"Boîte noire" : crime en bande réorganisée

ECRANS | Un analyste opiniâtre du BEA, ayant découvert que les enregistrements d’un crash aérien ont été truqués, se trouve confronté à l’hostilité générale… Yann Gozlan creuse le sillon du thriller politique, lorgnant ici le versant techno-paranoïde et transposant l’esprit du ciné US des années 1970 aux problématiques contemporaines. Brillamment réalisé.

Vincent Raymond | Mardi 7 septembre 2021

Photo : ©WY Productions / 24-25 films


Après le crash du vol Dubaï-Paris, un jeune analyste prodige détecte que les pistes sonores des boîtes noires ont été trafiquées. Au fur et à mesure d'une enquête qui l'isole de plus en plus et mine son couple, il réalise la compromission de responsables industriels et politiques. Et que sa propre vie paraît, elle aussi, en danger…

Toute incursion dans le thriller politique — jadis domaine régalien du cinéma américain, un peu en déshérence depuis une vingtaine d'années — est la bienvenue. À condition évidemment qu'il y ait à la fois un enjeu politique cohérent et un traitement suffisamment rythmé pour répondre aux exigences de ce registre : les barbouzeries et collusions entre officines para-gouvernementales avaient ainsi permis à Coppola (Conversation secrète), Pollack (Les Trois jours du Condor), Pakula (The Parallax View) ou De Palma (Blow Out) de placer haut la barre au Milan des années 1970, avant que le genre ne s'hybride définitivement avec des problématiques technologiques depuis Clancy, Crichton et consorts, signant l'avènement inéluctable du monde globalisé et multipolaire décrit par le Snwoden de Stone. C'est dans cet univers d'intrications et de réseaux (mot-clef de son intrigue, à bien des égards) que Yann Gozlan situe Boîte Noire où l'on vole (terme ici étonnamment polysémique lui aussi) sans se soucier des frontières, des lois, de la morale. Le cinéaste joue avec le sens… mais aussi avec les sens.

Car du son, élément germinatif du récit, Gozlan crée un étonnant matériau donnant à voir ce qu'une bouillie de fréquences hachées évoque à une oreille aguerrie — on croirait les flashes du médium de Dead Zone. Sa réalisation, ample et fluide, servie par des plans-séquences hallucinants, dont celui d'ouverture, transforme chaque écoute en nouvelle hypothèse, et conduit à interroger la validité des images par la vue autant que l'ouïe. À l'époque du deep-fake, inutile de dire à quel point cette précaution est salutaire, même si elle transforme le spectateur en clone de son héros campé par Pierre Niney : en obsessionnel paranoïaque…

Du virtuel et de la mort

Autre grand axe exploré par Boîte Noire, celui d'une solitude paradoxale dans la mesure où elle est sans cesse parasitée par des spectres — encore une fois, dans tous les sens du terme. Des manifestations vocales de trépassés hantent, dans un cercle vicieux, jusqu'à la folie celui qui les sollicite afin de les arracher à leur mort injuste prématurée, mais qui de fait se prive à son tour de repos. Ce thème d'une impossibilité — du refus — d'accomplir un deuil trouve un écho (!) dans l'hypnotique Serre Moi Fort de Mathieu Amalric (08/09), où le personnage joué par Vicky Krieps, ayant perdu mari et enfants dans une avalanche, projette la poursuite de leur existence dans une vie parallèle ; un dérivatif à son chagrin pour retarder l'acceptation de l'inéluctable. Mais ce faux-semblant s'avère aussi une prison l'enfermant dans la sur-présence obsédante du passé et de “ses“ absents, dont elle va traquer la silhouette chez d'autres enfants… Là encore, le refus de la perte expose à un vertigineux abandon de sa propre personne — accentué par l'omniprésence des simulacres (enregistrements, photos etc.) entretenant une permanence illusoire et délétère des défunts. Carpe diem se conjugue au présent, pas avec des fleurs séchées, ni numérisées…

★★★★☆ Boîte noire de Yann Gozlan (Fr., 2h09) avec Pierre Niney, Lou de Laâge, André Dussollier… ★★★★☆ Serre Moi Fort (Fr. 1h37) de Mathieu Amalric avec Vicky Krieps, Arieh Worthalter…


Boîte noire

De Yann Gozlan (Fr, 2h09) avec Pierre Niney, Lou de Laâge, André Dussollier

De Yann Gozlan (Fr, 2h09) avec Pierre Niney, Lou de Laâge, André Dussollier

salles et horaires du film


Que s’est-il passé à bord du vol Dubaï-Paris avant son crash dans le massif alpin ? Technicien au BEA, autorité responsable des enquêtes de sécurité dans l’aviation civile, Mathieu Vasseur est propulsé enquêteur en chef sur une catastrophe aérienne sans précédent. Erreur de pilotage ? Défaillance technique ? Acte terroriste ? L’analyse minutieuse des boîtes noires va pousser Mathieu à mener en secret sa propre investigation. Il ignore encore jusqu’où va le mener sa quête de vérité.

Boîte noire est à  l'affiche dans 4 salles le mercredi 15 septembre

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
13h15 - 16h - 18h45 - 21h30

Pathé Échirolles

4 rue Albert Londres 38130 Échirolles
TLJS 13h30, 15h15, 18h, 20h45 + dim 11h

PASSrL Le Mail

15 rue du Mail 38500 Voiron
Mer 13h50, 16h45, 20h - jeu, lun, mar 14h, 18h, 20h - ven 14h, 17h50, 20h40 - sam 13h50, 16h45, 19h45, 22h30 - dim 10h50, 13h50, 16h45, 20h

La Nef

18 boulevard Edouard Rey 38000 Grenoble
13h50 - 16h05 - 19h40 - 21h50
Boîte noire est à  l'affiche dans 4 salles le jeudi 16 septembre

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
13h15 - 16h - 18h45 - 21h30

Pathé Échirolles

4 rue Albert Londres 38130 Échirolles
TLJS 13h30, 15h15, 18h, 20h45 + dim 11h

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La Nef

18 boulevard Edouard Rey 38000 Grenoble
13h50 - 16h05 - 19h40 - 21h50
Boîte noire est à  l'affiche dans 4 salles le vendredi 17 septembre

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
13h15 - 16h - 18h45 - 21h30

Pathé Échirolles

4 rue Albert Londres 38130 Échirolles
TLJS 13h30, 15h15, 18h, 20h45 + dim 11h

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Mer 13h50, 16h45, 20h - jeu, lun, mar 14h, 18h, 20h - ven 14h, 17h50, 20h40 - sam 13h50, 16h45, 19h45, 22h30 - dim 10h50, 13h50, 16h45, 20h

La Nef

18 boulevard Edouard Rey 38000 Grenoble
13h50 - 16h05 - 19h40 - 21h50
Boîte noire est à  l'affiche dans 4 salles le samedi 18 septembre

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
13h15 - 16h - 18h45 - 21h30

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4 rue Albert Londres 38130 Échirolles
TLJS 13h30, 15h15, 18h, 20h45 + dim 11h

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15 rue du Mail 38500 Voiron
Mer 13h50, 16h45, 20h - jeu, lun, mar 14h, 18h, 20h - ven 14h, 17h50, 20h40 - sam 13h50, 16h45, 19h45, 22h30 - dim 10h50, 13h50, 16h45, 20h

La Nef

18 boulevard Edouard Rey 38000 Grenoble
13h50 - 16h05 - 19h40 - 21h50
Boîte noire est à  l'affiche dans 4 salles le dimanche 19 septembre

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
13h15 - 16h - 18h45 - 21h30

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4 rue Albert Londres 38130 Échirolles
TLJS 13h30, 15h15, 18h, 20h45 + dim 11h

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La Nef

18 boulevard Edouard Rey 38000 Grenoble
13h50 - 16h05 - 19h40 - 21h50
Boîte noire est à  l'affiche dans 4 salles le lundi 20 septembre

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
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Pathé Échirolles

4 rue Albert Londres 38130 Échirolles
TLJS 13h30, 15h15, 18h, 20h45 + dim 11h

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15 rue du Mail 38500 Voiron
Mer 13h50, 16h45, 20h - jeu, lun, mar 14h, 18h, 20h - ven 14h, 17h50, 20h40 - sam 13h50, 16h45, 19h45, 22h30 - dim 10h50, 13h50, 16h45, 20h

La Nef

18 boulevard Edouard Rey 38000 Grenoble
13h50 - 16h05 - 19h40 - 21h50
Boîte noire est à  l'affiche dans 4 salles le mardi 21 septembre

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
13h15 - 16h - 18h45 - 21h30

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TLJS 13h30, 15h15, 18h, 20h45 + dim 11h

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Mathieu Amalric : « Notre génération a fait beaucoup de progrès avec l’émotion »

Entretien | Une femme feint de quitter son mari et ses enfants ; en réalité, ceux-ci ont disparu dans une avalanche et elle préfère leur inventer une vie à part de la sienne. Tel est l’argument du nouveau film réalisé par Mathieu Amalric, kaléidoscope mental et fascinant, où chaque détail compte. Propos rapportés d’une conversation fleuve…

Vincent Raymond | Mercredi 8 septembre 2021

Mathieu Amalric : « Notre génération a fait beaucoup de progrès avec l’émotion »

Le son de votre film débute non par la Norma de Bellini du distributeur Gaumont, ni les jingles des autres coproducteurs Canal+ et Arte, mais par la musique que vous avez choisie pour votre générique. Est-ce vous qui l’avez imposé ? Mathieu Amalric : Oui oui ! Ils ont eu cette gentillesse. Ça n’a pas été un débat ni un conflit à la force du poignet. Franchement, il ne fallait pas d’autre musique, quoi ! Parfois, quand on est spectateur, il y a des logos tellement sophistiqués qu’on pense que c’est le début et… ah non ! En fait, on ne sait plus quand les films commencent. Là, ça commence par la musique jouée par Marcelle Meyer, la même pianiste qu’au générique final. Comment Je reviens de loin, la pièce que vous adaptez ici, vous est-elle parvenue ? Grâce à un ami, acteur et metteur, Laurent Ziserman. On se connaît depuis toujours : il avait joué dans mon premier court métrage, Sans rires. C’est lui qui va monter aux Célestins l’année prochaine l’adaptation de

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"Rois & Reine" : le roi Desplechin

ECRANS | En partie tourné à Grenoble, ce film culte du fameux réalisateur français sera repris jeudi 20 juin au Méliès. Immanquable.

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Faut-il y voir une relation de cause à effet ? Arnaud Desplechin a rencontré son plus grand succès public à ce jour avec un film tourné partiellement à Grenoble, Rois & Reine (2004). Lançant la seconde partie de sa carrière, ce long-métrage est le premier d’une série de cinq fictions où Mathieu Amalric va incarner le premier rôle, le "corps social" du cinéaste, et bien souvent un double fantasmé prénommé Ismaël. Dépressif et interné au début de cet opus, cet Ismaël dépenaillé va peu à peu se libérer de ses fantômes (déjà !) et retrouver l’équilibre en servant de repère (mais pas de père) de substitution à un enfant. Cet enfant, figure centrale et pourtant discrète de l’histoire, est celui de l’autre personnage principal, Nora (Emmanuelle Devos), âme et femme forte, devant assumer plusieurs deuils successifs… Desplechin tisse ici une fibre des plus bergmaniennes avec ce drame cruel hérissé de burlesque. Et s’il reprend quelques procédés dont il est coutumiers (comme les lettres lues face caméra), il se montre de plus en plus tenté par des approches stylistiques plus aventureuses (

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"Sauver ou périr" : feu le pompier

ECRANS | Le parcours d’un pompier parisien, de l’adrénaline de l’action à la douleur du renoncement après l’accident. Une histoire de phénix né à nouveau par le feu qui faillit le consumer, marquant (déjà) la reconstruction d’un cinéaste, Frédéric Tellier, pourtant parti de guingois avec son premier long.

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Jeune sapeur-pompier dévoué et heureux en ménage, Franck (Pierre Niney) aspire à diriger des opérations sur des incendies. Hélas, sa première intervention se solde par un grave accident le laissant plusieurs mois à l’hôpital, en lambeaux et défiguré. Un lent combat pour réapprendre à vivre commence… Consacrer un film à un soldat du feu juste après avoir jeté son dévolu sur la brigade du Quai des Orfèvres ayant traqué Guy Georges (dans le très inégal L’Affaire SK1, 2014) risque de laisser penser que le réalisateur Frédéric Tellier donne dans le fétichisme de l’uniforme ou des agents du service public. Pour autant, ses deux longs-métrages n’ont pas grand-chose en commun, si ce n’est qu'ils s'inspirent d’une histoire vraie et bénéficient de l’appoint d’un bon co-scénariste, David Oelhoffen (auteur par ailleurs du réussi Frères ennemis sorti en octobre dernier). Tellier débute sans prendre de gants par une contextualisation brute et édifiante

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"Mauvaises herbes" : repiquage de drôles de sauvageons

ECRANS | de et avec Kheiron (Fr., 1h40) avec également Catherine Deneuve, André Dussollier…

Vincent Raymond | Lundi 19 novembre 2018

Recueilli jadis par Monique (Catherine Deneuve), Waël (Kheiron) est devenu dans la cité un prince de l’embrouille et de la tchatche, sans perdre son bon fond. Mais un jour, l’une de ses victimes (André Dussollier), par ailleurs vieille connaissance de Monique, le recrute comme éducateur. Waël va faire des miracles… Après Nous trois ou rien, cette deuxième réalisation de Kheiron entremêle deux récits aux styles très distincts : l’un censé retracer la petite enfance cahoteuse de Waël, jusqu’à son adoption puis son exil, possède des accents dramatiques et symboliques qui ne dépareraient pas la sélection d’un grand festival ; l’autre jouant sur la comédie urbaine, conjugue le tac-au-tac begaudeau-gastambidien du dialogue à une romance tendre pour cheveux gris. Un attelage dont le baroque rivalise avec celui de la distribution mais qui prouve sa validité par l’exemple : Deneuve en bonne sœur retraitée et délurée trouve là un de ses meilleurs emplois depuis fort longtemps, et forme avec Dussollier, merveilleux de bienveillance embarrassée, un couple convaincant. Quant à la troupe de jeunes pousses sur la m

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"Le Grand Bain" : des gars des eaux

ECRANS | de Gilles Lellouche (Fr, 2h02) avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde…

Vincent Raymond | Jeudi 18 octobre 2018

Chômeur dépressif, Bertrand rejoint un groupe de bras cassés, tous vaguement en déroute personnelle, pour former une très baroque équipe de natation synchronisée masculine. Entraînés par deux ex championnes azimutées, les gars vont se révéler aux autres et à eux-mêmes… Gilles Lellouche réalisateur, ce n’est pas une nouveauté : co-auteur de courts ainsi que d’un long avec son ancien complice Tristan Aurouet (Narco, 2004), il avait aussi participé à la trop inégale (dé)pantalonnade Les Infidèles (2012) avec un autre de ses potes, Jean Dujardin. En revanche, c’est la première fois qu’il se retrouve en solo derrière la caméra pour un long. Si son fidèle Guillaume Canet figure au générique, il n’en est pas le centre de gravité : Le Grand Bain est authentique histoire sur le groupe et la force de l’union. Pas d’un club de quadra friqués pérorant en buvant des huîtres ; plutôt une collection de paumés de la classe jadis moyenne confrontée aux fins de mois difficiles et/ou à

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Pierre Niney : « Le film n’est pas un biopic sur Romain Gary »

ECRANS | Dans "La Promesse de l'aube", Pierre Niney enfile un nouveau costume prestigieux : celui d’un auteur ayant au moins autant vécu d’existences dans la vraie vie que dans ses romans, Romain Gary. Rencontre avec un interprète admiratif de son personnage.

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Pierre Niney : « Le film n’est pas un biopic sur Romain Gary »

Comment êtes-vous passé du statut de lecteur de Romain Gary – et de connaisseur selon votre metteur en scène – à celui d’interprète de son personnage ? Pierre Niney : Éric Barbier dit que je connais très bien Romain Gary, mais ce n’est pas vrai (sourires) ! Je connaissais La Promesse de l’aube que j’adorais, mais peu Gary. Il m’a parlé de son film, qui est une adaptation d’une adaptation de certains épisodes de la vie de Gary, et notamment de ce lien complètement fou, démesuré, toxique et inspirant avec sa mère. On a pris la liberté de s’écarter d’une réalité factuelle de la vie de Gary. Ce n’est donc pas un biopic, car ce n’était pas l’intention du livre : un autobiographe a rarement l’intention de dire la stricte vérité ; surtout pas Gary, dans aucun de ses livres. Le fils de Romain Gary, Diego, avait fait la remarque : « ma grand-mère s’appelait Mina et pas Nina ». Cette distance-là est importante. Je joue donc un "personnage", à qui il arrive des choses extraordinaires qui sont réellement arrivées à Gary dans beaucoup de moments de son livre. Les chose

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"La Promesse de l'aube" : Romain Gary en grand format

ECRANS | Le réalisateur français Éric Barbier a adapté le fameux roman du tout aussi fameux Romain Gary. Une réussite portée par le tandem Pierre Niney - Charlotte Gainsbourg dans le rôle du fils et de la mère.

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Mexique, fin des années 1950. S’isolant de la fièvre de la Fête des morts, le diplomate et écrivain Romain Gary entreprend, la quarantaine révolue, de raconter dans un livre ce qui l’a conduit à mener toutes ses vies : une promesse faite à la femme de sa vie, sa mère… Le roman de Romain Gary se prête merveilleusement à l’adaptation (donc aux nécessaires trahisons) dans la mesure où l’auteur était le premier à enjoliver des faits trop plats afin de gagner en efficacité romanesque – il pratiquait le "mentir-vrai" d’Aragon à un niveau d’expert. Ce préalable étant connu, on peut considérer qu’une transposition prenant quelques libertés avec le texte-source à des fins narratives ou esthétiques fait preuve de la plus respectueuse des fidélités à l’égard de l’esprit du romancier. Telle cette version signée Éric Barbier, d’une ressemblante dissemblance. La mère de toutes les batailles Le cinéaste y déploie ses qualités que sont l’ambition et la sincérité, indispensables atouts pour marier l’épique, le picaresque, l’académisme et le cocasse autour de cette drôle de fresque où la mère devient un personnage sous la plume d’un fils qu’elle a

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"Barbara" : si le film est mauvais

ECRANS | de et avec Mathieu Amalric (Fr., 1h37) avec également Jeanne Balibar, Vincent Peirani…

Vincent Raymond | Lundi 4 septembre 2017

Une comédienne endosse pour les besoins d’un film le rôle de le chanteuse Barbara. On la suit hors et sur le plateau, tentant de s’approprier ce personnage fantasque et nocturne ; cette icône qui, en réalité, est une idole que fantasme un réalisateur obsessionnel… Mathieu Amalric succombe à son tour à la mode du biopic, tentant une approche conceptuelle d’un fragment de l’existence de la longue dame brune. En l’occurrence, il mêle les répétitions d’une actrice-jouant-Barbara à des images d’archives de l’authentique Barbara répétant en tournée. Un collage-hommage dont on devine l’intention : montrer la convergence de démarches artistiques absolues tout en provoquant un trouble visuel et mental chez le spectateur grâce à la "performance" de la comédienne. Las ! De confusion, il n’y a guère : le mélange d’images fait surtout rejaillir l’artifice et l’inanité du simulacre. Si Jeanne Balibar, tristement horripilante dans le surjeu maniéré dont elle est coutumière, semble donner l’impression de se regarder jouer – et de s’écouter chanter –, Amalric se ménage une issue en campant un cinéaste vivant dans ses rêves d

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"Les fantômes d'Ismaël" : un Desplechin vertigineusement délicieux

ECRANS | Avec ce nouveau film présenté en ouverture, hors compétition, au festival de Cannes, Arnaud Desplechin entraîne ses personnages dans un enchâssement de récits, les menant de l’ombre à la lumière, de l’égoïsme à la générosité. Un thriller romanesque scandé de burlesque, entre John Le Carré, Ingmar Bergman, Woody Allen et Alfred Hitchcock.

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Revoici Arnaud Desplechin en sa pépinière cannoise, là où il a éclos et grandi. Qu’il figure ou non en compétition importe peu désormais : les jurys l'ont, avec une constance confinant au gag, toujours ignoré. De par sa distribution glamour internationale, Les Fantômes d’Ismaël convient ainsi à merveille pour assouvir l’avidité multimédiatique d’une ouverture de festival. Il allie en sus les vertus quintessentielles d’un film d’auteur – d’un grand auteur et d’un grand film. Ismaël (Mathieu Amalric) en est le héros paradoxal : inventeur d’histoires, ce cinéaste se trouve incapable de tourner après que Carlotta (Marion Cotillard), son épouse disparue depuis 20 ans, a refait surface dans sa vie. Plus fort que ses fictions, ce soudain coup de théâtre a en outre provoqué le départ de sa compagne Sylvia (Charlotte Gainsbourg)… Du grand spectral Si Desplechin exprime ici un désir frénétique de romanesque, il montre que l'imprévisibilité de l'existence surpasse par son imagination la plus féconde des machines à créer... dans le temps qu'il démultiplie le

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Lucas Belvaux : « "Chez nous", un film pour participer au débat »

Interview | Cinéaste dont l’éclectisme n’est plus à prouver depuis sa "Trilogie" (2003), Lucas Belvaux revendique sans faux-fuyant sa volonté de contribuer à la réflexion démocratique.

Vincent Raymond | Lundi 20 février 2017

Lucas Belvaux : «

Etait-il envisageable de tourner Chez nous pour la télévision, ou d’en faire une prédiffusion télévisée pour être sûr qu’il soit davantage vu ? Lucas Belvaux : Non, je n’y ai même pas pensé. À la télé, les contraintes sont telles que j’aurais été moins libre : les budgets, le rythme – non pas de tournage, mais de production – et l’écriture sont très cadrés. Ce sont des films qu’il faut faire dans une liberté absolue. Vous aviez l’impératif du calendrier électoral… Bien sûr : il fallait sortir avec l’élection présidentielle pour participer au débat. Le même film, quelle que soit l’issue de l’élection, n’avait pas le même sens s’il sortait après. C’était avant ou jamais. Mais si la sortie du film est programmée par les élections, l’envie est née avant, pendant le précédent, Pas son genre. On tournait à Arras ave

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"Chez nous" : Lucas Belvaux dans les coulisses de l'extrême droite

ECRANS | Désireux d’éveiller les consciences en période pré-électorale, Lucas Belvaux lance un coup de poing idéologique en démontant la stratégie de conquête du pouvoir d’un parti populiste d’extrême droite. Toute ressemblance avec une situation contemporaine n’est pas fortuite…

Vincent Raymond | Lundi 20 février 2017

Lucas Belvaux s’y attendait, il n’a donc pas été surpris : depuis la diffusion de la bande-annonce de son nouveau long-métrage, quelques élus du parti en ayant inspiré le scénario ont d’autorité (forcément) assimilé Chez nous à « un navet » (sic). Et considéré qu’il s’agissait d’un « film de propagande » (re-sic) n’ayant pas sa place sur les écrans, à deux mois du premier tour de l’élection présidentielle. Cela, bien entendu, sans l’avoir vu. Pourquoi un tel effroi de leur part ? Est-ce bien raisonnable de craindre de la résonance d’un si modeste film ? Sans doute : ils savent l’opinion malléable et supposent Chez nous susceptible de rappeler aux oublieux ces mécanismes à la Machiavel, permettant de manipuler le peuple en douceur – avec son consentement de surcroît. L’effet haine La protagoniste de cette histoire y est choisie par un cadre du Bloc Patriotique, parti populiste d’extrême droite, pour être tête de liste aux municipales de sa petite ville du No

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Avec "À Jamais", Benoît Jacquot s'essaie au film de fantôme

ECRANS | de Benoît Jacquot (Fr.-Port., 1h30) avec Mathieu Amalric, Julia Roy, Jeanne Balibar…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Avec

Un réalisateur meurt dans un accident alors qu’il travaille à un nouveau projet. Sa nouvelle compagne et actrice investit alors son absence, au point de ressentir comme une étrange résurgence de sa présence… Inspiré par sa nouvelle muse Julia Roy, l’infatigable Benoît Jacquot poursuit une œuvre habitée par le trouble en s’essayant au film de fantôme. Poursuivre, c’est d’ailleurs le principe de ce thriller "métapsychologique" adoptant un chemin labyrinthique, dupliquant réalité et souvenirs transformés ; faisant la part belle à l’onirisme et aux contours flous de l’état modifié de conscience. Les séquences s’enchaînent dans une splendide disjonction, comme une cascade de songes en mouvement. Sommes-nous dans le dédale d’un deuil impossible dégénérant en pathologie, ou bien assiste-t-on au contraire à son accomplissement – certes particulier ? L’ambiance que dispense Jacquot rappelle celle du mal-aimé Femme Fatale (2002) de De Palma ou de Alice ou la dernière fugue (1976), dont son réalisateur Chabrol disait qu’il était "hélicoïdal" ; des films envoûtants dans lesquels il faut savoir s’abandonner et oublier les repères logique

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"L’Odyssée" : aquatique en toc

ECRANS | de Jérôme Salle (Fr., 2h02) avec Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Rien de tel qu’un biopic pour hameçonner public et récompenses. Alors imaginez qu’on en consacre un à l’icône Jacques-Yves Cousteau… c’est du dragage dans les grandes profondeurs ; de la pêche à la dynamite – pour reprendre ses gaillardes méthodes de recensement des espèces pélagiques. Sauf que "JYC", comme tout un chacun, n’était pas clair comme de l’eau de roche et Jérôme Salle n’a pas réussi à trancher entre l’hagiographie consensuelle ou l’étude critique des nombreuses vies du bonhomme. Faussement âpre pour ne pas paraître (trop) complaisant, son film est pareil à un grand livre privilégiant les belles images en couleurs, arrachant celles qui seraient trop ternes ou gênantes – ah, l’art pratique de l’ellipse ! Si Jérôme Salle ménage la dorure de la statue du Commandant, il montre cependant la course perpétuelle après l’argent de cet utopo-égoïste plus imbu de sa propre publicité et de ses aventures que du destin de ses proches ou de celui de la planète. Le vieux cabot de mer s’est mué sur le tard en héraut de l’environnement : une conversion devant beaucoup à son fils Philippe (Pierre Niney), et au fait que son aud

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Adopte un veuf

ECRANS | de François Desagnat (Fr., 1h37) avec André Dussollier, Bérengère Krief, Arnaud Ducret, Nicolas Marié…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Adopte un veuf

On n’aurait pas forcément misé ses deux mois de caution sur cette nouvelle comédie de colocation, surtout après le lourdingue Five. D’autant que le plan de masse d’Adopte un veuf n’a rien d’ébouriffant : un vieux misanthrope dépressif qui voit son quotidien s’éclairer grâce à l’irruption d’une blondinette dynamique, ça a des airs de Tatie Danielle au masculin – mais Dussollier possède un fond trop pur pour égaler en teigne l’abominable Tsilla Chelton. Pourtant, à partir de cet argument digne d’un Au théâtre ce soir moyen, François Desagnat trousse une histoire attachante, dans laquelle la composante humoristique ne se limite pas à de la gaudriole vulgaire, et où le sentiment de solitude est réellement perceptible. Les situations n’échouent jamais dans le pathétique, s’enrichissant des tonalités apportées par chacun des comédiens. Bérengère Krief joue de son dynamisme, en évitant "d’exploser de naturel", ce qui confère à son personnage de pot-de-colle gaffeuse un indéniable charme. Mais celui dont le récital confine au chef-d’

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Five

ECRANS | de et avec Igor Gotesman (Fr., 1h42) avec Pierre Niney, François Civil, Margot Bancilhon, Idrissa Hanrot…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Five

À chaque époque, sa vision de la colocation. Revendiquant L’Auberge espagnole (2002), Five se veut un film de joyeux potes idéalisant une chouette vie autarcique d’enfants gâtés sans contraintes, habitués qu’ils sont à voir leurs moindres caprices assouvis par Sam (justement surnommé "Sam régale") l’amphitryon de la bande – lequel dupe son père pour disposer à l’envi de la fortune familiale, avant d’être démasqué par celui-ci. D’une morale déjà douteuse, le tableau s’aggrave lorsque le fameux Sam trouve dans le mensonge et surtout le trafic de drogue la solution naturelle à ses problèmes ; et que ses "amis pour la vie" manifestent leur profonde solidarité en se dissociant de lui dès qu’il plonge. On résume : des personnages profiteurs, individualistes, arnaqueurs, délateurs ; une vision caricaturale de la banlieue où les trafiquants sont arabes et barbus, de l’argent facile sans beaucoup se fatiguer, une crudité du dialogue en dents de scie (malgré quelques audaces, le ton demeure timoré), et un manque de fond. Si Klapisch avait assorti son film d’un questionnement sur le processus de maturation personnelle, Gotesman reste loin de tou

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Les Innocentes

ECRANS | Anne Fontaine, qui apprécie toujours autant les sujets épineux (et a pris goût aux distributions internationales), en a débusqué un en Pologne : l’histoire de religieuses enceintes après avoir été violées par des soudards soviétiques… Surprenant. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Les Innocentes

C’est une fort étrange apocalypse que l’irruption de cette œuvre dans la carrière d’Anne Fontaine. Même si la cinéaste a continûment manifesté son intérêt pour les histoires un brin dérangeantes, celles-ci se déroulaient dans des familles ordonnées, aux meubles et parquets bien cirés ; la perversité et l’audace transgressive demeuraient domestiques, circonscrites au périmètre intime. Les Innocentes change la donne. Premier réel film historique de la réalisatrice – Coco avant Chanel (2009), comme son nom l’indique, était un portrait (bancal) d’une Gabrielle Chanel en pleine ascension – il s’extrait surtout du récit bourgeois pour investir un “ailleurs”, ou plutôt “des” ailleurs. Le contexte de la guerre, la situation des autres (et non plus le “moi” du couple, de la famille idéale chamboulée) ; l’apprentissage du dialogue corps-esprit, et surtout la place des femmes, universelles premières victimes des conflits, dessinent ici les lignes de force de ce qui n’est pas qu’une reconstitution. En effet,

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Trois souvenirs de ma jeunesse

ECRANS | Conçu comme un "prequel" à "Comment je me suis disputé...", le nouveau et magistral film d’Arnaud Desplechin est beaucoup plus que ça : un regard rétrospectif sur son œuvre dopé par une énergie juvénile, un souffle romanesque et des comédiens débutants remarquables. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 19 mai 2015

Trois souvenirs de ma jeunesse

En 1996, Paul Dédalus avait trente ans, tentait de terminer sa thèse de philosophie et se séparait de sa compagne Esther. Vingt ans après, il finit une mission d’anthropologue au Tadjikistan, où il partage son lit avec une ravissante autochtone et s’apprête à rentrer en France pour travailler au Quai d’Orsay. De Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) à Trois souvenirs de ma jeunesse (Nos Arcadies), Dédalus n’a pas seulement vieilli (et son interprète avec lui, Mathieu Amalric, fiévreux et génial), il a aussi été transformé par l’œuvre d’Arnaud Desplechin. Lorsqu’il démarre un vaste retour sur lui-même, sur son enfance et son adolescence, ce Dédalus-là n’est, comme l’eau du fleuve selon Héraclite, plus tout à fait le même, mais pas tout à fait un autre non plus. Ce n’est pas qu’une affaire de torsion entre le premier film et son "prequel" ; il y en a, puisque l’anthropologie remplace la philosophie et que Desplechin a pris des libertés avec la chronologie de son histoire avec Esther. Cela a aussi à voir avec la manière dont

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Un homme idéal

ECRANS | À cause d’une imposture littéraire devenue succès de librairies, un jeune auteur est entraîné dans une spirale criminelle. Yann Gozlan signe une réussite inattendue du thriller hexagonal, avec un Pierre Niney excellent en héros négatif. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Un homme idéal

Les yeux cernés, le visage fiévreux, un jeune homme hurle en jetant sa voiture contre une paroi rocheuse. Flashback : trois ans auparavant, on le découvre, pas forcément mieux dans ses baskets, suant sang et eau pour accoucher d’un roman finalement refusé par tous les éditeurs parisiens et contraint de végéter dans un emploi minable de déménageur. Lors d’une de ses missions, il tombe sur les carnets d’un homme fraîchement décédé où celui-ci raconte sa vie de soldat pendant la guerre d’Algérie. Ni une, ni deux, Mathieu fauche le tapuscrit, le rentre dans son Mac et l’expédie fissa à un éditeur… qui accepte instantanément de le publier. Succès critique et public, voici l’imposteur promu star de la littérature française. Dans ce premier acte, Yann Gozlan, auteur de l’oubliable Captifs, enclenche le turbo pour raconter à toute vitesse cette ascension fulgurante, non sans la pimenter d’un regard incisif sur les mœurs des lettres actuelles. La manière dont Mathieu invente son personnage en s’inspirant des apparitions télés d’auteurs célèbres (Gary, Houellebecq et… Yann Moix !) expr

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La Chambre bleue

ECRANS | Comme un contre-pied à "Tournée", Mathieu Amalric livre une adaptation cérébrale, glacée et radicale d’un roman de Simenon, où l’exhibition intime se heurte au déballage public, laissant dans l’ombre le trouble d’un amour fou et morbide. Intrigant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 mai 2014

La Chambre bleue

Que s’est-il passé dans la chambre bleue ? Le film fait d’abord semblant de ne rien cacher des ébats auxquels se sont livrés Julien et Esther, qui se sont connus au lycée et se retrouvent, quadras et mariés, pour vivre une passion adultère. Mathieu Amalric filme leurs corps nus dans des compositions ouvertement picturales et fragmentées, soulignées par une image au format carré et un usage méticuleux des longues focales : une lèvre mordue, un sexe féminin, une main qui caresse un ventre ; et au milieu une goutte de sang sur un drap immaculé, qui trouvera un écho plus tard dans un éclat de confiture qui tombe sur un sol blanc. Cette déconstruction de l’espace s’accompagne d’une déconstruction du temps : un crime a été commis et Julien se retrouve devant des policiers, un avocat, un psychologue… Qui a tué qui et pourquoi ? La Chambre bleue n’a pourtant rien d’un polar et ce qui intéresse Amalric dans le roman de Simenon, c’est un tout autre mystère : celui qui unit deux amants dont le secret est soudain dévoilé aux yeux de tous. C’est ce mystère qui rode dans les interstices des plans, au carrefour d’une mise en scène faussement exhibitionniste et du déballage méd

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Aimer, boire et chanter

ECRANS | Pour sa troisième adaptation d’Alan Ayckbourn et, donc, son tout dernier film, Alain Resnais a choisi de laisser en sourdine ses ruminations crépusculaires pour une comédie qui célèbre la vie et la vieillesse, les artifices du théâtre et la force du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

Aimer, boire et chanter

Dans Aimer, boire et chanter, il y a, comme dans tous les films d’Alain Resnais, un dispositif formel fort et très visible. Trop ? C’est ce que l’on pense lors des premières séquences, où le choix de toiles peintes découpées en rideaux pour les entrées et sorties est d’un goût contestable. Cette théâtralité, qui renvoie à la pièce d’Alan Ayckbourn que Resnais adapte ici (la troisième après Smoking / No Smoking et Cœurs) est cependant justifiée par le leitmotiv qui lance chacun des actes : Colin (Hyppolite Girardot) et sa femme Kathryn (Sabine Azéma) répètent eux-mêmes une pièce de théâtre, mais n’en dépassent jamais les premières répliques, la vie et le naturel finissant par reprendre le dessus. On ne verra jamais cette pièce à l’écran, tout comme on ne verra jamais son acteur principal, George Riley, dont son médecin Colin révèle la mort prochaine. Alors que ses amis (le couple formidable Caroline Silhol / Michel Vuillermoz), son épouse (Sandrine Kiberlain) et son rival (André Dussollier) s’inquiètent, se lamentent ou se réj

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« Quand on joue, il n’y a plus de masques »

ECRANS | En tournée pour la sortie de "Diplomatie" de Volker Schlöndorff, rencontre avec le grand André Dussollier autour du film, mais aussi du prochain film d’Alain Resnais, "Aimer, boire et chanter" (sortie le 26 mars) dont, au moment de l’entretien, on ne savait pas encore qu’il serait le dernier… Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

« Quand on joue, il n’y a plus de masques »

Comment êtes-vous passé de ce texte, Diplomatie, que vous avez beaucoup joué au théâtre à sa version cinématographique ? Y avait-il une forme de désapprentissage ? André Dussollier : Avec Niels Arestrup, on était prêts à tenter une aventure nouvelle. Il y a eu des moments en jouant la pièce où je me suis dit : c’est dommage qu’il n’y ait pas une caméra. Au théâtre, on est souvent de profil face au public, qui est loin. Diplomatie, c’est un sujet qui correspond bien au cinéma, cela nous donne le privilège de parler de façon douce comme les diplomates, on va affronter ces grands problèmes en face à face, d’homme à homme, en susurrant parfois alors que c’est la guerre autour de nous. Je pense que la diplomatie se passe comme ça, à mots feutrés. Ce n’est pas que ça n’allait pas au théâtre, mais on s’adaptait à des contraintes techniq

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Diplomatie

ECRANS | De Volker Schlöndorff (Fr-All, 1h24) avec Niels Arestrup, André Dussollier, Charlie Nelson…

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

Diplomatie

Dans la nuit du 24 au 25 août 1944, le général allemand Von Choltitz, gouverneur de Paris, s’apprête à exécuter l’ordre d’Hitler : faire sauter les principaux monuments parisiens et provoquer une crue gigantesque de la Seine. Le consul suédois Nordling va, dans sa suite de l’Hôtel Meurice, tenter de le dissuader de pratiquer cette politique de la terre brûlée qui ne fait que reculer la débâcle inéluctable de l’armée allemande. Le sujet avait donné lieu à une pièce à (grand) succès de Cyril Gély, et Volker Schlöndorff l’adapte ici à l’écran avec les deux comédiens qui avaient créé les rôles sur scène, Arestrup et Dussollier. Ce duo-là vaut le déplacement (mais Charlie Nelson en concierge bourru n’est pas mal non plus) même si, de manière assez curieuse, Arestrup a choisi d’adopter un accent allemand assez artificiel pour faire parler son personnage en français. Cela résume assez bien les vaines tentatives de Schlöndorff pour faire muter son matériau théâtral en œuvre de cinéma : les aérations du récit comme les possibilités d’y faire entrer un réalisme de reconstitution ne font que diluer la tension du récit, ce jeu d’échec feutré où le diplomate tente de ramener le milit

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Arrête ou je continue

ECRANS | De Sophie Fillières (Fr, 1h42) avec Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric…

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

Arrête ou je continue

Un chat, un chat hérissait déjà le poil ; Arrête ou je continue donne sérieusement envie d’en finir avec le cinéma de Sophie Fillières, désormais pris au piège de son autarcie, comme coupé de la réalité – du monde comme du cinéma d’aujourd’hui. Pour raconter la peur du temps qui passe chez une quadragénaire qui voit ses enfants grandir, son corps lui échapper et l’amour pour son mari s’éroder, elle en passe par des situations où seule l’intention de la scène compte, jamais sa mise en forme à l’écran. Dialogues signifiants et surécrits (à côté, ceux des Larrieu paraissent naturalistes), direction artistique proche de zéro (murs blancs, accessoires choisis au supermarché du coin), figurants livrés à eux-mêmes (la scène de la fête atteint des sommets en la matière) et absence hallucinante de rythme : tout concourt à une grande caricature d’auteurisme à la française, à la fois arrogant et pauvre, où l’on ne voit ni les personnages, ni l’histoire, juste Fillières riant toute seule de ses piètres trouvailles – elle s’appelle Pomme, il s’appelle Pierr

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L’Amour est un crime parfait

ECRANS | Derrière une intrigue de polar conduite avec nonchalance et un manque revendiqué de rigueur, les frères Larrieu offrent une nouvelle variation autour de l’amour fou et du désir compulsif. Si tant est qu’on en accepte les règles, le jeu se révèle assez fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 10 janvier 2014

L’Amour est un crime parfait

Dans le campus suisse hi-tech où se déroule une partie de L’Amour est un crime parfait, débarquent à mi-film des spécialistes américains des techniques scénaristiques, venus à la pêche aux jeunes talents parmi les classes de lettres de l’université. Ce que Marc, le professeur de littérature incarné par un Mathieu Amalric frénétique, passant de l’exaltation à l’angoisse avec le même regard fiévreux, voit comme une menace. Plus tard, le même Marc, rejoignant son chalet isolé dans les montagnes enneigées, y découvre sa sœur Marianne (Karin Viard) avachie sur le canapé avec son rival Richard (Denis Podalydès), tous deux affublés de lunettes ridicules pour voir sur un écran plasma gigantesque la version 3D des Derniers jours du monde, le précédent film des frères Larrieu… Deux digressions sans rapport avec le récit policier qu’ils nous racontent, mais qui font office de plaidoyer pro-domo rigolard envers leur méthode, peu soucieuse d’efficacité ou de rigueur narrative. En cela, L’Amour est un crime parfait est peut-ê

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Yves Saint Laurent

ECRANS | De Jalil Lespert (Fr, 1h40) avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon…

Christophe Chabert | Lundi 6 janvier 2014

Yves Saint Laurent

Énième bio filmée d’une figure patrimoniale et contemporaine de l’Hexagone, ce Yves Saint Laurent en accumule les défauts jusqu’au désastre intégral. Dès le premier plan sur Pierre Niney en YSL, avec faux nez et diction maniérée, le carnaval façon Patrick Sébastien commence ; le comédien imite mais n’interprète jamais son modèle, dans une quête de réalisme vaine car elle ne fait qu’en souligner les artifices. Idem pour le pénible défilé qui consiste à présenter chaque personnalité célèbre par son nom et son prénom dès son entrée en scène  – seul un faux Andy Warhol perruqué et gesticulant en prenant des photos n’aura droit qu’à un cameo muet et anonyme –, convention de mauvais scénariste raccord avec un dialogue qui accumule les grandes sentences et nie toute quotidienneté aux personnages. Le film baigne ainsi dans une imagerie de reconstitution paresseuse, clichés visuels d’un côté (l’Algérie coloniale, les clubs de jazz), anachronismes ridicules de l’autre (le défilé de 1971 sur de l’électro-pop) ! Même la narration est bâclée, notamment l’intro qui hésite entre chronologie et flashback méditatif avec voix off, sans parler d’une fin qui accélère les événements

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« Jimmy P. est un buddy movie »

ECRANS | Rencontre avec Arnaud Desplechin autour de son dernier film, "Jimmy P." et des nombreux échos qu’il trouve avec le reste de son œuvre, une des plus passionnantes du cinéma français contemporain. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 septembre 2013

« Jimmy P. est un buddy movie »

Votre cinéma a un rapport important avec la psychanalyse, bien avant Jimmy P. : la séance d’ouverture de Comment je me suis disputé…, l’internement de Mathieu Amalric dans Rois et reine, même la scène finale de La Sentinelle… Pourquoi avoir tourné autour de la psychanalyse avant d’y consacrer non pas le sujet, mas le cœur d’un de vos films ?Arnaud Desplechin : C’est une réponse décevante mais je ne sais pas bien pourquoi. Je sais que ce sont des scènes que j’aime beaucoup dans les films ; c’est sûrement aussi la lecture des romans de Philip Roth où les personnages sont en analyse. Au lieu de donner une explication du personnage, ça ouvre le champ des angles sur lui. Au début de Comment je me suis disputé…, le personnage est chez son analyste avec qui manifestement ça ne se passe pas très bien, mais tout d’un coup il y a une plongée dans ses souvenirs, dans une parole libre avec des moments où on ne sait pas si le personnage se ment à lui-même ou s’il dit la vérité. Je n’aimerais pas l’idée d’un privilège qui ferait d

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Jimmy P.

ECRANS | Changement d’époque et de continent pour Arnaud Desplechin : dans l’Amérique des années 50, un ethnologue féru de psychanalyse tente de comprendre le mal-être d’un Indien taciturne. Beau film complexe, "Jimmy P." marque une rupture douce dans l’œuvre de son cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Jimmy P.

Quelque part dans les plaines américaines au début des années 50 ; James Picard, Indien Blackfoot ayant combattu sur le front français durant la deuxième guerre mondiale, souffre depuis de vertiges et de malaises à répétition. Interné dans un hôpital, on diagnostique sa schizophrénie, sans toutefois trouver de lésions cérébrales. Les médecins décident de faire appel à l’ethnologue français Georges Devereux, spécialiste des tribus indiennes mais aussi adepte des méthodes freudiennes, qu’il entend appliquer pour éclaircir le cas Jimmy P. Le dépaysement que provoque le nouveau film d’Arnaud Desplechin tient autant à la transplantation de son cinéma dans un espace résolument en rupture avec ses films précédents, qu’à l’inflexion qu’il donne dès les premières images à sa mise en scène. Comme si la confrontation avec l’Amérique était aussi une confrontation avec le cinéma américain, Desplechin s’inscrit ici dans une lignée classique qui irait de Ford à Eastwood. Cette quête de fluidité et d’élégance peut dérouter au premier abord ; mais la recherche de la simplicité est un des enjeux narratifs de Jimmy P., et elle se fait à travers un pourtant complexe et tortueux che

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Des gens qui s’embrassent

ECRANS | De Danièle Thompson (Fr, 1h40) avec Kad Merad, Éric Elmosnino, Monica Bellucci, Lou De Laâge…

Christophe Chabert | Mardi 2 avril 2013

Des gens qui s’embrassent

Poursuivant ce qu’elle pense être une observation de la société française, Danièle Thompson invente surtout au fil des films une grande célébration des classes supérieures et de leurs valeurs : famille, religion, argent, apparences, réussite… Elle a beau, comme ici, créer des oppositions (les artistes contre les nantis, les candides contre les cyniques), ce n’est qu’une habile diversion avant la réconciliation finale – dans ce film-là, incroyablement bâclée. Et quand il s’agit de critiquer vaguement l’arrogance de ses personnages, c’est à travers des stéréotypes embarrassants, pas aidés par des comédiens parfois en pleine panade – Monica Bellucci est catastrophique en bourgeoise hystérique. Surtout, Des gens qui s’embrassent a l’ambition d’un film choral, mais se retrouve coincé dans un format de prime time d’évidence trop étroit, et qui intensifie tous ses défauts : ainsi la narration avance par bonds temporels, s’attarde sur des événements sans intérêt et passe à toute vitesse sur ce qui pourrait créer du trouble – le déterminisme amoureux qui relie les deux cousines

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Captifs

ECRANS | De Yann Gozlan (Fr, 1h25) avec Zoé Félix, Éric Savin…

François Cau | Mercredi 29 septembre 2010

Captifs

Le cinéma de genre français est tellement en retard sur ses homologues anglais ou espagnols qu’il en est encore à se convaincre de la légitimité de son existence. Rassurons Yann Gozlan et ses producteurs Sombrero, déjà à l’origine de Mutants et Vertige : Captifs est tout à fait crédible. Bien filmé, bien interprété (oui, Zoé Félix est meilleure ici que chez Esposito), l’affaire est présentable. Mais voilà : cette histoire de kidnapping en ex-Yougoslavie sur fond de trafic d’organes n’a rien d’autre à offrir que cette qualité technique. Le récit est programmatique, comme emprisonné lui aussi dans un présent sans ligne de fuite, sans autre enjeu que la survie des personnages. Pas de perspective historique ou politique, à peine un vague trauma à exorciser (plutôt banal, d’ailleurs !) ; Captifs frappe par sa vacuité, et son souci exclusif d’efficacité finit par se retourner contre lui. CC

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Tournée

ECRANS | De et avec Mathieu Amalric (Fr, 1h51) avec Miranda Colclasure, Suzanne Ramsey…

François Cau | Jeudi 24 juin 2010

Tournée

Débordant de vie, avec tout ce que cela comporte d’euphorie, de déprime, de coups de cœur et de coups de gueule, Tournée est avant tout un film de flux et de fluides. On y suit une troupe de New Burlesque drivée à travers la France par Joaquim Zand, autrefois producteur star à la télé, aujourd’hui has been, mauvais père et ex-mari : c’est le flux de départ, son trajet principal. Mais d’autres lignes viendront croiser ce parcours : Joaquim qui se rend à Paris dans l’espoir d’y trouver une salle pour accueillir le spectacle et qui ne fait que se prendre des gnons et des portes claquées ; ou cet ultime embranchement qui conduit le groupe vers un hôtel désaffecté, lieu d’utopie et d’apaisement. Les flux sont aussi des flux d’amour, souvent incontrôlés : un quickie avec un informaticien dans les toilettes pendant un mariage vietnamien ; une conversation aussi touchante qu’hilarante avec une vendeuse de station-service ; ou sa réplique cauchemardesque, une engueulade avec une caissière de supermarché un peu trop fascinée par la mise à nu de ces filles à la beauté paradoxale. Quant aux fluides, ils sont le carburant d’un film qui boit, baise et pleure en toute liberté. La fluidité est

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Amalric, tour et détours

ECRANS | Acteur prodige dont la réputation déborde aujourd’hui les frontières françaises, Mathieu Amalric signe avec "Tournée" son quatrième — et meilleur — film en tant que réalisateur. Rencontre. Propos recueillis par Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 24 juin 2010

Amalric, tour et détours

Comment avez-vous géré ces années où vous n’avez été qu’acteur et pas réalisateur ? Était-ce grisant ou frustrant ?Mathieu Amalric : Je n’ai rien géré du tout, c’est ça le problème. Mon histoire d’acteur vient du lycée, de mes années de timidité ; il fallait casser la coquille. Ça m’est tombé dessus grâce à Arnaud [Desplechin, NDLR], grâce à son extra-lucidité ; je ne sais pas ce qu’il a vu dont je n’avais pas conscience. Mais à partir du moment où j’ai continué à jouer, il y avait un poste d’observation dément sur comment travaillent Téchiné, Biette, Assayas. C’est amusant l’histoire de la griserie… Oui, au début, sur Comment je me suis disputé, la rencontre avec Jeanne [Balibar, NDLR], des envolées très intimes qui peuvent donner de la force pour ne pas se mentir à soi-même, pour s’approcher de désirs de cinéma. Mais au bout d’un moment, ce n’est plus du tout grisant. C’est beaucoup plus grisant d’approcher des gens qui ne savent absolument pas qui vous êtes, par exemple ces filles du New Burlesque. Tournée évoque le moment d’un tournage ou d’une tournée promo. Est-ce que l’écriture du film s’es

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Un conte de Noël

ECRANS | Avec cette tragi-comédie familiale aux accents mythologiques, Arnaud Desplechin démontre à nouveau qu’il est un immense cinéaste, entièrement tourné vers le plaisir, le romanesque et le spectacle. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 22 mai 2008

Un conte de Noël

Le nouveau film d’Arnaud Desplechin s’ouvre sur un petit théâtre de marionnettes, où l’on nous raconte en accéléré l’histoire familiale qui fonde le récit. Ensuite, chaque personnage sera introduit par une photo de lui enfant ou adolescent, son nom clairement inscrit à l’écran, un style musical lui étant associé (du jazz au hip-hop). Enfin, la reine-mère de ce clan en plein délitement viendra face caméra présenter les enjeux de la tragi-comédie en cours. Pourquoi le cinéaste choisit-il de décliner ainsi, avec divers artifices, la même scène primitive ? Non pas pour briller par-dessus son sujet, mais pour poser une bonne fois ce que ses inconditionnels savent depuis longtemps : Desplechin est du côté du spectacle, de l’action et de la générosité, pas dans l’économie du discours et de la parole. Un conte de noël est, comme son précédent Rois et reine, une machine à produire du romanesque et des émotions fortes, un grand huit existentiel qui fait coexister dans le même espace-temps le trivial et le sublime, la surface et la profondeur. La parabole du fils indigne Dans la famille Vuillard, il y a donc Joseph, le fils absen

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