Penone : Into the wild

ARTS | Rendre perceptible l'invisible et faire de la matière une enveloppe mémorielle commune sont les desseins mis en œuvre par Giuseppe Penone. Considéré comme le benjamin de l'Arte Povera, l'Italien dévoile au Musée de Grenoble un ensemble de pièces dont le dialogue vise à la vitalité de l'émotion.

Charline Corubolo | Vendredi 21 novembre 2014

Photo : Répéter la forêt, 1983-2011 © adagp, Paris, 2014. Photo : musée de Grenoble


Invoquer le travail de Giuseppe Penone conduit à parler de la beauté de ses œuvres et de la dimension poétique de l'ensemble. Mais au-delà de l'esthétique développée depuis maintenant plus de quarante ans, c'est la logique de la forme qu'il est important de révéler car elle est le sens et l'essence des créations de l'Italien né en 1947. Cette conscience du travail de l'artiste est déployée avec intelligence dans l'espace du Musée de Grenoble. Découpée en cinq actes, l'exposition propose un parcours intuitif, sensible et surtout libre pour aborder chacun des fondements de la pensée de Penone en mélangeant les productions de la fin des années 1970 à celles d'aujourd'hui et mettre ainsi en lumière l'aspect cyclique de sa démarche.

Une vision subtilement appliquée via une scénographie permettant dès la première salle, qui présente des dessins de 1969, de se projeter dans le dernier espace où sont installées des sculptures de 1997, aboutissement des croquis du début. La déambulation se fait donc dans un seul et même souffle et s'engage sur les traces sculptées et esquissées de l'empreinte.

À travers cette exploration de la marque, Giuseppe Penone développe une recherche sur le toucher où le rapport physique à la matière crée une union entre les mondes végétal et humain, notamment avec Germination, moulage de troncs dont les extrémités se métamorphosent en mains – celles de l'artiste. Un rapport à la peau rendu sensible dans l'espace suivant avec Frontières indistinctes (2012), pièce montrée pour la première fois dévoilant des arbres taillés dans le marbre avec en leur centre une coupe de bois en bronze, image d'une double peau.

Mélange des règnes

Au cœur de l'exposition, c'est le souffle qui s'exprime pleinement avec Soffio (1978), terre cuite matérialisant l'invisible autant que l'échange vital effectué par la respiration, tandis que le mur de thé ouvre la brèche sur la perméabilité entre les règnes végétal, minéral et animal. Une réflexion portée dans une autre dimension avec l'installation Sigillo (2012) : les veines du marbres devenant nos veines.

En fin de parcours, Répéter la forêt (1969-1997) devient le miroir de tout l'engagement de Giuseppe Penone : des poutres industrielles sont dénudées pour faire renaître l'arbre originel, tandis que le dernier pan de l'exposition nous plonge dans un paysage abstrait qui n'est autre que le bras de l'artiste agrandi au mur, évoquant autant la sensation du toucher que la mémoire de l'empreinte, tout en matérialisant le temps qui s'inscrit sur et dans les chairs.

Giuseppe Penone, jusqu'au dimanche 22 février 2015, au Musée de Grenoble.

Vernissage vendredi 21 novembre à 19h

Dossier complet sur l'exposition dans le Petit Bulletin du mercredi 26 novembre


Giuseppe Penone

Dessins, sculptures et installations
Musée de Grenoble Place Lavalette Grenoble
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Zoom sur une œuvre de Penone : Propagazione, 2009

ARTS | Décryptage d'une œuvre de Giuseppe Penone exposée au Musée de Grenoble

Charline Corubolo | Mardi 25 novembre 2014

Zoom sur une œuvre de Penone : Propagazione, 2009

Artiste de la nature, Giuseppe Penone fait de ses œuvres depuis le début de sa carrière un espace de création dans lequel les différents éléments du cosmos interagissent sans cesse et se mélangent : la phase de contact est donc primordiale pour l'artiste. Toucher, sentir, marquer, modeler les matériaux sont autant de façons pour lui de signifier l'empreinte de l'homme sur son environnement et son rapport au temps. Propagazione est une sublime illustration des diverses approches intellectuelles et esthétiques de l'Italien. Le dessin réalisé à l'encre de chine et l'encre typographique en 2009 prend pour point de départ l'empreinte digitale du doigt de l'artiste au centre du papier. Cette phase de contact entre le corps de Giuseppe Penone et le support permet d'indiquer l'incidence de chaque geste sur ce qui nous entoure. En même temps qu'il laisse son empreinte, il marque le matériau de son identité, matérialisant le temps et la mémoire. En déployant son acte, l'artiste parle des interactions infinies, l'empreinte se transformant en autre chose. Car au milieu de la feuille, les lignes humaines sont prolongées en cercles concentriques créant une nouvelle image. Tou

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Penone, vie sauvage

ARTS | Rendre perceptible l'invisible et faire de la matière une enveloppe mémorielle commune sont les desseins mis en œuvre par l'artiste Giuseppe Penone. Considéré comme le benjamin de l'Arte Povera, l'Italien dévoile au musée de Grenoble un ensemble de pièces dont le dialogue vise à la vitalité de l'émotion. Rencontre avec un artiste du vivant. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 25 novembre 2014

Penone, vie sauvage

Alors que les Américains (Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg...) envahissent la scène artistique à la fin des années 1960, les Italiens répliquent en développant ce que le critique d'art Germano Celant définira comme l'Arte Povera – autrement dit l'art pauvre. Germano Celant décrit cette mouvance comme une réaction face aux mouvements artistiques dominants en utilisant des matériaux naturels et périssables pour leur connotation anti-industrielle et l'absence de référence culturelle. Au milieu de cette guerre, le jeune artiste Giuseppe Penone, alors encore étudiant aux Beaux Arts de Turin, débute son œuvre. Né en 1947 dans la province de Cuneo, l'Italien grandit immergé dans la nature, créant un lien profond et perpétuel avec le vivant. « J'avais 21 ans quand j'ai commencé à travailler. J'ai débuté avec les éléments que je connaissais le mieux : la nature, qui aujourd'hui encore nourrit mon travail. » Une démarche artistique qui colle à l'air du temps faisant de Penone le benjamin de l'Arte Povera. Mais plus qu'une réaction antiaméricaine, Penone y voyait et y voit encore « la prise de conscience d'une réalité changée, une réalité sociopolitiq

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Charline Corubolo | Mardi 30 septembre 2014

Nature et découverte

Dix ans après sa grande rétrospective au Centre Pompidou, l'Italien Giuseppe Penone investira en novembre prochain le Musée de Grenoble pour une exposition qui mêlera pièces anciennes et production in situ, entre monumentalité et intimité. Sculpteur du minéral comme du végétal, l'artiste use de la nature pour créer des métamorphoses rêvées et sensuelles dans lesquelles le bois, le marbre, le cuir ou encore le graphite semblent échanger inlassablement leurs énergies vitales. Dans un mouvement primitif de création, Penone interroge la relation du corps à l’œuvre, celle du règne humain au règne végétal, en instaurant une étrange tension entre action et inaction. Figure de proue de l'Arte Povera (mouvement artistique italien apparu dans les années 1960, qui cherche à défier les instances culturelles en utilisant des matériaux "pauvres"), il a pensé son exposition grenobloise en cinq sections qui révéleront l'essence même de son œuvre depuis 1960 : le toucher, la peau, le souffle, l'empreinte et l'amour de la nature. Un parcours fragmenté mais qui, à n'en pas douter, sera guidé par une poésie de l'invisible élémentaire. Giuseppe Penone, du samedi 22 n

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