Timbuktu

ECRANS | Après "Bamako", Abderrahmane Sissako continue d’explorer les souffrances politiques du Mali, non pas en instruisant le procès du FMI mais en offrant une vision tragi-comique de la terreur djihadiste. Une approche pertinente de la question, qui ne fait pas oublier une forme auteurisante un peu datée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 décembre 2014

Photo : © Les Films du Worso - Dune Vision


La sortie de Timbuktu va donc se dérouler au moment où les yeux de la planète sont braqués vers l'État islamique, tandis que le spectre d'une résurgence djihadiste au Mali est encore vivace. Autrement dit : en plein dans le mille de l'actu, ce qui est un avantage – médiatique – mais aussi un inconvénient – puisque le film se retrouve malgré lui à avoir quelque chose à dire sur le sujet. Or, la nouvelle livraison d'Abderrahmane Sissako, même si elle parle d'un petit groupe d'islamistes qui mettent en coupe réglée un village mauritanien en voulant y instaurer la charia, n'a aucun discours rassurant à délivrer à un Occident angoissé.

Déjà, son génial Bamako intentait un procès réparateur mais fictif au FMI ; aujourd'hui, Timbuktu choisit de rire d'une autre tragédie. Ses djihadistes sont regardés comme une cohorte d'individus empêtrés dans leurs contradictions, mais qui puisent leur force du groupe qu'ils ont constitué. Et c'est en brisant la communauté à laquelle ils s'attaquent, créant des schismes selon le sexe, l'âge ou les origines des autochtones, qu'ils installent la terreur.

Dans sa première partie, le film montre cette emprise comme un petit théâtre de l'absurde où les règles sont tournées en ridicule et les terroristes ramenés à leurs pulsions. Ainsi, l'un d'entre eux doit se cacher pour fumer une cigarette, pratique interdite par la loi islamique ; et lorsqu'il voit au loin un buisson sur une dune qui dessine un sexe de femme, il sort sa grosse mitraillette pour le raser.

Ballon invisible

Pour installer cet humour détonnant, Sissako a besoin d'une forme un peu vieillotte, un cinéma de vignettes où l'ordre des scènes paraît interchangeable, comme autant d'espaces déconnectés dramatiquement – structure usée d'avoir trop servi depuis Dodeskaden de Kurosawa en 1970 ! Cette facilité-là prend encore plus de place dans la deuxième partie où le cinéaste, après avoir raillé l'inconséquence intime des terroristes, montre que leur bêtise n'en est pas moins mortelle.

C'est finalement lorsqu'il choisit de décaler poétiquement ses situations que Sissako est le plus pertinent : ainsi de ce magnifique match de football que des enfants disputent avec un ballon invisible. C'est peut-être un hommage amusé à la fameuse partie de tennis de Blow up ; c'est surtout une manière simple de raconter comment, lorsqu'on prive un groupe de sa liberté, on ne parvient pas à entraver son imaginaire et sa capacité à faire semblant.

Timbuktu
D'Abderrahmane Sissako (Mali-Fr, 1h45) avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki…


Timbuktu

D'Abderrahmane Sissako (Fr-Mau, 1h37) avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri...

D'Abderrahmane Sissako (Fr-Mau, 1h37) avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri...

voir la fiche du film


Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Cannes 2014, jour 1 : Grace de M...

ECRANS | "Grace de Monaco" d’Olivier Dahan (en salles depuis mercredi). "Timbuktu" d’Abderrahmane Sissako (pas encore de date de sortie)

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 1 : Grace de M...

C’est donc reparti pour un tour de Cannes, et bon, disons-le tout de suite, ça a très très mal commencé. Avec la présentation en ouverture du Grace de Monaco d’Olivier Dahan, on sonde déjà les profondeurs du néant cinématographique. Il faut remonter à loin pour trouver une séance de gala aussi foireuse (Da Vinci Code ? Fanfan la Tulipe ?). Les producteurs de ce truc peuvent remercier Thierry Frémaux d’avoir donné un généreux coup de pouce à un film en perdition depuis des mois, en particulier depuis la brouille ouverte entre le réalisateur et Harvey Weinstein, à qui on donne plutôt raison d’avoir refusé de présenter cette version au public américain. Quoique, à moins de le retourner intégralement, on voit mal comment on peut sauver l’affaire du naufrage dans lequel il s’enfonce quasi-instantanément. Déjà, l’angle choisi pour cette bio a de quoi faire hurler : comment Grace Kelly a choisi de renoncer définitivement à sa carrière au cinéma pour endosser les habits de princesse monégasque, à la faveur d’un incident qui opposa la famille royale à De Gaulle, décidé à mettre fin à l’exil massif des capitaux qui avait lieu là-bas. Dah

Continuer à lire