complètement anachronique.

Paresse, j'écris ton nom

La Fille du 14 juillet se présente en comédie burlesque où tout ferait gag, du physique des acteurs au nom des personnages, des péripéties de ce road movie en temps de crise à ses improbables croisements, sans parler de quelques private jokes dont la plus insensée reste celle où Macaigne dit qu'on vient de piquer «l'argent de la Région» — référence au financement même du film. Tout ça n'a aucun sens et même la volonté d'inscrire l'ensemble dans une réflexion un peu anar sur le temps présent — le gouvernement décide d'avancer la rentrée d'un mois et on ne peut pas travailler si on n'a pas un logement, gage de stabilité puisqu'il faut bosser pour payer le loyer — tombe à plat. Car ce qui reste à l'écran, c'est surtout un manque de rigueur à la fois cynique et paresseux, qui tue dans l'œuf tout ce que le film pourrait avoir de sympathique.

Pourquoi travailler volontairement à faire du cinéma moche, aux effets ratés et à l'amateurisme coupable ? Quel intérêt de poser comme horizon à son ambition celle de réussir un nanar — paradoxe n°1, tout en le camouflant derrière une modernité vieille de soixante ans maintenant, celle de la Nouvelle Vague — paradoxe n°2 ? Par la grâce, justement, de ce goût du paradoxe qui a lessivé la critique française, puis tous les cinéastes qui s'en sont imprégnés jusqu'à ne plus pouvoir penser leur cinéma autrement qu'avec des formules rhétoriques, là où un tournage est avant tout affaire de pratique et de pragmatisme.

Un éminent confrère nous disait récemment que la plupart des notes d'intention reçues au CNC pour l'obtention de l'avance sur recettes étaient en fait la meilleure critique que le réalisateur espérait obtenir à la sortie de son film — qui n'existe donc encore que virtuellement. Alors qu'on glose sans fin sur les égarements du cinéma français en se concentrant sur les problèmes venus d'en haut — frilosité des décideurs, salaires mirobolants de certains comédiens, budgets de production gonflés, techniciens considérés comme variables d'ajustement — il faut aussi instruire le procès de ce cinéma d'en bas qui fonctionne en vase clos et dans l'entre soi, et qui croit que réaliser un film est comme un tour de magie, avec pour seul obstacle son montage financier : on le pense très fort et hop ! il apparaît sur l'écran, auréolé des louanges du «milieu».

L'hallucinant ballet des «partenaires» qui ouvre La Fille du 14 juillet (France culture, Libération, les Inrocks) a de quoi faire ricaner quand on découvre le résultat : tout ce beau monde main dans la main (Donzelli avait ouvert la voie) pour célébrer les noces de Max Pécas et de Jacques Rozier. En 2013.

Sus à la maîtrise !

On ne disputera pas Peretjatko sur les alibis cinéphiles qui président sa démarche ; mais on pourra facilement les renverser un par un. Si le film est tourné et monté n'importe comment, avec des avalanches de faux raccords et des acteurs qui jouent tellement mal que c'en est embarrassant — les deux flics et le juge qui rentrent dans le cabinet du docteur Placenta au début par exemple, parmi lesquels on reconnaît un récidiviste, le type qui jouait déjà dans Les Coquillettes de Letourneur, autre film WTF —, c'est parce que le cinéma d'aujourd'hui est trop parfait. Pensez donc : à l'époque, ma bonne dame, Godard and co, les raccords, ils s'en foutaient, et c'était aussi une manière de protester contre l'uniformisation esthétique du cinéma dominant. Mais le cinéma n'est pas un éternel retour, et Godard lui-même a fini par inventer sa propre maîtrise. Les circonstances, qu'on le veuille ou non, ne sont plus les mêmes, et si 95% des comédies françaises tournées aujourd'hui sont des daubes absolues réalisées par des yes men au service des studios à qui on ne demande qu'une chose : livrer un machin propre et sans âme en respectant le plan de travail, y répondre par son inverse absolu — un truc de traviole estampillé auteur — porte un nom : le nihilisme.

Ensuite, au détour d'une réplique a priori anodine, Macaigne et Peretjatko désignent insidieusement ce qu'il considère aujourd'hui comme le sommet de cet académisme à la française : Un prophète de Jacques Audiard. Audiard, c'est la maîtrise plus le réalisme. Deux pêchés à expier selon Peretjatko ! On sent très bien que dès qu'un bout de réalisme met les pieds sur son tournage, il est irrémédiablement chassé. Le règne du faux est partout dans La Fille du 14 juillet : les acteurs jouent faux, les raccords sont faux, la synchronisation des bruitages et des dialogues est fausse, les accessoires sont faux — des pavés en mousse, des mini-guillotines, des pièces de 0 euro ; ne manquent plus que les décors en carton pâte — ils arriveront en leur temps, du côté de Yann Gonzalez et de ses Rencontres d'après minuit.

Quant à la maîtrise, à quoi bon ? Pourquoi produire un spectacle abouti ? Quel spectateur serait suffisamment couillon pour avoir envie de voir un film qui aurait soigné son scénario, ses effets et sa réalisation, plutôt qu'un work in progress improvisé au gré des idées qui nous passent par la tête ? Et si couillon il y avait, pourquoi devrait-on se plier à ce goût dominant, puisque nous sommes là pour bouger les choses, changer le cinéma, faire la révolution ?

Nanar à l'horizon

En même temps, Peretjatko est honnête avec ce désir de ne pas travailler la forme : c'est aussi le sujet du film : la glande, les vacances, le rien foutre et le rien à foutre ; WTF. Comme ces cinéastes qui font des films ennuyeux pour parler de l'ennui, des films froids pour parler de la froideur, Peretjatko fait du cinéma oisif pour parler de l'oisiveté. Et de prendre comme ultime référence Max Pécas, pas celui des honnêtes films noirs de ses débuts, mais bien celui d'On se calme et on boit frais à Saint-Tropez — dont La Fille du 14 juillet serait une sorte de version gauchiste. La roublardise commerciale de Pécas, par la magie conjuguée du paradoxe intellectuel et de la tautologie théorique, est ici commuée en sincérité absolue, en triomphe de l'indépendance et en résistance à la conformité.

Question, pourtant : quelle différence entre ce type qui lit en douce un manuel pour draguer les filles chez Peretjatko et les blagues de cul chez Pécas ? Le regard du metteur en scène ? La magie a ses limites : Pécas savait sans doute qu'il ne réalisait pas des chefs-d'œuvre, mais jamais il n'a intentionnellement tourné un nanar, plutôt des produits sans prétention destinés à alimenter les cinémas d'exploitation — sinon ses films n'auraient pas gardé cette dimension à la fois sympathique et déprimante qu'ont les ratages complets. En singeant consciemment la nullité de Pécas, Peretjatko produit surtout de l'antipathie et de l'hystérie épuisante.

On terminera en précisant qu'un cinéaste français avait déjà, pour son premier film, tenté un grand écart du même genre : Emmanuel Mouret et son Laissons Lucie Faire. En réaction envers ses camarades de la Fémis, Mouret voulait faire une comédie «pécasienne» et vaudevillesque, espérant en tirer une fraîcheur qui contrasterait avec le sérieux du cinéma d'auteur français. Échec total qui entraîna un rapide rétropédalage du côté de Rohmer, avant que Mouret ne trouve un ton et une forme qui lui sont propres. Un style, quoi, et c'est tout ce qu'on peut souhaiter à Peretjatko : qu'il abandonne la pose WTF et qu'il se trouve un style, un vrai.


La fille du 14 juillet

D'Antonin Peretjatko (Fr, 1h28) avec Vimala Pons, Grégoire Tachnakian... Pator ne saurait donner tort à Hector : le meilleur moyen de séduire une fille qui vous obsède – en l’occurrence Truquette, qu’Hector a rencontrée au Louvre le 14 juillet – c’est encore de foncer l’amener voir la mer. Surtout si Truquette est accompagnée de sa copine Charlotte.
Le Méliès 28 allée Henri Frenay Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" : pas sages à l’acte

ECRANS | ★★★★☆ De Emmanuel Mouret (Fr., 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces références, ce que l’on apprécie à l’écran est bel et bien du Mouret et l’on en redemande.

Continuer à lire

"Fête de famille" : pièce rapportée par Cédric Kahn

ECRANS | Un seul être revient… et tout est dévasté. Cédric Kahn convoque un petit théâtre tchekhovien pour pratiquer la psychanalyse explosive d’une famille aux placards emplis de squelettes bien vivants. Un drame ordinaire cruel servi par des interprètes virtuoses.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Pour son anniversaire, Andréa a convié enfants et petits-enfants dans la maison familiale. Mais l’irruption de l’aînée, Claire, met au jour (et à vif) plaies et dettes du passé. Entre la bipolarité de la revenante, les coups de sang du cadet et l’aboulie des autres, la fête a du plomb dans l’aile… Si les questions de corps au sens large – cul, inceste, maladie, décès… – constituent les habituels carburants dramatiques des réunions de familles cinématographiques souvent crues et psychologiquement violentes (Festen, La Bûche, Un conte de Noël…), aucune d’entre elles ne surpasse le tabou suprême que constitue le fric. Fille d’Andréa née d’un précédent lit, Claire veut récupérer l’héritage de son père qu’elle a placé dans la maison de famille où vivent sa mère mais aussi sa fille, qu’elle a abandonnée pour mener son existence instable et qui la hait. Dette d’amour, dette d’argent, silences embarrassés… Dans cette maison trop grande, dont les recoins pénombraux disent les non-dits coupables, personne, à l’exception du cadet, n’ose s’opposer à la fille prodigue ni prendre de décision : une lâcheté dilatoire et muette rè

Continuer à lire

"Doubles vies" : Olivier Assayas sous les couvertures...

ECRANS | de Olivier Assayas (Fr, 1h48) avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain (Guillaume Canet) s’interroge : sur ses publications – il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard (Vincent Macaigne) –, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna (Juliette Binoche), une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre – deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon prévu pour le 6 mars. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) pas

Continuer à lire

Bertrand Mandico : « Je tire parti de tout ce que propose la pellicule »

ECRANS | Artisan héritier de Méliès, le réalisateur Bertrand Mandico évoque avec un enthousiasme volubile la confection de son film "Les Garçons sauvages".

Vincent Raymond | Mardi 27 février 2018

Bertrand Mandico : « Je tire parti de tout ce que propose la pellicule »

Après un nombre incalculable de courts-métrages, vous voici au long avec Les Garçons sauvages. Enfin ? Bertrand Mandico : J’ai eu des subventions pour ce film et pas pour les précédents que j’ai écrits. Pendant un certain temps, j’ai travaillé avec un producteur qui m’a mis dans une prison chromée mais qui n’allait pas à la pêche aux subventions : jamais il ne passait à l’acte. Et j’avais besoin de tourner : parallèlement à ce que j’écrivais, j’ai fait pas mal de courts et de moyens-métrages. Au bout d’un moment, le producteur Emmanuel Chaumet m’a dit : tu es en train de dépérir. Il m’a proposé de me produire rapidement. Et c’est ce qu’il a fait. Vous réunissez ici toute votre famille de cinéma… La chef opératrice Pascale Granel, ça fait une quinzaine d’année que je travaille avec elle. Après, au fil des courts et des moyens-métrages, j’ai fait des rencontres…Notamment le musicien, à la fin de la post-production des

Continuer à lire

"Les Garçons sauvages" : fleurs du mâle et fruits de la passion

ECRANS | Arty, élégant (quel splendide noir et blanc) et un peu agaçant, ce premier long-métrage de Bertrand Mandico a tout du manifeste pour un cinéma exacerbant les sens et la pellicule, osant pour ce faire être, parfois, sans tête ni queue.

Vincent Raymond | Jeudi 22 février 2018

De temps en temps, cela ferait plaisir que le public ose se faire une douce violence en se rendant en salle non pour voir un film, mais du cinéma. Ne serait-ce que pour renouer avec l’expérience originelle face à l’écran : l’attente obscure, un peu magique et nimbée d’incertitude ; et puis la liturgie de la projection qui laisse à son issue avec la "sensation physique" d’avoir, à l’instar d’Alice, traversé un miroir. Sans doute y a-t-il plus de confort à préférer la prévisibilité d’un spectacle consensuel ou d’une linéarité narrative. Mais n’est-il pas dommage de se renoncer aux œuvres hors gabarit, et d’en abandonner la jouissance exclusive à quelque ghetto ? Les Garçons sauvages se mérite peut-être un peu, mais tout le monde mérite d’entrer dans son royaume brut. Au départ ils sont cinq jeunes gars, fissapapas la sève aux veines, s’entraînant dans la canaillerie perverse jusqu’au crime barbare. Confiés en pénitence à un rude capitaine, ils embarquent pour une île insolite habitée par une drôle de scientifique… L’île de la tentation d’une “elle” Reprenant l’imaginaire de Jules Verne (et son scientisme halluciné), le merv

Continuer à lire

"Marvin ou la belle éducation" : et Anne Fontaine sombra dans la caricature

ECRANS | de Anne Fontaine (Fr., 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent "à part". Traité de "pédé" et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe et qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Ettore Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme – curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels

Continuer à lire

"Pour le réconfort" : Vincent Macaigne sera vendredi au Club

ECRANS | Comédien expérimenté dont on a souvent vanté les mérites dans ces pages, Vincent Macaigne signe avec Pour le réconfort (sortie mercredi 25 octobre) son (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Comédien expérimenté dont on a souvent vanté les mérites dans ces pages, Vincent Macaigne signe avec Pour le réconfort (sortie mercredi 25 octobre) son premier long-métrage en tant que réalisateur, dans lequel il a choisi de ne pas s’octroyer le premier rôle. Émettrait-il des doutes sur ses qualités d’interprète ? Voilà qui est peu probable, si l’on considère le nombre et la valeur des cinéastes ayant fait appel à ses talents ces dernières années. Si vous pensez néanmoins qu’il faut le réconforter, ou si vous désirez tout simplement découvrir son film en sa compagnie, rendez-vous au Club vendredi 27 octobre à 20h15.

Continuer à lire

"La Loi de la jungle" : et si c'était le succès surprise de l’été ?

ECRANS | Satire de la bureaucratie obstinée et stérile, film d’aventure burlesque, le second long-métrage d’Antonin Peretjatko est beau comme la rencontre de Jean-Luc Godard (première époque) et de Peter Sellers sur une piste de ski en Guyanne.

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Quand elles ne font pas désespérer du genre humain, les règles administratives sont d’inépuisables sources d’inspiration pour un auteur comique. L’absurdité pratique de certaines d’entre elles, combinée à la suffisance de ceux qui les promulguent comme de ceux chargés de les faire respecter, les confit de ridicule, éclaboussant au passage l’ensemble de l’institution les ayant engendrées. Aussi, lorsque Antonin Peretjatko imagine la Métropole décréter d’utilité publique la construction d’une piste de ski artificiel en Guyane, on s’étonne à peine. Pas plus lorsqu’il montre un pays abandonné aux mains des stagiaires au mois d’août. L’abominable norme des neiges On s’étrangle en revanche – de rire – devant la cavalcade de gags assénés, à un tempo d’autant plus soutenu que la vitesse du film, légèrement accélérée, donne aux voix un ton aigrelet décalé. Peretjatko investit tous les styles d’humour (le visuel pur et chorégraphié à la Tati, le burlesque de la catastrophe façon Blake Edwards, le "nonsense montypyt

Continuer à lire

Antonin Peretjatko : « Un gag n’est pas une science exacte »

ECRANS | Comment faire rire ? Ce casse-tête d’un jour pour les candidats au bac de philo est le lot quotidien du réalisateur Antonin Peretjatko, qui reçoit les félicitations du jury grâce à sa dernière copie – pardon, son nouveau film : "La Loi de la jungle". Interview.

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Antonin Peretjatko : « Un gag n’est pas une science exacte »

Est-il facile aujourd’hui de tourner une comédie à la fois burlesque et absurde comme La Loi de la jungle ? Les cinéastes contemporains semblent comme timides face à ce style, qui a jadis connu ses heures de gloire… Antonin Peretjatko : C’est effectivement de l’ordre de la timidité ou de l’autocensure. Faire des gags visuels est assez difficile, parce qu’aujourd’hui les scénarios sont financés par des lecteurs. Écrire quelque chose de visuel, c’est aussi délicat que décrire une peinture que vous allez faire ! Cela explique d’ailleurs pourquoi il y a autant d’adaptations de BD comiques : les dessins sont déjà là, et l’on peut plus aisément visualiser les potentiel comique du film. Quant aux livres où l’on éclate de rire, il y en a très peu, il faut remonter à Rabelais. Ensuite, la difficulté des gags visuels, c’est qu’ils peuvent avoir un impact sur le scénario et les personnages. Un gag n’est pas une science exacte, on n’est jamais sûr à 100% que cela fonction

Continuer à lire

Les Innocentes

ECRANS | Anne Fontaine, qui apprécie toujours autant les sujets épineux (et a pris goût aux distributions internationales), en a débusqué un en Pologne : l’histoire de religieuses enceintes après avoir été violées par des soudards soviétiques… Surprenant. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Les Innocentes

C’est une fort étrange apocalypse que l’irruption de cette œuvre dans la carrière d’Anne Fontaine. Même si la cinéaste a continûment manifesté son intérêt pour les histoires un brin dérangeantes, celles-ci se déroulaient dans des familles ordonnées, aux meubles et parquets bien cirés ; la perversité et l’audace transgressive demeuraient domestiques, circonscrites au périmètre intime. Les Innocentes change la donne. Premier réel film historique de la réalisatrice – Coco avant Chanel (2009), comme son nom l’indique, était un portrait (bancal) d’une Gabrielle Chanel en pleine ascension – il s’extrait surtout du récit bourgeois pour investir un “ailleurs”, ou plutôt “des” ailleurs. Le contexte de la guerre, la situation des autres (et non plus le “moi” du couple, de la famille idéale chamboulée) ; l’apprentissage du dialogue corps-esprit, et surtout la place des femmes, universelles premières victimes des conflits, dessinent ici les lignes de force de ce qui n’est pas qu’une reconstitution. En effet,

Continuer à lire

Comme un avion

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve le génie comique de "Dieu seul me voit" dans cette ode à la liberté où, à bord d’un kayak, le réalisateur et acteur principal s’offre une partie de campagne renoirienne et s’assume enfin comme le grand cinéaste populaire qu’il est. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est « lumineuse », ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par tomber sur le mot "kayak"

Continuer à lire

Vincent n’a pas d’écailles

ECRANS | Devant et derrière la caméra, Thomas Salvador relève le défi d’inventer un super-héros français sans perdre de vue les rives du cinéma hexagonal, réalistes et intimistes. Et ça marche ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Vincent n’a pas d’écailles

Vincent apparaît au spectateur comme un parfait quidam, sorti de nulle part, débarquant dans les gorges du Verdon après avoir quitté – fui ? – l’urbanité. Est-il venu se ressourcer, dans tous les sens du mot, en piquant une petite tête dans des eaux tranquilles et désertes de ce paysage rural ? Ce corps-là n’est, au départ, pas très éloigné de ceux qui hantent le cinéma d’auteur français : discret, transparent, mutique… Cet effacement est renforcé par le fait que c’est le réalisateur lui-même, Thomas Salvador, qui l’incarne : un visage inconnu pour jouer un inconnu, il y a là une logique parfaitement respectée. Mais Vincent n’a pas d’écailles va chercher à faire de ce corps ordinaire un héros extraordinaire, doté de pouvoirs physiques hors du commun une fois mis au contact d’un élément liquide. Le fleuve, donc, qui lui permet d’effectuer d’impressionnants sauts de dauphin ou de rester longuement en apnée sous l’eau ; mais aussi une simple bassine qu’il se vide sur la tête et qui l’autorise à détruire un mur à mains nues – pratique, car Vincent trouve un job comme ouvrier du bâtiment. Aquaman made in France Voilà donc le pari de Salvador : inven

Continuer à lire

Eden

ECRANS | Présenté comme un film sur l’histoire de la French Touch, "Eden" de Mia Hansen-Love évoque le mouvement pour mieux le replier sur une trajectoire romanesque : celle d’un garçon qui croyait au paradis de la house garage et qui se retrouve dans l’enfer de la mélancolie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2014

Eden

Nuits blanches et petits matins. L’extase joyeuse des premières soirées techno-house où le monde semble soudain s’ouvrir pour une jeunesse en proie à un nouvel optimisme, prête à toutes les expériences et à toutes les rencontres ; et ensuite la descente, le retour chez soi, la gueule de bois, le quotidien de la vie de famille et des disputes amoureuses. Cette courbe-là, Eden la répète à deux échelles : la plus courte, celle des cérémonies du clubbing d’abord sauvages, puis ritualisées via les soirées Respect ; et la plus large, celle de son récit tout entier, où l’utopie de la culture house-garage portée par son héros se fracasse sur la réalité de l’argent, des modes musicales et du temps qui passe. Aux États-Unis, on appelle ça un "period movie", un film qui embrasse une époque et un mouvement, de ses prémisses à son crépuscule. Eden, quatrième film de Mia Hansen-Love, répond en apparence à ce cahier des charges puisqu’il s’étend sur une dizaine d’années, à la charnière des années 90 et des années 2000, celles où la France a été une tête chercheuse du mouvement techno avec en figures de proue les deux membres de Daft Punk, Thomas Bang

Continuer à lire

Tristesse club

ECRANS | Premier film sous influence Wes Anderson de Vincent Mariette à l’humour doucement acide, où deux frères et une sœur partent enterrer un père devenu un fantôme dans leur vie, pour un road movie immobile stylisé et séduisant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Tristesse club

Dans Tristesse club, comme dans tout bon road movie, une voiture tient un rôle décisif : c’est une vieille Porsche et elle appartient à Léon, ancien tennisman tombé dans la lose intégrale, plaqué par sa femme et méprisé par son propre fils de dix ans, à qui il essaie pathétiquement de taxer de l’argent. Cette voiture, c’est un peu la dernière chose qu’il possède dans l’existence, et il s’y accroche comme à une bouée de sauvetage face au naufrage de sa vie. Ladite Porsche va servir à beaucoup de choses au cours du film : par exemple, elle se transformera en abri protecteur contre une meute de chiens errants, ou d’issue de secours pour échapper à la rancœur ambiante. Car Léon a rendez-vous avec son frère Bruno pour enterrer leur père, qu’ils n’ont pas vu depuis des lustres et avec qui ils entretenaient des rapports opposés : houleux pour Léon, résignés pour Bruno. Les choses s’enveniment encore lorsqu’ils font la connaissance d’une demi-sœur dont ils ignoraient l’existence. Elle leur avoue que leur père n’est pas mort ; il a juste disparu sans laisser de traces. Le deuil d’un fantôme Voilà donc un trio de comédie formidablement constitué, notamme

Continuer à lire

Tonnerre

ECRANS | De Guillaume Brac (Fr, 1h40) avec Vincent Macaigne, Solène Rigot, Bernard Menez…

Christophe Chabert | Mercredi 22 janvier 2014

Tonnerre

Un rocker dépressif retourne vivre chez son père à Tonnerre, petite ville de l’Yonne connue surtout pour son vin, et y tombe amoureux d’une jeune journaliste locale, d’abord séduite, puis fuyante… Guillaume Brac, qui avait moissonné les prix avec son moyen métrage Un monde sans femmes, passe au long sans vraiment convaincre. L’idée de renouveler le boy meets girl hexagonal par le traitement quasi-documentaire d’un environnement familier à l’auteur ne crée aucune vérité à l’écran, mais souligne surtout la gaucherie, certes sympathique, des comédiens professionnels – Macaigne et Menez, dont le lien de parenté saute aux yeux, techniquement parlant. Plus l’histoire avance, plus Tonnerre ronronne dans une esthétique de téléfilm France 3 Région assez morne, où la grisaille tient lieu d’humeur monotone. Symptomatique des premiers films français, cette peur d’empoigner la matière cinématographique pour se réfugier prudemment derrière des idées depuis longtemps éculées n’est bousculée que par un dernier tiers qui s’aventure timidement sur

Continuer à lire

2 automnes 3 hivers

ECRANS | Un joli premier film signé Sébastien Betbeder, à la fois simple et sophistiqué, qui raconte des petites choses sur des gens ordinaires en tentant de leur donner une patine romanesque, comme un croisement entre les chansons de Vincent Delerm et celles de Dominique A. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 décembre 2013

2 automnes 3 hivers

Les histoires d’amour entre trentenaires, l’angoisse de l’âge adulte, les instants fugaces, les départs et les retrouvailles, les films qui font partie de la vie et les chansons qu’on fredonne… 2 automnes 3 hivers a à peu près tout pour se faire détester par ceux qui fustigent un cinéma d’auteur français désespérément étriqué. Et Vincent Macaigne, metteur en scène de théâtre devenu "star" d’une génération de cinéastes l’utilisant dans son propre rôle d’ahuri lunatique et bégayant, y tient un des rôles principaux, ce qui ajoute au potentiel d’irritation de ce premier film signé Sébastien Betbeder. Pourtant, malgré l’étroitesse de son rapport au monde, malgré la fragilité de son propos, 2 automnes 3 hivers possède un charme tout à fait singulier et une réelle audace derrière son apparente modestie. Betbeder tente un grand écart entre la simplicité de ce qu’il raconte et la sophistication de son dispositif, qui emprunte à la littérature, au théâtre et surtout à de nombreux artifices purement cinématographiques. Les Amants parallèles Un matin, en allant faire son jogging, Arman croise Amélie ; comme il veut revoir cette belle inconnue, il

Continuer à lire

La Bataille de Solférino

ECRANS | Un micmac sentimental autour d’un droit de visite paternel le soir de l’élection de François Hollande. Bataille intime et bataille présidentielle, fiction et réalité : Justine Triet signe un film déboussolant dont l’énergie débordante excède les quelques défauts. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 12 septembre 2013

La Bataille de Solférino

Vincent et Lætitia sont séparés ; ils ont eu deux enfants ; Lætitia a obtenu leur garde, Vincent un simple droit de visite qu’il applique n’importe comment, et son comportement un brin borderline ne fait que jeter de l’huile sur le feu. Ce drame ordinaire a été raconté mille fois, mais La Bataille de Solférino lui donne une dimension cinématographique unique : Lætitia est journaliste à Itéle et là voilà contrainte d’aller couvrir les résultats du second tour de l’élection présidentielle, le 6 mai 2012, au siège du PS rue de Solférino. Là encore, le scénario est connu, mais c’est le télescopage entre ces deux dramaturgies écrites d’avance – la crise du couple séparé et la victoire de François Hollande – qui donne au film sa vibration d’incertitude. Justine Triet fait entrer la fiction dans la réalité par surprise et sans filet ; quand Vincent débarque rue de Solférino dans la ferme intention de régler ses comptes avec son ancienne compagne, on craint à plus d’une reprise que cette foule en liesse, ivre mais pas que de joie, ne s’en prenne à lui comme s’il était un trouble-fête un peu trop hargneux pour les circonstances. La France coupée en deux

Continuer à lire

Awards 2012 cinéma

ECRANS | L’award du meilleur film de l’année : Holy Motors De Leos Carax, on n’attendait plus grand chose, après treize ans de silence et un Pola X extrêmement (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 19 décembre 2012

Awards 2012 cinéma

L’award du meilleur film de l’année : Holy Motors De Leos Carax, on n’attendait plus grand chose, après treize ans de silence et un Pola X extrêmement décevant. La surprise a donc été de taille lorsqu’on a découvert ce rêve éveillé qu’est Holy Motors, où Denis Lavant se promène à l’intérieur d’un monde qui ressemble à un film (de Carax), incarnant une dizaine de personnages devant des caméras invisibles, passant de l’un à l’autre grâce à une limousine blanche qui, elle-même, finira au garage comme une antiquité d’un autre siècle. Mélancolique et désenchanté dans son projet, Holy Motors est joyeux et gourmand dans son appétit de filmer, sa manière de réinvestir tous les genres pour en livrer des visions uniques, sa façon de réfléchir les grands sujets du moment par la poésie pure et l’évocation inspirée. Une œuvre unique qui a trouvé des défenseurs inattendus (de Jan Kounen à Richard Kelly, et jusqu’aux critiques de Los Angeles qui l’ont élu meilleur film étranger de l’année).   L’award du flop de l’année :

Continuer à lire

Infinie solitude

ECRANS | Véritable rock-star du théâtre de ces dernières années, le metteur en scène Vincent Macaigne retrouve le cinéma en tant que simple comédien avec "Un monde sans femmes", de Guillaume Brac. Un premier film réussi, notamment grâce à ses acteurs, impeccables. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 16 août 2012

Infinie solitude

À Grenoble, on connaît surtout Vincent Macaigne comme metteur en scène survolté et trash, grâce à la MC2 qui a notamment programmé ses deux dernières mises en scène (Idiot !, et Au moins j’aurai laissé un beau cadavre), et grâce à la Cinémathèque qui a diffusé son court-métrage Ce qu'il restera de nous. Le retrouver comme simple acteur dans un film a priori aux antipodes de son monde ne pouvait qu’intriguer. Cette semaine, le cinéma Le Méliès programme donc Un monde en femmes, moyen-métrage de Guillaume Brac sorti en février dernier au niveau national, et précédé du court-métrage Le Naufragé. Un dytique sensible centré sur la fig

Continuer à lire

Quelque chose de nourri au royaume du théâtre

SCENES | Après avoir secoué un festival d’Avignon par trop vaporeux, la dernière création de Vincent Macaigne, Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, arrive cette semaine sur les planches fébriles de la MC2. Portrait de l’artiste en rock star du théâtre français. François Cau

François Cau | Jeudi 10 novembre 2011

Quelque chose de nourri au royaume du théâtre

Mars 2009, Paris. La première du spectacle Idiot ! vient de se terminer. Le lustre indécent du Théâtre de Chaillot vient d’être mis à mal par une troupe d’énergumènes, qui se sont emparés du texte de Dostoïevski pour en faire ressortir toute la colère, les frustrations, la violence insupportable. Pendant quatre heures défilées à toute vitesse, ça a gueulé, ça s’est déchiré, ça a éclaboussé le public de projections diverses, ça a passé du rock alternatif en poussant les amplis à 11, ça a vomi un entracte dépressif sur fond de November Rain des Guns. Quand le daron de la MC2 demande ce qu’on en a pensé, on ne peut que répondre « Rock’n’roll, motherfucker », en boucle – et ça ne formalise même pas le so chic ponte de la Culture grenobloise ; en fait, il ne peut qu’acquiescer. Dans le hall insolemment rococo du théâtre, Vincent Macaigne fait son arrivée, entouré d’une meute cultureuse bienveillante mais qui n’a pas forcément l’air de le mettre à l’aise. La démarche dégingandée, le cheveu hirsute et le regard fuyant, il engrange les louanges de circonstance avec circonspection, tant le spectacle est encore loin d’être à son goût. Par la suite, il n’aura de cesse de le modifier, le ra

Continuer à lire

Dans ta gueule

SCENES | Fin 2009 : les Jeunes populaires, bébés UMP menés par le truculent Benjamin Lancar, livraient au monde entier un lip dub mémorable où l’on découvrait une (...)

François Cau | Lundi 12 septembre 2011

Dans ta gueule

Fin 2009 : les Jeunes populaires, bébés UMP menés par le truculent Benjamin Lancar, livraient au monde entier un lip dub mémorable où l’on découvrait une bonne partie des ministres de Sarkozy se dandiner en chantant en playback sur les paroles suivantes : « tous ceux qui veulent changer le monde, venez marcher, venez chanter. Tous ceux qui veulent changer le monde, venez marcher à mes côtés ». Été 2011 : Vincent Macaigne, metteur en scène star de la jeune génération, dévoilait à Avignon son Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, relecture trash du Hamlet de Shakespeare. Le rapport entre ces deux évènements ? Aucun a priori… Sauf qu’en y regardant de plus près, la création de Macaigne peut se lire comme une fin de non recevoir cinglante aux espérances niaiseuses des cyniques Lancar & co. Car Macaigne présente un Hamlet perdu au sein d’une génération qui se questionne violemment sur le sens d’une existence vue comme dénuée d’idéaux et d’enjeux politiques. Son spectacle recelle alors une force incroyable, notamment dans ses longs monologues où les acteurs, tous jeunes, éructent leur haine contre un monde qu’ils subissent sans le comprendre. À découvrir mi-novembre à la MC2.

Continuer à lire

Chienne de vie

ECRANS | Pour son passage à la forme cinéma (avec un moyen-métrage de quarante minutes), le metteur en scène Vincent Macaigne, déjà aperçu par deux fois à la MC2, conserve (...)

François Cau | Vendredi 1 juillet 2011

Chienne de vie

Pour son passage à la forme cinéma (avec un moyen-métrage de quarante minutes), le metteur en scène Vincent Macaigne, déjà aperçu par deux fois à la MC2, conserve sa patte et, surtout, son univers. Celui d'un jeune adulte paumé dans le monde normé qu'on lui impose. Un monde où le poids des règles et la nécessité quasi vitale de les suivre avec respect guident le destin de tous. Sauf, évidemment, de ceux qui, marginaux, s'en affranchissent, avec les conséquences que cela a – ou devrait avoir. Ce qu'il restera de nous présente deux frères que tout oppose : l'un a suivi scrupuleusement les ordres familiaux, abandonnant la musique au profit d'HEC. L'autre a tout envoyé bouler, avec l'insolence des êtres qui savent qu'ils n'ont rien à attendre de ce qu'on leur propose. Mais quand le père meurt, ce qui aurait dû arriver n'arrive pas : le fils prodige ne reçoit rien, au contraire de l'autre, celui qui réalise « des aquarelles de merde ». « A croire qu'il [le père] n'aimait pas les faux-culs. » Forcément, après cette situation vécue comme injuste, la confrontation ne peut être que totale, sans issue. Une fois compris les vicissitudes de l'existence, les personnages éructent toute leur h

Continuer à lire

Oh la grosse claque Vincent Macaigne !

Théâtre | Mardi soir avait lieu la première des quatre soirées "Cabaret(s)" de la MC2. Avec une Meret Becker renversante et – surtout – un Vincent Macaigne tonitruant. A voir.

Aurélien Martinez | Mercredi 16 décembre 2009

Oh la grosse claque Vincent Macaigne !

Jusqu’à vendredi, c’est "Cabaret(s)" à la MC2. Avant de découvrir celui de François Verret mercredi et de Vandas Benes jeudi, retour sur la soirée de mardi. Passons rapidement sur David Lescot, qui a livré un spectacle fidèle à ce qu’on en avait déjà dit, et sur le concert de haute tenue de Las Ondas Marteles qui s’est déroulé devant seulement une vingtaine de personnes (la faute à une soirée qui a pris beaucoup de retard – on espère plus de monde pour les prochains soirs, à l’approche du week-end), et évoquons les deux moments forts. Meret Becker d’abord : plus qu’un ange comme la qualifie Michel Orier, on a découvert sur scène un petit diable touchant, qui a livré un merveilleux cabaret musical. Dans un décor de bric et de broc, avec ses quatre musiciens (The Tiny Teeth), la Berlinoise a envahi la scène deux heures durant pour un show du tonnerre très fortement applaudi. Une entrée en matière parfaite avant la claque Vincent Macaigne (photo). Car c’est lui qui a littéralement retourné les spectateurs, ne manquant pas de les diviser. Exutoire Véritable ode au théâtre dans sa définition la plus simple et la moins

Continuer à lire

Le plateau comme crachoir

SCENES | PORTRAIT / En avril dernier, au sujet d’une représentation à Orléans de son Idiot ! d’après Dostoïevski (présenté à la MC2 la saison passée), Vincent Macaigne nous (...)

François Cau | Lundi 7 décembre 2009

Le plateau comme crachoir

PORTRAIT / En avril dernier, au sujet d’une représentation à Orléans de son Idiot ! d’après Dostoïevski (présenté à la MC2 la saison passée), Vincent Macaigne nous déclarait : « On a eu un public jeune, composé essentiellement de lycéens et d’étudiants, et c’était vraiment joyeux et intéressant, ça buvait des bières, ça dansait… Mais ils restaient attentifs, ils écoutaient l’histoire, comprenaient que ça s’adressait à eux. C’était une vraie fête du théâtre, sans violence, sans rapport culturel au théâtre au sens institutionnel du terme. C’était comme dans un concert, le spectacle était écouté, avec des moments où ça rigolait et d’autres où on entendait une mouche voler, c’était joli de voir ça. » Au vu de son approche de la scène – un espace « pour qu’on vienne y faire quelque chose de sa vie » – et plus largement du spectacle vivant (le terme trouve ici tout son sens), on est en droit de subodorer que le cabaret de Macaigne, au titre annonciateur d’apocalypse visuelle (On aurait voulu pouvoir salir le sol, non ?) mais dont on ne sait strictement rien, sera un grand moment. Car Macaigne se sert du plateau pour bousculer notre monde et en retourner ses soubassements implicites le

Continuer à lire

Les bombes de noël

SCENES | SPECTACLE. Bien que nous n’ayons pu voir qu’un seul des cinq spectacles programmés, on fait quand même notre "une" sur les quatre soirées Cabaret(s) de la MC2. Parce que les artistes choisis sont passionnants, parce que ça fait du bien de sortir des sentiers battus, et parce qu'on ne vit qu'une fois. Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 4 décembre 2009

Les bombes de noël

Vincent Macaigne, François Verret, Meret Becker, David Lescot et Vanda Benes. Cinq artistes entiers, affranchis des disciplines, des cadres et des étiquettes que l’on peut coller trop facilement dans un souci de rationalité. Cinq artistes programmés sur quatre jours (à raison de trois spectacles par soirée – il ne sera donc pas possible de tout voir en une fois), venant chacun présenter leur cabaret d’une heure environ. Une idée originale tant sur la forme que sur le fond, à mettre au crédit de Michel Orier, directeur de la MC2. Notre homme souhaite ainsi proposer à « un public plus curieux qu’on ne le croit » des formes de spectacle inhabituelles. « Les cabarets sont des lieux de divertissement, mais pas forcément au sens pascalien du terme. C’était les derniers endroits de résistance à Berlin dans les années trente. Et en même temps, c’est Broadway, le Moulin Rouge… On peut y mettre un peu ce que l’on veut. » Entre la performance et la représentation traditionnelle, ces cabarets seront les tremplins de créateurs atypiques qui s’en trouveront peut-être plus libres qu’à l’accoutumée. « Il y a toujours un moment, dans la construction d’une œuvre, où l’on a besoin d’essayer quelqu

Continuer à lire

Making of

SCENES | Pour Iodiot!, le metteur en scène Vincent Macaigne revient avec nous sur ses méthodes de travail, son rapport au roman de Dostoïevski et à la matière théâtrale. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Lundi 20 avril 2009

Making of

L’écriture « Je n’ai pas vraiment de règles pour la préparation des spectacles, je change de méthode à chaque fois. Sur ma précédente création, Requiem 3, je suis parti sur un thème et j’ai travaillé avec les comédiens en allers-retours. Là, c’était beaucoup plus écrit : j’ai planché seul sur une première adaptation, qui était plus littéraire que le spectacle mais qui ne me convenait pas. On a ensuite travaillé avec les comédiens pendant un mois en répétition. Je travaille beaucoup avec les mêmes personnes, donc il y a une vraie entente artistique même si chacun a un univers différent. J’ai enregistré tout ce qu’il se passait, digéré les propositions avant de plancher sur un autre texte. On a enchaîné sur d’autres temps de répétitions, et enfin les astuces scénographiques sont venues deux semaines avant le début des représentations» Le choix d’un texte “classique“ «Quand je m’attaque à L’idiot, je n’ai pas de conscience de texte classique, je trouve plutôt qu’il s’agit d’un roman assez moderne. Il y a beaucoup d’éléments qui résonnent avec le monde d’aujourd’hui sans avoir besoin de forcer l’écho. C’est quand même ass

Continuer à lire

"Idiot !" : après eux (Vincent Macaigne et sa bande) le déluge

Théâtre | Hystérique, graphique, extrême mais foutrement euphorisant pour peu qu’on se laisse porter par son énergie démentielle, "Idiot !" revisite la violence du roman de Dostoïevski tout en assénant un grand coup de pompe dans le train du théâtre français.

François Cau | Lundi 20 avril 2009

Au bout de quatre heures, on sort du spectacle vidé, essoré par cette frénésie destructrice venant littéralement de ravager le plateau sous nos yeux. La mousse d’une soirée éponyme a noyé la fin du premier acte dans le magma de sentiments et de pulsions informes, les accessoires et costumes ont violemment souffert, le décor s’est gentiment fait défoncer. Des personnages de chair, de sang et de moult autres fluides corporels se sont hurlés dessus, se sont maltraités, déchirés, se sont souillés avec cette cruelle complaisance dont la nature humaine sait si bien se repaître. On s’est pris des décharges rock, de Nirvana à Godspeed ! you black emperor, en pleine face. Mais ce n’est pas le tout de se faire électriser, de faire parler le punk en soi - encore faut-il qu’il ait quelque chose à dire. Toute cette colère, cette violence dont on vient d’être le témoin, ces épanchements trash, grotesques et puérils, ont contre toute attente servi la parole de l’auteur, l’ont restituée avec une virulence tout ce qu’il y a de plus singulière, à la grâce du travail accompli par Vincent Macaigne et sa bande. Derrière la forme Difficile, pourtant, d

Continuer à lire