« Un rêve en couleurs »

ARTS | De l’autre côté, l’élégant nouvel espace du Musée Hébert dédié à l’art contemporain, accueille entre ses murs fraîchement restaurés les dessins et peintures de Kimura. Une œuvre dense, vive et contemplative : à la hauteur du lieu. Laetitia Giry

Laetitia Giry | Jeudi 1 novembre 2012

Laurence Huault-Nesme, directrice du musée Hébert (et de ce De l'autre côté qui en est une extension), écrit dans le catalogue de l'exposition que « l'œuvre produite est le fruit d'une spontanéité acquise au cours d'un long cheminement intérieur du peintre où il s'est dépouillé de toutes les afféteries du "savoir-bien-faire". » De fait, Kimura, né au Japon en 1917 et émigré en France en 1953, n'a eu de cesse de se défaire des techniques apprises ici et là. Fasciné par les peintres impressionnistes et la lumière de Pierre Bonnard, il choisit l'Europe en toute conscience mais travaille seul, isolé du brouhaha artistique des villes, loin de toute influence. Dans son atelier parisien ou son jardin en Provence, il dessine et peint inlassablement les émotions ressenties au contact de la nature, déconstruit les formes et se réapproprie la ligne… Pour un résultat qui peut paraître bien sommaire aux yeux d'un regardeur trop pressé.

Au revers du calme…

Entrelacs de traits, de courbes, d'angles et de vides dans les dessins, aplats de couleurs hésitantes dans les peintures : tout ici semble brouillon, impulsif, et tout est pourtant fruit d'une méditation. L'abstraction apparente de chaque œuvre dévoile une histoire, pour peu l'on s'y attarde ; affranchi de l'exigence figurative, le peintre se joue des formes et des couleurs avec une délectation communicative. Saisons, lieux, mois : Kimura nomme ses œuvres avec simplicité. C'est qu'il clame des évidences, se plaçant à la charnière des cultures orientale et occidentale, il réclame à son œuvre le droit d'exprimer l'universel par un langage individuel. Proprement pictural, ce langage est fruit de la rencontre entre les deux mondes précités, qui, de ses propres mots, « sont différents l'un de l'autre comme le jour et la nuit qui sont les deux visages d'une même réalité ». Jean Grenier, philosophe et ami du peintre, décrit son œuvre comme « un rêve en couleurs » qui « s'impose à nous comme une réalité à la fois délicieuse et oppressante ». Dans cette formule comme dans l'œuvre de Kimura, la réalité est double : le calme peut dissimuler la violence, l'opacité la clairvoyance, la paix le désespoir.

Kimura, peintures et dessins – 1962/1987, jusqu'au 3 janvier au musée Hébert (La Tronche)

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