La nouvelle Eve

ACTUS | La Seve est la nouvelle association qui a été désignée en juillet dernier par les universités pour gérer Eve, l’Espace vie étudiante solidement implanté sur le campus. Retour sur un long feuilleton, toujours source de tensions, notamment du côté d’Éponyme, l’association historique qui s’était battue pour conserver la délégation de service public un temps menacée. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 8 octobre 2012

Photo : Université de Grenoble


Un gros bordel : on peut résumer ainsi l'année universitaire que vient de vivre l'Espace vie étudiante. Lors de notre dernier numéro spécial étudiant (en septembre 2011), on titrait « Eve, couche-toi ? ». Notre dossier portait sur les déboires que rencontrait le lieu, dont le mode de gestion étudiant, unique en France, était remis en cause par le Pres (le Pôle de recherche et d'enseignement supérieur de Grenoble, regroupant les différentes universités en une même entité). Était envisagé « un mode de fonctionnement qui puisse allier plus facilement et efficacement l'implication et la responsabilisation des acteurs étudiants avec l'engagement de l'institution universitaire dans ce domaine » (communiqué du Pres). En ligne de mire, l'association Éponyme, aux commandes du bâtiment depuis 2004, en mode délégation de service public. Une délégation contestée par les présidents d'universités, qui se demandaient par exemple s'il était logique que des étudiants dirigent un bar – le Crous fut envisagé un moment pour tenir ce rôle à leur place. Levée de boucliers chez les membres d'Éponyme. « C'est déposséder les étudiants d'un projet qu'ils ont construit de leurs mains » nous expliquait Olivier Royer, le directeur de l'époque.

Retour à la case départ

Finalement, après plusieurs reports d'échéance, le Pres explique en janvier dernier que le mode de gestion actuel de l'Espace vie étudiante est prolongé jusqu'au 31 août 2012. « Ces quelques mois permettront de poursuivre la concertation et les consultations nécessaires au groupe de travail pour formuler des propositions visant à conserver et développer encore ce qui fait de Grenoble le site le plus dynamique, riche et ouvert de France, en matière de vie étudiante. » Pendant cette période, le Pres lance pourtant un nouvel appel d'offre, confirmant implicitement que la délégation de service public est maintenue – il n'y a eu aucun communiqué précis sur le sujet, mais l'on imagine que les autres modèles envisagés n'ont pas été retenus. Ou que la pression a été trop forte. Une décision qui aurait pu apaiser les choses, sauf que non...

Scission

Car la décision du Pres rebat les cartes. L'association Éponyme veut très logiquement postuler. Mais des tensions internes se font sentir, sur les directions à prendre pour l'avenir. Le 23 avril, un nouveau bureau est élu, bureau d'emblée contesté par l'ancien. Eve est fermé pendant une semaine par l'ancien bureau. Un administrateur provisoire est nommé, à la demande du nouveau bureau, qui envoie alors un communiqué : « La situation dans laquelle se trouve aujourd'hui l'association Éponyme résulte d'une succession de décisions prises notamment par les dirigeants d'Éponyme issus de l'Unef Grenoble. » Sur le bureau du Pres, quatre dossiers arrivent, dont un seul de la part d'Éponyme. Un dossier qui n'est finalement pas retenu. Aujourd'hui, l'avenir de l'association est toujours incertain, le conflit, sur fond de procédure judiciaire, n'ayant pas encore été réglé.

« De nouvelles bases »

Finalement, c'est une autre association qui a touché le jackpot : la Seve, pour Savoirs, émancipation et vie étudiante. Avec, à sa tête, Amandine Dupraz, qui faisait partie d'Éponyme, équipe premier bureau. D'où un mécontentement très fort du côté du second bureau, celui qui a déposé le dossier. Des tensions qu'Amandine Dupraz souhaite laisser derrière Eve, comme elle nous l'explique implicitement : « C'était le choix de construire une nouvelle association, sur de nouvelles bases, qu'on souhaitait saines, et de repenser le projet dans ses fondamentaux. » Qui sont les membres de la Seve ? Des anciens d'Éponymes ? D'autres étudiants ? « C'est très clairement les deux. » Pourquoi se constituer en association. « Au printemps dernier, après de longs débats sur l'avenir du bâtiment et la façon dont il pourrait être géré par la suite, a émergé la volonté d'étudiants de porter un nouveau projet pour Eve. » Avec l'idée de toujours défendre l'organisation étudiante. « On souhaite remettre l'étudiant au cœur du projet. » Elle assure qu'Eve restera un haut lieu de la vie culturelle du campus. « Cela fait partie de nos missions de service public, avec l'accueil et l'intégration des étudiants, le développement des initiatives étudiantes, et donc la programmation culturelle. » La Seve a quatre ans pour faire ses preuves. Quatre ans où chacun de ses faits et gestes sera scruté de toute part. Et, même si c'est totalement anecdotique, ça commence fort avec une petite vidéo de présentation réalisée par la Seve où les membres ne semblent pas très à l'aise à l'écran !

+ http://www.asso-seve.org

+ le forum des associations se tiendra à Eve jusqu'au jeudi 11 octobre, de 11 à 18h.

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Où voir de la culture sur le campus grenoblois ?

ACTUS | Étudiants fraîchement débarqués à Grenoble ou installés depuis belle lurette mais pas très au fait de l'actualité culturelle locale, réjouissez-vous : le campus grenoblois regorge de salles et lieux culturels riches en propositions et disséminés un peu partout sur le domaine universitaire et au-delà. Rapide tour d'horizon.

Sandy Plas | Mardi 2 octobre 2018

Où voir de la culture sur le campus grenoblois ?

Sur le domaine universitaire L’Est On commence par la petite nouvelle, inaugurée l’an dernier, juste à côté d’Eve (l’Espace vie étudiant) : l’Est, pour Espace scénique transdisciplinaire. Un bâtiment qui dispose d’une salle de spectacle de 150 places afin d'accueillir des propositions étudiantes ou professionnelles, mais pas seulement. On y trouve également quatre studios de répétition, pour la danse, la musique et le théâtre, utilisés par les étudiants dans le cadre de leurs cours et par les assos étudiantes, dans leurs projets de création. 675 avenue centrale – campus / Tram B, C station Gabriel Fauré L’Amphidice

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"Rodin" : mâle de pierre

Cinéma | Pour commémorer le centenaire de sa disparition, Jacques Doillon statufie Auguste Rodin dans ses œuvres. L’incandescence contenue de Vincent Lindon et le feu d’Izïa Higelin tempèrent heureusement une mise en scène par trop classique. En lice à Cannes 2017.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

De 1880 à l’aube du XXe siècle, quelques particules de la vie d’Auguste Rodin : sa notoriété naissante, la passion fusionnelle vécue avec son élève et muse Camille Claudel, sa gloire parmi ses pairs émaillée de scandales artistiques, son caractère d’ursidé… Malgré son titre lapidaire et globalisant, ce Rodin ne prétend pas reconstituer l’entièreté de l’existence du sculpteur sous des tombereaux de détails mimétiques. Aux antipodes de ces émollientes hagiographies du type Cézanne et moi, Jacques Doillon opte en effet pour une approche impressionniste, en pierre brute, évoquant la démarche de Maurice Pialat dans Van Gogh (1991) – le temps et l’obstination rapprochent par ailleurs les deux plasticiens, aux fortunes pourtant diamétralement opposées. Buriné Malgré cela, Doillon ne parvient pas à se défaire d’une forme de pesanteur académique et conformiste. Cinéaste du heurt, de la parol

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"Sous peine d’innocence" : Severino Diaz, présumé coupable

ECRANS | de Pierre Barnérias (Fr., 1h34) documentaire avec Severino Diaz…

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Condamné à 15 ans de prison pour un meurtre qu’il n’a pas commis, l'Américain Severino Diaz n’a jamais plaidé coupable. À cause de cela, sa libération conditionnelle lui a à maintes fois été refusée, allongeant sa peine d’une dizaine d’années. Sans jamais entamer sa résolution… L’histoire dramatique de Diaz sert de support à un documentaire brouillon et éparpillé façon puzzle, ne sachant pas vraiment quel fil suivre : tantôt il s’intéresse au destin singulier de ce prisonnier intègre (grâce à une masse d’entretiens réalisés avec Diaz entre 2004 et 2016) ; tantôt il dresse une hagiographie de la Maison d’Abraham, institution créée par un Aveyronnais (le Père Pierre) à New York pour la réinsertion des détenus. Entre les deux, des images illustratives souvent inutiles (tels des stop-motions cache-misère semblant piochés sur Internet) ne parvenant pas à corriger la qualité médiocre des prises vue ni du montage. Dommage qu’un sujet et des personnages aussi intenses pâtissent d’une absence de point de vue aussi flagrante : ou l’auteur s’engage, ou il reste neutre, mais il ne peut demeurer dans cet entre-deux. Son indécision aggrave (voire explique) la faiblesse de

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"Les 7 Mercenaires" : et sept qui font sang

ECRANS | de Antoine Fuqua (E-U., 2h13) avec Denzel Washington, Chris Pratt, Vincent D’Onofrio…

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Akira Kurosawa s’amuserait sûrement devant cette nouvelle postérité de ses Sept Samouraïs (1954) qui, après être devenus Mercenaires (1960) devant la caméra de John Sturges, s’offrent un lifting sous la direction d’Antoine Fuqua. À chaque époque sa manière de remettre le passé à son goût du jour, de le récrire ou de lui offrir une perspective en s’imprégnant du présent. Celle de Fuqua découle des apports de Sam Peckinpah et Sergio Leone (comptant un Afro-américain, un Asiate et un Amérindien, sa horde de mercenaires est déjà davantage métissée), tout en renvoyant également au western classique avec un Ethan Hawke… hawksien, digne de Dean Martin dans Rio Bravo. Si cette version tient ses promesses, c’est qu’elle n’en fait pas de trompeuse, dans le sens où ce remake ne cherche pas à supplanter le film initial. Il s’agit plutôt d’une variat

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Feu! Chatterton : « Une certaine idée de la beauté »

MUSIQUES | Fascinante hydre pop à cinq têtes, Feu! Chatterton est la créature la plus singulière du rock et de la chanson depuis des lustres. Entre transe(s) musicale(s) et textes ébouriffants, théâtralité et détachement, la nouvelle coqueluche de la scène française a su imposer un style aussi unique que volatile, entre aspirations old school et ultra-moderne attitude, qui pourrait le mener très haut. Entretien avec son chanteur et parolier Arthur Teboul, avant le concert à la Belle électrique. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 1 mars 2016

Feu! Chatterton : « Une certaine idée de la beauté »

Dans le groupe, vous avez tous des profils, des goûts musicaux très différents. Pourtant, vous produisez quelque chose d'à la fois singulier et cohérent. À quel moment vous êtes-vous dit : le style musical, les textes, l'image, tout concorde ? Arthur Teboul : Ce n'est jamais vraiment arrivé. C'est encore une quête. Assembler des pièces pour former un tout, c'est ce qui est assez excitant. L'ambition est venue tardivement. Si on essaie de se mesurer immédiatement à quelque chose de très élevé, on est pétrifié. Il y a toujours un moment où, comme tout jeune groupe, on se dit « je veux être cool » mais c'est une fois qu'on parvient à se débarrasser de cette idée qu'on fait quelque chose d'original. Le fait de s'amuser, de tâtonner ensemble, de s'écouter, d'apprendre de l'autre, le respect mutuel... si tu fais cet effort, à la fin, il y a un beau cadeau : c'est ce moment que tu vas vivre sur scène, charrié par une intention, un travail, une relation, parfois même ce qu'on n'aime pas chez l'autre, parce que c'est important. Votre style et

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"Côte concorde" vu par Feu! Chatterton

MUSIQUES | Arthur Teboul, chanteur et parolier du groupe, nous parle d'un des morceaux dont il est le plus fier, présent sur l'album "Ici le Jour (a tout enseveli)".

Stéphane Duchêne | Mardi 1 mars 2016

« C'est une des chansons dont je suis le plus fier. Parce que c'est très dur de se nourrir de l'actualité et d'y introduire de la durée, de l'universel. Cet événement [le naufrage du Costa Concordia survenu en Méditerranée en 2012 – NDLR], si j'en parle comme d'un fait d'actualité, je n'en éclaire qu'une part : une tragédie, la vie, la mort, bon. Et si j'en fais le symbole d'un libéralisme qui échoue sur le caillou de la tradition, de la discrétion et du silence, c'est tout aussi biaisé. Ce sont souvent des choses idiotes qui nous accrochent. Si ce n'était pas arrivé un vendredi 13, je ne l'aurais jamais écrite. Là c'est tout de suite un mythe, tout de suite symbolique. Et le même jour, on perd le triple A. J'en ai rien à fiche du triple A, mais ce sont trois lettres qui résonnent avec le 13. C'est presque rien, mais ça produit une image. C'est pour ça aussi qu'il y a Strauss-Kahn. C'est un empereur romain : grandeur et décadence. Son destin change en une seconde, le type va devenir président et en quelques minutes tout s'écroule, c'est quand même incroyable. Comme le capitaine du navire qui a simplement voulu crâner devant la côte. Ce n'est pas très

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Le Feu (Chatterton) sur la langue

MUSIQUES | Zoom sur l'album "Ici le jour (a tout enseveli)" du groupe avant le concert grenoblois.

Stéphane Duchêne | Mardi 1 mars 2016

Le Feu (Chatterton) sur la langue

« Un homme ne vous parlera pas de lui, mais donnez lui un masque, et il vous dira la vérité » disait Oscar Wilde. Arthur Teboul, chanteur de Feu! Chatterton dont on connaît maintenant la propension à théâtraliser sur scène, n'hésite pourtant pas en interview à évoquer sa peur du ridicule. De masques il ne porte pas réellement mais un costume droit sorti de Savile Row, à Londres. Sa vérité est dans cette voix voilée déclamant ses textes, bijoux littéraires abscons ou limpides, susceptibles de plusieurs lectures, de lyrisme (sublime Côte Concorde, voir ci-contre) en talk-over (Harlem), pendant que ses quatre fantastiques acolytes tissent des atmosphères de transe entre blues western, post-rock, psychédélisme délirant (La Mort dans la pinède) et invitation au dancefloor (La Malinche). Au fond, ces cinq-là, aux univers très différents, ne produiraient sans doute pas la même musique séparément. C'est ensemble et ensemble seulement qu'ils construisent le Feu! Cha

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Goodnight mommy

ECRANS | À chaque nouveau film autrichien, on s’attend maintenant au pire. Attention, cela n’est pas un jugement sur la qualité des œuvres, mais sur leur degré de (...)

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

Goodnight mommy

À chaque nouveau film autrichien, on s’attend maintenant au pire. Attention, cela n’est pas un jugement sur la qualité des œuvres, mais sur leur degré de cruauté et d’exploration glauque de la psyché nationale. Haneke et Ulrich Seidl sont passés par là, et Goodnight mommy, cosigné par la compagne de Seidl et par son neveu, semblait s’inscrire dans cette veine éprouvante. Éprouvant, il l’est, mais à la différence des cinéastes sus-cités, Veronika Franz et Severin Fiala sont beaucoup plus proches du pur cinéma de genre, avec notamment une dernière partie qui en remontre aux "torture porns" post-Hostel. Le point de départ est mystérieux à souhait : en plein été, dans une maison isolée au milieu des champs de maïs, deux gamins attendent le retour de leur mère. Lorsqu’elle revient au foyer, c’est le visage entouré de bandelettes dissimulant ses traits (une image qui, de Seconds à Steak en passant par Le Visage d’un autre, inspire de sacrés créateurs cinématographiques) et ses réactions souvent abruptes suffisent à semer le doute dans l’esprit des deux enfants : s’agit-il vraiment de leur mère ou bien d’une inconnue se faisant pas

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La fac autrement

ACTUS | Quand on est étudiant, on se doit de travailler – un peu, beaucoup, passionnément ; c’est selon les envies ! On peut aussi nourrir son esprit différemment, en sortant au concert, au spectacle & co. Tour d’horizon des diverses possibilités proposées sur le campus.

Aurélien Martinez | Mardi 7 octobre 2014

La fac autrement

Un aquarium tout beau tout neuf Adieu la salle Condillac, bonjour l'Aquarium : l’espace culturel situé au cœur de la résidence Condillac, sur le campus universitaire, a récemment fait peau neuve. Nouveau look, nouveau nom. Des retards sur les travaux ont repoussé son inauguration initialement prévue fin septembre. Si tout va bien, il devrait être ouvert avant les vacances de la Toussaint. Entièrement géré par le Crous, l'endroit se veut être à « 90 % par et pour les étudiants » explique Diera Radafiarijaona du service culturel. Théâtre, musique, danse, conférences, expositions... : à l'Aquarium, tout est permis (ou presque). Pouvant accueillir jusqu'à 400 personnes debout, l'espace est polyvalent donc entièrement modulable, réaménagé à chaque événement. La salle est aussi prêtée gratuitement, en fin de journée, aux associations étudiantes pour leurs répétitions artistiques. En contrepartie : s'investir dans la vie du campus en proposant, par exemple, des représentations. L’Aquarium sera donc complémentaire de la salle Berlioz, située dans la résidence du même nom. Celle-ci aura d'ailleurs droit à son relooking total et sera fer

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« Renverser les codes »

SCENES | Dans le spectacle "Regards", la comédienne Séverine Fontaine se met à nu face au public, en retraçant son parcours de jeune fille née avec une malformation au visage. Un solo fort et sensible. Propos recueillis par Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 18 février 2014

« Renverser les codes »

Comment est venue l’idée de faire un spectacle si personnel ? Séverine Fontaine : Le thème de la différence me touche directement. Je me sens différente, du moins j’ai une particularité et je me suis dit que c’était peut être le moment, après avoir fait parler les autres [des précédents projets partis d’interviews – ndlr], de parler de moi. J’ai écrit la pièce de manière assez limpide, en évoquant mon histoire et en intégrant parfois un peu de fiction. Ça a été évident dès le début que vous seriez vous-même sur scène ? Quand j’ai écrit la pièce, je ne me voyais pas en solo, j’imaginais des acteurs et des danseurs. Je n’étais même pas partie pour l’interpréter. Puis, quand j’ai fait des lectures, c’est devenu une évidence. C’est un univers qui parle tellement de moi, que j’ai fini par me dire qu’il fallait que j’aille jusqu’au bout. Vous présentez Regards comme une « pièce manifeste sur la différence »… C’est un manifeste dans le sens où c’est une pièce qui délivr

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Ma vie

SCENES | Elle est seule sur scène, la comédienne Séverine Fontaine, pour parler d’elle. Une jeune femme qui « a grandi au cœur d’un système normatif qui ne lui a pas (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 9 janvier 2014

Ma vie

Elle est seule sur scène, la comédienne Séverine Fontaine, pour parler d’elle. Une jeune femme qui « a grandi au cœur d’un système normatif qui ne lui a pas appris pas à s’aimer et à s’accepter telle qu’elle est » (extrait de la note d’intention). « J’ai longtemps tu mon histoire que je ne pouvais paradoxalement pas cacher, visible en plein milieu de mon visage. » Entourée d’ampoules, représentations des personnes qui partagent sa vie depuis sa naissance (très belle scénographie), Séverine Fontaine choisit donc la voie risquée du spectacle autobiographique. Et réussit son pari, en donnant une portée dramatique et universelle à une aventure humaine personnelle. Sa plaie sur le visage, qu’elle mit tant de temps à accepter, on la verra finalement peu, grâce à un subtil travail autour de la lumière. Ce qui permet de se concentrer sur le propos, sur ce regard des autres si difficile à supporter. Et sur cette comédienne qui a conçu un spectacle énergique et par moments drôle, contre-pied bienvenu. AM Regards, jeudi 20 février à 20h, à l’Amphithéâtre (Pont-de-Claix)

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Avignon, notre bilan

SCENES | Ça y est : après deux semaines intenses (avec quatre à six spectacles par jour), l’équipe du Petit Bulletin a quitté Avignon. Dans nos valises, une trentaine (...)

Aurélien Martinez | Lundi 22 juillet 2013

Avignon, notre bilan

Ça y est : après deux semaines intenses (avec quatre à six spectacles par jour), l’équipe du Petit Bulletin a quitté Avignon. Dans nos valises, une trentaine de spectacles vus par nos soins qui passeront ensuite dans la région. Si vous pourrez lire nos critiques au fur et à mesure dans les différents numéros du PB, voici déjà nos principaux coups de cœur : Italie – Brésil 3 à 2, de Davide Enia, à voir le 14 novembre au Centre culturel Jean-Jacques Rousseau de Seyssinet-Pariset (près de Grenoble).Soit un match mémorable (un quart de final entre l’Italie et le Brésil lors du mondial de foot de 1982) vécu du point de vue d'un des enfants d’une famille italienne férue de foot et fidèle supportrice de l’équipe nationale – qui d’ailleurs, cette année-là, remportera carrément le mondial. Un spectacle entraînant et exaltant, dépassant le cadre sportif pour évoquer la magie des grands rassemblements populaires, les légendes vivantes et l'histoire avec un grand H. Regards de Séverine Fontaine, du 1er au 4 octobre à l’Espace Albert Camus de Bron (p

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De passage

SCENES | Moyennement – voire très sévèrement – accueilli par la presse au dernier festival d’Avignon où il fut créé, matière à diviser les rédactions (dont la nôtre), Plage (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 27 février 2013

De passage

Moyennement – voire très sévèrement – accueilli par la presse au dernier festival d’Avignon où il fut créé, matière à diviser les rédactions (dont la nôtre), Plage ultime est pourtant un spectacle puissant pour qui accepte de se laisser embarquer sur des sables mouvants. Un fatras d’accessoires jonche le plateau : un bar, un piano à queue, des fauteuils, mais aussi et surtout au premier plan, un tapis roulant d’aéroport. Et juste derrière, un pont métallique suspendu, comme une passerelle qui ne dit ni d’où elle part ni où elle mène. Les comédiens vont et viennent, maugréent, rient, échangent parfois quelques bribes d’histoires. Alors bien sûr, ce travail (initialement annoncé d’une durée de 2h40 et fort heureusement pour le rythme resserré en 1h40) n’est pas narratif, il est même parfois très épars ; mais peu importe, car ce que parvient à capter Séverine Chavrier est la frénésie (ou l’arrêt brutal) des déplacements et le néant auquel renvoie ce perpétuel et obsédant besoin de se rendre d’un point à un autre. Les valises valsent, tombent, s’entrechoquent so

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"Isabelle et la Bête" : up and down

Théâtre | Ça partait mal : un texte trop explicite, un jeu plus qu’hésitant... Mercredi, soir de la deuxième représentation (le spectacle ayant été créé la veille), (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 6 décembre 2012

Ça partait mal : un texte trop explicite, un jeu plus qu’hésitant... Mercredi, soir de la deuxième représentation (le spectacle ayant été créé la veille), le premier tableau d’Isabelle et la Bête, pièce-concert composée à trois (Véronique Bellegarde à la mise en scène, Grégoire Solotareff à l’écriture et aux dessins, et Sanseverino à la musique), sonnait tout simplement faux. On découvrait un jeune couple mal à l’aise dans une ville grisâtre (très belle création graphique de Solotareff, dont différents dessins sont projetés sur scène), qui désirait s’échapper vers une île lointaine. Le deuxième tableau nous rassurait que très légèrement : on tombait, en miroir, sur un couple fantasque habitant une île déserte. Elle, reine féline ; lui, roi « moche » et lubrique, tous deux campés par deux comédiens plus convaincants (dont le très bon Gérard Watkins). Puis, petit à petit, on s’est fait emporter par cet univers étrange, on a laissé de côté ce qui nous dérangeait (le texte s’améliorant sensiblement une fois la rencontre entre

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Les rêves chantants

SCENES | Il y a les spectacles qui se créent ailleurs et que, du coup, on peut aller voir avant leur venue à Grenoble. Et il y a ceux dont la première a lieu à Grenoble. C’est le cas d’"Isabelle et la Bête", pièce-concert conçue par Véronique Bellegarde, Sanseverino et Grégoire Solotareff, dont on attend beaucoup au vu du CV des trois artistes. Du coup, pour en savoir plus, on est partis à leur rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 23 novembre 2012

Les rêves chantants

Sur le papier, le projet d’Isabelle et la Bête intrigue. Soit une « pièce-concert » composée à six mains : deux de Grégoire Solotareff, auteur et illustrateur, deux de Sanseverino, chanteur gouailleur, et deux de Véronique Bellegarde, metteuse en scène qui nous avait bluffés en 2010 avec son spectacle Terre océane, créé aussi à la MC2. « Isabelle et la Bête, c’est un rêve à trois, avec, dès le début, la volonté d’écrire un langage de scène ensemble, qui lie la musique, le texte, les dessins...  » nous explique-t-elle. Pour le texte, c’est Grégoire Solotareff qui l’a écrit, en s’inspirant très librement de La Belle et la Bête – et particulièrement de l’adaptation cinématographique que Jean Cocteau a livrée. « C’est un conte que j’aime beaucoup, depuis toujours. J’avais envie de le transposer, de partir de ce matériau très ancien, très mythologique, pour en faire quelque chose de plus symbolique, avec des questions d’aujourd’hui. » Un texte présenté comme un « anticonte de fée », construit autour de dualités : l’art et la vie, la beauté et la laideur, le rêve et la réalité, la vérité et le mensonge... Il préc

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À côté de la plage

SCENES | Festival d'Avignon (1) /Séverine Chavrier et Oscar Gómez Mata

Aurélien Martinez | Mercredi 11 juillet 2012

À côté de la plage

Et c’est parti pour le marathon Avignon, qui a commencé pour nous ce mardi 10 juillet à 18h avec le spectacle Plage ultime de Séverine Chavrier, que l’on verra la saison prochaine à la MC2 de Grenoble et au Théâtre de la Renaissance d’Oullins (près de Lyon). Séverine Chavrier ? Celle qui fut artiste associée au 104 (Paris) a notamment beaucoup bossé avec François Verret, en tant qu’interprète. Ce qui transpire sur le plateau, dans cette façon de concevoir des images évocatrices en jouant avec tous les aspects qu’offre la scénographie assez  impressionnante. Pourquoi pas, même si sur la durée, ça peut lasser. Mais le problème principal de cette création, annoncée comme durant plus de 2h30, pour être finalement ramenée à 1h30, c’est qu’on ne sait jamais où elle veut nous emmener (il y a un gros problème de rythme), malgré un discours on ne peut plus balisé. Severine Chavrier a choisi comme source d’inspiration l’œuvre de JG. Ballard, célèbre auteur de science-fiction anglais. Pour dire quoi ? Que notre société est pourrie de l’int

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Du côté des assos

ACTUS | Qu’est-ce qu’une délégation de service public ? Selon le droit français, il s’agit d’un « contrat par lequel une personne morale de droit public confie la (...)

François Cau | Lundi 10 octobre 2011

Du côté des assos

Qu’est-ce qu’une délégation de service public ? Selon le droit français, il s’agit d’un « contrat par lequel une personne morale de droit public confie la gestion d’un service public dont elle a la responsabilité à un délégataire public ou privé, dont la rémunération est substantiellement liée au résultat de l’exploitation du service. Le délégataire peut être chargé de construire des ouvrages ou d’acquérir des biens nécessaires au service.» Est-ce le meilleur moyen pour gérer l’Espace vie étudiante ? Le Pres n’en semble pas convaincu. Du côté des associations utilisatrices du bâtiment, on est « évidemment inquiets », au vu de la situation assez floue. Certaines regrettent notamment le délai très « court » des six mois de sursis, à la fin duquel il faudra trouver une solution, craignant des emballements possibles si les parties n’arrivent pas à communiquer sereinement durant ce laps de temps. Pourtant, « on ne se crispe pas autour de la DSP » explique-t-on par exemple du côté de Radio Campus. « D’autres formes peuvent être imaginées ; reste à savoir lesquelles ». Mais ce que les associations redoutent le plus, ce serait une pos

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« D’autres formes de partenariat »

CONNAITRE | Du côté des universités, l’argumentaire est rodé, diffusé via communiqué. Il ne s’agit pas de remettre en cause Eve, « lieu d’animation, de culture, de rencontre (...)

François Cau | Lundi 10 octobre 2011

« D’autres formes de partenariat »

Du côté des universités, l’argumentaire est rodé, diffusé via communiqué. Il ne s’agit pas de remettre en cause Eve, « lieu d’animation, de culture, de rencontre et d’engagement incontournable pour les étudiants grenoblois », mais de constater que « les difficultés organisationnelles et financières rencontrées ces dernières années montrent que des ajustements doivent probablement être opérés sur ces aspects de gestion du bâtiment et des services associés » – des difficultés que l’association Éponyme réfute catégoriquement (voir ci-contre). Concrètement, le Pres souhaite trouver, en concertation avec tous, « un mode de fonctionnement qui puisse allier plus facilement et efficacement l’implication et la responsabilisation des acteurs étudiants avec l’engagement de l’institution universitaire dans ce domaine ». Comprendre qu’il désire reprendre la main sur Eve, notamment sur le volet financier. Car la délégation de service public confiait la gestion totale du lieu aux étudiants. Or, pour le Pres, ces derniers ne sont pas censés développer une activité de cafetier, d’où le souhait de voir un opérateur privé entrer dans le jeu – le Crous sans doute.

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Eve couche-toi ?

ACTUS | Depuis sa création en 2003, l’Espace vie étudiante (Eve) est géré par une association d’étudiants. Mais les universités grenobloises envisagent aujourd’hui de remettre en cause cette délégation de service public, pour reprendre la main sur le bâtiment. Ce qui ne plaît pas, mais alors pas du tout, aux principaux intéressés. État des lieux pour comprendre tous les enjeux. AM

François Cau | Vendredi 7 octobre 2011

Eve couche-toi ?

Au cœur du campus, un lieu atypique déborde d’énergies, proposant un bar, des activités culturelles, des services pratiques… Cet eldorado, c’est Eve, doux acronyme féminin pour Espace vie étudiante. Olivier Royer, son directeur depuis le début, retrace l’historique avec nous. « C’est un projet qui remonte au milieu des années 90, au moment où Jospin est ministre de l’éducation nationale. Il constate un problème de locaux dans les universités du fait du passage de un à deux millions d’étudiants. Il met donc massivement de l’argent dans la construction de bâtiments, avec une petite somme allouée pour la réalisation de maisons des étudiants. C’est à ce moment-là qu’à Grenoble, un collectif d’associations – Les Rêveurs – se crée, pour travailler en relation avec les autorités universitaires afin d’imaginer ce que pourrait être cette maison des étudiants. » Rapidement, l’idée suscite l’intérêt des collectivités territoriales, et fin 2002, on arrive à l’édification d’un bâtiment de 900 m2, dédié dans la forme à la vie étudiante… mais dont personne ne sait encore réellement à quoi il va servir. « Les universités décident alors de partir sur un modèle de gestion de type dél

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Grenoble : le campus est-il de gauche ?

Numéro étudiant | Ce serait une évidence : si Lyon III ou Strasbourg sont des facs de droite, celle de Grenoble est colorée à gauche, pour diverses raisons (historiques, politiques…). Mythe ou réalité ? On a pris nos petites jambes, et on est montés sur le campus pour vérifier s’il était rouge, rose ou simplement gris.

Aurélien Martinez | Lundi 4 octobre 2010

Grenoble : le campus est-il de gauche ?

Mercredi 29 septembre. Le campus grenoblois s’offre à nous. Ou plutôt ses étudiants, que l’on s’empresse d’alpaguer. « Votre fac vous semble-t-elle colorée politiquement ? » Après quelques réponses interloquées (« il nous veut quoi, lui ? »), on rencontre deux étudiantes en histoire qui nous livrent le discours que l’on attendait. « Bien sûr, le campus grenoblois est à gauche. Ça s’est vu au moment des grèves étudiantes, extrêmement suivies à Grenoble, plus que dans les autres facs je pense. D’ailleurs, il n’y a qu’à voir les syndicats étudiants : ils sont quasiment tous à gauche. » Vérifications faites, on se rend compte en effet d’une prédominance locale des syndicats de gauche, et notamment de l’Unef, mastodonte national extrêmement bien implanté à Grenoble (ils revendiquent 700 adhérents). Gilles, secrétaire général adjoint de l’Unef Grenoble, justifie cet état de fait par une évidence : « Les étudiants, à mon avis, ont un problème quand ils sont de droite, ils n’ont pas compris quelque chose ! Être de gauche, c’est intrinsèque au milieu étudiant, on le voit à travers l’ensemble des campus : lors des élections universitaires, c’est to

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En vert et contre tous

CONNAITRE | Armés d’un bloc-notes en papier recyclable et d’un pantalon en toile de lin biologique, on est montés en tram sur le campus voir si le vert y était fluo, pomme ou plutôt pâle. Réponse mitigée. Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 2 octobre 2009

En vert et contre tous

Pour quelqu’un qui débarque sur le campus grenoblois, le choc peut être rude : des grands bâtiments grisâtres rappelant des années où les architectes tentaient avec bonheur le tout béton, des parking ici et là remplis de voitures plus très fraîches, aucune poubelle pour le tri sélectif disponible ; mais des espaces verts conséquents, de nombreux transports en commun reliés à la fac, quelques panneaux solaires sur un toit… Le paradoxe saute aux yeux : on devine que le campus, vieux de cinquante ans, n’a pas été imaginé en priorité pour être écolo, mais que certains essaient tant bien que mal d’y remédier à l’heure où celui qui ne pense pas vert risque bien de finir totalement has-been. Parmi les têtes chercheuses écolos actives, on note une armada d’étudiants qui, par leurs différentes actions, espèrent bien faire évoluer les mentalités. En première ligne, agrégat de nombreuses initiatives, le syndicat Fac Verte, présenté par ses détracteurs (notamment certains de ses concurrents) comme une masse informe d’écolos bornés coupés des réalités étudiantes. Eux s’en défendent, évidemment, assurant que « tant que l’on peut mettre de l’environnement, on en met, mais on ne dira pas pa

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