Les Trois Swiss

MUSIQUES | Nourri de musique, et de langue, cajun, le trio suisse Mama Rosin, produit et soutenu par l'apôtre blues Jon Spencer, est en train de fondre sur le monde de la musique à la vitesse d'une bête sauvage. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 8 février 2013

Ils pourraient être, comme les héros des Bêtes du Sud Sauvage de Benh Zeitlin, un trio d'îliens égarés du mauvais côté du monde. Des exilés involontaires qui auraient retrouvé dans la musique des racines dont ils ignoraient l'existence. Car voilà le mystère : qu'est-ce qui a bien pu faire que les trois membres de Mama Rosin naissent et grandissent en Suisse ? A écouter leur musique aux accents de Louisiane française on se dit qu'un ouragan d'une ampleur encore supérieure à celle de Katrina, une tornade façon magicien d'Oz les a échoués là, avec pour tout bayou, la campagne genevoise, et comme substitut au limon du Mississippi, le Léman des Alpes Suisses. Echoués avec eux, une guitare, un mélodéon, une batterie, un harmonica et une flopée de références d'un autre âge tout droit sorties des antiques anthologies de la musique folk - chapitre incunable de la musique cadienne, ce folklore francophone de Louisiane au drôle d'accent. Et au départ, un mentor : le Révérend Beatman, gourou rock de la confédération helvétique. De quoi partir à la conquête de cette Louisiane fantasmée. Mais pas forcément idéalisée.

Bye Bye Bayou

Car cet éloignement géographique, les Mama Rosin le mettent aussi au service d'une distance musicale qui leur permet d'ingérer les bases de cette musique traditionnelle pour mieux en recracher une version chaudement rock'n'roll, garage, punk. Ce faisant, Pieds Nickelés ou Three Stooges dynamiteurs de genres, ils n'en conservent pas moins l'ironie alcoolisée ayant toujours traversé, rhum oblige, la musique cajun (ou cadienne, d'influence blanche) et sa cousine créole zydeco, plus caribéenne. Et voilà qu'après quelques albums forts en bouche, et un buzz à la croissance continue, Jon Spencer lui-même est tombé en amour, et même un peu jaloux, de ce blues syncopé et mal peigné, offrant premières parties et production d'un album : le récent Bye Bye Bayou. Imprégné de la furieuse énergie de Spencer, Bye Bye Bayou est plus batailleur encore que les précédents albums du groupe, véritable déflagration joyeuse et frénétique qui ne fait pas l'âge de son antique inspiration. Et, tels les Aurochs des Bêtes du Sud Sauvage, les trois Mama Rosin de rejouer à leur manière, en ruinant tout sur leur passage, « Le Grand dérangement » de 1755 qui amena les Acadiens en terre de Louisiane.

Mama Rosin (Les Nuits de l'Alligator), à la Bobine, jeudi 14 février à 20h30


Mama Rosin

Rock garage cajun
La Bobine 42 boulevard Clemenceau Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Jon Spencer : le bel électrique

Concert | En solo pour la première fois de son histoire, le bestial Jon Spencer est revenu l'an dernier nous casser la gueule à coups de hits dans la droite lignée de tout ce qu'il a pu produire en plus de 30 ans d'éruptions blues. KO à prévoir dans une Belle électrique qui n'aura jamais si bien porté son nom – bon, finalement, ce sera à l'Ampérage, mais l'idée est la même !

Stéphane Duchêne | Lundi 13 mai 2019

Jon Spencer : le bel électrique

À 53 ans dont à peu près 35 pris entre les feux des innombrables projets qui ont jalonné une carrière aussi hyperactive que schizophrène (The Honeymoon Killers, Pussy Galore, The Jon Spencer Blues Explosion, Boss Hog, Heavy Trash, Spencer Dickinson...), Jon Spencer n'avait jusqu'ici même pas trouvé cinq minutes pour enregistrer le moindre album solo. Sans doute parce que le trash bluesman états-unien ne s'épanouit que dans la friction, les étincelles et la violente ébullition produites par l'émulation collective. L'impair, si l'on peut dire, est désormais réparé, le James Brown blanc blues ayant livré en 2018 ce que les medias anglo-saxons appellent non sans malice son "debut album". En solo donc – ce qui ne change pas grand-chose au schmilblick maison. Un album savoureusement intitulé Jon Spencer chante les hits (Jon Spencer sings the Hits en VO), comme n'importe quel best of de n'importe quel squatteur de Top 50 ou autre billboard. S'avançant masqué d'ironie avec un titre doublant l'effet de celui de l'album, I got the Hits, comme pour feindre par antiphrase de n'en avoir jamais produit, Spencer n

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Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

MUSIQUES | Ces deux mois seront riches en événements du côté de la Belle électrique, de la Bobine, de la Source, de la MC2... La preuve en dix points à base de Feu! Chatterton, de Rover, de Nada Surf ou encore de Détours de Babel. Stéphane Duchêne et Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 19 février 2016

Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

Feu! Chatterton Voilà un groupe qui aime les transports, qui a déchiré le voile du succès critique avec une chanson sur le Costa Concordia et annoncé son premier album avec un single titré Boeing. Mais quand on parle de transport, il faudrait entendre ce mot selon toutes ses acceptions, à commencer par celle du transport sentimental, du transport amoureux et du voyage des mots. Car si l'on a multiplié les comparaisons musicales ou stylistiques s'agissant de Feu! Chatterton, il faut reconnaître une chose qui n'appartient qu'à eux. Rarement, on a vu si jeune groupe écrire des textes de la sorte : Boeing est une chanson à danser autant qu'à lire comme une suite machiniste à L'Albatros de Baudelaire (« Boeing, Boeing ! Et tes mouvements lents sont de majesté / Est-ce la faute de tes passagers indigestes / Si tu penches ? »). Quant aux paroles de Côte Concorde, elles sont à placer aux côtés des grands textes de la chanson française (« Du ciel tombe des cordes, faut-il y grimper ou s'y pendre ? »). Feu! Chatterton, loin d'être de paille, brûle de mots et sur scène les enflamme. C'est à voir.

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New York, No York avec The Jon Spencer Blues Explosion

MUSIQUES | Sur son dernier album, au prétexte de célébrer une liberté retrouvée symbolisée par la Freedom Tower, le Jon Spencer Blues Explosion déclare son amour inextinguible à cette vieille femme qu'est la Grosse Pomme. Et le lui dit par tous les trous fumants. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 novembre 2015

New York, No York avec The Jon Spencer Blues Explosion

Jamais aussi à son affaire que lorsqu'il s'agit de jouer les Screamin' Jay Hawkins (un Américain du siècle dernier très rhythm and blues) efflanqués, prêcheur de bon temps à prendre avant que l'Apocalypse ne vienne nous gratter la viande et nous ronger les os, Jon Spencer et son duo d'acolytes qui font trois ravalent leur précédent Meat & Bone pour nous jouer la grand-messe commémorative d'un New York renaissant mais néanmoins, pour une part, révolu. Freedom Tower – No Wave Dance Party 2015, voilà l'affaire. La Freedom Tower, c'est donc cette tour de Babel post-moderne célébrant la Liberté autant que son fantôme, le souvenir de la catastrophe et le devoir de redresser pour deux la puissance érectile américaine jadis portée par les jumelles déchues. Le superphallus enfin érigé sur l'ancienne béance de Ground Zero, c'est surtout cette vieille hydre de Blues Explosion qui bande comme un démon, un os non pas dans le nez, comme le précité Screamin', mais bien dans le pantalon. Car s'il s'agit de rendre hommage (« Come on fellas, we gotta to pay respect », commande Spencer sur l'inaugural Funeral) ou du moins de tro

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Les dix concerts immanquables de l'automne

MUSIQUES | Il y aura du monde les prochains mois dans les différentes salles de l'agglo grenobloise, dont beaucoup de très bons musiciens. Comme Jay Jay Johanson, Kraftwerk, Christophe, The Jon Spencer Blues Explosion, Socalled...

Stéphane Duchêne | Mercredi 16 septembre 2015

Les dix concerts immanquables de l'automne

Jay Jay Johanson « Hey ! Content de te voir, ça va Jay Jay ?! » Toujours bof apparemment à en croire la pochette d'Opium et son contenu. Jay Jay, ça va tellement que lors d'une interview sur France Culture, à la journaliste qui fait le bilan de sa carrière « Alors, vous avez 45 ans... », il répond sans rire « non j'en ai 50 » – alors qu’en fait, il en a 45. Bon. Mais Jay Jay, ça va tellement qu'il a sorti cette année – à 50 ans bientôt 68, donc, ne le contredisons pas – son dixième album studio en un peu moins de 20 ans. Sur la période, le Suédois aura à peu près tout fait, y compris s'afficher en Bowie capillairement attenté sur un disque qui flirtait parfois avec la grande époque de Steph de Monac' (Comme un ouragan, donc). Mais Jay Jay, ça va tellement, donc, qu'il nous revient avec un truc bien opiacé qui semble regarder directement dans le verre de Whiskey qu'il nous avait servi en 1996 et nous l'avait révélé en Chet Baker efflanqué aux cheveux blonds et à l'âme bleue faisant le sexe avec Portishead : une sorte de trip-hop jazz comme on aurait même plus l'idée d'en écouter en 2015, n'était

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