Détours de Russie

François Cau | Lundi 7 mars 2011

Photo : Alexandre Rodtchenko, L'Escalier, 1930 © ADAGP


Une chose est certaine : l'exposition va connaître son petit succès. 2200 curieux le soir du vernissage, une campagne de publicité inratable (la Tour de l'Isle s'est drapée d'un Chagall pour l'occasion, et ça lui sied à merveille), un effet hype induit par son statut de hors-les-murs du fameux et parisien Centre Pompidou, une tête d'affiche qui claque… Puis, pour l'occasion, une partie du monde de la culture grenoblois s'est mise au diapason et a orienté sa programmation sur le thème de l'avant-garde russe : du Centre des arts du récit aux bibliothèques municipales de la ville, de la Cinémathèque aux associations hébergées par le musée (Musée en musique et les Amis du musée), ils sont nombreux et variés à participer à la grand messe de l'année. Une grand messe ponctuée d'œuvres majeures de l'art du XXe siècle, organisée d'une manière assez pratique et pédagogique – quatorze salles correspondent à quatorze thématiques et respectent l'ordre chronologique –, qui facilite l'approche d'un pan essentiel de l'histoire de l'art. Mais, sans dénigrer l'intérêt a priori du parcours croisé, force est de reconnaître que l'œuvre de Chagall se perd un peu au fil des salles. Etouffée par les œuvres concept de l'avant-garde, dépassée par les productions de Kandinsky ou Larionov, plongée dans l'ombre par le néo-cubisme et le rayonnisme, elle ne respire que par touches. L'exposition se calque ainsi sur la réalité vécue par Chagall, son cheminement en marge (cf interview ci-contre) et sa dissociation de tout mouvement d'avant-garde à l'arrivée du peintre Malevitch. La croix noire de ce dernier – tout comme les photos, films, sculptures et dessins d'architecture exposés – laisse suffoquer en silence la flamboyance du grand coloriste qu'était Chagall. Reste une fenêtre ouverte sur l'avant-garde russe, passionnante et foisonnante. LG

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Awards 2011 exposition

L’award de l’expo blockbusterLe hors-les-murs du fameux et parisien Centre Pompidou sur Chagall et l’avant-garde russe (il ne fallait pas oublier la seconde partie du titre, sous peine d’être terriblement déçu) a été l’un des grands évènements de l’année culturelle grenobloise – à l’image de ceux qui attirent les foules dans les grands musées parisiens. Il permit d’approcher au mieux l’univers foisonnant de l’artiste, et de contextualiser son art singulier à travers « un dialogue fertile » comme nous l’expliquait en mars dernier Angela Lampe, conservatrice à Beaubourg et co-commissaire de l’exposition. L’award de l’éléganceÉlégance et sobriété sont deux qualificatifs qui conviennent parfaitement à l’univers du peintre Jean-Frédéric Coviaux, que l’on a pu découvrir en février dernier à l’Espace Vallès de

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Hasard de l’actualité, est sorti au mois de janvier le deuxième tome de la bande dessinée Chagall en Russie, singulier projet “extrabiographique“ à l’initiative du décidément très prolifique Joann Sfar. Les puristes qui avaient déjà hurlé à la vision de son Gainsbourg (vie héroïque) risquent de vomir des crucifix grandeur nature à la lecture de son dernier ouvrage... Comme il l’avait déjà fait dans son appréhension dessinée du peintre Pacsin, l’auteur prend toutes les libertés possibles et imaginables et livre une biographie imaginaire d’un autre artiste qu’il admire, mais en s’inspirant des émotions que lui procurent ses œuvres pour l’intégrer à son propre bestiaire. On pourrait presque lui faire le reproche d’un manque d’humilité dans son approche d’une figure majeure de la peinture, mais le résultat s’avère tellement touchant qu’on ne peut que louer l’audace renouvelé du procédé. D’autant que l’auteur renoue ici avec la fibre poétique qui faisait parfois défaut au dernier opus de la saga du Chat du Rabbin, au profit d’un discours trop appuyé. Chagall en Russie est avant tout un conte juif, avec tout l’héritage folklorique que ça suppose (références au Violon sur le toit incluses

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«Dialogue fertile»

ARTS | La très attendue exposition sur Chagall et l’avant-garde russe (hors-les-murs du Centre Georges Pompidou) ne faillit pas à ses promesses, dévoilant tout l’intérêt de son sujet avec clarté et générosité. Angela Lampe, conservatrice à Beaubourg et co-commissaire de l’exposition, nous parle de Chagall et précise la mécanique du parcours présenté. Propos recueillis par Laetitia Giry

François Cau | Lundi 7 mars 2011

«Dialogue fertile»

Petit Bulletin : Cette exposition est une idée de Guy Tosatto, directeur du musée de Grenoble et co-commissaire de l’exposition…Angela Lampe : Oui, la demande est venue de Grenoble. A l’époque de la fermeture du centre (1997-2000), le Musée de Grenoble n’avait pas pu bénéficier d’un hors-les-murs, d’où l’ambition de Guy. C’est également de lui qu’est venue l’idée de s’intéresser au fonds consacré à l’avant-garde russe. On a ensuite décidé d’effectuer un regard croisé sur notre collection : d’un côté l’avant-garde russe, de l’autre Marc Chagall. Vous parlez d’un « dialogue fertile »...Exactement, il y a deux expositions en une seule. L’enjeu étant de présenter Chagall sous un nouveau jour. Il est communément considéré comme un artiste singulier, qui travaille un peu en marge des courants stylistiques. Notre mission était de montrer à quel point il s’inscrit dans cette période très faste et foisonnante de l’avant-garde. On montre d’ailleurs ses débuts, ses œuvres produites avant son départ de Russie en 1922. Comment a été conçue l’exposition ?Le parcours est chronologique, il suit

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