A touch of sin

ECRANS | À partir de quatre faits divers qui deviennent autant d’histoires se répondant les unes aux autres, Jia Zhang-Ke signe son film le plus aventureux, ainsi qu’une très courageuse vision de la Chine contemporaine, entre colère des anciens et désespoir de sa jeunesse. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Un carnage sur une route de montagne, un homme qui prend les armes pour massacrer les édiles corrompues qui l'ont humilié, une maison de passe où les hôtesses rejouent sur un mode grotesque les grandes heures de l'Histoire maoïste… Tout au long des 130 minutes de A touch of sin, on est à deux doigts de se pincer pour être sûr que l'on assiste au nouveau film de Jia Zhang-Ke, maître chinois d'un cinéma contemplatif, post-antonionien et avide de métaphores. En même temps, le cinéaste semble avoir pris acte d'un système qui montrait largement ses limites lors de ses derniers opus et dont l'acmé, le sublime Still life, paraissait indépassable.

Or, non seulement il choisit de prendre son cinéma à rebrousse-poil, adoptant une franchise dans le propos et une frontalité graphique qu'on ne lui connaissait pas, mais il parvient à conserver ce qui a toujours fait le prix de sa mise en scène : une manière unique d'inscrire les personnages dans un décor qui raconte autant leurs impasses intimes que les apories de la Chine d'aujourd'hui.

Les armes ou les larmes

Inspiré par quatre faits-divers qui lui confèrent sa structure éclatée et foisonnante, A touch of sin commence par un premier segment absolument fulgurant, une sorte de western chinois qui marquerait la rencontre entre Sergio Leone et Takeshi Kitano (par ailleurs co-producteur du film). La violence des images n'a alors d'égale que celle du discours, où les bons ouvriers communistes d'hier sont les laissés-pour-compte du capitalisme d'aujourd'hui. Mais eux ont encore le courage de prendre les armes… Car plus le film avance, plus ses personnages se résignent, incapables d'assumer une famille, un travail et, pour les plus jeunes, un avenir.

Tout en faisant surgir des visions poétiques et oniriques inoubliables, Jia Zhang-Ke finit par dessiner un fil rouge très direct à l'intérieur de son récit labyrinthique : celui d'un peuple chinois déboussolé, qui regarde passer le train économique complètement hagard et qui ne sait plus s'il doit se battre ou renoncer, attendre ou désespérer. L'ampleur de la fresque, la force du geste politique et esthétique, font de A touch of sin un véritable événement, ou plutôt un avènement : celui d'un cinéma chinois rageur et furieusement contemporain.

A touch of sin
De Jia Zhang-Ke (Chine, 2h10) avec Wu Jiang, Wang Baoqiang…


A touch of sin

De Jia Zhang Ke (Chin-Jap, 2h10) avec Wu Jiang, Wang Baoqiang...

De Jia Zhang Ke (Chin-Jap, 2h10) avec Wu Jiang, Wang Baoqiang...

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Dahai, mineur exaspéré par la corruption des dirigeants de son village, décide de passer à l’action. San’er, un travailleur migrant, découvre les infinies possibilités offertes par son arme à feu.


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Cannes, jour 2 : du vieux avec des jeunes

ECRANS | "Jeune et Jolie" de François Ozon. "The Bling ring" de Sofia Coppola. "A touch of sin" de Jia Zhang-ke.

Christophe Chabert | Jeudi 16 mai 2013

Cannes, jour 2 : du vieux avec des jeunes

Ce deuxième jour — moins pluvieux que ce qui avait été annoncé — a marqué l’irruption de la jeunesse dans les différentes sélections. Pas la jeunesse des cinéastes, mais la jeunesse comme sujet d’étude. Ce qui, en soi, dit déjà la limite de Jeune et jolie de François Ozon (en compétition) et The Bling ring de Sofia Coppola (en ouverture d’Un certain regard) : deux films qui prétendent faire un point sur la jeunesse contemporaine, mais qui n’en gardent en définitive qu’une matière à dissertation, sentimentalo-cul chez Ozon, sociologique chez Coppola. Jeune et jolie est en cela particulièrement contestable. Il attrape son héroïne, Isabelle (Marine Vacth, très bien, même si le film aurait pu lui ouvrir une palette d’émotions encore plus grande), 17 piges, dans la lunette d’une paire de jumelles, sur une plage déserte, en plein bronzage topless. Ozon s’offre un effet de signature très visible par rapport à son œuvre, mais c’est une fausse piste ; pas de voyeurisme là-dedans, mais le portrait en «quatre saisons et quatre chansons» d’

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