Les Yeux jaunes des crocodiles

ECRANS | De Cécile Telerman (Fr, 2h02) avec Emmanuelle Béart, Julie Depardieu, Patrick Bruel…

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2014

Il était presque fatal que le cinéma s'empare des best-sellers de Katherine Pancol, et c'est donc Cécile Telerman qui s'y colle avec Les Yeux jaunes des crocodiles. Laborieuse, irritante et impersonnelle, son adaptation s'applique à ne pas trahir le roman initial, si bien qu'on a l'impression de le feuilleter chapitre par chapitre, les séquences s'enchaînant mécaniquement sans liant dramaturgique. Tout ça pour raconter comment une bourgeoise superficielle et hautaine (Béart, qui cabotine assez mal) va se servir de sa sœur poissarde (Depardieu, qui se sort assez bien du marasme) pour assouvir ses rêves de réussite littéraire.

Comme souvent dans le cinéma populaire français, la critique sociale n'est que feinte ; selon une optique contestable, on est une ratée parce qu'on ne fait pas d'efforts pour s'en sortir et la bêtise des riches profite involontairement à des pauvres dénués de pragmatisme. Ici, la caricature n'est là que pour conforter, et non pourfendre, un système qui ne peut envisager autre chose que l'argent comme gage ultime d'accomplissement. La sous-intrigue vaudevillesque entre Jacques Weber, Édith Scob et Karole Rocher l'illustre parfaitement, où la preuve d'amour ultime consiste à transférer sa fortune de sa femme vers sa maîtresse. Le romantisme version Capital, sans doute…

Christophe Chabert


Les Yeux jaunes des crocodiles

De Cécile Telerman (Fr, 2h02) avec Julie Depardieu, Emmanuelle Béart...

De Cécile Telerman (Fr, 2h02) avec Julie Depardieu, Emmanuelle Béart...

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Deux sœurs que tout oppose. Joséphine, 40 ans, historienne spécialisée dans le 12ème siècle, confrontée aux difficultés de la vie; et Iris, outrageusement belle, menant une vie de parisienne aisée et futile. Un soir, lors d’un diner mondain, Iris se vante d’écrire un roman.


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"Merveilles à Montfermeil" : corbeille et somme

Cinema | De et avec Jeanne Balibar (Fr., 1h49) avec également Emmanuelle Béart, Ramzy Bedia…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Fraîchement séparés, Joëlle et Kamel se côtoient tous les jours au sein de l’équipe municipale de Montfermeil. La maire, une illuminée, rêve, entre autres excentricités années 1980, d’implanter une école de langues démesurée dans cette cité de banlieue. Cela n’arrangera pas leurs relations… Intrigante et prometteuse, la séquence d’ouverture montrant le couple Balibar/Bedia se disputant en arabe devant une juge des divorces abasourdie aurait pu – dû ? – constituer l’alpha et l’oméga de cette pseudo comédie politique, mais authentique catastrophe artisanale. Première réalisation solo de la comédienne-chanteuse intello (récemment enrubannée d’un hochet républicain, dans la même promotion que le patron de BlackRock), ce "machin" a faux sur toute la ligne. La forme, tout d’abord : écrit et joué en dépit du bon sens, il offre à une troupe de bobos hors sol vêtue arty sexy l’occasion de glapir du cri primal dans un simulacre pathétique de Rendez-vous en terre inconnue. Le fond, ensuit

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"Le Meilleur reste à venir" : que de promesses !

Cinema | De Matthieu Delaporte & Alexandre De La Patellière (Fr., 1h57) avec Fabrice Luchini, Patrick Bruel, Zineb Triki…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Arthur découvre par hasard que son meilleur ami César est condamné par un cancer. Celui-ci l’ignorant, Arthur s’apprête à lui annoncer la funeste nouvelle mais un quiproquo amène César à croire que c’est son pote qui est perdu. Déstabilisé, Arthur ne va pas le détromper. Et s’enferrer… Le succès du Prénom (2012), leur précédente coréalisation, a très certainement endormi la méfiance des producteurs, appâté les comédiens autant qu’il allèchera les curieux. Pourtant, la mécanique bien huilée de ladite pièce filmée (jouée auparavant un an sur les planches) et dialoguée sans surprise mais avec adresse n’a pas grand-chose à voir avec ce succédané de Sans plus attendre (2008) : Le Meilleur reste à venir est une comédie molle bo-beauf de plus, célébrant le nombrilisme d’assujettis aux tranches fiscales supérieures, où les comédiens s’abandonnent à leurs penchants (c’est-à-dire à leurs travers) à la première occasion. Et les occasions ne manquent pas. Lorgnant le cinéma de Nakache etToledano, Delaporte et De La Patellière en offrent une version dégriffée avec les envolées classicom

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"Tous en scène" : music-animal animé

ECRANS | de Garth Jennings (E.-U., 1h48) animation

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Pour sauver son théâtre d’une ultime faillite, Buster le koala mise sur un concours de chant ouvert aux amateurs. Une succession de mésaventures lui rend la chose plus ardue que prévue, alors même qu’il a réuni une troupe de talents hors du commun… Les studios Illumination (incubateurs des Minions) savent souffler le froid et le chaud avec les animaux : au consternant Comme des bêtes sorti l’été dernier succède ici en effet une efficace et entraînante comédie, bien moins bébête et puérile que le cadre référentiel (l’engouement autour des télé-crochets musicaux) ne le laissait craindre. L’absence de clins d’œil à outrance, d’un trop-plein de parodies ou d’allusions à des demi-stars vaguement dans l’air du temps contribue à la réussite de l’ensemble, qui tire avant tout parti de ses ressources propres : son intrigue et ses personnages, aux caractéristiques adroitement dessinés. Même les voix françaises font preuve d’une tempérance bienvenue ! Cela dit, il n’y a pas de quoi être étonné : un film encadré pa

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"Un sac de billes" : néo-classicisme nous voilà

ECRANS | de Christian Duguay (Fr.-Can., 1h50) avec Dorian Le Clech, Batyste Fleurial, Patrick Bruel…

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

1942. Maurice et Joseph, les deux plus jeunes frères Joffo, fuient la menace nazie de Paris à Nice puis en Haute-Savoie. Pour espérer sauver leur vie, il leur faut obéir à la promesse faite à leur père : toujours nier qu’ils sont juifs. Et ne se fier à personne… Quarante ans après l’adaptation par Doillon de l’autobiographie de Joseph Joffo, cette nouvelle version joue la carte du néo-classicisme ; celle d’un cinéma propre et sans bavure, riche d’une reconstitution soignée, de plans bien composés et d’une distribution disséminant çà et là des noms respectables conférant, pour les plus estimables, leur crédit au "monument". Le choix de Christian Duguay pour réaliser la chose n’a rien d’anodin : de Jappeloup à Belle et Sébastien, l’aventure continue, le cinéaste canadien est un tout-terrain de la qualité française contemporaine, à l’aise avec le box-office et les gosses – qu’il dirige au demeurant fort bien. Si l’on apprécie ici la retenue et l’absence de pathos de sa mise en scène, on peut regretter sa scolarité extrême. Parce qu’il vise, sans doute, le public scolaire, il reste prisonnier d’une linéarité monotone et de malhe

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Tu veux ou tu veux pas

ECRANS | De Tonie Marshall (Fr, 1h28) avec Sophie Marceau, Patrick Bruel, André Wilms…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Tu veux ou tu veux pas

Le pitch de Tu veux ou tu veux pas n’est, si l’on est honnête, pas plus stupide que ceux de la plupart des comédies américaines trash régulièrement louées dans nos colonnes : une nymphomane tente de faire craquer son nouveau patron, un ancien sex addict abstinent depuis un an. On doit même reconnaître à Tonie Marshall l’envie de donner à son film un rythme soutenu et une précision dans la gestion de ses effets comiques, situations comme dialogues. Un énorme handicap pèse cependant sur la mise en scène : Patrick Bruel. Il erre dans les plans en marmonnant son texte, ne punche jamais aucune de ses répliques et traîne son regard de poisson mort durant tout le film comme s’il se demandait s’il joue dans une comédie ou une tragédie. Il offre ainsi un boulevard à une Sophie Marceau épatante, et pas que par contraste, alliant naturel et folie délurée avec une décontraction irrésistible. Ce déséquilibre finit par avoir raison du film tout entier, lorsque se profile une hypocrite et rassurante résolution de comédie romantique lestée de quelques idées auteurisantes complètement hors de propos. Comme si Marshall voulait rappeler in extremis qu’elle était aussi la c

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Chabrol voyage au bout de L’Enfer

ECRANS | Notre cycle "20 ans de PB, 20 ans de ciné" se poursuit au Club ce lundi avec un petit tour du côté de l’année 1994 et de L'Enfer, un film aussi génial (...)

Christophe Chabert | Vendredi 25 octobre 2013

Chabrol voyage au bout de L’Enfer

Notre cycle "20 ans de PB, 20 ans de ciné" se poursuit au Club ce lundi avec un petit tour du côté de l’année 1994 et de L'Enfer, un film aussi génial qu’atypique dans le cinéma français comme dans celui de son réalisateur Claude Chabrol. Récupérant le scénario d’un film de Clouzot, inachevé pour cause de mégalomanie galopante, d’intempéries diverses et de crises cardiaques de son acteur principal, il en garde assez fidèlement l’argument, mais en propose une toute autre approche visuelle. Là où Clouzot cherchait, à travers cette histoire de jalousie maladive et destructrice, à expérimenter sur l’image, c’est plutôt le temps sur lequel Chabrol travaille. Les premières scènes racontent à coups d’ellipses géantes comment Nelly (Emmanuelle Béart, iconisée en bombe sexuelle) et Paul (François Cluzet, monstrueux à tous les sens du terme) se rencontrent, se marient, font des gosses et mènent une vie tranquille dans leur hôtel provincial. Sauf que Paul sombre peu à peu dans un délire parano, persuadé que sa femme le trompe avec le bellâtre du coin (Marc Lavoine), puis avec à peu près tout ce qui bouge. La folie s

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Souffrances

SCENES | Cet été au Festival d’Avignon, en sortant de la cour d'honneur du Palais des Papes 4h30 après y être entré, un soulagement a envahi l'ensemble des spectateurs (...)

Nadja Pobel | Mardi 3 septembre 2013

Souffrances

Cet été au Festival d’Avignon, en sortant de la cour d'honneur du Palais des Papes 4h30 après y être entré, un soulagement a envahi l'ensemble des spectateurs restés jusqu'au bout du solo de Jeanne Balibar, crispant quand il était audible. Car en adaptant Par les villages, long poème dramatique de Peter Handke, Stanislas Nordey a aussi fait le choix de l'anti spectacle. Un enchaînement de monologues qui produit une ambiance mortifère, les émotions restant enfouies sous des gravas de logorrhée. La faute à une absence de réelle mise en scène – les acteurs (Balibar donc, mais aussi Béart pourtant radieuse et touchante, Nordey lui-même, ...), ultra-statiques, se parlent à dix mètres les uns des autres sur un plateau dont l'immensité offrait pourtant des conditions de jeu inouïes. Quant au texte, il a beau être passionnant (Handke y sonde l'écart se creusant entre les ruraux qui ne sont jamais partis et les urbains qui ont tourné le dos au monde ouvrier pour intégrer des sphères plus intellectuelles), mais on ne cesse de le perdre, tués que nous sommes par l'ennui. Nadja Pobel Par les villages, du jeudi 30 janvier au samedi 1er février, à la MC2

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"Le Prénom" : nom merci

ECRANS | d’Alexandre de la Patellière et Mathieu Delaporte (Fr, 1h49) avec Patrick Bruel, Valérie Benguigui, Charles Berling...

Christophe Chabert | Vendredi 20 avril 2012

Les auteurs de théâtre français semblent prendre un plaisir sadique à se moquer de ceux qui, malgré tout, les font vivre : les classes moyennes, de gauche ou de droite, renvoyées dos-à-dos dans un même égoïsme farci au ressentiment. À moins qu’il n’y ait un masochisme total à regarder pendant près de deux heures sa propre médiocrité… Pour en rire ? Mais Le Prénom n’est jamais drôle, ne serait-ce que pour une raison : les comédiens rient toujours avant le spectateur, comme des chauffeurs de salle qui brandiraient des pancartes pour dicter leurs réactions au public. Pour faire grincer des dents ? Il n’y a pourtant rien de dérangeant dans cette longue querelle familiale autour d’une plaisanterie douteuse qui provoque une réaction indignée (au demeurant peu crédible, sinon dans un microcosme parisien très ciblé) et tourne au grand déballage vociférant. Dans le fond pas très éloigné du Carnage de Polanski adapté de Yasmina Réza, Le Prénom en est à des années lumières en termes de cinéma : surdécoupage en guise de rythme, aération inuti

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Possessions

ECRANS | D’Éric Guirado (Fr, 1h45) avec Jérémie Rénier, Julie Depardieu, Alexandra Lamy…

François Cau | Vendredi 2 mars 2012

Possessions

L’affaire Flactif (ou affaire du Grand Bornand) avait marqué la France : un couple de prolos du nord avait assassiné puis tenté de faire disparaître les corps d’une famille, dont les époux étaient aussi leurs propriétaires. Qu’on le prenne par tous les bouts, le fait-divers disait avec une grande brutalité l’écart béant qui se creusait entre ceux qui ont tout (réussite, argent, maison) et ceux qui doivent leur donner le peu qu’ils ont. Éric Guirado, en transposant librement cette histoire traumatisante, fait lui aussi un grand écart avec l’optimisme réconciliateur du Fils de l’épicier : Possessions est une œuvre au noir, jamais rassurante, et c’est cette obstination à plonger au fond de l’horreur qui en fait le prix, ainsi que son apparente entre deux conditions différentes. Le malentendu part de là : les différences entre les deux couples ne sont pas si tranchées que cela, et c’est bien le matérialisme dans lequel ils évoluent qui creuse le fossé. C’est la mise en scène qui le souligne, comme dans cette scène où le son et le montage tentent de saisir l’odeur délicate d’un parfum de luxe déclenchant la pulsion de convoitise. Si le film n’atteint pas toujours ce

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Double casquette

SCENES | Au printemps dernier, le comédien Michel Fau avait illuminé la très planplan cérémonie des Molières, avec sa réinterprétation baroque et appuyée du Quelqu’un m’a dit (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 7 décembre 2011

Double casquette

Au printemps dernier, le comédien Michel Fau avait illuminé la très planplan cérémonie des Molières, avec sa réinterprétation baroque et appuyée du Quelqu’un m’a dit de Carla Bruni, provoquant rires dans la salle et gêne chez la mère de l’intéressée. Un exemple parmi d’autres qui résume toute la fantaisie et le sens aigu de la conception de personnages chez l’un des plus grands acteurs français, souvent vu dans les spectacles d’Olivier Py (ah, la tante Geneviève des Illusions comiques !). Bonne nouvelle : on le croisera jeudi 15 et vendredi 16 décembre au Théâtre municipal de Grenoble, aux côtés de Julie Depardieu, pour la pièce Nono de Sacha Guitry : une comédie comme l’auteur savait en faire, avec triangle amoureux et autres complications vaudevillesques – Nono est la maîtresse d’un jeune riche dont le meilleur ami (Michel Fau) tombe amoureux. Aux commandes de cette mise en scène que nous n’avons pas vue mais qui a déjà reçu de nombreux éloges (dont une nomination aux derniers Molières pour Julie Depardieu), on retrouve encore Michel Fau, qui joue donc sur deux tableaux. AM

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Casting haut de gamme

SCENES | Michel Fau, comédien au talent resplendissant (on l’a souvent vu chez Olivier Py), se fait aussi metteur en scène de temps à autres. Avec Julie Depardieu (...)

François Cau | Lundi 12 septembre 2011

Casting haut de gamme

Michel Fau, comédien au talent resplendissant (on l’a souvent vu chez Olivier Py), se fait aussi metteur en scène de temps à autres. Avec Julie Depardieu dans le rôle titre, il a ainsi monté Nono, l’une des toutes premières pièces de Sacha Guitry qui installa la verve de l’auteur à succès. Nous n’avons pas vu ce spectacle évoquant une jeune femme entretenue qui vogue d’homme à homme, mais le duo aux manettes intrigue. À découvrir mi-décembre au Théâtre municipal de Grenoble.

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