Festival des Arcs : première partie

ECRANS | "Les Sorcières de Zugarramurdi" (Alex de la Iglesia), "Nymphomaniac volume 1" (Lars von Trier), "Ida" (Pawel Pawlikowski), "Tonnerre" (Guillaume Brac)

Christophe Chabert | Vendredi 20 décembre 2013

Le festival du cinéma européen des Arcs — et les Journées DIRE, on va expliquer tout ça assez vite — fait irrésistiblement penser à un film (européen) récent, L'Enfant d'en haut d'Ursula Meier. La station vit sur quatre niveaux d'altitude, de Bourg Saint-Maurice aux Arcs 2000 (Savoie), et il s'agit de faire la navette — littéralement, ce qui, un jour de neige, fout autant le vertige que d'assister à sa première projection de Gravity — entre les différents sites. Et plus on monte, plus c'est la profession — exploitants, distributeurs, presse — qui s'accapare les lieux, tandis que le public reste majoritairement en bas — ce qui ne veut pas dire qu'il n'a pas droit à d'excellents films, bien au contraire.

Le festival se répartit ainsi en trois grandes sections : la compétition, composée de films inédits ; les avants-premières et les séances spéciales, qui mettent en avant quelques événements à venir dans l'actualité cinématographique — comme les derniers Nicole Garcia et Patrice Leconte, ou le biopic d'Andrzej Wajda sur Lech Walesa… ; et enfin un panorama, cette année consacrée au cinéma de l'ex-Yougoslavie, avec beaucoup de très bonnes choses comme la première palme d'or d'Emir Kusturica, Papa est en voyage d'affaires, le mythique J'ai même rencontré des tziganes heureux ou encore, plus récent, le sulfureux Clip, sorti cette année sur les écrans français.

Enfin, il y a donc les fameuses journées DIRE, où les Distributeurs Indépendants Réunis Européens viennent montrer un film de leur choix parmi leurs prochaines sorties, avec en ligne de mire des tables rondes réfléchissant à la manière de diffuser le cinéma européen dans les salles.

C'est essentiellement là-bas qu'on a pioché notre programme du festival… Ainsi du très attendu nouveau film d'Alex de la Iglesia, Les Sorcières de Zugarramurdi (photo). Sur la foi du pitch — suite à un braquage en plein cœur de Madrid, trois hommes et un enfant se retrouvent dans un petit village à la frontière hispano-française, persécutés par les sorcières qui ont pris possession du lieu — on s'attendait à voir De la Iglesia revenir à la comédie fantastique telle qu'il la pratiquait dans Action mutante ou Le Jour de la bête. La première séquence, celle du hold up, rappelle d'ailleurs la fusillade en pleine grande rue de Madrid de ce dernier ; c'est une véritable déclaration de guerre politique, une sorte de lecture absurde de la crise espagnole, où les malfrats se déguisent en Christ, en GI Joe ou en Bob l'éponge pour commettre leur méfait, à savoir dévaliser une boutique de rachat d'or. Les symboles de l'église et du divertissement de masse à l'assaut de la fortune amassée par des usuriers modernes profitant de la précarisation ambiante, pas de doute, on est bien dans le cinéma en colère de De la Iglesia.

Passée cette intro impressionnante, que le cinéaste met en scène avec un sens du chaos visuel déjà à l'œuvre dans son chef-d'œuvre Balada triste, le film va toutefois changer d'angle d'attaque, et s'avérer certes virtuose et généreux, mais quand même un peu problématique. Car Les Sorcières de Zugarramurdi vire rapidement au pamphlet anti-féministe, les personnages (masculins) se plaignant perpétuellement de l'ascendance prise par les femmes dans la société — droit de garde des enfants après le divorce, insatisfaction chronique, désir d'indépendance financière… Un discours qui, au générique, se traduit par une galerie de portraits de femmes de pouvoir parmi lesquelles on reconnaît Margaret Thatcher et Angela Merkel, puis dans l'intrigue du film par une vaste sarabande dont le point culminant est le moment où les sorcières tentent de créer un antéchrist androgyne qui servirait de leurre et de réponse au machisme chrétien. On est presque dans du Éric Zemmour, même si, et on en a eu confirmation par la suite, on sent aussi que la vie personnelle de De la Iglesia a motivé la charge.

Si tout le monde s'amuse à l'écran — à commencer par deux habituées de son cinéma, Carmen Maura et Carolina Bang, et le spectateur avec elles, il y a aussi un effet d'épuisement qui se crée sur la longueur. De la Iglesia surenchérit sans cesse, remplit les scènes jusqu'à la gueule d'idées, de dialogues, de mouvements de caméra et d'effets spéciaux. On sort aussi lessivés de Zugarramurdi que de Balada triste, mais avec un arrière-goût bizarre dans la bouche, le même que celui éprouvé à l'époque d'Antichrist de Lars von Trier : celui d'un règlement de compte perso qui se perd en généralités contre le sexe opposé, regardé avec un mélange de fascination et de crainte.

Lars von Trier, justement, était au cœur de toutes les conversations mardi soir suite à la présentation du premier volume de Nymphomaniac. Le film a divisé les festivaliers comme il avait divisé la presse lors de sa projection parisienne quelques jours auparavant. Ici, on aime beaucoup cette première partie, qui rompt avec la logique dépressive du cinéaste et marque son retour à une forme de légèreté, certes toujours provocatrice, mais particulièrement ludique. Surtout, il est porté par une inspiration (presque) constante, une envie de cinéma total, extrêmement figuratif tout en restant littéraire et, c'est une des surprises de Nymphomaniac, mathématique. On n'en dit pas plus, car on en reparle dès mercredi prochain par ici…

L'autre film qui a beaucoup fait parler de lui au festival, c'est Ida du Polonais Pawel Pawlikowski. Aussi brève (1h15) qu'imposante, c'est une œuvre d'une perfection formelle stupéfiante. Quand on dit formelle, on ne parle pas que de la mise en scène, en soi hallucinante de précision avec ses plans en 1.33 noir et blanc composés au cordeau, souvent décadrés, toujours à la bonne longueur et à la bonne distance… La maniaquerie du cinéaste commence dès le scénario, qui travaille chaque scène avec de subtils conflits dramatiques, qu'ils soient internes ou externes, tout en reliant ensemble la grande Histoire polonaise (la Seconde Guerre mondiale, la mauvaise conscience nationale envers les Juifs exécutés par les Chrétiens, mais aussi la chape de plomb du pouvoir socialiste, le film se déroulant dans les années 60) et le parcours romanesque de son héroïne. Même la direction des acteurs relève de la chirurgie : on a parfois le sentiment qu'on les entend compter la juste durée des silences et des regards…

Cette perfection-là, indéniable, a son revers : elle étouffe l'émotion légitime que ce récit terrible devrait produire chez le spectateur. En vissant à ce point son film, Pawlikowski le vitrifie aussi — un reproche qu'on pouvait déjà adresser, à une moindre échelle, au Heimat d'Edgar Reitz. C'est peut-être de la pudeur, un refus du pathos, une sorte d'ascèse qui renverrait au statut d'Ida elle-même, qui veut devenir nonne mais se met à douter quand elle découvre ses origines juives en se rapprochant d'une tante alcoolique et dépressive. Cela peut aussi passer pour un exercice un peu vaniteux où l'artiste se placerait au-dessus de ses personnages, à tous les sens du terme. En résumé, Ida, ce n'est pas rien, mais ce n'est pas non plus le chef-d'œuvre annoncé — peut-être parce que, justement, le film lui-même annonce un peu trop qu'il en un.

On terminera en disant quelques mots du premier film de Guillaume Brac, Tonnerre. Brac n'est pas un inconnu, puisqu'il avait fait le tour des festivals de courts avec son multi-récompensé Un monde sans femme. Il retrouve ici le désormais incontournable Vincent Macaigne, en rocker déprimé qui choisit de retourner vivre chez son père — Bernard Menez, qu'on se plait toujours à retrouver sur un écran — dans la petite ville de Tonnerre, connue surtout pour son vin blanc. Là, il y fait la connaissance d'une très jeune journaliste — Solène Rigot, sorte de Léa Seydoux en plus rugueuse — venue l'interviewer, et dont il va tomber amoureux.

Le film démarre sur un ton de comédie romantique un peu grise, pas déplaisant d'ailleurs, même si Brac rate ce qui sans doute était un de ses objectifs principaux : faire se rencontrer la fiction avec la réalité du lieu, les acteurs professionnels et des habitants dans leur propre rôle. C'est un fantasme qui parcourt en ce moment une partie du cinéma français, de La Bataille de Solférino à Elle s'en va : faire se croiser le monde "réel" et les scénarios inventés, comme si l'un allait donner une plus-value d'authenticité  à l'autre. Dans Tonnerre, c'est l'inverse qui se produit : les "vrais" gens viennent plutôt souligner la gaucherie d'acteurs qui, certes, ne sont pas exactement des comédiens de composition. En gros, tout le monde a l'air de jouer faux, et c'est un handicap sérieux dont le film peine à se remettre.

La demi-heure centrale, qui plus est, souffre vraiment d'une absence d'enjeux dramatiques forts, mais aussi d'un évident manque d'ambition dans la mise en scène. On a le sentiment d'assister à un téléfilm France 3 région en plus neurasthénique, et il faut attendre le dernier acte pour que l'action redémarre. Brac cherche alors à donner une autre ampleur à son récit, en l'emmenant vers les rives du mélodrame criminel façon Les Amants de la nuit. C'est de loin ce qu'il y a de plus réussi dans Tonnerre, même si les défauts déjà évoqués restent présents. Comme souvent, on se dit qu'on aimerait parfois voir directement le deuxième film de certains jeunes cinéastes français, tant l'exercice du premier long semble paralyser certains dans leur créativité et leur envie d'en découdre avec la matière cinématographique, les acteurs, le romanesque…


Nymphomaniac - Volume 1

De Lars von Trier (Dan-All-Fr-Bel, 1h50) avec Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgård...

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La folle et poétique histoire du parcours érotique d'une femme, de sa nLa folle et poétique histoire du parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane.


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"The Perfect Candidate" : votez pour elle !

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François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

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Hugo Verit | Mardi 11 février 2020

Un open mic pour le Patio solidaire

« Marre des soirées kitch pour le 14 février ? Viens célébrer l'amour, l'amitié et la joie dans une soirée conviviale. » C’est en effet une Saint-Valentin toute particulière qui se prépare au Transfo : une soirée de soutien (prix libre) pour le Patio Solidaire, un lieu autogéré, situé dans un bâtiment désaffecté de l’Université Grenoble Alpes, où vivent plusieurs dizaines de demandeurs d’asile depuis plus de deux ans. Au programme dès 19h : la projection d’un documentaire (dont les organisateurs souhaitent garder la surprise) qui, nous soufflent-ils tout de même, portera sur les difficultés que rencontrent les demandeurs d’asile pour obtenir gain de cause. Suivront quelques témoignages de réfugiés, puis il sera l’heure du clou de la soirée, un open mic rap, ragga, R’n’B, dancehall qui s’annonce très intense. Trois artistes du Patio, tous habités d’une énergie impressionnante, se partageront le micro : Papa Réseaux, Cocoti et Demoniak. « Nous voulons leur donner l’opportunité de se faire connaître et de montrer leur talent, expliquent les organisateurs, mais tout le monde pourra prendre le micro et venir se défouler. » Et pour rechar

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"Un jour si blanc" : noir comme la neige

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"I Remember Earth" : objectif Terre au Magasin des horizons

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Garçonnet éveillé mais réservé, Aoyama prend d’incessantes notes sur son entourage. Lorsque des manchots surgissent et s’évanouissent aussi vite qu’ils sont apparus dans sa ville, il cherche à comprendre en compagnie de quelques amis. Et de l’assistante dentaire dont il est (très) épris… Ne vous arrêtez pas à l’extrême platitude du titre, évoquant un film à destination exclusive du très jeune public ! C’est d’ailleurs un peu la malédiction de nombreux "anime", où personnages humains et animaux se côtoient volontiers quant ils ne s’hybrident pas les uns avec les autres ; où des figures divines protectrices de la Nature s’incarnent volontiers dans des créatures réelles ou imaginaires – Pompoko, Porco Rosso, Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke, Le Voyage de Chihiro, Les Enfants Loups, Ame & Yuki… Un florilège de situations reléguées aux contes pour enfants en Occident, quand elles constituent l’essence de contes à résonance morale ou philosophique au Japon – dont Takahata, Miyazaki ou Hosoda. Dans un autre registre, la problématique du titre trompeur se posera bientôt avec le très beau Je veux manger ton pancréas (en salle le 13 novembre)

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Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Au-delà du cercle polaire, Aïlo, un petit renne, est né. Dès ses premières heures, sa vie est un combat, puisqu’il doit en compagnie de sa maman rejoindre le troupeau protecteur et gagner des terres nourricières. Sur le chemin, les embûches sont nombreuses, et les prédateurs également… Porté en français par la douce voix du héros des enfants Aldebert, ce rafraîchissant documentaire animalier vaut, comme tout film à suspense ou polar efficace, pour la qualité de l’opposant du héros. Car, à la vérité, comme personne ne doute de la bonne fortune d’Aïlo et que tout se terminera bien pour lui, autant que son adversaire soit redoutable. On n’est pas déçu puisqu’il s’agit de l’animal totem de Wolverine, le carcajou, autrement connu sous le nom de glouton. Oubliez Hugh Jackman : derrière son mignon minois de nounours croisé blaireau se cache une vieille saloperie vicieuse ; un prédateur sournois capable de toutes les ruses pour croquer du renne, si possible bien tendre, ou de fatiguer des chiens pour aller en prélever dans un élevage. La bête est fascinante d’intelligence, et vaut à elle seule plus que les traditionnels plans sur la

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Trinidad : « Dans "Et pendant ce temps, Simone veille !", l’humour est un moyen et non un but »

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Trinidad : « Dans

Comment est née l’idée de ce spectacle ? Trinidad : Tout ça remonte à 2011. J’étais encore chroniqueuse sur France Inter lorsque l’affaire Strauss-Kahn a éclaté. J’ai donc fait quelques petites chroniques sur le sujet. Et un jour, il y a eu la phrase de Jean-François Kahn sur le "troussage de domestique". Là, un truc a explosé dans mes tripes : ce n’est pas possible qu’en France, dans un pays où des femmes et des hommes ont lutté pour qu’on ait tous des droits, en 2011, on entende encore des choses comme ça dans les médias. Je me suis donc dit qu’il fallait montrer aux jeunes d’où l’on vient. J’ai alors tout de suite eu cette image de trois femmes sur un banc avec un personnage extérieur qui viendrait donner quelques dates importantes pour l’histoire des femmes. Le spectacle est riche en informations, mais pas simplement didactique puisque le texte et la mise en scène jouent fortement avec l’humour… Tout à fait, car je viens du monde de l’humour. Et depuis quelques années, l’humour est devenu un moyen et non plus un but : c’est le petit verre d’eau qui fait passer le cachet. Si j’étais arr

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Matteo Garrone : « La violence présente dans "Dogman" est surtout psychologique »

ECRANS | Un brave toiletteur pour chiens et une brute qui le traite pire qu’un chien sont au centre de "Dogman", le nouveau conte moral du réalisateur Matteo Garrone. Une histoire italienne d’aujourd’hui récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes pour Marcello Fonte.

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Matteo Garrone : « La violence présente dans

Dogman est-il inspiré d’un fait divers ? Matteo Garrone : Oui. Il s’est déroulé à la fin des années 1980, et il est très célèbre en Italie parce qu’il a été particulièrement violent. Mais on s’en est très librement inspiré : on l’a retravaillé avec notre imagination. Il n’a jamais été question de reconstruire dans le détail ce qui s’était passé. On a également changé la fin, puisque Marcello est un personnage doux, incapable de violence. Dans le film, il agit par légitime défense, non par préméditation. Je suis particulièrement content que le film soit présenté dans un pays où ce fait divers n’est absolument pas connu : le spectateur idéal, c’est celui qui le verra sans avoir cette histoire en tête et sans comparaison avec la réalité. En Italie, le film a un peu souffert de ce fait divers – en tout cas au début. Certains spectateurs se disaient : ça va être extrêmement violent, donc je n’irai pas le voir. Ensuite, le bouche-à-oreille l’a aidé. En fait, la violence présente dans le film e

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"Dogman" : Matteo Garrone, chien enragé

ECRANS | de Matteo Garrone (It, int. -12 ans, 1h42) avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû… « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality (2012) du même Matteo Garrone, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres. Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello), tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère soi-même être épargné. Personne n’imagin

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"Sauvage" : vous avez dit sauvage ?

ECRANS | de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Éric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Lundi 27 août 2018

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées – elles.

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"Les Grands Esprits" : Denis Podalydès, le velours côtelé et la platitude

ECRANS | de Olivier Ayache-Vidal (Fr., 1h46) avec Denis Podalydès, Léa Drucker, Zineb Triki…

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

Un agrégé de lettres sentencieux exerçant dans un lycée prestigieux se trouve victime de sa forfanterie et muté pour un an dans un collège difficile de banlieue. Arrivant coincé comme un chien dans un jeu de quilles, il fera l’unanimité en juin auprès de ses collègues et ouailles…[bâille] Remix entre Le plus beau métier du monde, L’École pour tous et Entre les murs, ce premier long-métrage d’Olivier Ayache-Vidal ne peut décemment pas revendiquer l’originalité ; aimable, il reste bien naïf dans sa vision des choses : dans la vraie vie, ça finit rarement aussi bien. Reposant grandement sur l’aptitude naturelle de Denis Podalydès à porter du velours côtelé et à citer des grands textes (bien sûr, Luchini aussi aurait pu convenir, mais il devait avoir conseil de classe), cette comédie qui prétend se jouer des présupposés aligne les clichés comme un cancre. Vision rousseauiste des élèves, atténuation de la réalité, sauvetages-miracles... : il n’y a guère que l’évocation des filandreuses procédures internes qui soit drôle, car elle paraît pour le coup en-deçà de la réalité. Doit faire ses preuves en salles

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"Anna" : maman a tort

ECRANS | de Jacques Toulemonde Vidal (Fr.-Col., 1h36) avec Juana Acosta, Kolia Abiteboul, Bruno Clairefond…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Bipolaire, Anna a peur de perdre son fils Nathan. Alors elle l’enlève et l’emmène dans son pays d’origine, la Colombie, où elle veut tout recommencer avec son nouveau compagnon… Comment ne pas éprouver de la sympathie pour Anna ; comment ne pas être effrayé par son inconséquence, son exubérance, sa mise en danger perpétuelle ? Absolue en tout, raisonnable en rien, l’amour qu’elle porte à son enfant ne l’empêche pas de commettre les pires négligences. La comédienne Juana Acosta s’investit avec une entière sincérité dans le yoyo émotionnel de son personnage. La fragilité touchante qu’elle dégage fait écho aux fragilités propres du film… et le renforce, paradoxalement. À noter dans ce film franco-colombien l’esquisse transversale d’une Colombie spectaculairement tranquille ; une vision plutôt rare d’un pays habitué à la représentation de ses soubresauts.

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Grenoble : zoom sur douze bâtiments phares du XXe siècle

Sélection | Grenoble est une très vieille ville, pleine d’impressionnants vestiges des siècles passés. Mais Grenoble est également une ville en mouvement que les architectes ont continué de façonner au siècle dernier. La preuve en douze monuments phares du XXe siècle, de la fameuse tour Perret au grandiose Musée de Grenoble, en passant par l’imposant Palais des sports ou le moderne (pour l’époque) Hôtel de Ville. Suivez-nous, la visite commence.

Charline Corubolo | Mardi 18 avril 2017

Grenoble : zoom sur douze bâtiments phares du XXe siècle

La tour Perret, phare grenoblois en quête d'avenir Illuminée de bleu en son sommet et révélée une fois par an par les feux d’artifices du 14 juillet, la tour Perret, située en plein parc Paul-Mistral, demeure un emblème grenoblois, à plus d’un titre. Car malgré sa façade grisâtre, l’édifice de presque un siècle, inauguré en 1925 pour l’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme, porte les ambitions modernistes du début du XXe, entre esthétique épurée et béton armé. Mais malgré les prouesses techniques, la tour se dégrade. Un chantier de rénovation va donc être lancé pour redorer le phare Perret. On remonte le fil de l'histoire dans cet article. Des halles au Magasin

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"Lettres de la guerre" : franchise postale

ECRANS | de Ivo M. Ferreira (Por., 1h45) avec Miguel Nunes, Margarida Vila-Nova, Ricardo Pereira…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

1973. Envoyé sur le front angolais pour plusieurs mois, un jeune médecin portugais entame avec son épouse un long échange épistolaire. Racontant tout de la guerre, de ses espérances, de l’attente, ses courriers maintiennent le lien entre eux ténu que la géographie eût pu distendre… Il s’agit là clairement d’un film à deux voix. Pas seulement parce qu’il consiste en un dialogue entre les deux épistoliers, chacun(e) lisant en off les missives qu’il (elle) reçoit de son (sa) correspondant(e) – l’épouse étant plus souvent destinataire, son timbre nous accompagne le plus clair du temps. Mais aussi parce qu’à ce récitatif vocal s’ajoute une autre mélodie : les images. Leur somptuosité rare (prodigieux noir et blanc de João Ribeiro) n’est pas qu’une belle "enveloppe" pour les mots du soldat : elle leur apporte, à la manière des films de Terrence Malick (en moins élaboré, tout de même) autant de compléments visuels que de digressions. En s’unissant, sons et images offrent en sus de la représentation intime de la guerre vécue par le soldat, sa part de non-dits et celle de ses fantasmes. L’objet en résultant, d’une beauté terrible et languide, n’a pas fini de nous poss

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Huit auteurs à découvrir au Printemps du Livre de Grenoble

Littérature | C’est parti pour la nouvelle édition du fameux Printemps du Livre qui, du mercredi 5 au dimanche 9 avril, investira plusieurs lieux de Grenoble et de l’agglo (dont, trois jours durant, le Musée de Grenoble et ses nombreux espaces) pour des rencontres avec des romanciers, des conférences, des spectacles, des expositions… Afin de profiter au mieux de cette émulation littéraire, on a sélectionné huit auteurs à découvrir. Suivez-nous.

La rédaction | Mardi 4 avril 2017

Huit auteurs à découvrir au Printemps du Livre de Grenoble

Jonathan Coe S'il fallait définir la quintessence de l'écrivain anglais – anglais et non britannique –, celle-ci tiendrait en deux mots : « Jonathan Coe ». Dieu sait s'il y a de la concurrence dans l'Angleterre des lettres, de Julian Barnes à Nick Hornby en passant par Martin Amis et Will Self, mais Coe c'est autre chose. À vrai dire, il partage avec chacun d'eux des traits communs, mais il est le seul à les réunir tous. Lui seul parvient, de Testament à l'Anglaise jusqu'à aujourd'hui sa presque suite Numéro 11 (un roman à sketches auscultant la période Blair-Cameron), à rendre universelles les problématiques et caractéristiques de son pays. Portant ainsi à un tel degré sur l'Angleterre un regard acéré tout en étant doux, amer mais empreint d'un humour so british plein d'autodérision et de charme. SD À la bibliothèque Aragon (Pont-de-Claix) vendredi à 19h (rencontre) Au Musée de Grenoble samedi à 15h30 (rencontre) et dimanche à 11h (lecture) ________ Céline Minard L’auteure française Céline Minard clive, entre admirateurs de son monde radical et lect

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"Dalida" : itsi bitsi petit film

ECRANS | de Lisa Azuelos (Fr., 2h04) avec Sveva Alviti, Riccardo Scamarcio, Jean-Paul Rouve…

Vincent Raymond | Lundi 9 janvier 2017

Une bonne décennie après la mini-série télévisée de Joyce Buñuel, pourquoi diable entreprendre un nouveau biopic sur Dalida ? Si grâce à son producteur de frère, la discographie de feue Iolanda Gigliotti s’est enrichie d’une vingtaine de titres (performance remarquable pour une artiste décédée en 1987), force est de reconnaître que Lisa Azuelos, réalisatrice entre autres de LOL avec Sophie Marceau, n’a rien à nous apprendre de nouveau. Entre deux séquences clipées hachant son ascension, elle se borne à dévider l’existence malheureuse de la chanteuse en suivant un double-fil pas vraiment cachemire : c’était une collectionneuse des relations autodestructrices, mais aussi une femme de tête en quête de stimulations intellectuelles… Wow… Entonnant volontiers le couplet de la star adulée échouant de naufrage sentimental en fiasco amoureux, le film transforme Dalida en une sorte de Pierre Richard tragique, accumulant avec brio les amants suicidés sous l’œil noir d’un Orlando plus vrai que nature – Riccardo Scamarcio est, avec Vincent Perez en Barclay et Patrick Timsit en Coquatrix, l’un des seuls attraits du film. Difficile d’éprouver de la compassi

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"3 000 Nuits" : femmes au bord de la prise de guerre

ECRANS | de Mai Masri (Pal.-Fr.-Lib.-Jord.-É.A.U.-Qat., 1h43) avec Maisa Abd Elhadi, Nadira Omran, Raida Adon…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Israël, 1980. Soupçonnée de connaître un terroriste, l’institutrice palestinienne Layal est emprisonnée et condamnée à 8 ans de réclusion. Une peine d’autant plus lourde qu’elle est enceinte, et mêlée à des détenues israéliennes de droit commun… Menace d’attentats, état d’urgence, situation d’exception… Sinistre suite logique, poursuivie par la rétention abusive ou dans des conditions dégradantes au fond d’une cellule. Voilà qui catalyse de plus vives insurrections, et fabrique les ripostes du lendemain avec ces victimes collatérales en second que sont les enfants. Collé à des faits bien précis, ce film aurait pu il y a peu nous sembler très éloigné dans l’espace et le temps ; il trouve désormais une violente actualité. Au-delà de la dénonciation des exactions scandaleuses de Tel-Aviv et de l’arbitraire pratiqués sur des femmes (pour certaines innocentes de faits reprochés), il nous fait entendre cette double antienne : aucun camp n’aura jamais le monopole de l’inhumanité ; ceux qui tiennent la matraque imposent leurs lois. À la fois drame historique et thriller carcéral, 3 000 Nuits aurait pu, par la vertu du huis clos, être une pièce de théâtre. Le

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Rentrée cinéma 2017 : face (à face) à la nouvelle année

Panorama 2017 | Les distributeurs ont l’esprit joueur. Ou plutôt jouteur : à la manière des programmateurs des chaînes de télé, ils ont composé un mois de janvier truffé de petits duels et de combats singuliers. Une manière très… confraternelle de (se) souhaiter la bonne année…

Vincent Raymond | Lundi 2 janvier 2017

Rentrée cinéma 2017 : face (à face) à la nouvelle année

Comme si les vraies rivalités et les confrontations sérieuses du monde réel ne suffisaient pas, voilà qu’on invente des escarmouches pour les files d’attente des cinémas ! Et qu’on ne brandisse pas, pour les justifier, le prétexte d’une fréquentation à stimuler par "l’émulation" : revendiquant plus de 210 millions d’entrées réalisées en 2016, le secteur s’est rarement aussi bien porté. De telles chicaneries, ça a tout de même un petit air de cour de récré, non ? À hauteur d'ados Rayons enfantillages, Hélène Angel ouvre le bal avec Primaire (ce mercredi 4 janvier) qui fait de Sara Forestier une instit’ surinvestie prête à beaucoup pour sauver un gamin manifestant de graves signes d’abandon… au grand dam de son propre fils. On retrouve, actualisé, l’un des thèmes de L’Argent de poche (1975) de Truffaut, centré ici sur l’enseignant et amendé d’une inutile fable sentimentale avec un Vincent Elbaz peu crédible en livreur fruste. Plus convaincant est Jamais contente de Émilie Deleuze (11 janvier), adaptation de Marie Desplechin sur les désarrois d’une ado redoublante, mal dans sa peau en fami

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Peter Solo : « Comparez-moi à mes aînés plutôt qu’à Michael Jackson »

Concert | Adeptes d'un afro funk ultra addictif, auteurs de tubes instantanés comme "Pas contente" ou le récent "La Vie c'est bon", capables de longues transes à la Fela Kuti, les musiciens de Vaudou Game reviennent munis d'un second album en forme de classique : "Kidayù". Interview avec leur charismatique leader Peter Solo, né au Togo mais désormais installé à Lyon, avant le concert qu’ils donneront au Prunier sauvage pour les cinq ans du lieu.

Sébastien Broquet | Mardi 22 novembre 2016

Peter Solo : « Comparez-moi à mes aînés plutôt qu’à Michael Jackson »

On définit souvent Vaudou Game comme un groupe d’afro funk ou de funk vaudou, explorant un univers proche du fameux Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou, au Bénin : êtes-vous d’accord avec ces références et les revendiquez-vous ? Peter Solo : Je suis à fond dans la filiation avec Poly-Rythmo et avec Roger Damawuzan. C’est une fierté : je préfère que l’on me compare à mes aînés plutôt qu’à Michael Jackson par exemple. Si on me disait que je m’inscrivais dans sa filiation à lui, je comprendrais moins... Certains morceaux des deux albums s’approchent ainsi plus du blues, développent une certaine spiritualité, s’éloignent de l’aspect dansant : je pense à Ata Calling... Dans la musique, il n'y a pas que la danse. Il y a des moments de recueillement, de ressource, d’émotions fortes. Ces instants d’intimité donnent du relief à un discours, on se doit d'avoir des ambiances différentes à proposer pour varier les énergies et les émotions. Mais cette gamme de mo

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Vaudou Game ? Bien plus qu'un jeu

MUSIQUES | Avec "Kidayù" , Peter Solo et ses musiciens font non seulement bouger les foules mais les invitent également à réfléchir sur le monde qui les entoure. Nouvelle preuve que peu importe les genres à travers lesquels elle s'exprime, la musique reste avant tout une tribune de libre expression.

Gabriel Cnudde | Mardi 22 novembre 2016

Vaudou Game ? Bien plus qu'un jeu

Il y a des musique sur lesquelles on ne peut s'empêcher d'esquisser quelques pas de danse. Il y en a d'autres qui déclenchent même chez le plus mauvais des chorégraphes des pas frénétiques. L'afro funk fait indéniablement partie de cette deuxième catégorie. On pourrait en rester là, à ce simple constat venu du dancefloor. Mais le Togolais Peter Solo ne l'entend pas de cette oreille. En mêlant à ce genre musical les préceptes de sa religion, le musicien a fait de son Vaudou Game bien plus qu'un simple jeu de jambes. Si les pédales de guitare, les rythmes endiablés et les lignes de basse funk à souhait font immédiatement passer Kidayù pour un disque léger, il n'en est rien. Bien au contraire, il est engagé, porte haut et fort les messages du vaudou. On y parle d'écologie sur Natural Vaudou, de politique sur Revolution et d'économie sur La dette. Bref, cet album est là pour rappeler à tous que tous les genres doivent s'affranchir des

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"Trashed" : le plastique, c’est satanique

ECRANS | Jeremy Irons nous guide à travers le monde des déchets gouverné par de belles saloperies : dioxines et plastiques – des polluants ubiquistes impossibles à recycler, résidus de la révolution industrielle et des Trente glorieuses. Un documentaire de de Candida Brady aussi édifiant qu’effrayant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Fin octobre, le WWF publiait une étude révélant l’extinction de 50% des espèces de vertébrés durant les quarante dernières années. À qui la faute ? Le documentaire Trashed délivre davantage qu’une ébauche de réponse à ce cataclysme supérieur à tous les accidents géologiques passés, en accumulant des strates d’informations. Pour certaines collectées au grand jour ; pour d’autres ramassées dans la fange putride de nos poubelles. Lesquelles, sous nos yeux obstinément aveugles, ont gagné notre espace vital. Elles gagneront tout court, si l’on n’y prend garde. Ordures ! Sur le front environnemental, d’aucun(e)s pensent qu’il est plus productif pour la cause d’encenser en sautillant benoîtement un chapelet de micro-initiatives positives, en prenant grand soin d’éviter de s’attarder sur la situation actuelle, décidément trop anxiogène. Une étrange forme de méthode Coué consistant à consentir un traitement, sans accepter de reconnaître la maladie – tout à fait en phase avec notre époque de l’aseptisé triomphant. Ici, Jeremy Irons ne fait pas de cœurs avec les doigts, ni n’étreint ses interlocuteurs sur fond "chill-out". Pas plus qu’il ne d

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Politique culturelle : la région cultive le flou

ACTUS | Ça coince. Depuis le changement d’exécutif à la tête de la région Rhône-Alpes (devenue Auvergne-Rhône-Alpes) en décembre, aucune ligne claire concernant la culture n'a été édictée. Pire : les budgets sont rabotés sans la moindre concertation. En cette rentrée, le milieu culturel s'échauffe.

Nadja Pobel | Lundi 5 septembre 2016

Politique culturelle : la région cultive le flou

La culture n'est pas une compétence obligatoire des régions, au contraire par exemple de la construction et du fonctionnement des lycées, de la formation professionnelle ou encore des transports (comme les TER). D'où certainement le fait que, lors de sa conférence de presse sur le budget ce printemps, le nouveau président d’Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez ait appris par notre question que la région était présente chaque été au Festival d'Avignon (location d'une péniche pour des débats et des échanges), présence qu'il a aussitôt annulée. Voilà donc pour la méthode qui prévaut depuis son arrivée : trancher dans le vif, en une minute. Exit les commissions d'experts (bénévoles) chargées d'étudier les dossiers très complets de demande de subventions adressés aux élus. Pourquoi ce système a disparu ? Pour Florence Verney-Carron, vice-présidente en charge de la culture, « c'était un problème de délai sur ce

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Parfum de Printemps

ECRANS | de Férid Boughedir (Fr./Tun., 1h39) avec Zied Ayadi, Sara Hanachi, Fatma Ben Saïdane…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Parfum de Printemps

Si, dans les faits, la Révolution de jasmin tunisienne a commencé par une immolation à Sidi Bouzid, Férid Boughedir lui imagine des prémices plus fleur-bleue. Cette manière “romantique” de reconsidérer l’Histoire immédiate peut surprendre ; pourtant, elle vaut (par l’esprit, conservons des proportions à chaque entreprise) la latitude que s’octroyait Shakespeare en relatant les guerres civiles britanniques, ou Musset lorsqu’il façonnait Lorenzaccio à partir des rivalités à la cour florentine. Parfait candide, le héros de Parfum de Printemps parcourt une capitale-cocotte-minute peu avant que Ben Ali ne soit déposé. Indifférent aux factions, imperméable aux idéologies, hermétique aux événements, le brave garçon joue pourtant à son insu (mais par amour) un rôle déterminant dans la Révolution. La fable rappelle en cela Bienvenue Mr Chance de Hal Ashby, en gentillet (Zied Ayadi surjoue quand Peter Sellers visait l’understatement) ; quant à Boughedir, il renoue timidement avec l’érotisme de son film le plus connu, Halfaouine. Mais là aussi, en plus naïf…VR

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Les Délices de Tokyo

ECRANS | De Naomi Kawase (Jap., 1h53) avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase, Kyara Uchida…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Délices de Tokyo

Auteure, entre autres, de l’éprouvant Forêt de Nogari (2007) – condensé de cinéma abscons –, Naomi Kawase trouve dans Les Délices de Tokyo une manière de rédemption en abordant la thématique de la gastronomie : elle insuffle une sensualité simple et joyeuse à son cosmos – toujours autant focalisé sur la transmission in extremis entre les générations. Car la nourriture a cette irremplaçable vertu d’assouplir les âmes, en plus de réjouir les papilles ou les pupilles ; les précédents Le Festin de Babette de Gabriel Axel (1987) ou Au petit Marguery de Laurent Bénégui (1995) en témoignent. Discipline suivant une liturgie complexe, exercée par des artistes dans l’abnégation d’eux-mêmes, la tradition culinaire est ici montrée comme un ciment culturel intime et poétique. Elle est aussi le révélateur de ce Japon à la mémoire si sélective, toujours prompt à brandir avec fierté l’héritage d’un Empire millénaire, en occultant les aspects gênants de son histoire contemporaine. Les clients se pressent pour dévorer des gâteaux à la pâte de haricots rouges ; ils vont lâchement déserter en apprenant que celle qui les a confectionnés

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Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

MUSIQUES | Avant que le Suédois ne vienne en concert à la Source, on ne pose cette question capitale.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 octobre 2015

Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

The Hives ; Loney, Dear ; I'm from Barcelona ; Jose Gonzales ; The Knife ; Peter Björn and John ; The Tallest Man on Earth ; Peter Von Poehl ; Frida Hÿvonen ; The International Noise Conspiracy... Même en ne s'en tenant qu'aux artistes déjà cités dans ce journal (on en oublie sûrement et on vous épargne les mastodontes passés et présents toutes disciplines confondues – ABBA, Roxette, Ace of Base, Don et Neneh Cherry, Robyn, EST...), les Suédois sont aussi présents dans nos oreilles que les Anglo-Saxons. D'ailleurs c'est simple, la Suède est le troisième exportateur de musique au monde. Et c'est à Stockholm que l'on compte le plus de studios d'enregistrement par habitant, abritant une armée de faiseurs de tubes pop que les plus grandes stars US s'arrachent pour transformer une mélodie en son de tiroir-caisse. Sauf qu'à vivre et produire dans un pays d'exportation, on en vient à n'être pas soi-même importé. Tel un Patrick Devedjian victime collatérale de l'« ouverture » sarkozyste, Jay-Jay Johanson, qui connut ses premiers succès en France (au point d'y vivre un temps, à Strasbourg, et de constater qu'on ne s'y ennuyait pas assez pour écrire) et a toujours enre

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Une soirée dantesque au Pathé avec les Gremlins

ECRANS | Rendez-vous le vendredi 18 septembre pour un double programme consacré à Joe Dante.

Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

Une soirée dantesque au Pathé avec les Gremlins

Passé par la pépinière Roger Corman comme Coppola, Scorsese ou Jonathan Demme, Joe Dante n’a pas connu le même destin que ses glorieux camarades, sa carrière ayant été torpillée par de cuisants échecs commerciaux. Elle s’était pourtant bien engagée dans la voie du néo-cinéma d’horreur à la John Landis, avec Piranhas et Hurlements, avant d’atteindre son climax grâce à Gremlins (1984), qui fait l’ouverture d’une jolie soirée composée par le Pathé Chavant. Conte fée moderne ressemblant à ce que l’on obtiendrait si l’on passait Cendrillon, Barbe bleue, le Croquemitaine et la boîte de Pandore dans un mixer, Gremlins est une nouvelle variation sur le thème de l’interdit transgressé. Mais aussi une critique réjouissante et révélatrice d’un inquiétant subconscient de l’Amérique. Sous des dehors de grosse peluche réconfortante, le Mogwaï possède un caractère dévastateur ne demandant qu’à s’exprimer, dès lors que son propriétaire omet de respecter les règles de bases (ne pas le nourrir après minuit, ne pas l’exposer à la lumière et ne pas l’asperger

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Asaf Avidan : il était une voix

MUSIQUES | L'Israélien à la voix divine sera en concert à la Belle électrique deux soirs de suite pour défendre "Gold Shadow", deuxième album solo arrivé juste après le carton "Different Pulses".

Aurélien Martinez | Mardi 9 juin 2015

Asaf Avidan : il était une voix

Certaines des réussites artistiques les plus brillantes sont le fruit de douleurs. La musique est remplie de ces déchirures amoureuses couchées sur papier et transformées en mélodies à broyer un cœur heureux. Les productions qui en découlent sont communément appelées des « break-up albums », pour que les choses soient on ne peut plus claires. L’Israélien Asaf Avidan ajoute une pierre à cet édifice de larmes créatrices avec Gold Shadow, deuxième livraison solo venue juste après le carton Different Pulses et son One Day / Reckoning Song converti en tube planétaire par le DJ allemand Wankelmut. Et le fait sobrement, sans verser dans un sentimentalisme outrancier. Musicalement, alors qu’on aurait pu l’attendre sur une pop haute de gamme bien dans son temps, il est parti à la recherche de sons des décennies passées ; et les a trouvés : du blues, du jazz, du rock… Un grain vintage, écrin royal à des textes poétiques où les images affluent en nombre – « We're moles my friend / Blind against the dark » (« nous sommes des taupes mon ami / aveugles face à l’obscurité

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Dans la famille Asaf Avidan, je demande...

MUSIQUES | Artiste au timbre extraterrestre, Asaf Avidan s'inscrit dans la lignée de chanteurs à part, touchés par une grâce singulière combinant bénédiction artistique et malédictions personnelles. Voix transgenre, freaks vocaux ou interprètes surnaturels, tous ont à leur manière, et comme le jeune Israélien en concert cette semaine à la Belle électrique, redéfini la notion de voix et de chant, aux frontières de l'humainement possible et de la beauté divine. La preuve en sept exemples. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 9 juin 2015

Dans la famille Asaf Avidan, je demande...

Little Jimmy Scott : la part de l'ange « Le chanteur américain du XXe siècle le plus injustement ignoré » selon le New York Times. Enfant déjà prodigieux, remarqué très tôt pour sa voix (il chante dès l'âge de 12 ans dans des clubs interdits aux mineurs, ce qui au vu de la suite est d'une cruelle ironie), c'est à une maladie que Little Jimmy, devenu Little Jimmy Scott puis Jimmy Scott, doit sa singularité. Atteint du syndrome de Kallmann, le gamin de Cleveland voit sa croissance et sa puberté interrompues, ce qui lui vaut son surnom et lui "permet" de conserver sa voix d'enfant. Une voix, surtout, qui rendait impensable la distinction de genre. À écouter Jimmy Scott sans le savoir, on pouvait penser entendre la voix (magnifique) d'une femme. Sa carrière sera aussi répétitivement fulgurante que sa voix n'atteint le cœur de l'auditeur : les plus grands lui feront la cour (Sarah Vaughan, Lionel Hampton, dont il intègre un temps l'orchestre, Frank Sinatra), il enregistre avec Ray Charles mais ne cesse de se faire arnaquer par ses maisons de disque, disparaît et réapparaît plusieurs fois, dont, mémorable, dans Twin Peaks (on réalise al

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Asaf Avidan en juin à la Belle électrique

MUSIQUES | Bonne nouvelle : « the voice » Asaf Avidan, exceptionnel en live, sera de retour à Grenoble pour deux concerts les lundi 15 et mardi 16 juin à (...)

Aurélien Martinez | Lundi 23 mars 2015

Asaf Avidan en juin à la Belle électrique

Bonne nouvelle : « the voice » Asaf Avidan, exceptionnel en live, sera de retour à Grenoble pour deux concerts les lundi 15 et mardi 16 juin à la Belle électrique. Il viendra défendre son Gold Shadow paru en janvier. La billetterie ouvrira ce mardi 24 mars.

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Awards 2014 cinéma

ECRANS | L’award du meilleur film : Nymphomaniac Avant même sa sortie, le (double) film de Lars von Trier a créé la polémique, qui ne s’est pas calmée lorsque (...)

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Awards 2014 cinéma

L’award du meilleur film : Nymphomaniac Avant même sa sortie, le (double) film de Lars von Trier a créé la polémique, qui ne s’est pas calmée lorsque le premier volume est arrivé sur les écrans. De fait, on ne peut pas dire que Nymphomaniac ait fait l’unanimité, loin de là… Mais de tous les films de 2014, il paraît avec le recul (et l’arrivée, imminente, de sa version intégrale en DVD, celle souhaitée par l’auteur et qui lui donne sa pleine puissance opératique) le plus synchrone avec une certaine idée d’un cinéma authentiquement contemporain. Relecture très libre des Mille et une nuits, Nymphomaniac déploie pour raconter l’histoire de Joe, nymphomane autoproclamée, un dispositif où chaque chapitre est un nouveau mode de récit, et chaque récit une petite machine à produire de la figuration et de l’émotion. Drôle, cruel, violent et, bien sûr, pornographique, il s’affirme aussi comme une synthèse remarquable de tout le cinéma de Lars von Trier, mais dans une humeur moins dépressive qu’

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Joe

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h57) avec Nicolas Cage, Tye Sheridan…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Joe

Joe aurait dû être le film d’une double renaissance : celle d’un auteur américain un peu égaré dans des commandes foireuses (David Gordon Green) et celle d’un acteur en roue libre dans des nanars que seuls quelques critiques français en mal de notoriété prennent encore au sérieux (Nicolas Cage). C’est pourtant l’inverse : cette adaptation d’un bouquin de Larry Brown, où un adolescent rompt avec son ère alcoolique pour se rapprocher d’un mentor ambivalent, est totalement ratée, plombée par une narration incohérente où l’on change sans cesse de point de vue et de registre (chronique sociale, film noir, récit d’apprentissage) tout en tournant en rond dans un pré carré de personnages dont les rencontres "fortuites" sentent le mauvais storytelling. Stylistiquement, Gordon Green hésite entre naturalisme et élégie à la Terrence Malick – mélange fatalement voué à l’échec. Quant à Cage, il ne sait trop s’il doit se racheter une virginité en cherchant la sobriété ou s’il doit se lancer dans son habituel cabotinage. Un gâchis spectaculaire. Christophe Chabert

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Girafada

ECRANS | De Rani Massahla (Palestine-Fr, 1h25) avec Saleh Bakri, Laure De Clermont-Tonnerre…

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

Girafada

En Palestine et en Israël, il semble que le conflit entre les deux pays soit le seul horizon cinématographique possible. D’où une certaine lassitude face à des fictions soit trop ouvertement partisanes, soit trop œcuméniques pour être honnêtes… Girafada réussit à contourner cet écueil en visant clairement le jeune public, à travers l’histoire d’un gamin que son père, véto dans un zoo palestinien, tente de sortir de sa neurasthénie en allant récupérer une girafe de l’autre côté du mur. Du coup, le film est plein de bons sentiments et de méchants israéliens réduits à des conventions de cartoon – ce qui ne plaira pas à tout le monde – dans une œuvre qui ne s’embarrasse pas de nuances sur la question. Rani Massahla possède un talent qui fait aussi la différence : il sait raconter son histoire sans temps morts, avec clarté et précision, à défaut de la transcender par une mise en scène plutôt passe-partout. Cette grande qualité narrative rend recommandable la vision d’un film assez inoffensif, mais pas déplaisant. Christophe Chabert

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Berlinale 2014, jour 3 : vraies et fausses valeurs

ECRANS | "Nymphomaniac volume 1" (version longue) de Lars von Trier. "Kreuzweg" de Dietrich Brüggemann. "Historia de miedo" de Benjain Naishtat. "A long way down" de Pascal Chaumeil.

Christophe Chabert | Lundi 10 février 2014

Berlinale 2014, jour 3 : vraies et fausses valeurs

Dans un festival de cinéma, les journées se suivent et ne se ressemblent pas. Après un samedi fracassant, ce dimanche fut des plus décevants, avec un retour en force de l’auteurisme frelaté qui, jusqu’ici, était resté gentiment à la porte. Le meilleur film du jour, et de très très loin, n’était pas une surprise du tout, puisqu’il s’agissait de la version longue de Nymphomaniac volume 1. Soit le montage voulu par Lars von Trier, avec la totalité des plans de sexe explicite et la durée imaginée par l’auteur. Niveau cul, disons-le, s’il y a là plus de bites en érection et de coïts en insert que dans la version courte, on reste loin du porno annoncé. En revanche, le rythme de cette version est très différent de celle sortie en salles, et cela ne fait désormais plus aucun doute : Nymphomaniac est une des œuvres cinématographiques les plus importantes de ces dernières années. La mise en scène gagne en ampleur, en beauté, en profondeur, gardant tout ce q

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Ida

ECRANS | Dans la Pologne communiste des années 60, une jeune fille qui souhaite devenir nonne part sur les traces de ses origines et réveille les fantômes de la Deuxième Guerre mondiale. Parfait sur tous les points, le film de Pawel Pawlikowski ne parvient que tard à briser sa maîtrise pour faire surgir l’émotion. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Ida

Dès ses premières images, splendidement cadrées – et souvent décadrées ­– en 4/3 dans un noir et blanc numérique aux contrastes sublimes, Ida affirme son désir de perfection. Ce n’est pas qu’une question de composition photographique : la description des rites religieux auxquels se plie son héroïne, qui aspire à devenir nonne, semblent soumis à un timing méticuleux de la part de Pawel Pawlikowski, cinéaste polonais qui revient ici dans son pays natal… Tout au long du film, ce contrôle absolu ne sera jamais pris en défaut. Aucun plan ne semble louper sa juste durée, tous sont pensés avec au minimum une idée forte de mise en scène – l’action qui se déporte de l’avant à l’arrière-plan, le jeu des regards et des gestes, eux aussi calculés à la nanoseconde près, comme si les acteurs avaient avalé un métronome… Exercice de style ? Pas seulement, car Ida brasse aussi une foule de sujets, de l’historique à l’intime, avec une ampleur romanesque d’autant plus remarquable que le métrage est très court (79 minutes seulement). La Pologne communiste, les exactions commises par les catholiques sur les juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale, la quête identitaire, la

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | Fin du diptyque de Lars von Trier, qui propulse très haut sa logique de feuilleton philosophique en complexifiant dispositif, enjeux, références et discours, prônant d’incroyables audaces jusqu’à un ultime et sublime vertige. On ose : chef-d’œuvre ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissés sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que Seligman va rectifier en gr

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Tonnerre

ECRANS | De Guillaume Brac (Fr, 1h40) avec Vincent Macaigne, Solène Rigot, Bernard Menez…

Christophe Chabert | Mercredi 22 janvier 2014

Tonnerre

Un rocker dépressif retourne vivre chez son père à Tonnerre, petite ville de l’Yonne connue surtout pour son vin, et y tombe amoureux d’une jeune journaliste locale, d’abord séduite, puis fuyante… Guillaume Brac, qui avait moissonné les prix avec son moyen métrage Un monde sans femmes, passe au long sans vraiment convaincre. L’idée de renouveler le boy meets girl hexagonal par le traitement quasi-documentaire d’un environnement familier à l’auteur ne crée aucune vérité à l’écran, mais souligne surtout la gaucherie, certes sympathique, des comédiens professionnels – Macaigne et Menez, dont le lien de parenté saute aux yeux, techniquement parlant. Plus l’histoire avance, plus Tonnerre ronronne dans une esthétique de téléfilm France 3 Région assez morne, où la grisaille tient lieu d’humeur monotone. Symptomatique des premiers films français, cette peur d’empoigner la matière cinématographique pour se réfugier prudemment derrière des idées depuis longtemps éculées n’est bousculée que par un dernier tiers qui s’aventure timidement sur

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Les Sorcières de Zugarramurdi

ECRANS | Alex de la Iglesia fait de nouveau exploser sa colère dans un film baroque et échevelé, comédie fantastico-horrifique qui règle ses comptes avec la crise espagnole et aussi, mais là le bât blesse, avec la gent féminine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

Les Sorcières de Zugarramurdi

L’Espagne va mal, plombée par la crise et le retour d’un obscurantisme rallumé par le gouvernement Rajoy. Il n’en fallait pas plus pour raviver la colère d’Alex de la Iglesia, dont le cinéma s’est toujours nourri à égale mesure de culture geek et de révolte politique. L’entrée en matière des Sorcières de Zugarramurdi restera comme un de ses gestes les plus éminemment subversifs : en plein cœur de Madrid, un Christ, un soldat vert et Bob l’éponge vont faire un hold-up dans une boutique de cash contre or, autrement dit un usurier moderne qui profite de la précarisation ambiante. La charge est violente, mais pas autant que les images elles-mêmes, puisque le casse vire au carnage, et la mise en scène à un impressionnant morceau de bravoure où de la Iglesia arrive à faire sentir physiquement le chaos de la situation. Les faux mimes et gangsters amateurs doivent donc fuir à bord d’un taxi direction la frontière franco-espagnole, avec étape à Zugarramurdi. En chemin, les voilà qui dissertent hystériquement sur les raisons qui les ont poussés à commettre leur forfait : leurs ex-femmes ou nouvelles copines qui les ont réduits à l’état de mâles pleurnichards et dévirilisé

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Festival des Arcs : Partie 2

ECRANS | 12 years a slave de Steve MacQueen. Au nom du fils de Vincent Lanoo. D’une vie à l’autre de Georg Maas. Gloria de Sebastian Lelio.

Christophe Chabert | Lundi 23 décembre 2013

Festival des Arcs : Partie 2

Sans surprise, tant le film avait le profil parfait du rouleau compresseur festivalier, c’est Ida de Pawel Pawlikowski — dont on parlait ici — qui a remporté la Flèche de cristal (autrement dit le Grand Prix) du festival du cinéma européen des Arcs. Le jury lui a par ailleurs attribué un prix d’interprétation féminine plutôt généreux, puisque c’est avant tout la cinégénie de sa comédienne principale qui sidère, plutôt que son interprétation au sens strict, soumise au minutage maniaque de Pawlikowski. Pendant ce temps-là, on continuait à défricher le programme des journées DIRE, avec ce qui était, après le Lars von Trier, le film le plus excitant et attendu de tous : 12 years a slave, troisième long de Steve MacQueen après les chocs Hunger et Shame. Le film est inspiré de la véritable histoire de Solomon Nothrup, homme noir né libre dans les États-Unis sécessionnistes, qui va être

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Nymphomaniac, volume 1

ECRANS | Censuré ? Remonté ? Qu’importe les nombreuses anecdotes et vicissitudes qui entourent le dernier film de Lars von Trier. Avec cette confession en huit chapitres d’une nymphomane – dont voici les cinq premiers –, le cinéaste est toujours aussi provocateur, mais dans une tonalité légère, drôle et ludique qui lui va plutôt bien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

Nymphomaniac, volume 1

On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen d’apaiser ses tourments, c’était encore de voir le monde voler en éclats. Au début de Nymphomaniac, après avoir plongé longuement le spectateur dans le noir et une suite de bruits anxiogènes, il révèle le corps de Joe – Charlotte Gainsbourg, réduite dans ce premier volet au statut de narratrice des exploits de son alter ego adolescente, la troublante Stacy Martin – dans une ruelle sombre, ensanglantée et amochée. Passe par là un brave bougre nommé Selligman – Stellan Skarsgard – qui la recueille chez lui et lui demande ce qui s’est passé. « Ça va être une longue histoire » dit-elle, après avoir affirmé qu’elle était une « nymphomane »… En fait, l’histoire tient en deux films décomposés en huit chapitres comme autant de récits obéissant à des règles esthétiques propres, utilisant une panoplie d’artifices (ralentis, split screen, retours en arrière) et changeant sans cesse de formats (pellic

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The Voice

MUSIQUES | Des tréfonds du chanteur de poche Asaf Avidan jaillit une voix hallucinante, fruit d'un petit tas de douleurs personnelles et universelles semblant remonter aux temps bibliques et que le chanteur transcende. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 20 septembre 2013

The Voice

Parmi les Lévites désignés comme chantres (laudateurs de Dieu) auprès de l'Arche d'Alliance par le roi David, se trouvait un certain Asaph. Il serait l'auteur d'une partie des psaumes attribué au tombeur de Goliath devenu deuxième roi des Juifs. Le Psaume 77 (1-3) par exemple, où Asaph chante « Ma voix s’adresse à Dieu et je crierai ; ma voix s’adresse à Dieu, et Il m’écoutera ». Si l'on dit parfois qu'un homme est déterminé par son prénom, comment ne pas faire le parallèle avec un autre Asaf, Avidan de son patronyme, dont la voix ahurissante semble à la fois s'adresser à une force supérieure et être traversée par elle. Une voix qui arbore le sexe d'anges auxquels la rédemption n'a pas fait oublier la chute. Né en Israël, grandi entre États-Unis et Jamaïque, Asaf a traversé la vie comme une épreuve, traumatisé par son service militaire en Israël et par le fait de n'avoir pu l'exécuter jusqu'au bout – la faute à de terribles cauchemars qui ne le quittent plus, comme l'autre Asaph, que les lamen

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Farka Junior

MUSIQUES | De son père décédé, le légendaire bluesman malien Ali Farka Touré, Boureima Ibrahim Touré a hérité d’un surnom « Farka » (« l’âne ») puis s’en est gagné un deuxième : (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 6 septembre 2013

Farka Junior

De son père décédé, le légendaire bluesman malien Ali Farka Touré, Boureima Ibrahim Touré a hérité d’un surnom « Farka » (« l’âne ») puis s’en est gagné un deuxième : « Vieux ». Voici donc Vieux Farka Touré, digne successeur de son illustre paternel, lui aussi à la croisée du blues américain, de ses racines africaines et de la musique malienne descendue en droite ligne de la tradition griotte. Comme Ali, Vieux fait disparaître les mirages qui nous ont toujours mis en tête que le blues était né sur les bords du Mississippi, pour redistribuer les cartes au bord du Niger. Répétant l’opération pour chacun des styles musicaux (funk, reggae…) prétendument né sur le continent américain. Le guitariste malien va même plus loin lorsqu’avec le pianiste israélien Idan Raichel rencontré dans un aéroport, il mélange rythmes maliens et mélodies israéliennes. De la curiosité et du furetage musical comme atavisme profond, Vieux Farka Touré est bien le fils de son vieux. Vieux Farka Touré, mardi 12 novembre à 20h30, à la MC2

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Tel à vif

MUSIQUES | Jeune homme frêle à la trajectoire torturée (maladie, dépression, choc post-traumatique, pas forcément dans cet ordre), mais artistiquement fulgurante, Asaf (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 6 septembre 2013

Tel à vif

Jeune homme frêle à la trajectoire torturée (maladie, dépression, choc post-traumatique, pas forcément dans cet ordre), mais artistiquement fulgurante, Asaf Avidan est de ces créatures dont le corps ne semble pas à la mesure de tout ce qu'il contient : un univers entier peuplé d'émotions insensées charriées par le vecteur transcendant d'une voix ébouriffante. Un timbre venu d'ailleurs, de limbes où se serait croisés Janis Joplin, Jeff Buckley, Nina Simone et Jónsi de Sigur Rós, qui a fait de l’Israélien, et en à peine quelques albums, un totem de la pop mondiale. Gageons que si le petit bonhomme de Tel Aviv à la coiffe iroquoise se paie cette saison un Summum, son potentiel inconnu laisse à penser qu'il n'a pas encore atteint son sommet. SD Asaf Avidan, jeudi 26 septembre à 20h, au Summum

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