Festival du court : la compétition glisse sur la fiction

ECRANS | À l’inverse de l’an dernier, pas de grand choc dans la compétition du festival, mais quelques films qui arrivent à sortir de la glu du réel ou de son imitation pour s’aventurer vers la fiction. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 30 juin 2014

En 2013, deux films avaient secoué la compétition du festival : The Mass of men et Avant que de tout perdre ; ils ont logiquement trusté ensuite le palmarès, avant de poursuivre une belle carrière dans d'autres festivals et jusqu'aux César. On peut dire, sans trop se risquer, qu'il n'y aura pas de tels favoris dans la compétition 2014 ; pour être honnête, celle-ci étouffe un peu derrière des propositions de cinéma sans surprise, où l'angoisse de ne pas coller à la réalité – sociologique, psychologique ou documentaire – paralyse les cinéastes et les conduit à tourner des films formatés et mornes, quand ils ne confondent pas carrément la radicalité d'un plan fixe avec une totale absence de mise en scène. Sans parler de ceux qui, pensant témoigner de leur époque, semblent la regarder à travers le prisme de la télévision, que ce soit le JT ou les sitcoms – la litanie des clichés sur la banlieue, notamment, est assez embarrassante.

Échappées belles

Heureusement, il y a une poignée d'alternatives stimulantes à cette uniformisation-là. Par exemple Les Petits cailloux de Chloé Mazlo, qui fait renaître le principe de la stop motion et du cinéma sonorisé façon Super 8. Ce désir de rompre avec l'ordinaire du court naturaliste finit par l'emporter sur les limites de la démarche – dans ce film conçu sur le principe d'une maison de poupée, les malheurs de l'héroïne paraissent eux aussi bien étriqués.


LES PETITS CAILLOUX - teaser par chloe_maz

À l'inverse, Ceux qui restent debout de Jan Sitta suit d'abord à la lettre ce programme naturaliste, cumulant même tous les sujets des autres films présentés en compétition : précarité, jeunesse sacrifiée socialement, difficulté d'intégration des enfants de l'immigration, le tout filmé avec une caméra dardenienne s'attachant à des corps en mouvements, plus doués pour l'action que pour la parole. Dans son dernier tiers, cependant, Sitta prend un virage imprévisible emmenant son œuvre aux confins du fantastique, avec des visions assez saisissantes. On aurait du coup aimé qu'il pousse cette logique un cran plus loin, et que le film soit un poil plus long…

Heureux, donc, les réalisateurs qui osent la fiction et l'excès, la stylisation du réel plutôt que sa reproduction. À ce jeu, nos camarades belges restent les plus forts : dans le très drôle et très abouti Solo Rex de François Bierry, le plat pays devient un espace de western contemporain où erre un drôle de type avec sa jument et sa tronçonneuse, et dans lequel on croise un ado en costard de traviole, une fanfare, une vendeuse d'outils qui allaite son bébé devant les clients… Les cadres sont maniaques, la direction d'acteurs précise, l'humour dépressif joyeusement assumé ; une maîtrise qui vient renforcer la tendresse du cinéaste pour ses personnages, qualité belge par excellence.


Solo Rex - teaser from oriGine films on Vimeo.

Ce feel good movie a son antithèse dans la compétition : il s'appelle Ogre et il met en scène un marginal échoué dans une bicoque au bord de l'océan. Trop gros, trop seul, il semble attendre un signe pour reprendre contact avec la vie. Ce sera le regard d'une jolie jeune fille, mais l'étincelle ne déclenchera pas l'incendie attendu. Là encore, la maîtrise de Jean-Charles Paugam est évidente de la première à la dernière image, évitant au film de ne reposer que sur sa chute.


Ogre [Teaser] from Kinou Conseil on Vimeo.

Le choc de la modernité

Face au peu d'intérêt des documentaires présentés en compétition, on préfèrera un réjouissant détournement, qui ne serait que potache s'il n'était si soigné dans sa forme : Le Skate moderne qui, comme son titre l'indique, refait La Vie moderne de Depardon – musique de Fauré comprise – en remplaçant les paysans par des skateurs campagnards ! On doit cette idée hilarante à Antoine Besse, visiblement au fait des ingrédients nécessaires pour réussir un bon "film viral" (il est coproduit par Dailymotion). Mais l'excellent Ben Wheatley avait débuté en faisant pareil en Angleterre, avant de devenir un des auteurs les plus excitants du moment – rappelons donc le nom du réalisateur : Antoine Besse.


LE SKATE MODERNE par kloudbox

Pour finir, notons que les deux meilleurs films de ce festival 2014 ont un point commun : ils ont largué les amarres direction l'Asie. Le premier, La Lampe au beurre de yak, visite la Chine en ne bougeant (presque) jamais sa caméra : et pour cause, celle-ci se confond avec le cadre fixe d'un appareil photo devant lequel défilent familles et jeunes couples. Seul le fond, immenses toiles peintes que l'on déroule au gré des doléances des "clients", varie : paysage urbain ou grande muraille de Chine, montagnes ou océan… Hu Wei réussit toutefois, et c'est son tour de force, à faire surgir la fiction dans son dispositif (l'intervention du maire, le jeune garçon qui refuse de mettre un costume approprié à la situation) jusqu'à ce que le décor factice laisse apparaître le décor réel, créant à tous les niveaux une nouvelle perspective à l'intérieur du film.

Lorenzo Recio, quant lui, a tourné à Taiwan Shadow, formidable conte moderne où un montreur d'ombres tombe amoureux d'une vendeuse à la beauté irréelle avant qu'un accident ne le conduise à une étonnante métamorphose. Visuellement splendide, le film est surtout une source de surprises permanentes ; on ne sait jamais où le récit va nous emmener, et Recio ose d'audacieuses prouesses figuratives qui racontent le choc entre deux époques, celle de l'illusion classique et celle des effets spéciaux numériques. Shadow vise à leur trouver un territoire où ils pourraient cohabiter comme deux formes complémentaires de poésie, et y parvient dans une dernière scène magnifique, la plus belle de toute cette compétition.


Shadow, de Lorenzo Recio (extrait) par Telerama_BA

 

Les dates de projection

Shadow : mardi 1er juillet à 20h30 (Salle Juliet Berto) et 22h (Place Saint-André)

Ceux qui restent debout : mercredi 2 juillet à 20h30 et 22h

La Lampe au beurre de yak : jeudi 3 juillet à 20h30 et 22h

Ogre : jeudi 3 juillet à 20h30 et 22h

Les Petits cailloux : vendredi 4 juillet à 20h30 et 22h

Le Skate moderne : vendredi 4 juillet à 20h30 et 22h

Solo Rex : samedi 5 juillet à 20h30 et 22h

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"Shadow People" : The Limiñanas, Catalans indépendants

Concert | Critique enthousiaste du dernier album du groupe français de rock garage avant son passage par la Belle électrique vendredi 14 décembre.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 décembre 2018

C'est tout l'art des Limiñanas que de convoquer sur un album des invités aussi disparates que Pascal Comelade au piano, Peter Hook et sa basse mélodique, Emmanuelle Seigner à la voix – trois habitués – ou encore Bertrand Belin et Anton Newcombe sans s'éparpiller façon puzzle. Peut-être parce que le duo (enrichi) de Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales, a, sous ses oripeaux garage, toujours navigué sur pas mal de fronts esthétiques. On peut d’ailleurs en avoir un aperçu sur la toute récente compilation I've Got Trouble in Mind Vol. 2 qui recense des raretés, notamment quelques belles reprises – Polnareff (Time will tell), les Kinks (Two Sisters avec Anton Newcombe), The Lords of the New Church (Russian Roulette) ou... le chant de Noël Silent Night en version mariachi. Peut-être aussi parce que la force du concept, jamais ramenard, toujours en toile de fond, suffit à donner du liant à l'ensemble comme une musique de fil

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The Limiñanas : « Les dogmes ne nous intéressent plus »

Concert | Avec un "Shadow People" détonnant sorti en janvier dernier, le meilleur groupe de garage catalan du monde, The Limiñanas (soit Marie et Lionel Limiñana), a livré son album le plus abouti, le plus libre, et peut-être le plus personnel. Et a frappé un gros coup dont les secousses se propagent à très grande vitesse dans le paysage rock français. Entretien avec M. Limiñana avant leur passage vendredi 14 décembre à la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 décembre 2018

The Limiñanas : « Les dogmes ne nous intéressent plus »

Qu'est-ce que désigne Shadow People, le nom de votre dernier album ? Lionel Limiñana : Dans la mythologie anglo-saxonne, c'est cette espèce de présence que l'on sent derrière soi et qui disparaît quand on tourne la tête. On ne sait pas trop si c'est un fantôme ou une entité d'une autre dimension. Il y a pas mal de films fantastiques autour de ça, mais c'est quelque chose qu'on ne connaît pas vraiment en France. L'idée, c'est que tous ces gens qui étaient là avec nous, tous ces dogmes qu'on a respectés à l'époque, tout l'apprentissage de la musique, tout ça ne nous a jamais réellement quittés. C'était une manière de donner un nom à ce phénomène-là. On peut penser aussi que c'est une manière d'évoquer les multiples influences qui hantent le groupe – musique de films, pop underground des années 1960, psychédélisme, yé-yé, krautrock –, si nombreuses qu'on se demande si The Limiñanas, c'est encore du garage... Je

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Les ombres mélodiques d'Emily Jane White

MUSIQUES | Ce n’est pas la chaleur, mais plutôt la noirceur de la Californie qui emplira avec délicatesse la Maison de la musique de Meylan vendredi 25 novembre. Avec son cinquième album, l'Américaine navigue entre des textes brutaux et des compositions d’une légèreté enveloppante.

Charline Corubolo | Mardi 22 novembre 2016

Les ombres mélodiques d'Emily Jane White

La noirceur ne cesse de prendre de l’ampleur dans l’œuvre de la Californienne Emily Jane White. Mais cette noirceur textuelle est magnifiée par un son folk vaporeux et une voix à la douceur enveloppante. Pour son cinquième album They Moved in Shadow All Together, au titre inspiré par une phrase d’un roman de Cormac McCarthy, l’artiste explore les violences humaines, qu’elles soient racistes comme sur le titre Black Dove ou envers les femmes avec Womankind. Et si les mots sont durs, la mélodie apaise leur sens dans un contraste déroutant. Alternant piano et guitare, Emily Jane White nous fait ainsi naviguer au creux d’une mélancolie épurée, qui oscille entre harmonies légères et arrangements finement tissés. En enrichissant sa palette vocale avec des excursions dans le chant classique, elle compose un opus chargé en émotions au gré de ballades ténébreuses, telle une ombre gracile qui ricocherait d’accord en accord selon un équilibre périlleux mais lumineux. Une œuvre fragile, faite d’instants fugaces comme un voile qui effleurerait le grain de la peau et qui se lèvera vendredi à Meylan.

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Zhao Dayong : « La Chine est en transition »

ECRANS | Rencontre avec le réalisateur de "Shadow Days", en salle ce mercredi 30 mars. Propos recueillis par Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Zhao Dayong : « La Chine est en transition »

Comment peut-on tourner sereinement un film aussi critique sur et dans la Chine contemporaine ? Zhao Dayong : Je savais bien que le sujet ne passerait pas la censure, c’est pour cela que je n’ai pas pensé à le diffuser en Chine. De plus, je n’ai pas demandé d’autorisation de tournage — mais c’est classique pour un film indépendant chinois à petit budget. Malgré tout, il a été montré sur place lors de 3 ou 4 projections privées. Mais devant moins de 1000 spectateurs. Le cinéma chinois nous montre d’habitude le progrès, l’urbanisation, mais oublie le monde rural… La Chine est dans une étape de transition : les frontières entres les villes et les régions rurales ne sont pas très claires et l’on peut sentir parfois deux civilisations en même temps. L’endroit choisi pour le tournage était dans les années 1960-1970 un centre administratif (on voit beaucoup de vestiges de la Révolution culturelle). Mais ensuite, la ville a été désertée, elle est devenue cette cité fantôme, très triste… Votr

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Shadow Days

ECRANS | de Zhao Dayong (Chi., 1h35) avec Li Ziqian, Liang Ming, Liu Yu…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Shadow Days

Sujet tabou s’il en est pour la société chinoise, la politique publique de contrôle des naissances (et singulièrement dans les campagnes) ne fait pas partie des questions que le régime doit apprécier de voir traitées. Loin de renvoyer la réussite fulgurante des grands centres urbains du "pays aux deux régimes", Shadows Days décrit des zones rurales délabrées, abandonnées par la modernité, où l’autorité locale (le maire) entretient avec la capitale des relations ambigües : d’un côté application à la lettre de directives barbares (stérilisation de force des femmes trop fécondes), de l’autre pratique sereine de la prévarication ou du népotisme. Ce grand écart moral se double d’une perte très symbolique de repère spirituel et idéologique : frappé par la maladie, le maire ne sait plus Gotesman littéralement Gotesman à quel saint se vouer. Naviguant d’un exorcisme traditionnel à l’exhumation d’une statue de Mao, tentant le christianisme, il cherche une lueur d’espoir. En vain. Voilà qui ajoute au pessimisme de Zhao Dayong : que

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Les Ogres

ECRANS | Léa Fehner tend le barnum de son deuxième long métrage au-dessus du charivari d’une histoire familiale où les rires se mêlent aux larmes, les sentiments fardés aux passions absolues… Qu’importe, le spectacle continue ! Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Les Ogres

Surprenant de voracité, le titre ne ment pas : Les Ogres est bien un film-monstre. Car pour évoquer de manière lucide le quotidien d’une troupe tirant le diable par la queue, confondant la scène et la vraie vie, l’enfant de la balle (voire, enfant de troupe) Léa Fehner n’aurait pu faire moins que cette chronique extravagante, profuse, débordante de vie. D’une durée excessive (2h25) et cependant nécessaire, cette œuvre vrac et foutraque rend compte du miracle sans cesse renouvelé d’un spectacle né d’un effarant chaos en coulisses, produit par la fusion d’une somme d’individus rivaux soumis à leurs démons, leurs passions et jalousies. Quel cirque ! Ogres, ces saltimbanques le sont tous à des degrés divers, se nourrissant réciproquement et sans vergogne de leur énergie vitale – à commencer par le propre père de la cinéaste. Chef de bande tout à la fois charismatique et pathétique, odieux et investi dans le fonctionnement de la compagnie qu’il dirige en pote-despote, il tiendrait même de Cronos, dévorant ses enfants comme le Titan mythologique. Si Léa Fehner a su dépeindre les relations complexes se nouant au sein de ce groupe d’artistes cabossés, se q

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L'hommage sans dommages de Coltman à Nat King Cole

MUSIQUES | L’Anglais exilé à Paris Hugh Coltman s'offre un album de reprises du jazzman Nat King Cole. Et le défendra mardi soir sur la scène de la MC2.

Aurélien Martinez | Mardi 1 décembre 2015

L'hommage sans dommages de Coltman à Nat King Cole

Les parents ont une influence considérable sur leurs enfants. Ils peuvent par exemple peser sur la façon dont ces derniers aiment la viande ou sur leurs premiers goûts musicaux. Prenons l’Anglais exilé à Paris Hugh Coltman, qui nous revient avec un troisième album en hommage Nat King Cole : si on ne sait pas s’il mange le bœuf saignant ou bien cuit, on a par contre appris que c’est sa mère qui lui avait fait découvrir ce géant du crooning mort il y a tout juste cinquante ans – elle qui l’écoutait en boucle avant de s’éteindre lorsque son fils avait sept ans, d’où l’idée du double hommage. En découle un Shadows – Songs of Nat King Cole loin de la formule blues-pop du Coltman des premiers albums (le tubesque Could You Be Trusted par exemple) et de son groupe The Hoax, ce qui fonctionne tout autant. Car Hugh Coltman maîtrise son sujet : l’histoire d’un musicien noir qui s’est pris de plein fouet la ségrégation en place à l’époque aux États-Unis – Nat King Cole devait rentrer par la porte de service avant de donner ses concerts. Ça c’est pour le fond, que Coltman détaille autant en interview que

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Asaf Avidan : il était une voix

MUSIQUES | L'Israélien à la voix divine sera en concert à la Belle électrique deux soirs de suite pour défendre "Gold Shadow", deuxième album solo arrivé juste après le carton "Different Pulses".

Aurélien Martinez | Mardi 9 juin 2015

Asaf Avidan : il était une voix

Certaines des réussites artistiques les plus brillantes sont le fruit de douleurs. La musique est remplie de ces déchirures amoureuses couchées sur papier et transformées en mélodies à broyer un cœur heureux. Les productions qui en découlent sont communément appelées des « break-up albums », pour que les choses soient on ne peut plus claires. L’Israélien Asaf Avidan ajoute une pierre à cet édifice de larmes créatrices avec Gold Shadow, deuxième livraison solo venue juste après le carton Different Pulses et son One Day / Reckoning Song converti en tube planétaire par le DJ allemand Wankelmut. Et le fait sobrement, sans verser dans un sentimentalisme outrancier. Musicalement, alors qu’on aurait pu l’attendre sur une pop haute de gamme bien dans son temps, il est parti à la recherche de sons des décennies passées ; et les a trouvés : du blues, du jazz, du rock… Un grain vintage, écrin royal à des textes poétiques où les images affluent en nombre – « We're moles my friend / Blind against the dark » (« nous sommes des taupes mon ami / aveugles face à l’obscurité

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Shadow dancer

ECRANS | Excellente surprise que ce thriller glacial signé James Marsh. Le cinéma anglais, dans la lignée du canon Ken Loach (Hidden Agenda) / Paul Greengrass (...)

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

Shadow dancer

Excellente surprise que ce thriller glacial signé James Marsh. Le cinéma anglais, dans la lignée du canon Ken Loach (Hidden Agenda) / Paul Greengrass (Bloody Sunday), nous avait habitués à traiter la question du terrorisme irlandais sous un angle réaliste, sinon hyper-réaliste. Marsh en prend le contre-pied, lorgnant plutôt du côté des fictions paranoïaques 70’s façon Alan Pakula. La scène d’ouverture (après un prologue posant le traumatisme initial) donne le ton : un attentat raté dans le métro de Londres, filmé entièrement du point de vue de la poseuse de bombe, Collette – extraordinaire Andrea Riseborough – que la caméra accompagne en longs plans méticuleusement composés en scope et baignés d’une lumière froide et métallique. Arrêtée, elle doit se plier au contrat proposé par un agent du MI5 (Clive Owens, qui se coule avec modestie dans ce second rôle fantomatique) : dénoncer ses frères, tous terroristes, et les têtes pensantes de l’IRA pour éviter d’aller croupir en prison. Marsh ne fait jamais retomber la tension et le suspense qui accompagnent les louvoiements de son personnage, privilégiant la durée des séquences et l’ambiance qui en déco

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Awards 2012 théâtre

Théâtre | Les awards des meilleurs espoirs : Émilie Geymond et Julien Anselmino À Grenoble, grâce à un vivier impressionnant (le Conservatoire d’art (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 19 décembre 2012

Awards 2012 théâtre

Les awards des meilleurs espoirs : Émilie Geymond et Julien Anselmino À Grenoble, grâce à un vivier impressionnant (le Conservatoire d’art dramatique doit y être pour quelque chose !), nous avons une poignée d’excellents comédiens. Émilie Geymond et Julien Anselmino sont de ceux-ci. Elle, interprète franchement désopilante et toujours juste, que l’on a pu voir cette année grimée en vieille dame pour un solo joué en septembre lors de la soirée de présentation de saison du Tricycle, ou en avril sur la scène du Théâtre 145 en maîtresse de maison débordée dans Une souris grise (mise en scène de Grégory Faive). Lui, comédien vu cette année dans le spectacle Lys Martagon d’Émilie Le Roux, et que l’on croisera en janvier prochain au Tricycle dans la nouvelle créa

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Dark shadows

ECRANS | Tim Burton met un frein à la crise créative qu’il traversait depuis trois films avec cette comédie où il cherche à renouer avec la fantaisie noire de ses débuts, sans y parvenir totalement. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Jeudi 10 mai 2012

Dark shadows

Dark shadows permet à Tim Burton de faire le point sur l’évolution de son cinéma ces dernières années. Il est frappant, à la vision du film, de voir qu’y cohabitent parfois au sein d’une même séquence, souvent d’un champ à son contrechamp, le cinéaste enclin au bricolage et à l’artisanat mais aussi son pendant récent, le réalisateur converti au numérique se contentant de griffer ses plans en illustrateur prodige. Plus encore, cette dualité se retrouve dans les deux thèmes abordés par le scénario : la figure du freak confronté au monde de la norme, et sa déclinaison contestable qui en fait le défenseur d’une petite entreprise familiale qui irait vendre au monde entier sa bizarrerie. On se souvient de l’épilogue craignos d’Alice au pays des merveilles, où Alice reprenait le flambeau paternel pour aller envahir le marché chinois… C’est à peu près là que commence Dark shadows : Barnabas Collins (Johnny Depp, qui cabotine plus intelligemment que d’habitude) est, au XVIIIe siècle, le jeune héritier d’une fortune construite par ses parents, prolos de Liverpool devenus richissimes entrepreneurs dans un port de pêche du Maine, dont ils ont littéralement

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"Le Chagrin des ogres" : trop jeunes pour mourir

Théâtre | Deux adolescents, en fond de scène. L’une, Laetitia, qui a grandi dans la peur, se réveille sur son lit d’hôpital. L’autre, Bastian, gamin taciturne et mis à (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 13 avril 2012

Deux adolescents, en fond de scène. L’une, Laetitia, qui a grandi dans la peur, se réveille sur son lit d’hôpital. L’autre, Bastian, gamin taciturne et mis à l’écart par ses camarades, est sur le point de sombrer dans une folie meurtrière. « Le Chagrin des ogres, c’est le récit d’une journée au cours de laquelle des enfants vont cesser d’être des enfants » explique Fabrice Murgia. Le metteur en scène s’est ainsi attaché à rendre palpable le malaise de ses personnages en utilisant une scénographie jouant sur la proximité : alors qu’ils sont éloignés du public, comme enfermés dans des cages, les visages de Laetitia et Bastian sont projetés en grand format, à l’aide de caméras qui deviennent leur journal intime, leur passerelle vers le monde. C’est en partie grâce à ce dispositif impressionnant et fluide que Fabrice Murgia marque les esprits. Pour sa scénographie, il se sert de la technique comme d’une pâte à modeler à fantasmes, et non comme d’un simple jouet faire-valoir. Le Chagrin des ogres, c’est avant tout le travai

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Fabrice Murgia : « En terme d’utopie, notre société recule »

Théâtre | À partir de deux faits divers contemporains impliquant deux adolescents, le jeune metteur en scène belge Fabrice Murgia a élaboré "Le Chagrin des ogres", spectacle coup de poing visuellement fort sur le passage délicat (et parfois violent) de l’enfance à l’âge adulte. Rencontre.

Aurélien Martinez | Vendredi 13 avril 2012

Fabrice Murgia : « En terme d’utopie, notre société recule »

Comment est né ce Chagrin des ogres, qui est d’ailleurs votre première création ? Fabrice Murgia : Le spectacle a véritablement vu le jour en 2009, même s’il a été pensé en amont. Au départ, je suis tombé sur le blog de Bastian Bosse, ce jeune Allemand de 18 ans qui, en 2006, tira sur trente-sept élèves et professeurs de son ancien lycée avant de retourner l’arme contre lui. Parallèlement, je venais d’avoir un enfant : j’étais dans une espèce de petit déchirement à l’intérieur, que je n’arrivais pas à exprimer à l’époque mais que maintenant, en vieillissant, je parviens à intellectualiser. En quelque sorte, le fait de devenir père me questionnait sur ce que je devais laisser derrière moi pour avancer. J’ai donc relié ces deux choses. Ce qui peut surprendre… Je ne sais pas si les Français peuvent vraiment s’en apercevoir, mais j’appartiens à une génération en Belgique qui a vécu de près les évènements des années 1990, les années Marc Dutroux… Une époque où nous, l’équipe du Chagrin des

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Qui es-tu Fabrice Murgia ?

SCENES | Né en 1983 à Verviers en Belgique (région wallonne, près de Liège), Fabrice Murgia sort diplômé du Conservatoire de Liège en 2006. Il devient comédien de théâtre et de (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 13 avril 2012

Qui es-tu Fabrice Murgia ?

Né en 1983 à Verviers en Belgique (région wallonne, près de Liège), Fabrice Murgia sort diplômé du Conservatoire de Liège en 2006. Il devient comédien de théâtre et de cinéma (on a pu notamment le voir au côté de Catherine Frot dans Odette Toulemonde d’Éric-Emmanuel Schmitt). En 2007, pendant un stage, l’un de ses étudiants lui parle du blog de Bastian Bosse, qui le bouleversera grandement. Au cours du stage, il découvre aussi Le 20 novembre, la pièce que Lars Norén a consacré à ce même blog. Deux chocs qui le décident à se confronter directement à cette histoire si actuelle : avec trois comédiens, et pas forcément des moyens mirobolants, il se lance dans l’aventure de ce qui deviendra Le Chagrin des ogres. Un spectacle qui frappe juste : en 2010, il reçoit entre autres le prix du public au festival Impatience, organisé par le Théâtre parisien de l’Odéon et dédié à la jeune création européenne. La tournée qui suit l’emmène sur les plus grandes scènes de Belgique et de France. Sa deuxième création, Life : Reset / Chronique d’une ville épuisée

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L’enfance nue

SCENES | Pour sa première pièce, le jeune metteur en scène belge Fabrice Murgia a frappé fort ; très fort. Son Chagrin des ogres, écrit à partir de deux faits divers (...)

François Cau | Vendredi 6 janvier 2012

L’enfance nue

Pour sa première pièce, le jeune metteur en scène belge Fabrice Murgia a frappé fort ; très fort. Son Chagrin des ogres, écrit à partir de deux faits divers contemporains convoquant deux adolescents (Bastian Bosse, un Allemand qui tua quinze élèves de son lycée, et la très médiatisée Natascha Kampusch, Autrichienne kidnappée et emprisonnée jusqu’à ses dix-huit ans), se détache rapidement du factuel pour devenir un conte initiatique cruel sur les affres de la fin de l’enfance. Avec une scénographie épurée et moderne (notamment grâce à l’utilisation judicieuse de la vidéo), le spectacle se fait rapidement sensitif, plaçant le spectateur dans un état proche du malaise. Fort ; très fort.

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Des hommes sous influence

MUSIQUES | Portrait chinois / De faÇon collégiale et dÉcontractÉe, les sbires du Johnny Staccato Band se sont pliÉs au jeu du portrait chinois artistique. Donc, si le groupe Était un…

Christophe Chabert | Mercredi 24 janvier 2007

Des hommes sous influence

LIVRE : “MOINS QU’UN CHIEN“ DE CHARLES MINGUS (éd. Parenthèses) La phrase qui résume le mieux le livre et la vie de Charles Mingus se trouve dès l’intro : «I am Three». En prenant la plume au nom de ses trois personnalités distinctes mais bizarrement complémentaires, le génial contrebassiste revient sur son parcours hédoniste (ses conquêtes féminines occupent une partie conséquente de l’ouvrage), sous la forme d’une séance de psychanalyse marathon, passage par une “maison de repos“ inclus. «Je ne connais que le titre en italien, c’est Peggio di un bastardo (NDLR : et histoire de vous faire la totale, en anglais c’est Beneath the Underdog), j’espère que le titre français ne le trahit pas trop… C’est son autobiographie. Charles Mingus, c’est l’exemple parfait du métissage total, sa mère était d’origine chinoise et anglaise, son père black et en même temps suédois – un extraterrestre qui a transféré cet état d’esprit dans sa musique, qui a poussé très loin l’exploration d’un jazz vivant, libre». DISQUE : “LOUNGE LIZARDS“ DE THE LOUNGE LIZARDS (label Island – dispo en import) Les cinéphiles assidus connaissent le fondateur de ce combo jazz hétéroclite, John Lurie, pour ses

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